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Thoutmôsis IV

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Thoutmôsis IV
Image illustrative de l’article Thoutmôsis IV
Tête de Thoutmôsis IV portant la couronne bleue - Musée d'État d'Art égyptien de Munich
Décès vers -1390
Période Nouvel Empire
Dynastie XVIIIe dynastie
Fonction principale Pharaon
Prédécesseur Amenhotep II
Dates de fonction -1419 à -1386 (selon E. F. Wente)
-1419 à -1410 (selon D. B. Redford)
-1413 à -1403 (selon R. A. Parker)
-1413 à -1405 (selon A. H. Gardiner)
-1412 à -1402 (selon E. Hornung)
-1401 à -1391 (selon J. Málek)
-1401/-1400 à -1390 (selon D. Arnold, I. Shaw, N. Grimal, R. Krauss, W. J. Murnane)
-1398 à -1388 (selon A. D. Dodson)
-1397 à -1388/-1387 (selon J. von Beckerath, Vandersleyen)
-1396 à -1386 (selon K. A. Kitchen)
-1394 à -1384 (selon C. Aldred)
-1388 à -1379 (selon H. W. Helck)
Successeur Amenhotep III
Famille
Grand-père paternel Thoutmôsis III
Grand-mère paternelle Mérytrê-Hatchepsout
Père Amenhotep II
Mère Tiâa
Conjoint Néfertari
Deuxième conjoint Iaret
Troisième conjoint Moutemouia
Enfants avec le 3e conjoint Amenhotep III
Quatrième conjoint Tanyttepihou
Enfants avec le 4e conjoint Pentepihou (?)
Cinquième conjoint Hénoutemipet
Enfants avec le 6e conjoint Amenemhat
Saatoum (?)
Tiâa
Pyihiya
Tentamon
Amenemopet (?)
Fratrie Amenhotep
Amenemopet
Khâemouaset
Nedjem
Oubensénou
Âakheperourê
♂ Âakheper...rê
Iaret
Sépulture
Nom Tombe KV43
Type Hypogée
Emplacement Vallée des Rois
Date de découverte 1903
Découvreur Howard Carter
Fouilles 1903-1904
Objets Sarcophage externe en grès cristallin rouge
Fragments d'un coffre à canopes
Plus d'une trentaine d'ouchebtis, certains contenus dans de petits sarcophages momiformes
Statues et statuettes, divines ou royales, en bois recouvertes de bitume, autrefois dorées
Vases en pierre
Vaisselle liturgique en céramique
Vases en verre
Dossier et accoudoirs d'un trône en bois, autrefois dorés
Caisson en bois d'un char de guerre, autrefois doré
Amulettes prophylactiques
Jarres de stockage
Offrandes alimentaires (céréales, viandes et volailles momifiées...)

Thoutmôsis IV, ou Djéhoutymès IV, fils d'Amenhotep II et de la reine Tiâa, est le huitième pharaon de la XVIIIe dynastie. Manéthon l’appelle Thutmosis[note 1] et lui attribue un règne de neuf ans et huit mois, ce que semblent confirmer les documents retrouvés, dont la date n'excède pas l'an 9.

On situe son règne aux alentours de -1401/-1400 à -1390 (selon Málek, Arnold, Shaw, Grimal, Krauss, Murnane)[note 2].

Généalogie

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Thoutmôsis IV est le fils de son prédécesseur Amenhotep II et de la reine Tiâa. Cette dernière n'est jamais clairement attestée pendant le règne d'Amenhotep II, la seule reine qu'il nomme sur ses monuments étant sa propre mère Mérytrê-Hatchepsout. Toutes les attestations de la reine retrouvée à ce jour date du règne de son fils[1]. Cependant, la construction de la tombe de la reine, KV32, a pu être entreprise pendant le règne d'Amenhotep II.

Le roi épouse Néfertari et Iaret[note 3], toutes les deux grandes épouses royales[2],[3], ainsi qu'une épouse étrangère, fille du roi Artatama Ier du Mittani[4] dont le nom pourrait être Hénoutemipet[5]. Une autre épouse, nommée Tanyttepihou, lui est également attribuée, et qui pourrait être la mère d'un prince nommé Pentepihou, attesté sur une stèle découverte à Gizeh[6].

Des fils qu’on lui connaît, l’aîné lui succède sous le nom d'Amenhotep III[7],[8]. La mère de ce dernier, Moutemouia, n’est mentionnée dans aucun document du règne de Thoutmôsis IV[9]. D’après Claire Lalouette[10], ce serait la princesse mittanienne précédemment mentionnée, laquelle aurait adopté le nom de Moutemouia, « Mout est dans la barque solaire », à son arrivée en Égypte. Besty Bryan proposait, quant à elle, que cela était impossible car les épouses étrangères conservaient leurs noms étrangers à la cour égyptienne[11]. Cependant, Agnès Cabrol souligne que cette théorie n'est pas prouvée, certaines auraient pu conserver leur nom étranger, tandis que d'autres non[12]. Cependant, elle réfute l'origine mitannienne de la reine Moutemouia, car la reine étrangère que Thoutmôsis IV, Hénoutemipet, n'a pas pu arriver en Égypte avant l'an 6 du règne, alors qu'Amenhotep III a dû naître au tout début du règne[12]. Amenhotep III sort donc sa mère de l’anonymat en la faisant représenter notamment dans le temple de Louxor, sur un relief de la « salle de la naissance », où elle est approchée par le dieu Amon pour concevoir l’enfant royal que Khnoum façonnera sur son tour de potier[note 4].

Les autres enfants du roi sont connus par quelques documents[13],[3] :

  • son fils Amenemhat et sa fille Tentamon sont connus par des vases canopes dans la tombe de leur père ; Amenemhat est également connu par une scène dans la tombe TT64 de son précepteur Héqaerneheh,
  • ses filles Tiâa et Pyihiya, mentionnées sur des étiquettes de momies retrouvées dans la cache qui indiquent clairement qu'elles étaient des filles de Thoutmôsis IV ; Tiâa, nommée d'après sa grand-mère Tiâa, est également attestée par une scène de sa nourrice Méryt dans la tombe TT63 ainsi que par des fragments de vases canopes achetés à Louxor,
  • peut-être la princesse Amenemopet, attestée par une étiquette qui proviendrait peut-être de la même cache, ainsi que par une scène de la tombe TT78 d'un certain Horemheb ; la princesse pourrait être une fille de Thoutmôsis IV ou bien une petite-fille, fille du roi Amenhotep III,
  • peut-être le prince Saatoum, attesté par l'étiquette de momie de sa propre fille Nébetia découverte dans la cache précédemment mentionnée, ainsi que par une stèle de son tuteur Méryrê (en) ; ce dernier a vécu pendant le règne d'Amenhotep III, mais ce dernier étant monté sur le trône très jeune, il a pu être le tuteur d'un frère du roi.

Le prince Âakheperourê, le grand des voyants Ahmès et l'enfant du Kep Maïherpéra ont également été donnés comme fils de Thoutmôsis IV[14], mais cette reconstruction généalogique n'est pas partagée par tous les chercheurs[3].

Un roi usurpateur ?

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La stèle du songe - Reproduction de la stèle originale restée à Gizeh.

On ignore dans quelles circonstances Thoutmôsis IV monte sur le trône. Il se peut qu’il soit devenu le maître du pays après avoir écarté l’héritier légitime. Cette hypothèse se fonde sur la stèle dite du Songe, que le roi a fait dresser entre les pattes du sphinx de Gizeh. Y est évoqué une vision qu'il aurait eue alors qu’il était adolescent : après une chevauchée dans la région de Memphis, il s'assoupit à l’ombre de la statue du dieu. Pendant son sommeil, Rê-Harmakhis, le sphinx en personne, lui apparaît et lui demande de retirer le sable qui l'ensevelit. Certains ont vu dans cette prophétie une tentative du roi de légitimer a posteriori un pouvoir qui ne lui revenait pas de droit[15],[16]. Cependant la promesse du dieu d’Héliopolis ne signifie pas nécessairement que Thoutmôsis ait usurpé le trône. En effet, dans une tombe de la nécropole thébaine (TT64), son précepteur Héqarneheh affirme avoir instruit « le fils aîné du roi[17] ». Il n’y a probablement pas lieu d’y voir une tromperie, bien que la tombe soit contemporaine du règne. Toujours est-il qu'en l’absence d’indices irréfutables, il est impossible d’infirmer ou de confirmer la réalité d'une usurpation du pouvoir[18], tant la documentation concernant Thoutmôsis IV est pauvre.

Politique étrangère

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Pendant ses neuf années de règne, Thoutmôsis IV bénéficie de la paix et de la stabilité que ses prédécesseurs avaient données à l’Égypte. Il n’est pas exclu toutefois qu'il ait mené campagne en Galilée ; en tout cas son mariage avec une fille d’Artatama Ier met fin aux affrontements qui avaient opposé ses prédécesseurs au Mittani. En l’an 8, il entreprend une « campagne de victoire » en Nubie, sans doute une simple expédition punitive dans le « pays de Wȝwȝt[note 5] ». Comme sous ses prédécesseurs, l’administration des « pays du Sud » est confiée à un « Fils royal de Koush ». Sous son règne, c'est un certain Amenhotep qui remplit cette fonction et porte ce titre prestigieux qui ne cessera d'être employé jusqu'à la fin du Nouvel Empire.

Constructions

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Obélisque de Thoutmôsis III et Thoutmôsis IV aujourd'hui sur la place Saint-Jean-de-Latran à Rome.

De rares sites portent des traces de son activité architecturale. À Amada, il ajoute une salle hypostyle au temple dédié à Amon-Rê et à Rê-Horakhty, dont Thoutmôsis III avait lancé la construction. Il est également actif à Abydos, et il fonde un petit sanctuaire à El Kab, que son fils Amenhotep III achèvera. À Memphis, il fait ériger une porte monumentale ou un pylône. Cet édifice est perdu, mais un certain nombre de stèles de particuliers ont conservé le souvenir de ce monument qui devait se trouver, selon l'endroit où elles ont été découvertes, à l'ouest de l'enceinte du temple de Ptah. Les reliefs qui l'ornaient représentent le roi devant le dieu Ptah dans son naos. Coiffé de la couronne Hemhem, il est figuré dans l'attitude du massacre rituel des ennemis de l'Égypte[19]. On a aussi retrouvé des traces de son activité à Gizeh, notamment au pied du sphinx, ainsi que dans le petit temple que son père avait fait édifier à proximité.

Mais c'est surtout à Thèbes que l'on retrouve sa marque. Dans le temple de Karnak, il termine l'obélisque inachevé de Thoutmôsis III, qui se dresse aujourd’hui sur la place Saint-Jean-de-Latran à Rome, ajoutant des inscriptions aux côtés de celles de son grand-père et le plaçant à l'est du temple d'Amon-Rê.

Devant le quatrième pylône du grand temple de Karnak, il fait ériger une cour à portiques qui autrefois occupait toute la façade occidentale du grand temple[20]. De chaque côté, elle englobait deux chapelles en albâtre destinées à recevoir les barques sacrées lors des grandes fêtes annuelles de la capitale. La cour et les chapelles seront démantelées par son fils et héritier Amenhotep III, et ses matériaux réutilisés pour le remplissage du IIIe pylône. Les archéologues, en fouillant ce dernier pour le consolider, ont retrouvé l'essentiel de l'édifice de Thoutmôsis IV et l'ont patiemment reconstitué, tel un gigantesque puzzle. Comme les reliefs qui l'ornaient étaient protégés dans la masse du pylône d'Amenhotep III, ils sont en relativement bon état et ont conservé leur polychromie. Ils sont un très bel exemple de l'art de la XVIIIe dynastie. L'une des deux chapelles est également restaurée et présente des reliefs d'une grande finesse, presque translucides à la lumière du soleil. L'ensemble est visible désormais dans le Musée en plein air de Karnak.

Thoutmôsis IV fait édifier son temple funéraire au sud-ouest de celui de son père, séparé de son hypogée de la vallée des Rois (KV43). Sa momie a été découverte en 1898 dans la tombe d'Amenhotep II (KV35).

Notes et références

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  1. Dans les versions transmises par Sextus Julius Africanus et Eusèbe de Césarée
  2. Autres avis de spécialistes : -1419 à -1386 (Wente), -1419 à -1410 (Redford), -1413 à -1403 (Parker), -1413 à -1405 (Gardiner), -1412 à -1402 (Hornung), -1398 à -1388 (Dodson), -1397 à -1388/-1387 (von Beckerath, Vandersleyen), -1396 à -1386 (Kitchen), -1394 à -1384 (Aldred), -1388 à -1379 (Helck)
  3. Sa sœur ou demi-sœur
  4. La naissance divine d'Hatchepsout figure sur un relief de son temple funéraire à Deir el-Bahari, celle de Ramsès II sur des blocs du Ramesséum réutilisés à Médinet Habou (Kemp 2004, p. 199).
  5. La Basse Nubie
  6. Le nom générique donné aux ennemis de l'Égypte

Références

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  1. Vandersleyen 1995, p. 340.
  2. Cabrol 2000, p. 45-48.
  3. a b et c Dodson et Hilton 2004, p. 135-141.
  4. Cabrol 2000, p. 48-49.
  5. van Dijk 1997, p. 33-35.
  6. Gabolde 2004, p. 229-243.
  7. Cabrol 2000, p. 25.
  8. Dodson et Hilton 2004, p. 137.
  9. Cabrol 2000, p. 50.
  10. Lalouette 1995, p. 419.
  11. Bryan 1991, p. 114-119.
  12. a et b Cabrol 2000, p. 53.
  13. Cabrol 2000, p. 68-73.
  14. Cabrol 2000, p. 50 et 68-71.
  15. Étienne Drioton et Jacques Vandier, L’Égypte – Des origines à la conquête d’Alexandre, Presses Universitaires de France, 1975, p. 341.
  16. Nicolas Grimal, Histoire de l'Égypte ancienne, Fayard, 1988, p. 264.
  17. Betsy. M. Bryan, « The 18th Dynasty before the Amarna Period », dans : Ian Shaw, The Oxford History of Ancient Egypt, Oxford University Press, 2003, p. 247.
  18. ibid., p. 248.
  19. W. M. F. Petrie, Memphis, tablets of Tahutmes IV, pl. VIII.
  20. Accessible en ligne dans le projet Karnak : [1]

Bibliographie

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