Irvine Welsh

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Irvine Welsh

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Irvine Welsh en Pologne, à Varsovie, le

Activités Écrivain
Naissance
Leith, Édimbourg
Écosse Écosse
Langue d'écriture Anglais
Mouvement Modernisme, Postmodernisme
Genres Romans
Distinctions Scottish Arts Council Book Award, Saltire Society Scottish Book of the Year Award

Œuvres principales

Irvine Welsh, né en 1958 à Édimbourg, est un écrivain écossais.

Biographie[modifier | modifier le code]

« Je n’appartiens pas tant à la classe moyenne qu’à la bourgeoisie. Je suis un gentleman du plaisir. J’écris. Je m’installe à ma fenêtre et je regarde mon jardin. J’aime les livres. J’aime l’épaisseur et la complexité de Jane Austen et de George Eliot. J’écoute de la musique, je voyage. Je peux aller à n’importe quel festival du cinéma dès que j’en ai envie. »

— Irvine Welsh[1].

Malgré cette déclaration, Irvine Welsh est issu d'une famille modeste : sa mère est femme de ménage ; son père docker, puis marchand de tapis, meurt alors que Welsh a 25 ans. La famille habite d'abord dans le quartier de Leith, où il est né. En 1962, elle déménage dans le centre d’Édimbourg.

Welsh fait ses études secondaires à l'école d'Ainslie Park[2] ; il quitte le système scolaire à l’âge de 16 ans et obtient un diplôme d’électricien[3].

En 1978, après avoir vécu de différent « petits boulots », il quitte Édimbourg pour Londres où il essaie de s’intégrer à la scène punk. Il devient guitariste et chanteur dans des groupes comme The Pubic Lice (« Les Morpions ») et Stairway 13 (en référence à l’accident tragique dans la tribune du stade d’Ibrox). En même temps, il travaille pour la mairie de Londres et étudie l’informatique. Il est « accro à l’héroïne de 1981 à 1983 », période durant laquelle il a écrit ce qui lui servira de base pour Trainspotting[4].

Vers le milieu des années 1980, à la faveur du boom causé par la gentrification du nord de Londres, il devient agent immobilier. Il revient ensuite à Édimbourg où il travaille au Département du logement de la municipalité. Ces expériences lui serviront d’outils dans sa réflexion sociale.

Il reprend ses études, obtient un MBA (Master of Business Administration) à l’université Heriot-Watt et publie une thèse sur l'égalité des chances entre hommes et femmes dans le monde du travail[5].

Welsh s’engage également dans la musique en tant que DJ, producteur et tourneur. Comme beaucoup de ses personnages, il soutient avec conviction l'équipe de football des Hibs, une des deux d’Édimbourg (le Hibernian Football Club, dont les supporters sont princialement catholiques, le club ayant été fondé par des Irlandais)[6].

Il est marié depuis juillet 2005 à une Américaine, Beth Quinn, rencontrée lors d’un cours d’écriture créative à Chicago. Welsh se décrit lui-même comme « monogame » : « c’est triste à entendre, mais c’est bien ce que je suis »[7]. Il vit aujourd’hui en Floride, retourne souvent en Écosse et voyage régulièrement à travers le monde pour ses travaux en littérature, en musique et au cinéma.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Présentation générale[modifier | modifier le code]

« Les journalistes et les politiques extraient des mensonges de la vérité : les romanciers doivent faire l’inverse »

— Irvine Welsh[8].

Welsh peut être rapproché de deux groupes d’écrivains forts différents l’un de l’autre, ce qui aide à mieux comprendre la force et l’originalité de son œuvre. D’un côté, l’École de Glasgow par son attachement à reproduire le vrai langage et la culture des classes populaires[9]. Il recourt au « bad Scots », le patois urbain de la capitale écossaise[10]. Bien qu’il soit originaire d’Édimbourg, son univers entièrement dédié à cette ville rappelle la passion des écrivains de Glasgow pour la leur et ils partagent bien sûr une même culture écossaise. La différence la plus notable est plutôt politique : Welsh n’est absolument pas nationaliste et il raille même l’indépendantisme écossais et ses nouvelles élites dans ses romans. Dans Recettes intimes de grands chefs, un indépendantiste perd sa virilité alors qu’il fabrique une bombe entre ses cuisses. Il partagerait donc l'héritage d’Alasdair Gray et de James Kelman, aux côtés de Iain Banks et Ian Rankin. D'un autre côté, il s'apparente aux écrivains américains « culte et trash » : Hunter S. Thompson (Las Vegas Parano), Brett Easton Ellis (American Psycho) ou Chuck Palahniuk (Fight Club)[11],[12]. Tout comme eux il est considéré comme un critique de la société consumériste, le symbole d’une génération et est « victime » d’un livre considéré comme majeur, adapté avec succès au cinéma, mais qu’il a du mal à dépasser.

Lecture d'Irvine Welsh au festival d'Édimbourg en 2004

Son premier roman, Trainspotting, est publié en 1993. L’histoire se déroule dans les années 1980 et voit d’abord le jour sous forme de nouvelles décousues dont les personnages, unis par leur amitié fragile et leur addiction à l’héroïne, tentent d’échapper à l’ennui oppressant et à la brutalité de leur quotidien dans la cité. S’il en a choqué certains, il a été porté en triomphe par beaucoup d’autres, le Sunday Times a ainsi déclaré que Welsh était « la meilleure chose qui soit arrivée à la littérature britannique depuis des décennies. » L’adaptation au cinéma de Trainspotting, réalisée par Danny Boyle et écrite par John Hodge, sort sur les écrans en 1996. Welsh y fait une courte apparition dans la peau d’un dealer, Mikey Forrester. Le film rencontre un succès mondial et contribue à la célébrité internationale de Welsh.

Son rapport à la drogue, très décrié, l’a fait longtemps classer parmi les écrivains britanniques de la chemical generation (Toni Davidson, John King). On a reproché à Welsh d'être vulgaire, de donner dans le trash et la violence gratuite, de déprécier les classes populaires. Ainsi, il aurait manqué le prix Booker (principal prix littéraire au Royaume-Uni) parce qu’il aurait choqué « la sensibilité des dames du jury »[13]. En France, la critique Nelly Kaprièlian l’accuse également de « faire des pauvres des êtres bêtes et méchants, médiocres et incultes » et de « poser un regard condescendant sur la classe qu’il entend pourtant réhabiliter »[14].

L’œuvre de Welsh ne se résume cependant pas à ce best-seller et beaucoup ont vu en Marabout Stork Nightmares ou dans Glu ses meilleurs romans[15],[16]. Pour la critique littéraire française Josyane Savigneau, c’est dans Recette intimes de grands chefs que Welsh maîtrise le mieux son « art de la comédie sociale »[17]. Porno est la suite directe de Trainspotting, dix ans plus tard, Glu et Recettes intimes de grands chefs se situent dans le même univers. Paru en 2008, Crime marque une rupture de genre et de lieu puisqu’il s’agit d’un polar se déroulant principalement aux États-Unis.

Romans et nouvelles[modifier | modifier le code]

  • Trainspotting, roman, trad. Éric Lindor Fall, Points, 1993 - ISBN 9782020336468.
  • Acid House, nouvelles, non traduit, 1994.
  • Marabout Stork Nightmares, roman, non traduit, 1995.
  • Ecstasy. Trois contes d'amour chimique (Ecstasy: Three Tales of Chemical Romance), nouvelles, trad. Alain Defossé, Points, 2006.
  • Une ordure (Filth), roman, trad. Alain Defossé, Points, 1998 - ISBN 9782757806135.
  • Glu (Glue), roman, trad. Laura Derajinski, Au Diable Vauvert, 2009
  • Porno, roman, trad. Laura Derajinski, Au Diable Vauvert (suite de Trainspotting), 2008 - ISBN 9782846261517.
  • Recettes intimes de Grands Chefs, trad. Laura Derajinski, (The Bedroom Secrets of the Master Chefs), roman, Au Diable Vauvert, 2008.
  • Crime (roman), roman, (suite de Une ordure), 2008, trad. Diniz Galhos, Au Diable Vauvert, 2014.
  • Skagboys, roman, (préquelle de Trainspotting et Porno), 2012.

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • Trainspotting, 1994.
  • You'll Have Had Your Hole, 1998.
  • Ecstasy, 1998.
  • Filth, 1999.
  • Babylon Heights, 2006.

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • 1996 : Trainspotting
  • 1999 : The Acid House
  • 2001 : Nuts
  • 2003 : Dose
  • 2004 : Bad Blood
  • 2007 : Wedding Belles
  • 2011 : "Irvine Welsh's Ecstasy"

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) David McCordick, Scottish Literature : An Anthology, Peter Lang, 1996.
  • Thierry Guinhut, « Irvine Welsh et Will Self, sexe, drogue et utopie », dans la Revue des deux mondes, mars 2001.
  • Camille Manfredi, « Écosse, littérature et nationalisme culturel : le phantasme d’une nation ? », dans la Revue de Civilisation Contemporaine de l’Université de Bretagne Occidentale, Brest, juin 2002.

Remarque : dans Pensées secrètes, David Lodge fait écrire à un étudiant un pastiche d'Irvine Welsh sur le thème : Qu'est-ce qu'être une chauve-souris ?[18].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Interview dans The Daily Mail, 7 août 2006.
  2. Ainslie Park Secondary School
  3. The Novelist Irvine Welsh's Trainspotting: A Reader's Guide, by Robert A. Morace. Published by Continuum International Publishing Group, 2001. ISBN 082645237X.Page 7-24.
  4. Coralie Trinh Thi, Technikart, février 2008.
  5. Site de l'université Heriot-Watt [1].
  6. L'Équipe, 12 avril 2008.
  7. The Daly Mail, 7 août 2006.
  8. Interview dans Chronic'art, mars 2008.
  9. Fabrice Lardreau, Transfuge n°5, janvier 2005.
  10. Jean-Claude Souesme, Grammaire anglaise en contexte, Ophrys, 2003
  11. Héléna Villovitch, Elle, 21 janvier 2008.
  12. Hubert Artus, L’Optimum, février 2008.
  13. Biographie de l'auteur sur le site de la BBC
  14. Les Inrockuptibles, 15 janvier 2008
  15. Boyd Tonkin, The Observer, 23 avril 1995
  16. John Burnside, Times Literary Supplement, 4 mai 2001
  17. Le Monde, 8 février 2008.
  18. Pensées secrètes, chapitre 8. Les autres pastiches cités sont d'après Martin Amis, Samuel Beckett et Salman Rushdie.