Évhémère

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Évhémère (en grec ancien Εὐήμερος / Euhếmeros), né aux alentours de 316 av. J.-C., est un mythographe grec de la cour de Cassandre, auteur de L'Écriture sacrée, roman de voyage fantastique. Le lieu de naissance d'Évhémère est contesté : il serait né à « Messine » (mais ce nom peut désigner soit Messine en Sicile, soit Messène dans le Péloponnèse), alors que d'autres penchent plutôt vers Chios, et Théophraste le dit de Tégée[1].

Son roman est à l'origine de la théorie de l'évhémérisme. Il est considéré comme l'un des premiers théoriciens de l'athéisme systématique.

Son œuvre (roman)[modifier | modifier le code]

Elle ne nous est connue que de seconde ou de troisième main, traduite en latin par le poète Ennius, puis perdue mais transmise par un compte rendu donné dans les Institutions divines de l'apologiste chrétien Lactance, puis par un autre résumé transmis par Diodore de Sicile, mais on trouve des allusions à Évhémère chez plusieurs autres auteurs grecs et latins[2],[3],[4],[5].
Il présente dans son roman les dieux grecs comme étant des héros ou de grands hommes divinisés après leur mort. L'ouvrage raconte un voyage initiatique qu’il aurait effectué dans une île nommée « Panchée » où il aurait pu contempler une colonne d'or sur laquelle auraient été racontées les actions, mais aussi la mort de divers hommes portant les mêmes noms que les divers dieux grecs.
« Ainsi, Zeus aurait été un souverain sage et bienfaisant, Aphrodite une courtisane du roi de Chypre qui en aurait fait une déesse et Athéna une reine guerrière. Sextus Empiricus, qui rapporte les propos d’Évhémère, donne une vision quelque peu différente de la théorie d’Évhémère : dans ce cas, les divinités de ces hommes n’étaient pas dues aux honneurs de l’immortalité que leur aurait conférée d’autres hommes, mais à un titre qu’ils se seraient eux-mêmes attribué. »

Ainsi, Sextus Empiricus écrit dans Contre l’enseignement des sciences :

« Évhémère, surnommé l’Athée, dit ceci : lorsque les hommes n’étaient pas encore civilisés, ceux qui l’emportaient assez sur les autres en force et en intelligence pour contraindre tout le monde à faire ce qu’ils ordonnaient, désirant jouir d’une plus grande admiration et obtenir plus de respect, s’attribuèrent faussement une puissance surhumaine et divine, ce qui les fit considérer par la foule comme des dieux. »

Plus tard des écrivains chrétiens des premiers siècles, tel Lactance et d'autres apologistes, reprennent son argumentation pour combattre la religion romaine.

Au Moyen Âge et à la Renaissance, on le cite encore et on détourne ces idées. M. Seznec montre dans sa thèse[6] sur la Survivance des dieux antiques que les dieux ou faux-dieux qu'Évhémère et les premiers apologistes avaient cru détruire en les réduisant à redevenir des hommes sont néanmoins devenus, au Moyen Âge et à la Renaissance, des personnages historiques que l'on a vénéré pour leurs grandes qualités humaines, comme les saints.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Opinions des Philosophes du Pseudo-Plutarque (VII)
  2. Voir R. de Block, Evhémère, son livre et sa doctrine, Mons, 1876 ;
  3. P. Dechanne, La Critique des traditions religieuses chez les Grecs, Paris, 1904, p.371 et seq. ;
  4. Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, V. 41-46 ;
  5. Lactance, Institutions divines, I, II.
  6. J. Seznec, La Survivance des dieux antiques, Londres, 1940

Voir aussi[modifier | modifier le code]

  • Snorri Sturluson, le chrétien mytholographe islandais qui présente les dieux nordiques comme Évhémère les dieux grecs.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]