Charivari (rituel)

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Un charivari (du latin de basse époque caribaria emprunté au grec καρηβάρεια (karêbária) qui signifie « lourdeur de tête », « mal de tête ») est un rituel collectif occidental, très similaire au carnaval. Il s'en distingue toutefois en ce qu'il n'est pas lié au calendrier.

Il s'agit d'un cortège dans lequel de nombreux musiciens et passants font du bruit avec toutes sortes d'objets, généralement détournés de leur usage traditionnel (ustensiles de cuisine), ou instruments rudimentaires tels que crécelle, claquoir ou tambour à friction. Cette « contre-musique » fait pendant aux musiques religieuses, à l'harmonie. C'est une parodie.

Le terme désigne aussi bien le défilé en lui-même qu'un bruit discordant généré par de nombreuses personnes, du tapage ou encore du bruit accompagné de désordre. Dans ce dernier cas on parle aussi de chahut. Le rituel est attesté dès le XIVe siècle. Il se tient à l'occasion d'un mariage jugé mal assorti (c'est notamment le cas des charivaris organisés lors du mariage d'un homme âgé avec une jeune femme) ou d'un remariage (notamment quand un veuf ou une veuve se remarie trop vite après le décès de son premier conjoint : il s'agit alors d'un rite funéraire dans lequel le bruit est le seul moyen d'expression du défunt[1]). Le charivari pouvait durer très longtemps, tant que les personnes mises en cause n'acceptaient pas de verser une sorte de rançon, comme au minimum offrir à boire aux participants, et souvent de « courir l'âne » (asoade en Gascogne) : les conjoints devaient enfourcher un âne, la femme dans le bon sens, l'homme à l'envers, tourné vers le derrière et tenant en main la queue de l'animal, en général au moment du carnaval, au milieu de la foule qui les conspuait. Ces rituels effectués, le calme revenait. Si les personnes incriminées refusaient de « courir l'âne », ils étaient remplacés par des comparses qui jouaient leur rôle, mais en ce cas c'est leur position au sein de la communauté qui était gravement compromise. Les autorités interdisaient la pratique du charivari qui troublait l'ordre public. Un usage de substitution, essentiellement plus discret et garantissant l'anonymat des participants, fut alors, en Gascogne, Béarn et Pays basque, la jonchée, qui consistait à unir les domiciles des deux personnes accusées d'adultère par une jonchée de feuillage, de fleurs, de paille ou d'objets hétéroclites. On trouve trace de cette tradition dans le Roman de Fauvel, admonitio (mise en garde pour le roi) composé par Philippe de Vitry durant le XIVe siècle.

Un des charivaris les plus célèbres est celui qui fut organisé par le roi Charles VI, à l'occasion duquel périrent brûlées quatre personnes proches du roi, resté dans l'histoire sous le nom de bal des ardents.

Au XIXe siècle, le folkloriste Jean-François Bladé, dans la préface de ses Contes populaires de la Gascogne, a raconté en détail un charivari contre un couple dont le mari avait été battu en public par sa femme, et auquel, encore enfant, il avait activement participé, initié par sa propre nourrice[2].

Note[modifier | modifier le code]

  1. Victor W. Turner, Le phénomène rituel. Structure et contre-structure, PUF,‎ 1990, 208 p.
  2. Réédition in Jean-François Bladé, Les Nouvelles, Toulouse, éditions Loubatières, 2000

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • G. Desplat, Charivaris en Gascogne. La « morale des peuples » du XVIe au XXe siècle, Berger-Levrault, 1982 ;
  • C. Gauvard et A. Gokalp, « Les conduites du bruit et leur signification à la fin du Moyen Âge : le charivari », Annales. Économies, sociétés, civilisations, 1974, pp.693–704 ;
  • J. Le Goff et J.-C. Schmitt (s.dir.), Le Charivari, actes de la table ronde organisée à Paris (1977) par le CNRS et l'EHESS, Mouton, coll. « Civilisations et sociétés », 1981 ;
  • H. Rey-Flaud, Le Charivari. Les rituels fondamentaux de la sexualité, Payot, 1985.