Rodolphe III de Bourgogne

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Rodolphe III de Bourgogne[1], dit Le Pieux ou Le Fainéant, (né vers 970 - mort le 6 septembre 1032) fut le dernier roi de Bourgogne.

Biographie[modifier | modifier le code]

Rudolph III of Burgundy.jpg

Rodolphe III était le fils du roi de Bourgogne Conrad III dit le Pacifique (925-993) et de Mathilde de France (943-980), fille du roi de France Louis IV dit d'Outremer.

En 993, Rodolphe III succède à son père Conrad III. Il est présenté par les historiens, comme un homme faible, manquant de courage. L’archevêque de Lyon - depuis 979 - Burchard II, fils bâtard de Conrad le Pacifique, sillonna le royaume pour garantir les pouvoirs de son royal demi-frère. Sous son règne, la tutelle de la royauté germanique se fit encore plus pesante et finit par étouffer l’autorité des rois de Bourgogne.

Les souverains ottoniens commencèrent à intervenir directement dans le royaume bourguignon. Rodolphe dut mater en 999 une révolte des grands seigneurs du royaume. L’impératrice Adélaïde vint ainsi dans le royaume de Bourgogne, où elle arbitra souverainement les différends qui avaient opposé Rodolphe III à son aristocratie.

Après l’an mil, le roi perdit l’habitude de réunir en conciles les évêques bourguignons. Désormais, les prélats rhodaniens prirent le chemin de la Germanie, comme le firent les archevêques de Lyon et de la Tarentaise et les évêques de Genève et de Lausanne en 1007, lorsqu’ils allèrent assister au concile de Francfort. Profitant de l’affaiblissement de la royauté, les évêques purent gérer leurs diocèses en toute indépendance.

Acte de donation du roi de Bourgogne Rodolphe III à l'abbaye de Saint-Maurice d'Agaune (15 février 1018)

Par la suite, pour se concilier l'appui du clergé contre les nobles, il fit plusieurs donations importantes aux évêques de Bâle, de Sion et de Lausanne. À ce dernier, il céda en 1011 le « comté de Vaud », c'est-à-dire la charge de comte et les droits régaliens (droits publics exercés à l'origine par le roi) sur les routes, les péages, les forêts, la monnaie, les marchés, les mesures, les eaux, les criminels, dans le territoire du comté. Le 15 février 1018, à la demande de ses familiers, Rodolphe III, donne ou plutôt rend à l'abbaye de Saint-Maurice d'Agaune les fiscs de Sciex (?), de Lully, de Commugny, la moitié de Pully, Oron, la pauté de Vuadens, Bouloz, le plaid de Vevey, Lutry, Vouvry, Ollon, Villy, Naters, quelques droits à Saint-Maurice et l'ensemble des alpages du Chablais.

En 1011, Rodolphe III épousa Hermengarde, une parente si proche du futur comte de Savoie Humbert Ier aux Blanches Mains (980-1048), qu’il est vraisemblable qu’elle en était la sœur, selon une hypothèse souvent défendue par les historiens italiens. Rodolphe III donna à son épouse un douaire considérable, qui s’étendait en particulier autour d’Aix-les-Bains et de la combe de Savoie. Bien vite, ces terres royales passèrent aux mains du comte Humbert aux Blanches Mains. Le roi aimait résider et prendre les eaux à Aix-les-Bains et il s'y fit construire un vaste palais. À l'époque un temple romain dédié à Mercure était encore debout à côté du palais.

La région qu'il a donnée à Hermengarde en 1011 remonte jusqu'au pied du Jura avec la ville de Neuchâtel[2].

À Strasbourg, en 1016, Rodolphe prêta un hommage de main à son neveu l’empereur germanique Henri II, le reconnaîssant comme protecteur et héritier. Le roi de Bourgogne promit à l’empereur de gouverner selon ses conseils et de lui laisser sa succession s’il devait mourir sans laisser un fils légitime. Mais cette soumission ne fut pas acceptée par les grands du royaume, et - sous l’impulsion du comte Otte-Guillaume - toutes les villes du comté de Bourgogne fermèrent leurs portes à l’empereur.

En 1018, Rodolphe renouvela et compléta les engagements qu’il avait pris à Strasbourg, et se comporta dès lors en véritable vassal de l’empereur en lui remettant en libre disposition les fiefs tenus par le comte de Besançon, Otte-Guillaume, et en se faisant investir par lui de sa couronne et de son sceptre. La royauté bourguignonne était désormais totalement soumise au pouvoir impérial.

Hugues, fils illégitime de Rodolphe est promu à l’évêque de Lausanne en 1019.

Rodolphe III concède le comté de Vienne à l’archevêque de Vienne en 1023.

À la mort de Henri II, en 1024, Rodolphe III est contraint par les nobles de Bourgogne, de révoquer sa donation faite huit ans auparavant.

Toutefois, en 1025, il se voit contraint de renouveler son engagement initial, vis-à-vis du nouveau roi de Germanie Conrad II le Salique, le mari de sa nièce Gisèle, fille de sa sœur Gerberge, et qui occupe Bâle pour faire pression sur lui.

En 1027, Conrad II est couronné empereur germanique, Rodolphe assiste à la cérémonie et confirme la succession.

En juin 1032, Burchard II, fils bâtard de Conrad le Pacifique succède à son oncle sur l’archevêché de Lyon. Il désavoue la succession sur le royaume et fait partie des révoltés. En septembre, à la mort de Rodolphe III, la lutte s’engage entre l’empereur Conrad II et l’autre neveu de Rodolphe III, le comte de Blois et de Troyes Eudes II, l’héritier le plus direct de Rodolphe.

Un document : la donation faite à son épouse[modifier | modifier le code]

Le 24 avril 1011, Rodolphe III fit une donation en faveur de son épouse Ermengarde dont les archives de l'Isère ont conservé le diplôme original sur parchemin[3]. Voici le texte de ce document :

« Au nom de la très Sainte et Indivise Trinité, Rodolfe, Roi par la Clémence de Dieu ; qu'il soit connu de tous les hommes, nés ou à naître, que, poussé par amour conjugal et conseillé par les grands de mon royaume, je donne à ma très chère épouse Irmengarde, la résidence royale d'Aix (1) avec les colons de ce domaine en notre propriété, pour qu'ils l'habitent et en cultivent les terres. Et je lui donne mon fisc (2) d' Annecy (3), avec ses dépendances, ses esclaves (4) et ses servantes ; et je lui donne la totalité de l' abbaye de St Pierre de Montjoux (5) et je lui donne mon fisc de Rue (6) avec ses dépendances, ses esclaves et ses servantes, et je lui donne le château de Font (7) avec ses dépendances, et la part de la villa (8) d' Yvonand (9) qu'Henri possédait, avec ses esclaves, ses servantes et toutes ses dépendances ; je lui donne la résidence royale de Neuchâtel (10), avec ses esclaves, servantes et toutes ses dépendances ; je lui donne Auvernier (11) avec toutes ses dépendances, esclaves et servantes ; je lui donne Arinis (Saint-Blaise) (12), avec toutes ses dépendances, esclaves et servantes. Qu'elle ait le droit de posséder, de donner, de vendre, en somme de faire tout ce qu'elle voudra de ces biens. Pour que nos successeurs tiennent pour vrai et ne cassent pas ce que j'ai fait, nous avons authentifié de notre main et ordonné qu'il soit scellé de notre sceau.

Signé du seigneur Rodolfe.
Padolfe chancelier, j'ai reconnu.
Daté du 8e jour des calendes de mai, 17e lune, indiction…., l'an de l'Incarnation du Seigneur 1011, sous la 19e année du règne de Rodolfe, fait à Aix ».
Au dos du texte : « Moi Hermengarde, reine, je donne à Dieu et à St Maurice de l'Église de Vienne, tout ce qui m'a été donné ».


(1) Aix-les-Bains : commune, canton, arrondissement de Chambéry. (2) synonyme de « villa », désigne le domaine privé du roi. (3) Annecy : commune, canton, arrondissement. (4) Servus en latin : faut-il traduire par esclave ou par serf ? - plutôt serviteur? (5) Bourg-Saint-Pierre : district d'Entremont, Valais, (Suisse). (6) Rue : district de Glâne, Fribourg, (Suisse). (7) Font : district de Broye, Fribourg, (Suisse). (8) désigne un domaine en latin. (9) Yvonand : district d'Yverdon, Vaud, (Suisse). Font et le domaine d'Yvonand sont séparés de 8 km env. Ces 2 objets formaient peut-être une seule unité. (10) Neuchâtel : canton de Neuchâtel, (Suisse), situé à 19 km de Font, par le lac. (11) Auvernier, district Boudry, Neuchâtel (Suisse), à quelques kilomètres à l'Ouest de Neuchâtel (12) Arins, aujourd'hui Saint-Blaise, district et canton de Neuchâtel (Suisse), à quelques kilomètres à l'Est de Neuchâtel.

La succession de Bourgogne[modifier | modifier le code]

Mort sans postérité, le 6 septembre 1032, Rodolphe III avait institué comme son héritier, l'empereur germanique Conrad le Salique, mais son neveu Eudes II de Blois, fils de sa sœur aînée, suscita contre l'empereur, la révolte des féodaux et des prélats du royaume de Bourgogne, dont le comte Gérold de Genève, l'archevêque de Vienne, l'évêque de Maurienne et Burchard II, l'archevêque de Lyon, qui était le fils bâtard de Conrad le Pacifique. Eudes II envahit le royaume. La guerre entre les deux cousins dura deux ans et Eudes dut abandonner la partie devant une coalition formée par le nouvel empereur Conrad II et le roi de France Henri Ier.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Généalogie de Rodolphe III sur le site Medieval Lands
  2. Le document par lequel Rodolphe donne la région à sa femme en 1011 est la première mention écrite de la ville de Neuchâtel, 1011 est considéré comme la date de fondation de la ville. Histoire du Pays de Neuchâtel, ouvrage collectif, volume I, p. 176, Editions Gilles Attinger, ISBN 2-88256-035-4
  3. Voir Archives départementales de l'Isère, Fonds de l'archevêché de Vienne, cote 1G11; une publication partielle sur J. Gremaud, Documents relatifs à l'histoire du Vallais, Tome 1 (300-1255) 1875, p. 54. Voir aussi le document en ligne, sa transcription et sa traduction sur [1].