Fort de Joux

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Château de Joux
Image illustrative de l'article Fort de Joux
Vue lointaine du château et de la cluse.
Type Château fort
Début construction XIe siècle
Fin construction XIXe siècle
Destination initiale Fortification
Protection Logo monument historique Classé MH (1996)
Patrimoine XXe s.
Coordonnées 46° 52′ 21″ N 6° 22′ 27″ E / 46.8725, 6.374246° 52′ 21″ Nord 6° 22′ 27″ Est / 46.8725, 6.3742  [1]
Pays Drapeau de la France France
Anciennes provinces de France Comté de Bourgogne
Région Franche-Comté
Département Doubs
Commune La Cluse-et-Mijoux

Géolocalisation sur la carte : Doubs

(Voir situation sur carte : Doubs)
Château de Joux

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Château de Joux

Le fort de Joux est situé dans le Doubs, il surplombe la cluse de Pontarlier ouvrant passage vers la Suisse dans le massif du Jura. Il fait partie de la commune de La Cluse-et-Mijoux, Doubs.

Il fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le 18 juillet 1996[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

La Cluse-et-Mijoux

Le plateau de la Pelouse et la Rochette[modifier | modifier le code]

Dès l'antiquité, il existait un péage dans la cluse et un guet en bois sur le plateau de la Rochette. Dans la guerre des Gaules, César parle d'une montagne haute défendue par cinquante hommes qui permettait d'entrer dans le pays des séquanes qui pourrait bien-être le guet nommé Iors par les séquanes. C'est par là que s'exilèrent les helvètes en -58 avant d'être rejoints par César sur la Saône. C'est en 1039, à la mort de Conrad II le Salique et à la relève par Henri III du Saint-Empire que le château est désigné pour la première fois dans la Vita Mathildis sous le nom de Miroaltum ; en effet, en 1227, Henri de Joux parle du "château de Joux également nommé Miroaz" et l'on retrouve des noms semblables dans les chartes des sires de Joux (Miroual, Miroal, Miroaz, Mirua). Il fut ensuite toujours appelé indifféremment "fort de Joux" ou "chasteau puis château de Joux".

La montagne de Joux, séparée par une faille spectaculaire du Larmont, se divise en trois zones: La Rochette surplombe le village de la Cluse-et-Mijoux, la Pelouse surplombe la Rochette et au Sud-Sud-Ouest on trouve le Géran. Le fort de Joux fut bâti sur la Pelouse mais il existait dès le départ des fortifications et un escalier sur la Rochette qui permettaient de rejoindre directement le péage situé à l'endroit le plus étroit où se trouve actuellement le Chauffaud. Il est probable que les seigneurs de Salins aient inféodé une vaste portion de leur territoire, qu'il tenait de l'abbaye territoriale de Saint-Maurice d'Agaune, à la maison de Joux et notamment le Val d'Usie. En effet en 941 ce monastère remettait en fief à Albéric de Salins tout le val composé de Goux-les-Usiers, Bians-les-Usiers et Sombacour. Grâce à Frédéric Barberousse, Empereur romain germanique, qui leur en confirme la charge au XIIe siècle, les sires de Joux vont pouvoir considérablement agrandir leur domaine. Les propriétés de la maison de Joux s'étendent sur les montagnes de Mouthe, de Pontarlier et de Montbenoît, le long du Doubs depuis le "Mont d'Or" près de Métabief jusqu'au "Mont de la Grande-Combe", ils possèdent la seigneurie d'Usie, celle de Cicon, de Lièvremont et de Naisey. Le fief n'étant pas masculin, passera dans les maisons de Blonay puis de Vienne et enfin de Hachberg et de Neuchâtel à l'occasion des alliances féminines[3].

Le site, édifié à l'entrée de la "Cluse de Pontarlier" (appelée "le tournant" ou "embouchis"), commande l'unique route traversant les montagnes du Jura à cet endroit et facilite l'installation d'un "péage" qui garantit très vite un revenu régulier permettant de construire un château en pierre. La puissante maison de Joux apparait au Xe siècle et descend des premiers burgondes qui s'approprièrent ce lieu, le fief se compose à l'origine du château et de Saint-Pierre-de-la-Cluse (aujourd'hui le quartier Saint-Pierre), il s'agrandit à partir du XIIIe siècle au moyen d'"abergements" (concessions gratuites de terrain) tout d'abord vers La Cluse, puis vers la Chapelle-Mijoux, Les Verrières, Les Fourgs et enfin Oye-et-Pallet ; les sires de Joux vont ainsi devenir les propriétaire des "montagnes du Jura" se faisant d'ailleurs appeler "les puissants seigneurs à bannières du Jura" ou "les sires des forêts jurassiennes"[3].

Les sires des forêts jurassiennes[modifier | modifier le code]

Vue depuis la cluse
Article détaillé : Famille de Joux.

Les sires de Joux, descendant probablement de princes burgondes, étaient très riches grâce à leur péage qui se trouvait sur une des deux seules routes carrossables entre le comté de Bourgogne et la Suisse puis la Lombardie ; c'était la route du sel mais également la Via Francigena. Les personnes qui dépendaient de l'abbaye de Montbenoît, de Pontarlier et des fiefs de Joux étaient exemptés de péage. Les sires de Joux possédaient en outre une poêle à Salins-les-Bains et à cette époque le sel était très précieux. Ils possédaient des mines de fer et d'argent, des fours à chaux et leurs serfs produisaient une viande fumée réputée depuis l'Antiquité. En outre, ils mettaient à ban la rivière du Doubs et possédaient des bois de sapin et d'épicéa (nommé picée à l'époque) pour les charpentes. De plus, les pois blancs cultivés sur la plaine de l'Arlier étaient très réputés et s'exportaient également bien vers la foire de Beaucaire, vers la Lombardie ou dans le reste du Saint Empire.

À travers toutes les générations, les sires de Joux se comportaient comme des brutes qui pillaient et rançonnaient leurs voisins et tous ceux qui ne leur payaient pas ce qu'ils leur devaient. Il ne fait pas de doute qu'ils se rangèrent derrière Eudes II de Blois lorsque le royaume de Bourgogne fut donné à Conrad du Saint Empire, n'acceptant pas d'être dirigés par des germaniques ; ils parlèrent toujours le romand et le latin pour communiquer avec les autres langues. En 1039, Aldric de Joux et toutes les personnes qui étaient dans le château ce jour là se firent couper le nez et les oreilles par Boniface III de Toscane et ses troupes lombardes afin qu'ils se souviennent qu'ils devaient allégeance à l'empereur du Saint-Empire romain germanique[4]. En effet, ils avaient fortifié sans permission leur château. C'est probablement pour cela que les sires de Joux prirent toujours partie contre les Lombards et pour l'empereur. C'est ainsi qu'Amaury III accompagné d'Othon de Champagne fit allégeance en 1168 à Frédéric Barberousse, empereur du Saint Empire. En 1175, lorsque les sires allemands furent las de combattre, il fut aux côtés de son empereur jusqu'en 1183, il sera donc considéré comme ayant fait la troisième croisade organisée par Frédéric Barberousse qui y trouvera la mort en 1190. Pour récompenser sa fidélité, l'empereur lui remet le Val d'Usie et une bonne partie de la plaine de l'Arlier. Il entreprend la fortification de la roche surplombant le cours du Doubs à Pontarlier et notamment le quartier du "Morieux" devenant ainsi la "forte place du Molar". En 1246 Amaury IV se voit contraint, par Jean Ier de Chalon, de traiter avec les "barons-bourgeois" de Pontarlier dans le cadre du "baroichage" de cette ville (qui est une association d'hommes libres), cet acte limite ses droits sur les forêts, le banvin et le baroichage de Pontarlier aussi en représailles Amaury IV exige des droits de péage exorbitants à ceux qui traversent ses terres pour aller chercher du sel à Salins ce qui ne manque pas de déclencher un important conflit avec Jean Ier de Chalon qui aboutira à apporter la désolation sur les terres de Joux[3]. En 1282, Henri II de Joux participa aux côtés des gibelins aux Vêpres siciliennes contre les Français après avoir réuni l'argent nécessaire et s'être préparé en 1281. Jean de Joux partit contre Philippe le bel dans la Bataille de Mons-en-Pévèle où il perdit la vie avec son écuyer.

En 1410 Guillaume de Vienne achète le château et la seigneurie de Joux à Jeanne, fille d'Hugues de Blonay, seigneur de Joux, qui n'avait pas d'enfant. Il meurt en 1434 laissant Philippe de la Marche, en qualité de châtelain de Guillaume de Vienne, venir habiter le château accompagné de son fils Olivier. Celui-ci, encore très jeune à cette date sera confié à Pierre de Saint-Mauris et scolarisé à l'école de Pontarlier qu'il quitte à l'âge de 14 ans pour entrer comme page au service des ducs de Bourgogne. Par mariage le fief devient propriété de la maison de Hochberg, souverain de Neuchâtel, ceux-ci ne revendiquant pas la possession des terres de Joux elle devient pendant plus de 150 ans l'objet de tiraillements entre les Bourguignons, les Français et les Suisses[3]. En 1454, Guillaume II de Vienne vend le château à Philippe III de Bourgogne, il place le marquis de Rothelin comme capitaine du château, son souhait étant de faire du château un poste frontière bien gardé. En 1475, le château résiste aux Bernois partis piller Pontarlier. En 1477, Katherin Bouchet défend contre le capitaine du château, Louis d'Arban, les retraites de Charles le Téméraire aux batailles de Morat et de Grandson. C'est pourquoi, après la mort de son père, Marie de Bourgogne le nommera châtelain à vie du château de Joux. Par son mariage, le château se retrouve sous l'autorité de Maximilien d'Autriche. En 1481, Philippe de Hochberg place Antoine de Sarron dans le château, investissant ainsi la place. S'ensuit une série de procès entre les ducs de Hochberg et les comtes de Neuchâtel. En 1492 le tribunal de Dole décida que le château de Joux appartenait à Marguerite d'Autriche ; nulle objection n'y fut faite, elle y plaça le marquis de Rothelin[5]. Mais l'histoire a montré jusqu'en 1815 que les Neuchâtelois revendiquaient toujours Joux et son fief. François 1er en personne arbitrera le conflit en 1529[6].

Les conquêtes du XVIIe siècle[modifier | modifier le code]

Château de Joux vers 1666-1681, détail (Van der Meulen).
Vue depuis l'ouest.

Avec la Guerre de Dix Ans débutée en 1634 le château de Joux, après la ville de Pontarlier, tombe en 1639 entre les mains des Français conduit par Bernard de Saxe-Weimar, après 15 jours de tranchées ouvertes dont on voit les stigmates sur le Géran[7]. La forteresse fut remise au gouvernement de Van-der-Gruën, nommé par Weimar puis du sire Grim. Lors des négociations des traités de Westphalie, les français ne voulurent pas rendre le château de Joux qui avait été donné par le roi au duc de Longueville. Les espagnols ripostèrent que c'était impossible au vu de sa situation stratégique. Il ne fut rendu qu'en novembre 1659 par le traité des Pyrénées. Ce traité mettait fin à la guerre entre la couronne d'Espagne et la France et redonnait sa neutralité à la Histoire de la Franche-Comté. Il comprend un article stipulant que le château de Joux, momentanément cédé au comte de Neuchâtel, doit être restitué à la France[8].

En 1668, pour récupérer la dot de son épouse, Louis XIV prend en personne la Franche-Comté avec ses chevau-légers et ses gardes suisses qui ne servent normalement qu'à sa protection rapprochée et à celle de sa famille. Il envoie le général de Noisy pour prendre Joux. Le baron Ferdinand de Saint-Mauris qui commande la garnison, composée de 60 soldats plus 20 cavaliers et 200 hommes de milices, est sous l'autorité du gouverneur de la province qui n'est autre que le marquis d'Yenne. Celui-ci avait quelque temps plus tôt pris parti pour la France au mépris de son devoir de défendre les places Francs-Comtoises. C'est pourquoi il capitule très vite devant de Noisy venu avec moitié moins d'hommes. Cependant, Louis XIV est contraint de rendre la Franche-Comté à l'Espagne selon le traité d'Aix la Chapelle. Le baron de Saint-Mauris reste gouverneur de la place.

En 1674, alors que les grandes puissances européennes sont affaiblies, Louis XIV refait en personne la seconde conquête de la Franche-Comté. Il envoie le marquis de Duras prendre le château de Joux pendant qu'il rentre avec le dauphin à Paris. Celui-ci donne de l'argent au gouverneur de la place qui se sauve en Suisse en laissant le fort aux français.

En 1678 le traité de Nimègue confirme le retour définitif de la Franche-Comté à la France et le démembrement de la seigneurie de Joux[3]. Le château de Joux fortifié par Vauban fera partie des trois forts franc-comtois épargnés par Louis XIV qui fit raser tous les autres châteaux. Le fort eut alors une garnison composée de beaucoup d'invalides de guerre, avec un gouverneur, qui était également gouverneur de Pontarlier, un lieutenant du roi et un major.

Le fort, prison d'état redoutée[modifier | modifier le code]

De la fin du règne de Louis XV jusqu'à la chute de Napoléon 1er, en 1815, le fort servit de prison d'état. Les cellules étaient froides et humides et les prisonniers devaient chauffer toute l'année à leurs frais. Malgré sa réputation de sureté, plusieurs prisonniers réussirent à s'évader du fort. Certains de ces détenus furent célèbres.

Mirabeau fut enfermé en mai 1775 dans la tour qui porte aujourd'hui son nom. Mais très vite, il obtint du gouverneur de la place, le marquis de St Mauris, de pouvoir se rendre à Pontarlier où il loua un appartement et où il connut Sophie de Ruffey avec laquelle il s'échappa en Hollande et à laquelle il écrivit les fameuses Lettres à Sophie.

Chouans et prêtres réfractaires y furent enfermés, parfois avec des traitements spéciaux, car beaucoup de pontissaliens, s'ils étaient antiroyalistes, défendaient l'église. Ainsi d'Andigné et Suzannet s'enfuirent du fort avec la complicité des cantiniers qui leur donnaient des limes pour scier leurs barreaux. Girod, Allier de Hauteroche, Michelot Moulin et Charles de Frotté (le frère du général Louis de Frotté) enfermés dans la même cellule avec la petite chienne Bibi, parvinrent à s'enfuir en janvier 1805 à l'aide de draps sur le plateau de la Rochette enneigé, puis dans la cluse et enfin par les Verrières ils atteignirent la Suisse puis rejoignirent l'Angleterre[9].

Fort de Joux - Toussaint Louverture

Toussaint Louverture fit l'erreur de faire une constitution à Haïti. Il fut l'initiateur de l'abolition de l’esclavage et de l'indépendance d'Haïti, première république noire. Il fut enfermé au secret au fort de Joux dans une cellule dont la fenêtre était presque entièrement murée en aout 1802. On lui retira tous ses grades, on lui refusa des soins pour sa maladie qu'il avait contractée avant d'être fait prisonnier et dont il mourut le 7 avril 1803. Napoléon fit également enfermer André Rigaud, un métis qui avait combattu Toussaint Louverture.

Le poète allemand Heinrich von Kleist fut emprisonné par erreur du 5 mars au 9 avril 1807 ; l'un de ses compatriotes fut enfermé dans un premier temps dans la cellule de Toussaint Louverture et eut des contacts avec son geôlier avant de venir le rejoindre. Ce fut de cette expérience que Kleist tira l'inspiration sa pièce Les Fiancés de St Domingue.

Le marquis de Rivière fut enfermé en 1814 pour ses actions contre Bonaparte. En 1812, le cardinal Calvachini, ancien gouverneur de Rome, eut un traitement de faveur car il était théoriquement enfermé au château mais il résidait en réalité derrière la cure de St Bénigne à Pontarlier avec son valet Volpini.

Le général Dupont fut transféré rapidement vers l'intérieur du pays avant l'arrivée des Autrichiens en 1813[10].

Les lieutenants de la guerre d'indépendance espagnole furent incarcérés de 1803 à 1815. L'un d'eux écrivit un poème pour son roi sur la porte de sa cellule[3]. La veille de l'arrivée des Autrichiens, en 1813, les 3 à 400 prisonniers furent transférés à Salins. Le jour d'avant, quatre prisonniers étaient parvenus à se sauver à l'aide de draps noués par les latrines du château. Le dernier chuta et ses compagnons l'emmenèrent jusqu'à Oye où il mourut, les autres fuirent en Suisse[10].

Dès le 27 décembre 1813, les Autrichiens assiégèrent et bombardèrent le fort, causant beaucoup de dommages matériels, mais le fort résistait toujours avec ses 100 soldats dont 60 vétérans. Décidant de changer de tactique, le 17 janvier 1814, ils offrirent 942 Francs au gouverneur de la place, Roubeau, qui accepta et partit avec sa troupe[10]. En mars 1815, profitant du désordre, 40 000 Suisses armés envahirent la contrée. Le 7 juillet, ils s'emparèrent du fort sans combat mais durent le restituer suite aux négociations de Talleyrand lors du Congrès de Vienne[10].

La retraite des Bourbaki et les deux guerres mondiales[modifier | modifier le code]

Casernement Joffre.

Le fort fut réparé et renforcé tant par l'amélioration de la seconde et cinquième enceinte que par la construction du fort Mahler entre 1843 et 1851. Le 1er février 1871, une fois l'armistice signé, les 100 000 hommes de l'armée de l'Est commandés par Bourbaki se firent attaquer par les 500 hommes prussiens de Manteuffel alors qu'ils se dirigeaient vers la Suisse pour être désarmés (Convention des Verrières). Le fort Mahler et le fort de Joux défendirent la colonne de soldats qui se dirigeait vers la cluse de leurs canons et la bataille furent victorieuse pour les Français. Ce fut aussi la première action d'envergure de la Croix-Rouge qui soigna autant les Prussiens que les Français aux Verrières-de-Joux.

Après la défaite de 1871, le fort fut modernisé par le jeune capitaine Joffre, alors officier du Génie. Il le transforma en véritable fort Séré de Rivières, avec des casemates Mougin contenant des canons de Bange de 155 mm, jugés comme les plus gros canons d'artillerie de l'époque. Mais la crise de l'obus-torpille en 1885 rendit obsolète ces coûteux travaux. Le fort fit partie des fortifications de l'Est tout comme le fort Mahler qui fut également modernisé et le Fort Catinat qui fut construit entre 1880 et 1883.

Lors de la Première Guerre mondiale, le fort n'eut qu'un rôle dissuasif.

Entre les deux guerres mondiales et jusqu'à la bataille de France, il est intégré à la ligne Maginot au sein du secteur fortifié du Jura pour servir de plate-forme d'artillerie. En juin 1940, une colonne allemande arriva de Besançon vers la cluse ; le fort Mahler, le Fort Catinat et celui de Joux arrêtèrent net la progression allemande. Les combats cessèrent avec la signature de l'armistice par Pétain le 17 juin 1940. Les Allemands occupèrent alors les forts. Ils construisirent une casemate pour un gros canon dans le fort Mahler et laissèrent une faible garnison au fort de Joux.

Après guerre, l'armée laissa juste une faction dans le fort devenu trop obsolète devant les armes modernes.

Le temps pacifique des visites et des divertissements[modifier | modifier le code]

Si certaines personnes étaient admises à visiter le fort et même à y danser aux bals dès le XIXe siècle[3], les visites officielles commencèrent en 1958, lorsque les forts de Joux et de Mahler furent vendus à l'office de tourisme par l'armée. En 1973 est fondé le Festival des Nuits de Joux par la troupe des Comédiens des Nuits de Joux, qui deviendra le Centre d'Animation du Haut-Doubs (CAHD), à l'initiative de Pierre Louis, metteur en scène. Le Festival des Nuits de Joux a notamment accompagné les débuts en théâtre de Jean-Luc Lagarce ou Hervé Pierre. Depuis la fin des années 1990, la communauté de communes du Larmont a pris le relais dans la valorisation et la restauration du site. De plus, d'autres spectacles sont présentées tout l'été comme "jazz en Franche-Comté" ou "çà s'joue au château' avec des prêts de couvertures pour tenir chaud aux spectateurs dans ce lieu magique et fascinant.

Un musée d'armes est situé à l'étage du donjon médiéval. Les armes présentées vont de la fin du XVIIe au début XXe siècle, avec près de 600 pièces (casques, baïonnnettes, sabres, cuirasses) dont certaines pièces très rares comme un fusil de 1717 ou des oursons du 1er empire. À voir aussi l'impressionnant escalier Joffre et le grand puits de 120 mètres de profondeur, un des plus profond d'Europe.

Front de la 3e enceinte et casernements, puis tour Mirabeau et donjon en arrière plan

Architecture[modifier | modifier le code]

Donjon et latrines médiévales, rempart du XIXe

Le Château de Joux est un exemple d'architecture militaire développée de façon continue du Moyen Âge au XIXe siècle. Schématiquement, la partie la plus ancienne est le donjon médiéval et le mur Ouest de la troisième enceinte (qui donne du côté du Doubs). Viennent ensuite la première enceinte, la tour du fer à cheval, le magasin à poudre et l'entrée de la troisième enceinte avec son pont levis. Le glacis, le chemin couvert et la troisième et quatrième enceintes ont été reprises par Vauban avec un tracé bastionné. La partie Ouest de la cour du donjon ("escalier" gris donnant sur la Rochette), la seconde enceinte avec sa guérite en pierre et son escalier miné à trappe amovible datent du XIXe siècle. la cinquième enceinte et le plateau de la Rochette ont été totalement reprises par Joffre entre 1879 et 1881.

Le château et la batterie de la Rochette, datées du XIXe siècle ont été classés monument historique le 18 juillet 1996, il est également labellisé « Patrimoine du XIXe siècle »[11].

La montagne sur laquelle est situé le fort se partage en 3 zones dont nous parlerons plus bas : au Nord La Rochette, au centre La Pelouse où se situe le fort et à partir du glacis, au Sud, le Géran.

XIe au XVIe siècle[modifier | modifier le code]

Plan du château de Joux avant 1678 (remarquer le Nord inversé)

Il existait probablement un guet de bois appelé « Iors » par les séquanes et « Miroaltum » par les romains dès l'antiquité au niveau de la Rochette. Le château fut initialement fait de bois. En 1039, le donjon et une première enceinte (encore visible sur le côté Ouest du château) avec des tours carrées furent faites de pierre venant des carrières de Chaffoy.

Vers le XIIIe siècle, on ajouta des fortifications avec des tours rondes sur le plateau de la Rochette dont un escalier qui descendait jusqu'au péage. On ajouta aussi la première enceinte avec la tour Mirabeau (qui tire son nom du célèbre prisonnier qu'elle a enfermé) ; ainsi que la tour Grammont dont la base est à bossage et le haut en tuf de Fontaine Ronde. Cette dernière tire probablement son nom d'Adrienne de Grammont qui releva le nom de Joux au XVIe siècle. À l'origine, le sol de la seconde enceinte était 1,20 m plus bas qu'aujourd'hui ; c'était le balcon du donjon et il fallait une échelle pour entrer dans la tour. Cela permettait de repousser aisément les assaillants.

Entre 1393 et 1405, c'est la construction de la tour du fer à cheval alors appelée « la rondelle », de la troisième enceinte et du fossé qui sont fait par les pontissaliens avec l'argent produit par les nouvelles foires de la saint Luc et de saint Georges par Jean sans peur, duc de Bourgogne, qui voulait en faire un poste frontière. Philippe III de Bourgogne, son fils, acheta le château en 1454 suscitant la convoitise des héritiers des anciens propriétaires, les Hochberg qui s'introduisirent dans la place ce qui donna lieu à de nombreux procès dont le dernier, en 1492 à Dole, donna raison à Marguerite d'Autriche, fille de Marie de Bourgogne. Pour monter à la cour du donjon, on empruntait un chemin en pente douce.

Période des XVIIe et XVIIIe siècles[modifier | modifier le code]

Porte d'honneur et tour du fer à cheval
Plan du château au XVIIIe siècle

Lorsque Louis XIV conquit la Franche-Comté pour la seconde fois, il voulut préserver trois châteaux dont le château de Joux. Vauban était d'avis de le raser, et entre 1678 et 1690, il détruisit les parties médiévales Sud. Utilisant les pierres du Géran, il construisit, avant le fossé médiéval qu'il fit traverser par un pont dormant, la quatrième enceinte avec ses deux ouvrages à corne comprenant à l'Est une guérite avec deux monogrammes aux 2 L enlacés de Louis XIV et le soleil. Il fit creuser un fossé et bâtit la cinquième enceinte avec un ouvrage à corne bordé d'un fossé au Sud et à l'Ouest et d'un chemin couvert à l'Est. Il créa le glacis au Sud du fort. C'est à cette époque que fut bâtie la porte d'honneur dont les motifs ont été réalisés en calcaire de Vuillecin qui a la particularité de se sculpter comme du plâtre et de durcir ensuite. On voit encore aujourd'hui la finesse et la bonne conservation de ce monument. Les trophées d'arme de la porte d'honneur représentent à gauche les chevau-légers dauphin (cavalerie légère) et à droite les piquiers suisses (infanterie). En haut au centre étaient les armes du roi soleil avec le « monogramme de 2 L entrelacés sur globe céleste ceint d’une guirlande végétale inséré dans un cartouche baroque fleurdelisé surmonté de la couronne fermée » mais tout le métal doré a été subtilisé et il ne reste que l'agrafe de la couronne et quelques petits reste des 2L. En haut de la porte d'honneur à gauche est représentée la Franche-Comté espagnole avec le drapeau de la victoire contre les turcs par Charles Quint puis par Don Juan d'Autriche qui est un croissant renversé sur fond bleu ; le drapeau porte les armoiries des comtes de Salins ; les armes sont celles utilisées dans l'armée espagnole qui est la seule à posséder encore un corps d'archers (carquois), par exemple. À droite, c'est la France et ses armes « modernes » qui sont mises en avant ; on remarque les baïonnettes qui n'ont pas encore été normalisées à un seul modèle.

En 1690, Vauban réalisa un plan-relief pour engager les travaux de la partie supérieure du château et proposa ses modifications à Louis XIV. Entre 1690 et 1693, il fit construire la seconde enceinte, la cour d'honneur et les casernements y attenant. Il fit creuser un puits de 147 m de profondeur qui a été réduit par la galerie de Joffre. Il fit construire les logements attenants à la tour Grammont et donnant sur la seconde enceinte. Il fit rajouter des canonnières sur les tours à l'Ouest, dans la cour du donjon et sur la tour du fer à cheval qu'il coiffa d'un toit amovible.

Sous Louis XV, en 1717 et 1724, de nouveaux travaux sont menés : on construit des locaux pour l'artillerie dans la quatrième et la cinquième enceinte, on fait une rampe pour monter à la deuxième enceinte, on modifie l'intérieur du donjon qui sert de logement au gouverneur de la place. On refortifie totalement la Rochette. À la fin du règne de Louis XV, on transforme le fort en prison d'état en aménageant des cellules solidement grillagées dans la première et la seconde enceintes. Chaque cellule avait sa propre cheminée étroite et rectangulaire, pour ne pas que l'on puisse s'y glisser. En effet, on doit chauffer toute l'année et aujourd'hui il est encore conseillé de se couvrir même en plein été. La fenêtre d'une cellule fut partiellement murée afin que l'on ne puisse pas s'en échapper. Elle servait à enfermer les prisonniers mis au secret comme Toussaint Louverture ou le marquis de Rivière.

Période du XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Cinquième enceinte recouverte de terre engazonnée
Escalier à vis Joffre

En 1815, les Autrichiens tirent sur le château de Joux notamment depuis le fort de la Cluse (en face du fort) et depuis Montpetot situé sur un mont au Nord Est du fort. Ne pouvant monter que de l'artillerie légère sur les rochers de la Fauconnière et sur le fer à cheval, les boulets n'atteignirent jamais le château de ce côté. Cependant, les dégâts qu'ils firent furent considérables : Ils détruisent toutes les fortifications de la Rochette, certaines tours, des murs. Puis, lorsqu'ils occupèrent le fort, ils vendirent les canons, récupérèrent tout le métal et jetèrent dans le grand puits les portes, les meubles et les archives.

S'ensuivit une période de disette qui fait que les réparations ne commenceront qu'en 1827. La cinquième enceinte est re-fortifiée, l'escalier menant de la Rochette au péage sert à construire la tour du diable dans un style néogothique en 1843, la seconde enceinte est réparée et fortifiée (on remarquera la similitude entre la guérite en pierre de la seconde enceinte et celles du fort Mahler bâties au même moment). Un escalier miné à trappe amovible remplace la rampe initiale. Les bâtiments attenants au donjon sont totalement modifiés. (Voir le grand plan relief de 1868 en face de l'accueil et y remarquer l'arbre de la liberté au milieu de la cour d'honneur).

La guerre de 1870 qui se termine aux pieds du château de Joux va faire qu'on va vouloir faire du fort un Système Séré de Rivières et c'est le jeune capitaine Joseph Joffre qui s'en charge dès 1879. Il fera bâtir la batterie de la Rochette, l'escalier à vis, la galerie menant au grand puits avec son magasin à poudre, son petit magasin sous roc, son abri sous roc, son escalier à double rampe menant à la Rochette. Il fera également construire des casernements dans le fossé de la cinquième enceinte et reconstruira totalement la cinquième enceinte dans laquelle il installera deux casemates Mougins avec des plaques de fonte dure (4 plaques de 20 tonnes chacune) recouvertes de terre engazonnée et qui contiendront des canons Bange de 155 mm dont un a été reconstitué. Un système de verrou à contrepoids permettait l'ouverture pour permettre le tir et d'énormes bouches d'aération permettaient aux gaz et poussières générés par le tir de s'évacuer rapidement. Récemment remise en état de marche, Joux possède la seule casemate Mougin encore en état de fonctionnement. Malheureusement, aussitôt construites, ces casemates seront obsolètes à cause de l'invention de l'obus-torpille en 1889.

Entre les deux guerres, le château de Joux fera partie de la ligne Maginot, au XXe siècle on y ajoutera l’électricité, mais peu de modifications seront apportées avant qu'on l'ouvre à la visite.

Les Allemands qui l'occuperont durant la Seconde Guerre mondiale prélèveront tout le métal pour le refondre afin de faire des armes.

Détails d'architecture militaire du fort de Joux[modifier | modifier le code]

Chemins, fossés et Ponts-levis[modifier | modifier le code]

Chemin couvert au premier plan

Chemin couvert (XVIIe) : À gauche du glacis en montant, on trouve un chemin couvert au bout duquel on peut admirer la guérite dédiée à Louis XIV.

Fossés secs : Dès l'époque médiévale, comme nous sommes en montagne, les fossés étaient secs.

Ha-ha (XIXe) : Juste avant l'accueil, à gauche du pont-levis, on remarque un ha-ha qui permettait de freiner des assaillants qui auraient réussi à s'introduire.

Pont-levis escamotable (XIXe) : C'est le premier que l'on traverse avant d'entrer.

Pont-levis à flèche' (XVIIe) : C'est la porte d'honneur ; deux personnes pouvaient soulever le pont.

Pont-levis médiéval à contrepoids(XVe) : C'est le dernier pont-levis. L'hiver ou par temps pluvieux il était impossible de le lever. Sur la gauche en montant, dans un renfoncement, on voit une meurtrière bourguignonne typique du XIVe siècle.

Canonnières : Des canonnières ont été installées un peu partout dans le fort par Vauban. À chaque tir les embrasures donnant sur le fossé pouvaient être fermées par des volets de bois qui protégeaient les artilleurs lorsqu'ils chargeaient leurs canons. Dans la cour d'honneur, vers le sol des casernements donnant sur le fossé de la troisième enceinte, on peut voir les volets de bois qui servaient à évacuer les fumées par l'arrière.

Chemin de ronde abrité : Derrière les casernements de Vauban donnant à l'ouest existe un chemin de ronde abrité bordé de latrines. (Non accessible).

Cheminée extérieure (XVIIIe) : Pour monter la garde avec un peu de chaleur, les soldats bénéficiaient d'une cheminée extérieure située à l'entrée de la cour d'honneur.

Escaliers[modifier | modifier le code]

Monte-charge de l'escalier Joffre (on remarque la cheminée de l'ancienne cellule)

Pas-de-canard (XIXe) : Dans la cinquième enceinte, on a un des rares pas-de-canard. Ces escaliers de fortification très raides alternent les marches gauches et droites.

Pas-de-souris (XVIIe) : Dans le fossé, à gauche derrière la porte d'honneur, on peut observer un pas-de-souris.

Pas-d'âne : pour arriver à la cour d'honneur, on emprunte un pas-d'âne.

Escalier miné à trappe amovible (XIXe) : Pour aller de la cour d'honneur à la seconde enceinte. On remarquera que cet escalier est creux (pour placer les sacs de poudre) et qu'il présente un trou pour placer la saucisse (toile goudronnée contenant de la poudre et s'allumant à l'aide d'une mèche). À mi-chemin, l'escalier possède un palier constitué d'une planche que l'on pouvait enlever en cas de nécessité. Cela, pour retarder l'assaillant.

L'escalier à vis(XIXe) avec un monte-charge central descendant à 30 mètres sous terre relie la cour du donjon aux galeries souterraines décrites plus haut.

Puits, citernes[modifier | modifier le code]

Citerne médiévale

Puits de lumière (XIXe) : On en trouve un peu partout dans le château. Les puits de lumière étaient des trous circulaires pratiqués au plafond qui traversaient parfois plusieurs étages. Ils servaient à éclairer mais aussi, placés au centre des allées ils permettaient d'y faire tomber les personnes non averties.

Citernes : Au fond du fossé de la troisième enceinte à peu près au centre, on trouve un système de collecte d'eau et sa citerne. On trouve des citernes dans la cour d'honneur. La plus ancienne, médiévale, possède une margelle et se trouve dans la cour du donjon. En montagne, l'approvisionnement en eau était primordial.

Le grand puits : Au XIXe, on pensait qu'il avait été creusé par les serfs brutalisés par Amaury et qui auraient péri nombreux. Depuis, des textes ont montré que c'est Vauban qui le fit creuser et qu'il n'y eut "que" deux morts à déplorer lors de son creusement. À l'origine, il faisait 147 mètres et allait 10 mètres sous le niveau du Doubs. Il y avait une cage d'écureuil au sommet du puits pour remonter l'eau. Il existe encore une telle cage à la citadelle de Besançon. Lorsque Joffre fit sa galerie, il raccourcit le puits qui désormais ne peut se voir que depuis la galerie souterraine. Il n'en reste pas moins impressionnant. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, des expériences avec de la fluorescéine ont montré que l'eau du grand puits ne se jetait pas dans le Doubs mais dans la Loue par le réseau de Fontaine Ronde[12] qui passe sous Pontarlier.

Légendes diverses[modifier | modifier le code]

Berthe de Joux[modifier | modifier le code]

Amauri III de Joux se croisa vers 1175. Son épouse, Berthe, à peine nubile, l'attendit plusieurs années lorsqu'un soir, un chevalier blessé se présenta au château. C'était le jeune Amey de Montfaucon, très beau garçon si l'on en croit la légende, Berthe, qui n'avait plus de nouvelles de Terre Sainte et croyant son époux tombé sous les coups des infidèles, se consola dans les bras de cet ami d'enfance. Rentré alors qu'on ne l'attendait plus, Amauri surprit les deux amants. Ivre de rage, il transperça Amey de Montfaucon de trois coups d'épée et ordonna qu'on suspendît sa dépouille à un gibet planté sur les rochers de la "Fauconnière".

Quant à l'épouse infidèle, elle fut condamnée à être enfermée sa vie durant dans un minuscule cachot où elle ne pouvait se tenir qu'à genoux, face à une étroite meurtrière offrant pour seul spectacle le corps nu, disloqué et mangé par les corbeaux de son bel amant. À la mort d'Amauri, son fils, le jeune Henri de Joux, eut pitié de sa mère qu'il envoya finir ses jours "amendée" et repentie à l'abbaye de Montbenoît. Ce remords tardif près de la tombe d'Amauri ne fut peut-être pas suffisant pour apaiser la colère divine car, près de huit siècles plus tard, certaines oreilles exercées entendent encore, lorsque la bise souffle la nuit près du retranchement du Chauffaud, « Priez, vassaux, priez à deux genoux, Priez Dieu pour Berthe de Joux ! » Conte ou histoire vraie ? L'existence de Berthe est attestée dans les chartes médiévales. Elle vivait encore à Montbenoît en 1228. Amédée de Montfaucon qui vivait au XIIe siècle se fait appeler Amey ou Amédée dès 1183, il a donc pris le nom d'un Amey de Montfaucon comme dans la chanson de Renaud de Montauban "si vous pendez Richard, je prendrais son nom et l'on m'appellera Richard…". Quant au lieu-dit de la "Fauconnière", il tirerait son nom d'Amey de Montfaucon…

Les dames d'Entreportes[modifier | modifier le code]

Un sire de Joux avait trois filles : Loïse, Berthe et Hermance qui rivalisaient de beauté. Leur seul défaut était une extraordinaire coquetterie qui les poussait irrésistiblement à enflammer le cœur de tous les chevaliers et écuyers du voisinage. Quand leurs conquêtes étaient assurées, elles les délaissaient aussitôt pour exercer leurs charmes sur les malheureux qui osaient encore leur résister. Plus d'un noble prétendant put se croire l'élu de l'une de ces gentes dames, mais ses espoirs se brisaient toujours à la veille des noces.

Cependant, trois jeunes seigneurs, les plus séduisants et les plus courageux du comté de Bourgogne, n'avaient pas abandonné l'idée de se faire aimer d'elles. Ils firent bonne garde autour du château, avec la bénédiction du sire de Joux qui rêvait secrètement de les avoir pour gendres. Mais en vain.

Cédant à la colère et à l'impatience, le père décida que les vainqueurs d'un tournoi auraient pour récompense la main de ses trois filles et ce, bon gré, mal gré. On annonça la joute à plus de cent lieues à la ronde, mais peu de chevaliers se présentèrent, chacun connaissant trop bien l'humeur capricieuse et l'inconstance des belles demoiselles de Joux. La fortune des armes sourit à Bras-de-Fer, Raymond le Bossu et Hugues-au-Pied-Fourchu, dont la méchanceté n'avait d'égale que la laideur.

Le jour des noces, les fiancées parurent voilées. Pour échapper à l'horreur de telles mésalliances, elles s'étaient fait remplacer par des servantes. La supercherie découverte, la poursuite s'organisa en direction de Pontarlier puis du défilé des Entreportes, où les seigneurs abusés les rejoignirent. Mais lorsqu'ils voulurent prendre dans leurs bras les demoiselles de Joux, ils n'étreignirent que trois statues de pierre que l'on peut encore voir aujourd'hui et qui sont connues sous le nom de "Dame des Entreportes".

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Coordonnées vérifiées sur Géoportail et Google Maps
  2. « Notice no PA00101629 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  3. a, b, c, d, e, f et g Esquisse historique, légendaire et descriptive de la ville de Pontarlier, du fort de Joux et de leurs environs
  4. Vita Mathildis
  5. Histoire généalogique de la maison de Joux
  6. de Besançon
  7. Mémoires pour servir à l'histoire de la ville de Pontarlier
  8. à vérifier
  9. Léon de La Sicotière, Louis de Frotté et les insurrections normandes, 1793-1832, t. 2, p.656-663.
  10. a, b, c et d Souvenirs des deux invasions de 1814 et 1815 dans la ville et l'arrondissement de Pontarlier.
  11. « Notice no PA00101629 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  12. Lorsque les eaux du château de Joux résurgent à la source de la Loue (fin du document)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages

  • Vita Mathildis 1111-1116 Livre I Appendice III Chapitre XI
  • Jean-Marie Thiébaud, Michel Malfroy, Roland Lambalot et Joël Guiraud, Le Château de Joux, Pontarlier, Pourchet, 1987.
  • Jean Baptiste Guillaume, Histoire généalogique des sires de Salins au comté de Bourgogne, édition Jean-Antoine Vieille, 1757, p.  313 à 319 books.google.fr
  • Jean-Louis d' Estavayer, Histoire généalogique de la maison de Joux, 1843, p.  1 à 90 et 131 books.google.fr
  • Édouard Girod, Esquisse historique, légendaire et descriptive de la ville de Pontarlier, du fort de joux et de leurs environs, édition J.C. Thomas, 1857, p.  224 à 280 books.google.fr
  • Colonel Nemours, Histoire de la captivité et de la mort de Toussaint Louverture : notre pélérinage au Fort de Joux, Paris, Berger-Levrault,‎ 1929, 320 p. (lire en ligne), p. 177-179
  • M.Droz, Mémoires pour servir à l'histoire de la ville de Pontarlier, édition Faivre, 1840 [1]
  • P.-Antoine Patel, Souvenirs des deux invasions de 1814 et 1815 dans la ville et l'arrondissement de Pontarlier. 1865