Oniomanie

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

L'oniomanie est la manie compulsive des achats. Cette manie a été découverte en Allemagne à la fin du XIXe siècle par Emil Kraepelin. En grec ancien, le terme signifie la folie des prix (ὤνιος onios "à vendre" et μανία mania "folie"). En 1915, le psychiatre allemand Emil Kraepelin observe des troubles qu’il va nommer oniomanie : c’est une relation pathologique à l’argent et aux achats. Ce comportement s'appelle également achat compulsif.

Historique[modifier | modifier le code]

Emil Kraepelin est le premier à avoir décrit l'oniomanie, il y a plus d'un siècle de cela[1]. Eugen Bleuler (1924) et lui ont tous deux décrit ce syndrome dans leurs ouvrages de psychiatrie[2]. Ce n'est toutefois qu'au début des années 1990 que l'oniomanie a commencé à être réellement considérée comme une maladie[3]. Même au XXIe siècle, les achats compulsifs sont à peine reconnus comme étant un trouble d'ordre psychiatrique[4]

Les chercheurs ne se penchent sur ce comportement que depuis quelques décennies et il y a beaucoup de rattrappage à faire pour atteindre le même degré de connaissance et de compréhension que pour l'alcoolisme, l'anorexie, la boulimie ou la toxicomanie[5]. Ce syndrome est de mieux en mieux reconnu comme étant un problème grave pouvant avoir de lourdes conséquences, tant au plan émotionnel que financier[6]. On estime que 8.9% de la population américaine serait touchée[7]. En France, il est possible de faire reconnaître cette maladie auprès des tribunaux[8].

Symptômes[modifier | modifier le code]

Trois critères diagnostiques de l'oniomanie ont été proposés:

Dans un premier temps, le comportement propre à l'oniomanie est sans doute provoqué par le besoin de se sentir un peu moins seul et se donner l'illusion d'être quelqu'un de particulier. Toutefois, les achats compulsifs ne parviennent pas à combler ce sentiment de manque, ce qui peut entraîner un cercle vicieux qui mène à toujours plus d'achats[10], les personnes atteintes connaissant alors les hauts et les bas communément associés à l'addiction[11]. L'euphorie suivant immédiatement l'achat sera aussitôt suivie de la déception et d'un sentiment de culpabilité[12], ce qui provoquera un nouveau cycle d'achats impulsifs, dans une vaine recherche de reconnaissance sociale[13]. La personne souffrant de cette addiction se sent alors de plus en plus mal et ressent des émotions négatives, telles que la colère et le stress. Elle tentera alors d'atténuer son mal-être en retournant dans les magasins[14] et ressentira à nouveau des regrets ou encore une dépression une fois de retour à la maison[15]. Les achats resteront souvent dans leurs sacs, intouchés pendant des mois, voire des années.

Lorsque la victime de ce trouble commence à s'endetter, un comportement de dissimulation se mettra en place[11]. Les achats seront cachés ou détruits, car l'acheteur/l'acheteuse compulsif a honte de son addiction. Le poids mental, financier et émotionnel de ce trouble du comportement devient alors de plus en plus lourd[16].

Causes[modifier | modifier le code]

Personnelles[modifier | modifier le code]

L'oniomanie trouve souvent ses origines dans la petite enfance, avec une relation parent-enfant dysfonctionnelle. La personne cherchera alors à combler une sensation de vide et d'absence d'identité à l'aide d'objets[17]. Les enfants qui sont négligés de leurs parents grandissent souvent avec une mauvaise estime de soi, étant donné que pendant une bonne partie de leur enfance, ils se sont sentis peu importants en tant que personnes. Ils ont dû chercher des consolations en se tournant vers autre chose, tel que des jouets et des aliments afin de combler ce manque et leur sentiment de solitude[18]. Les adultes qui comptaient sur des choses matérielles pour trouver un réconfort émotionnel lorsqu'ils étaient enfants sont plus susceptibles de devenir accros au shopping, car leur sentiment de vide intérieur et de carence affective persiste à l'âge adulte. L'achat d'un jouet ou d'aliments vient remplacer l'affection. Le perfectionnisme, l'impulsivité, les compulsions et le besoin impérieux d'être maître de la situation sont également associés à ce trouble du comportement[19]

L'acheteur/l'acheteuse compulsif semble être une personne dont l'identité est mal définie, qui est à la recherche d'elle-même et qui pense que ses achats vont lui donner une consistance et une existence sociale valorisante[20]. Les personnes souffrant de troubles associés, tels que l'anxiété, la dépression ou la faible maîtrise de leurs pulsions sont particulièrement susceptibles de tomber dans l'oniomanie, dans une vaine tentative de soigner leur mauvaise estime de soi[21].

D'aucuns, en revanche, affirment que de telles explications psychologiques pour les achats compulsifs ne s'appliquent pas à toutes les personnes souffrant d'oniomanie[22].

Systémiques[modifier | modifier le code]

Le statut social joue également un rôle important dans l'oniomanie, la société de consommation alimentant l'idée que les achats compulsifs sont une forme d'addiction post-moderne[23].

Le fait qu'il soit si facile d'obtenir une carte de crédit encourage les dépenses faites sur un coup de tête, au-delà des moyens de la personne concernée. La meilleure chose que puisse faire un oniomane serait de bloquer, voire de détruire sa carte de crédit[24].

La différence entre l'oniomanie et un mode de consommation sain est la nature compulsive, destructive et chronique de l'acte d'acheter. Alors que le shopping peut offrir une source constructive d'expression de soi, dans sa forme excessive, il peut représenter un véritable danger[25].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Après un certain temps, la personne souffrant d'oniomanie commence à ressentir des sentiments d'angoisse, de culpabilité et de dépression, qui sont encore aggravés par les problèmes financiers qui ne manquent pas de surgir suite aux dépenses inconsidérées. Les achats compulsifs, qui s'étendent souvent sur plusieurs années, voire plusieurs décennies, peuvent avoir des conséquences dévastatrices: l'endettement ou l'insolvabilité. Certaines victimes chercheront alors à s'en sortir en recourant à des méthodes illégales, tels que le vol ou le détournement de fonds.

Thérapie[modifier | modifier le code]

En règle générale, l'oniomanie se soigne au moyen de thérapies comportementales et grâce à l'aide sociale. Il est possible aussi de recourir à des médicaments psychotropes, tels que des antidépresseurs. Les groupes d'entraide offrent également une issue[26].

La division des maladies psychosomatiques de la clinique universitaire d'Erlangen, en Allemagne a mis au point une thérapie particulière, dont l'efficacité a pu être démontrée scientifiquement. Près d'un patient sur deux a réussi à vaincre sa dépendance aux achats grâce à cette thérapie de groupe, qui repose sur le principe de la substitution. Chaque groupe compte de six à huit participants qui, sur une période de douze semaines, apprennent à mettre en place des activités alternatives, comme le sport ou aller boire un café avec des amis. Ces activités jouent le rôle de soupape, qui permet de les détourner de leurs pulsions acheteuses. L'oniomanie repose sur une perturbation de la maîtrise de ses pulsions, comme c'est le cas pour la pyromanie ou la kleptomanie.

Les achats sont souvent précédés d'un sentiment d'excitation ou d'impatience et suivis d'une sensation de bonheur et de satisfaction. Ce qui compte, c'est l'acte d'acheter et non pas la marchandise acquise. Les patients, avec l'aide d'un thérapeute, se posent des questions pragmatiques: comment utiliser mon argent de façon raisonnable à l'avenir? Que faire, si l'envie d'acheter me saisit à nouveau? Il leur sera conseillé de payer comptant plutôt que par carte de crédit, afin de mieux se rendre compte des montants dépensés[27]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Donald W. Black, 'A review of compulsive buying disorder'(en)
  2. R. J. Frances et al, Clinical Textbook of Addictive Disorders (2005) p. 315(en)
  3. Black(en)
  4. Jon E. Grant/S. W. Kim, Stop Me Because I Can't Stop Myself (2004) p. 16(en)
  5. Benson/Gengler, p. 451(en)
  6. Benson/Gengler p. 251(en)
  7. Nancy M. Ridgway, Monika Kukar‐Kinney and Kent B. Monroe, An Expanded Conceptualization and a New Measure of Compulsive Buying, Journal of Consumer Research, Vol. 35, No. 4 (December 2008), p. 622-639, http://www.jstor.org/stable/10.1086/591108(en)
  8. Achats compulsifs sur icsao.org
  9. Frances, p. 315(en)
  10. Pamela Klaffke, Spree (2004) p. 185(en)
  11. a et b Klaffke, p. 185(en)
  12. Lucy Costigan, Women and Healing (2006) p. 208(en)
  13. Helga Dittmar, "Understanding and Diagnosing Compulsive Buying", in Robert H. Coombs, Handbook of Addictive Disorders (2004) p. 442(en)
  14. Dittmar, p. 426(en)
  15. Dittmar, p. 424(en)
  16. Catalano and Sonenberg, in Costigan, p. 208(en)
  17. Elias Aboujaourde/Lorrin M. Koran, Impulse Control Disorders (Cambridge 2010) p. 8(en)
  18. Patrick Casement, Further Learning from the Patient (London 1990) p. 127(en)
  19. April Lane Benson, I Shop Therefore I Am (2000)(en)
  20. Aboujaourde/Koran, p. 8(en)
  21. April Lane Benson/Marie Gengler, "Treating Compulsive Buying" in Coombs, p. 451(en)
  22. Aboujaourde/Koran, p. 9(en)
  23. Dittmar, p. 417(en)
  24. Dennis Hayes, Beyond the Silicon Curtain (1989) p. 145(en)
  25. April Lane Benson and Marie Gengler, "Treating Compulsive Buying", in Coombs, p. 452(en)
  26. Débiteurs anonymes
  27. Müller, de Zwaan, Mitchel: Pathologisches Kaufen: Kognitiv-verhaltenstherapeutisches Manual. Ärzteverlag, 2008, 978-3769105667(de)