Atomisme

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L'atomisme est une théorie physique proposant une conception d'un univers discontinu, composé de matière et de vide. Selon les atomistes, les atomes composant l'univers sont tous de même substance. Ils sont insécables et ne diffèrent les uns des autres que par leur forme, leur position et leur mouvement (on sait aujourd'hui que l'atome est sécable mais que les particules élémentaires, elles, ne le sont pas dans l'état actuel de nos connaissances). L'atomisme s'oppose au monisme. Les atomistes constituent le réel avec le non-être, lequel a ainsi autant de réalité que l'être lui-même[1]. Au Ve siècle av. J.-C., Leucippe et son élève Démocrite d'Abdère sont considérés comme les fondateurs de l'atomisme, doctrine reprise plus tard par Épicure depuis le début du IVe siècle av. J.-C., puis par Lucrèce (Ier siècle av. J.-C.)[2].

Histoire de l'atomisme[modifier | modifier le code]

En Inde[modifier | modifier le code]

En Grèce antique[modifier | modifier le code]

Dans son livre La déduction relativiste (1925), le philosophe des sciences Émile Meyerson écrit : « L'atomicité est en effet, on le sait assez, une conception fort ancienne. Née en Grèce et ailleurs, à peu près simultanément L'atomisme est une théorie physique proposant une conception d'un univers discontinu, composé de matière et de vide avec les commencements de la physique, elle joue dans cette science, un rôle tantôt de premier plan, tantôt plus effacé, selon que les vicissitudes de l'évolution mettent plus ou moins en lumière les manifestations du discontinu. »[3]

Liste des atomistes grecs :

Leucippe et Démocrite[modifier | modifier le code]

Leucippe: -500 -420

Démocrite: -460 -390

Épicure et Lucrèce[modifier | modifier le code]

À l'époque moderne[modifier | modifier le code]

L'atomisme vitaliste de Giordano Bruno[modifier | modifier le code]

Giordano Bruno double son atomisme d'un vitalisme, dans un poème latin intitulé Du minimum (De minimo), daté de 1591. L'atome est centre de vie, il est un point où vient s'insérer l'Âme du monde[4]. En 1591, à Francfort, Giordano Bruno a écrit en latin deux poèmes sur la monade : Du triple minimum (De triplici minimo) et De la monade, du nombre et de la figure (De monade, numero et figura). Il appelle minimum ou monade une entité indivisible qui constitue l'élément minimal des choses matérielles et spirituelles. La monade, qui correspond au point des mathématiques et à l'atome de la physique, est cet être primitif, impérissable de nature aussi bien corporelle que spirituelle, qui engendre, par des rapports réciproques, la vie du monde. C'est une individualisation extrinsèque de la divinité ; existence finie, elle est un aspect de l'essence infinie. Dieu, minimum et maximum, est la Monade suprême d'où s'échappent éternellement une infinité de monades inférieures.

Le corpuscularisme du XVIIe siècle[modifier | modifier le code]

Sans être forcément atomistes, Galilée, Gassendi, Boyle, Newton admettent l'existence de petites particules de matière dans la nature[5]. Etienne de Clave, qui avait clamé : « Tout est composé d'atomes », fut arrêté, et un procès intenté à Aristote en 1624. En 1646, Johannes Magnenus, un Français, écrivit un Democritus reviviscens sive de atomis (Démocrite revivant, ou de l'atome).

L'atomisme scientifique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Atome.

La théorie atomique moderne, scientifique, à base expérimentale, est formulée par John Dalton, dans son ouvrage New System of Chemical Philosophy (1808-1827). Il donne la première représentation symbolique liée aux systèmes des atomes et un tableau des masses atomiques. Sa méthode pour déterminer la masse des atomes étant erronée, sa théorie est contestée par l'école équivalentiste (notations en équivalents fondés sur des rapports pondéraux de combinaison, sur des rapports volumiques ou sur des équivalents de substitution) de Marcellin Berthelot et William Hyde Wollaston[6], jusqu'à la publication en 1913 de Jean Perrin, Les Atomes.

La physique quantique est-elle un atomisme?[modifier | modifier le code]

Depuis la physique quantique, la thèse réductionniste qu'atomes et vide sont les deux entités constituant la matière est problématique[7]. Kuhlman résume ainsi le paradoxe :

la théorie quantique des champs est atomiste si l'on entend par là qu'il existe des explications réductionnistes,

mais

la théorie quantique des champs n'est pas atomiste si l'on entend par là qu'il n'existe que des particules et du vide.

Toutefois, d'après Kuhlman, même la première thèse pourrait être réfutée, parce qu'il n'y a plus, dans la physique des particules moderne, de champs et de particules qui soient des entités fondamentales.

Benjamin Hiley, collègue de David Bohm commente :

« Posons-nous la question: « Où est la « substance » de la matière? Est-elle dans l'atome? La réponse est clairement « non ». Les atomes sont faits de protons, de neutrons et d'électrons. Est-elle donc dans les protons et les neutrons? Encore une fois, « non », parce que ces particules sont constituées de quarks et de gluons. Est-elle dans le quark? On peut toujours espérer qu'elle l'est, mais mon sentiment est que l'on montrera que ces entités sont composées de "préons", un mot qui a déjà utilisé à cet égard. Mais nous n'avons pas à continuer plus loin pour voir qu'il n'y a pas d'ultimon. Un quark et un antiquark peuvent s'annihiler mutuellement pour produire des photons (de l'énergie électromagnétique) et le photon n'est pas vraiment ce dont nous avons besoin pour expliquer la solidité de la matière macroscopique de cette table. Ainsi, nous voyons que la tentative d'attribuer la stabilité de la table à quelque entité ultime "solide" est erronée. »

— Benjamin Hiley[n 1]

Critiques[modifier | modifier le code]

Dans la Critique de la raison pure, à l'occasion de la dialectique transcendantale, Emmanuel Kant fait de l'atomisme l'un des deux termes de la deuxième antinomie.

Dans son livre Les intuitions atomistiques[8] (1935), Gaston Bachelard critique ce qu'il appelle un « atomisme naïf ».

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Fragments et témoignages antiques[modifier | modifier le code]

  • Die Fragmente der Vorsokratiker, éd. Diels H., Kranz W., 3 vol., 10e éd., Berlin, Weidmann, 1960-1961. Texte grec.
  • Les penseurs grecs avant Socrate de Thalès de Milet à Prodicos, présentation et choix d'extraits par Jean Voilquin, Paris, Garnier Frères, 1964, rééd. GF-Flammarion. Vieilli.
  • Jean-Paul Dumont (dir.), Daniel Delattre, Jean-Louis Poirier, Les Présocratiques, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1988
  • Jean-Paul Dumont, Les Écoles présocratiques, Paris, Gallimard, « Folio Essais », 1991.
  • Répertoires de ressources philosophiques antiques :

Études[modifier | modifier le code]

  • A. G. M. Van Melsen, From atomos to atom. The history of the concept atom, Duquesne University Press, Pittsburg, 1952.
  • Pierre-Marie Morel, Atome et nécessité : Démocrite, Épicure, Lucrèce, Presses universitaires de France, Paris, 2000.
  • Jean Salem : L'atomisme antique : Démocrite, Épicure, Lucrèce, Livre de Poche, 1997, ISBN 2-253-90452-X
  • Jean Salem : L'atomisme au XVIIe et XVIIIe siècles, Publications de la Sorbonne, 2000, ISBN 2-85944-377-0
  • Pierre Thuillier, D'Archimède à Einstein, Paris, Fayard,‎ 1988 (réimpr. 1996 en Livre de Poche), 416 p., « La résistible ascension de la théorie atomique »
  • Heinz Wismann, Les avatars du vide. Démocrite et les fondements de l'atomisme, Paris, collection « Le Bel Aujourd'hui », Éditions Hermann, 2010
  • Eduard Zeller, La philosophie des Grecs (1844-1852), vol. I et II, trad. Émile Boutroux, Paris, 1882 Lire en ligne le tome 2 sur Gallica

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Let us ask the question: “Where is the ‘substance’ of matter?” Is it in the atom? The answer is clearly “no”. The atoms are made of protons, neutrons and electrons. Is it then in the protons and neutrons? Again “no”, because these particles are made of quarks and gluons. Is it in the quark? We can always hope it is, but my feeling is that these entities will be shown to be composed of “preons”, a word that has already used in this connection. But we need not go down that road to see that there is no ultimon. A quark and an antiquark can annihilate each other to produce photons (electromagnetic energy) and the photon is hardly what we need to explain the solidity of macroscopic matter such as a table. Thus we see the attempt to attribute the stability of the table to some ultimate “solid” entity is misguided. » Learning as Self-Organisation, ed., K. H. Pribram amd J. King, pp. 569-86, Lawrence Erlbaum Associates, New Jersey, (1996)

Références[modifier | modifier le code]

  1. Métaphysique d'Aristote, A, IV, 986b et Le fragment 8 d'Opinions des Philosophes, ouvrage de Théophraste
  2. Lucrèce, De rerum natura.
  3. Émile Meyerson, La Déduction relativiste, § 111, Payot, paris, 1925
  4. P. H. Michel, « L'atomisme de Giordano Bruno », apud La science au seizième siècle. Colloque international, Paris, Hermann, 1960, p. 263.
  5. C. Meinel, Early seventeenth-century atomism. Theory, epistemology and the insufficiency of experiment, Isis, mars 1988, p. 68-103.
  6. Myriam Scheidecker-Chevallier,Histoire des sciences[PDF], 15 mai 2003
  7. Kuhlmann, Meinard (2006)<Atomism and Reductionism. Stanford Encyclopedia of Philosophy.
  8. Gaston bachelard, Les intuitions atomistiques, Boivin, Paris, 1935

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]