Bataille de Morat

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Bataille de Morat
La bataille de Morat vue par Diebold Schilling le Jeune
La bataille de Morat vue par Diebold Schilling le Jeune
Informations générales
Date
Lieu Morat
Issue Importante victoire suisse
Belligérants
Commandants
Blason Famille Bubenberg.svg
Adrian von Bubenberg (dans Morat assiégée)
Forces en présence
15 à 30 000 hommes 15 à 31 000 hommes
Pertes
10 000 hommes 410
Guerre de Bourgogne
Batailles
Héricourt - La Planta - Grandson - Morat - Nancy

La bataille de Morat est une victoire des Suisses, alliés de Louis XI, sur Charles le Téméraire, le .

Après la défaite à la bataille de Grandson, où les troupes de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, prises de panique s'enfuient du champ de bataille, provoquant la perte de la totalité de son artillerie, Charles est pris d'un désir de vengeance et il ne renonce pas à vouloir faire plier les Suisses.

Il reconstitue alors son armée, rallie ses troupes et reçoit des renforts de mercenaires d'Italie avec des arbalétriers, mais aussi des archers anglais, des piquiers flamands. C'est dans les environs de Lausanne qu'il réorganise ses troupes et essaie par l'entraînement de donner un peu de cohésion à son armée hétérogène.

Vers la fin du mois de mai, c'est une armée bourguignonne forte de 15 000 à 30 000 hommes suivant les sources qui se dirige vers Berne. Après plusieurs jours de marche, elle arrive au pied de la ville de Morat (Murten en allemand). La ville est défendue par une garnison de Bernois et de Fribourgeois d'environ 1 500 hommes, commandés par Adrian von Bubenberg.

Bataille de Morat, le 16 juin 1476.

Le duc de Bourgogne dispose alors ses troupes autour de la ville en vue d'en faire le siège. Il place le gros de son armée dans la plaine, et fait monter des palissades (le Grünhag) renforcé de son artillerie sur les axes menant à la ville au cas où une armée de secours surgirait, et couvrir ainsi les troupes qui mènent le siège. Les Savoyards de Jacques de Savoie, comte de Romont, prennent eux position au nord entre la ville et la forêt. Le 18 juin, après une intense préparation d'artillerie qui a provoqué une brèche dans les remparts, le duc lance ses troupes à l'assaut de la ville, mais la défense acharnée de la garnison de la ville les repousse après plus de 8 heures de combats.

Dans les jours qui suivent, on annonce plusieurs fois l'arrivée de l'armée confédérée et les Bourguignons prennent position sur le Grünhag.

Entretemps, la Diète confédérale a réussi à convaincre les troupes de Zurich, qui sont le dernier contingent à rejoindre les Confédérés à la suite d'une marche forcée. Les Confédérés se regroupent derrière la rivière de la Sarine.

  • le jeune duc de Lorraine René II de Lorraine leur a amené trois cents gens d'armes. Il commandera la cavalerie;
  • les Alsaciens sont venus en grand nombre, malgré la défense de Sigismond de Habsbourg. Le samedi 22, ils franchissent le pont de Gümmenen et se mettent en ordre de bataille;
  • l'Argovien Hans de Hallwyl commande les gens de l'Oberland et de Fribourg;
  • le corps central est dirigé par le Zurichois Hans Waldmann;
  • l'arrière-garde par le Lucernois Gaspard de Hertenstein.

Les Confédérés attaquent alors que le Téméraire venait de faire procéder à un exercice d'alerte générale et que ses cavaliers, descendus de cheval, subissent de plein fouet l'effet de surprise.

Contrairement à ce qui s'est passé à Grandson, où ils n'ont joué aucun rôle, les canons du duc Charles fauchent des centaines d'hommes mais ils ne sont pas protégés par les troupes d'élite de Jacques de Savoie, comte de Romont, trop éloignées. Ces canons sont, pour l'époque, redoutablement efficaces. Toutefois, ils comportent un défaut : ils sont lents à recharger (temps de refroidissement du canon). Par une poussée désespérée et au moment opportun, Hans de Halwyl et ses fantassins pénètrent dans le camp du duc Charles et détruisent les canons.

La panique s'empare alors des rangs bourguignons : les Suisses les cernent de trois côtés, le quatrième est occupé par le lac de Morat. De nombreux Bourguignons fuient et se noient dans le lac. Les Suisses ne font pas de prisonniers.

Cette défaite sera catastrophique pour Charles le Téméraire, qui perdra alors presque toute son armée , une bonne partie de ses richesses ( vaisselle en argent, tapisseries rares, soieries coûteuses ) et son prestige. Peu après cette défaite majeure, Charles le Téméraire met le siège devant Nancy ,avec l'espoir de s'emparer de la Lorraine, trait d'union entre la Bourgogne proprement dite et les possessions du Téméraire en Flandre, Zélande, Brabant etc.

Mais son armée décimée à Grandson et à Morat n'a plus la force de réussir ce siège et finalement , Charles le Téméraire perd la vie devant Nancy le 5 janvier 1477 .

Sources imprimées[modifier | modifier le code]

  • Compte-rendu par Jean-Pierre Panigarola, ambassadeur du duc de Milan auprès du duc de Bourgogne (écrit à Saint-Claude, le 25 juin 1476)[1].
  • Pierre Streit, La Bataille de Morat, 1476 : l'indépendance des cantons suisses, Economica, 2009

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

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  1. Il s'agit d'une dépêche, qui se trouvait non signée et non datée dans les archives milanaises, n'a été découverte qu'en 1892, par P. Ghinzoni, qui la publia dans Archivo Storico Lombardo, 2 série, I, Milan, 1892 (texte intégral : Paul Murray Kendall, Louis XI p. 534-539, Fayard, Paris 1974). Ses dernières phrases : « ... Deux heures après la bataille, je me suis trouvé avec deux Suisses, prisonniers de deux de mes amis, qui semblaient être des gentilshommes. Ils ont affirmé sur leur parole d'honneur qu'il n'y avait plus d'homme dans tout le pays de Suisse, chacun étant allé se battre, prêt à donner sa vie pour le salut de son pays. Les deux Suisses ont dit que l'armée comptait bien trente mille fantassins et seize cents cavaliers, parmi lesquels le duc René de Lorraine en personne et au moins trois cents hommes appartenant au duc d'Autriche, et que tous étaient décidés à en venir à tout prix aux prises avec nous. Don Federigo avait quitté le camp bourguignon le jour précédent, c'est-à-dire le 21, pour se rendre auprès de Madame avant de s'embarquer à Nice pour gagner Rome, et il avait emmené tous ses gens avec lui. L'évêque de Sebencio, [nonce] du pape, partit le même jour pour aller en Bourgogne. [En fait d'ambassadeurs étrangers] il ne restait que moi et le protonotaire, [docteur de] Lucena, émissaire du roi de Castille, venu solliciter de ce seigneur (Charles le Téméraire) qu'il dépêchât un envoyé auprès du roi de France afin de dissuader Sa Majesté d'accorder son soutien au roi du Portugal. Lucena, qui, dans sa fuite, se trouvait près de moi, a reçu deux coups d'épée à la tête, et sa monture a été blessée elle aussi. Je crains qu'il n'ait été tué ; quant à moi, j'ai donné de l'éperon à mon cheval, et, par la grâce de Dieu, j'en ai été quitte pour la peur. Mais jamais je n'oublierai le grand péril où je me suis trouvé. » (p. 539).