Mérytrê-Hatchepsout
| Mérytrê-Hatchepsout | |||||||||
Mérytrê-Hatchepsout et son fils Amenhotep II. | |||||||||
| Nom en hiéroglyphe |
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| Transcription | Mry.t-Rˁ | ||||||||
| Période | Nouvel Empire | ||||||||
| Dynastie | XVIIIe dynastie | ||||||||
| Fonction principale | grande épouse royale | ||||||||
| Famille | |||||||||
| Mère | Houy | ||||||||
| Conjoint | Thoutmôsis III | ||||||||
| Enfant(s) | ♂ Amenhotep II ♂ Menkhéperrê ♀ Mérytamon ♀ Mérytamon ♀ Nebetiounet ♀ Iset | ||||||||
| Sépulture | |||||||||
| Nom | KV42 | ||||||||
| Type | Hypogée | ||||||||
| Emplacement | Vallée des Rois | ||||||||
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Mérytrê-Hatchepsout (l’Aimée de Rê, Première parmi les Nobles Dames) est la grande épouse royale du pharaon Thoutmôsis III — elle fut la seconde à porter le titre après Satiâh — et la mère du pharaon Amenhotep II.
Son nom n'implique pas nécessairement un lien de parenté avec la reine homonyme Hatchepsout.
Attestations
[modifier | modifier le code]La reine est attestée par de nombreux documents, sur lesquels elle porte les titres suivants[1] : « iryt-pat » (jryt-pˁt), « l'Unique », « Grande des louanges » (wr.t-hsw.t-wˁtjt), « Maîtresse des Deux Terres » (nb.t-tȝ.zy), « épouse du roi » (ḥm.t-nsw.t-wr.t), « grande épouse royale » (ḥm.t-nsw.t), « souveraine des épouses royales », « mère du roi » (mw.t-nsw.t), « épouse du dieu » (ḥm.t-nṯr) et « main du dieu » (ḏrt-nṯr).
Les attestations de la reine sous le règne de son époux sont les suivantes[2] :
- la chapelle d'Hathor excavée à Deir el-Bahari avec le temple de Thoutmôsis III à Deir el-Bahari, daté de la fin du règne du roi ; la reine fait face à la vache Hathor et la gratifie d'un monceau d'offrandes ;
- le temple d'Amon à Médinet Habou ; elle est représentée officiant avec le roi sur les murs intérieurs et extérieurs du reposoir à barque du temple ;
- une stèle du temple de Ptah à Karnak (CG 34013) ; le nom de la reine a été effacé pendant l'époque amarnienne avant d'être regravé fautivement à l'époque ramesside avec le nom de Satiâh, l'autre grande épouse royale de Thoutmôsis III ;
- une stèle fragmentaire érigée dans le temple des millions d'années de Thoutmôsis III à Thèbes-Ouest (CG 34015)[3] ; là aussi, le nom de la reine a été détruit à l'époque amarnienne puis a été regravé à nouveau fautivement à l'époque ramesside, cette fois avec le nom de la mère de Thoutmôsis III, la reine-mère Iset ;
- la statue de l'échanson royal Néferpéret, découverte dans la cachette de Karnak ; la statue montre Néferpéret agenouillé tenant une stèle sur laquelle figure le roi et la reine debout face à face ; au-dessous, Néferpéret est figuré deux fois de manière symétrique adorant respectivement le roi et la reine ; elle porte le titre particulier de « souveraine des épouses royales » ;
- une stèle vouée à Hathor de Dendérah et à Min, fils d'Isis et conservée à Florence (inv. 2584) du préposé au fard de la reine Djéhoutymès ; sur la stèle, Djéhoutymès loue la reine, dont le nom et celui du roi sont inscrits entre les deux divinités ;
- un fragment de stèle découvert à proximité de la rampe d'accès du temple des millions d'années d'Hatchepsout à Deir el-Bahari[4] ;
- la tombe KV34 de Thoutmôsis III, dans la salle du sarcophage :
- sur l'un des piliers, elle est figurée derrière le roi et devant les reines Satiâh et Nebtou ainsi que la princesse Néfertari,
- sur l'un des murs, dans la partie dédiée à la quatrième heure de Livre de l'Amdouat, où son nom est inscrit deux fois ;
- les dépôts de fondation de sa propre tombe KV42, tombe qu'elle n'utilisera finalement pas ;
- une barque trouvée dans le temple des millions d'années de Ramsès IV[4] ;
- des scarabées.
La reine est également attestée sur des monuments de son fils ainsi que des monuments privés de ce règne[5] :
- un montant de porte à Karnak-Nord dédié par Amenhotep II, où son nom, quoique gratté, peut être aperçu sous celui de Tiâa, l'épouse d'Amenhotep II et mère de Thoutmôsis IV ;
- une canne découverte dans la tombe KV35 d'Amenhotep II ;
- dans la tombe TT72 de grand prêtre d'Amon nommé Rê ; la reine et le roi reçoivent un culte de la part du défunt ;
- dans les tombes TT93 de l'intendant du roi Qenamon et TT96 du maire de Thèbes Sennefer ; des statues du roi et de la reine sont offerts au roi à l'occasion du Nouvel An ;
- un scarabée avec son cartouche associé à celui de son fils.
De grandes statues de reine anonymes datées du règne de Thoutmôsis III sont à attribuer soit à Satiâh, soit à Mérytrê-Hatchepsout. Un décor de la tombe (TT100) du vizir Rekhmirê montre la fabrication de telles statues[6].
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Ensemble de statues offert au roi lors du Nouvel An, celle de la reine est la troisième en partant de la gauche - tombe TT93
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Relief représent la reine derrière le roi dans le temple d'Amon à Médinet Habou
Généalogie
[modifier | modifier le code]La reine est la fille de la dame Houy, attestée sur une statue. Unie au pharaon Thoutmôsis III, elle lui donne au moins six enfants : le roi Amenhotep II, comme l'attestent plusieurs documents de réalisés sous le règne de son fils sur lesquels elle porte le titre de « mère du roi », ainsi que cinq autres fils et filles du roi mentionnés sur la statue de Houy : le prince Menkhéperrê et les princesses Mérytamon (nom inscrit dans un cartouche), Mérytamon (sans cartouche), Nebetiounet et Iset[7].
Origine discutée
[modifier | modifier le code]Elle fut longtemps considérée par de nombreux spécialistes comme la fille cadette de Thoutmôsis II et d'Hatchepsout[note 1], sur la base de deux témoignages contemporains :
- celui d'Ahmès Pen-Nekhbet, qui évoque l’aînesse de Néférourê[note 2],[8] ;
- celui de Senmèn, « Assistant de Sénènmout[note 3], Gouverneur du Palais de la fille royale, Père nourricier et Tuteur de l'Épouse du dieu Néférourê » qui se déclare également « Père nourricier de l'Épouse du dieu Hatchepsout »[9].
Mais ces témoignages ne sont pas déterminants pour plusieurs spécialistes : l’aînesse de Néférourê pourrait faire référence à son jeune demi-frère Thoutmôsis III. Quant au témoignage de Senmèn, certains spécialistes relèvent une erreur de lecture, en la corrigeant par : « Père nourricier de la fille de l'Épouse du dieu Hatchepsout », c'est-à-dire Néférourê[10],[11]. En outre, Mérytrê-Hatchepsout n'est représentée sur aucun des monuments ni nommée sur aucune inscription datant du règne d'Hatchepsout, et ne porte également jamais les titres de « Fille du roi », ou de « Sœur du roi ».
Elle est probablement la fille d’une dame Houy[11], dont le statut est attesté par ses nombreux titres : « Supérieure des Recluses d’Amon »[note 4], « Supérieure des Recluses du temple de Rê », « Divine Adoratrice d’Amon », « Divine Adoratrice dans le Temple d’Atoum ». La statue représentant cette femme éminente[note 5] la qualifie de « mère d'une épouse du dieu et d'une grande épouse royale », cumul de titres que Mérytrê-Hatchepsout est seule à porter sous le règne autonome du troisième Thoutmôsis. Sur la statue sont nommés plusieurs de ses petits-enfants, dont certains peuvent être rapprochés des enfants avérés du couple royal[12].
Aucune de ces deux hypothèses ne fait encore l'unanimité[note 6].
Une épouse estimée
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Le nom de Mérytrê n'apparaissant pas dans l'Akhmenou, la « Salle des fêtes » édifiée par Thoutmôsis III à Karnak, on peut supposer qu'elle devient la nouvelle grande épouse royale du règne vers l’an 30 du règne, succédant à Satiâh[13].
Elle reçoit en outre les titres d'« Épouse du dieu », de « Main du dieu », « Princesse héréditaire », « Maîtresse des Deux Terres » et, enfin, « Mère du roi » sous le règne d'Amenhotep II. Ce titre d'« Épouse du dieu » est un titre sacerdotal important, la première détentrice de la XVIIIe dynastie étant la reine Ahmès-Néfertary ; ce titre, que ne possédait pas la première grande épouse royale Satiâh, montre toute l'importance et le rang de cette reine. Elle transmettra d'ailleurs ce titre à sa fille Mérytamon.
Elle figure fréquemment dans les temples ou constructions royales[note 7], officiant à côté du roi, ainsi que dans des inscriptions dédiées par des particuliers. Sur la statue de Néferperet, l'échanson du roi, elle est qualifiée de « souveraine des épouses royales »[14].
Mère de l'héritier au trône, Mérytrê est représentée en premier parmi les épouses royales dans la tombe de Thoutmôsis III (KV34) et reçoit l'exceptionnel privilège d'être intégrée dans le cycle solaire figuré sur les parois de la tombe, à deux reprises[note 8].
Mérytré-Hatchepsout survit à son époux, et meurt durant le règne de son fils Amenhotep II, sans qu'il soit possible d'en préciser la date. En effet, dans la tombe de Thoutmôsis III, elle n'est pas qualifiée de « juste de voix », contrairement à la reine Satiâh et la princesse Néfertari[14].
Sépulture
[modifier | modifier le code]À partir de la quatrième décennie de son règne, Thoutmôsis III fait creuser une sépulture pour Mérytré-Hatchepsout dans la vallée des Rois. Il s'agit de la tombe KV42, dont les dépôts de fondation attestent qu'elle en fut bien la bénéficiaire[14].
La tombe accueillit finalement un haut dignitaire, Sennefer, maire de Thèbes, et ses proches, et la momie de Mérytrê-Hatchepsout n'a pour l'instant pas été identifiée[14].
Il est possible que son fils Amenhotep II ait finalement décidé de l'inhumer ailleurs, peut-être dans sa propre tombe[14].
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- ↑ Selon cette hypothèse, elle serait restée dans l'ombre durant tout le règne de sa mère et le début du règne autonome de Thoutmôsis III.
- ↑ « J'ai élevé sa fille aînée, la princesse Néférourê (juste de voix), alors que, enfant, elle était encore au sein. »
Kurt Heinrich Sethe, Urkunden der 18. Dynastie IV, p. 34, I. 16-17. - ↑ Dont une brique, dans sa première tombe, dit qu'il « occupa un poste auprès de la plus jeune fille Hatchepsout, aussi bien que pour l'aînée Néférourê », Flinders Petrie, A History of Egypt II. During the XVIIth and XVIIIth Dynasties, p. 78 et 90.
- ↑ Elle est la première femme attestée à porter ce titre.
- ↑ Conservée au British Museum (EA 1280).
- ↑ Christiane Desroches Noblecourt évoque sa filiation avec l'Adoratrice d'Amon Houy dans La femme au temps des pharaons, p. 84, de qui elle aurait hérité de sa charge d'Épouse du dieu, mais la qualifie de fille de la reine Hatchepsout dans La reine mystérieuse, Hatchepsout, p. 58-59. Toutefois, elle précise, dans ce dernier ouvrage, que si « les témoignages de ses contemporains semblent indiscutables (...) un mystère subsiste, cependant ».
- ↑ Comme la chapelle d'Hathor du Château des Millions d'Années de son époux à Deir el-Bahari, aujourd'hui exposée au Musée égyptien du Caire.
- ↑ Seul le nom de Mérytrê apparaît dans la tombe ; « Hatchepsout » est omis à chaque occurrence.
Références
[modifier | modifier le code]- ↑ Grajetzki 2005, p. 53.
- ↑ Maruéjol 2007, p. 103-105.
- ↑ (en) « Stèle mentionnant la reine (CG 34015) » (consulté le )
- Gitton 1984, p. 77.
- ↑ Gitton 1984, p. 76.
- ↑ Maruéjol 2007, p. 106.
- ↑ Maruéjol 2007, p. 104.
- ↑ James Henry Breasted, Ancient Records of Egypt II, § 344.
- ↑ Urk. IV, 418, I. 16.
- ↑ Gitton 1984, p. 71-72.
- Maruéjol 2007, p. 30.
- ↑ Maruéjol 2007, p. 112.
- ↑ Maruéjol 2007, p. 103.
- Maruéjol 2007, p. 105.
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Michel Gitton, Les divines épouses de la 18e dynastie, Paris, Belles-Lettres, (ISBN 2-251-60306-9) ;
- Florence Maruéjol, Thoutmôsis III et la corégence avec Hatchepsout, Paris, Pygmalion, , 478 p. (ISBN 978-2-85704-894-7) ;
- Christiane Desroches Noblecourt, La femme au temps des pharaons, Paris, Stock, (1re éd. 1986) ;
- Christiane Desroches Noblecourt, La Reine mystérieuse Hatchepsout, Paris, Pygmalion, (ISBN 2-7441-5818-6) ;
- Claire Lalouette, Thèbes ou la naissance d'un Empire [détail des éditions] ;
- Nicolas Grimal, Histoire de l'Égypte ancienne [détail des éditions] ;
- (en) Wolfram Grajetzki, Ancient Egyptian Queens: a hieroglyphic dictionary, Golden House Publications, .
