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Dynastie d'Abydos

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Dynastie d'Abydos
Égypte

v. 1650 AEC – 1600 AEC

Description de cette image, également commentée ci-après
Territoire de la dynastie d'Abydos selon Kim Ryholt
Informations générales
Statut Monarchie
Capitale Abydos
Langue(s) égyptien ancien
Religion religion de l'Égypte antique

Pharaon

Entités précédentes :

Entités suivantes :

La dynastie d'Abydos est une dynastie locale de l'Égypte antique qui aurait régné brièvement (vers 1650–1600 avant notre ère) sur une partie de la Haute-Égypte pendant la Deuxième Période intermédiaire et qui était contemporaine des XVe et XVIe dynasties.

L'existence d'une dynastie à Abydos a d'abord été proposée par Detlef Franke[1] puis élaborée par l'égyptologue Kim Ryholt en 1997[2]. L'existence de cette dynastie est controversée, les chercheurs n'étant pas d'accord quant à l'existence de cette dernière, et ce malgré la découverte d'une nécropole royale à Abydos-Sud, dans une zone appelée « Montagne d'Anubis » (colline en forme de pyramide) dans les temps anciens[3],[4].

Débat sur l'existence

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Arguments en faveur

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L'existence d'une dynastie d'Abydos a été proposée pour la première fois par Detlef Franke[1] et approfondie par Kim Ryholt en 1997[2]. Ryholt observe que deux rois attestés de cette période, Sekhemrê-Neferkhâou Oupouaoutemsaf (« Oupouaout est sa protection ») et Pantjeny (« Celui de Thinis »), portaient des noms liés à Abydos : Oupouaout étant une divinité abydéenne importante et Thinis une ville majeure, située à quelques kilomètres au nord d'Abydos. De plus, Oupouaoutemsaf, Pantjeny et Menkhâourê Senââib, un autre roi de cette période, sont chacun connus par une stèle découverte à Abydos, ce qui pourrait indiquer que cette ville était leur centre de pouvoir[5]. Enfin, Ryholt soutient que l'existence d'une dynastie d'Abydos expliquerait les seize entrées du Canon royal de Turin à la fin de la XVIe dynastie. Cette dynastie aurait pu se former durant l'intervalle entre la chute de la XIIIe dynastie, marquée par les conquête de Memphis puis de Itjtaouy par les Hyksôs, et la progression de ces derniers vers Thèbes[6].

L'existence de cette dynastie a peut-être été confirmée dans les années 2010 de toute une nécropole, et particulièrement en janvier 2014 avec le tombeau (CS9) du roi Ouseribrê Senebkay, jusque-là inconnu, dans la partie sud d'Abydos, une zone autrefois appelée « Montagne d'Anubis ». Si Senebkay et les autres rois appartiennent bien à la dynastie d'Abydos, leurs tombeaux marqueraient alors l'emplacement de la nécropole royale de cette dynastie, à proximité des tombeaux de souverains du Moyen Empire[note 1]. Les fouilles ont mis au jour pas moins de neuf tombes royales datant de la Deuxième Période intermédiaire, similaires par leur style et leurs dimensions : huit anonymes (CS4 à CS8, CS10, CS11[7] et celle anonyme découverte en 2025[8],[note 2]) et celle de Senebkay (CS9)[7].

Arguments en défaveur

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L'existence d'une dynastie d'Abydos ne fait pas l'unanimité parmi les spécialistes, un certain nombre d'entre eux réfutant l'existence de cette dynastie. Parmi ces derniers se trouvent Daphna Ben-Tor, Susan J. Allen et James P. Allen, qui indiquent que, premièrement, Manéthon suit la tradition du Canon royal de Turin (ce que Ryholt souligne lui-même par ailleurs[9]), or les différentes écrits reportant l'œuvre de Manéthon ne mentionnent jamais de dynastie d'Abydos, et que, deuxièmement, le critère adopté par Ryholt de localisation des monuments pour discriminer les rois thébains de la XVIe dynastie de ceux de la XVIIe dynastie en se basant sur le principe que ceux ayant des monuments à Abydos sont de la XVIIe dynastie[10] est un critère peu convaincant et ne peut s'appliquer que dans le cadre de la reconstitution historique restituée par Ryholt[11]. Detlef Franke, le premier à avoir proposé l'existence de cette dynastie, est cependant revenu sur sa position, comme il l'indique dans son article publié en 2008, dans lequel il juge que l'existence d'une dynastie d'Abydos est très douteuse : il pense aussi que la partie du Canon royal de Turin associée aux rois d'Abydos par Ryholt correspond en fait à la XVIIe dynastie[12].

Parmi eux se trouvent également Marcel Maré, qui observe qu'un atelier d'Abydos ayant produit des stèles pour deux rois associés à cette dynastie, Oupouaoutemsaf et Pantjeny, a probablement aussi réalisé la stèle du roi thébain Sekhemrê-Ouahkhâou Râhotep. Ainsi, si la dynastie d'Abydos a existé, cet atelier aurait produit des stèles pour deux dynasties concurrentes, ce qu'il juge peu probable[13].

En réponse à l'argument en faveur de la dynastie d'Abydos fondé sur le tombeau de Senebkay, Alexander Ilin-Tomich fait valoir que certains rois du Moyen Empire, tels que Sésostris III et Khâneferrê Sobekhotep, ont également leurs tombeaux à Abydos, sans que personne ne les rattache à une dynastie basée à Abydos. Il se demande plutôt si Senebkay n'aurait pas pu être un roi de la XVIe dynastie thébaine ayant choisi, comme d'autres rois de sa dynastie, de se faire ensevelir à Abydos[14]. Julien Siesse considère également l'existence de cette dynastie comme non prouvées, la nécropole royale découverte à Abydos étant plutôt une nécropole de rois thébains[15],[note 3].

Selon la reconstitution de Kim Ryholt, la dynastie a émergé à Abydos, en parallèle de la XVIe dynastie à Thèbes, lors de la conquête de Memphis puis de celle de Itjtaouy, villes tenues par les rois de la XIIIe dynastie. À la chute de la capitale royale, les notables thébains et abydéens auraient chacun formé leurs propres royaumes. Le royaume n'aurait vécu cependant que peu de temps, une vingtaine d'années, car une confrontation entre le roi thébain Sekhemrê-Sânhktaouy Neferhotep III et les Hyksôs serait attestée sur stèle, suivie d'une autre sous Sânkhenrê Montouhotepi, ce qui indiquerait que le royaume abydéen serait déjà tombé sous le joug des Hyksôs[6]. Ces confrontations ne sont cependant pas acceptées par tous, d'autres chercheurs argumentant que les stèles conserveraient plutôt des confrontations avec les Nubiens, comme l'atteste par ailleurs les inscriptions de la tombe de Sobeknakht II, nomarque d'El Kab pendant la XVIe dynastie[16].

Selon Josef Wegner, la dynastie d'Abydos, tout comme la XVIe dynastie, auraient émergé dans la phase finale de la XIIIe dynastie, sur la base de plusieurs éléments, dont les suivants[17] :

  • d'une part, la Stèle juridique, qui mentionne une généalogie des nomarques d'El Kab (voir Sobeknakht Ier) d'un côté, et les règnes de Merhoteprê de la XIIIe dynastie et de Souadjenrê Nebiryraou de la XVIe dynastie de l'autre, permettent de supposer une durée de quarante à soixante ans tout au plus[18],
  • la taille de la nécropole royale d'Abydos, qui ne correspond par à une dynastie de courte durée (durée estimée à partir des données de la Stèle juridique d'une vingtaine d'années entre la chute de la XIIIe dynastie et le règne de Senebkay, situé plutôt en fin de dynastie), impliquant donc un débordement de la dynastie sur la phase finale de la XIIIe dynastie,
  • Horemkhâouef, qui a vécu vers les règnes de Nebiryraou II et Semenrê de la XVIe dynastie, a voyagé vers Itjtaouy, capitale de la XIIIe dynastie, et rencontré le roi ; ceci démontre la présence d'un pouvoir royal dans la capitale du Moyen Empire assez tardivement dans la Deuxième Période intermédiaire.

La fin de la dynastie est quant à elle comprise différemment par Wegner. Il pense en effet que le royaume a pris fin par la conquête de ce dernier par les rois thébains de la XVIe dynastie, devenant ainsi la XVIIe dynastie, le pouvoir thébain n'aurait donc pas vu de rupture de pouvoir mais seulement une conquête territoriale significative[19],[note 4]. Il émet également une autre hypothèse : le royaume d'Abydos aurait en fait conquis le royaume thébain, ce qui serait appuyé par le fait que les plus anciens rois de la XVIIe dynastie (Râhotep, Oupouaoutemsaf, Paentjeny) étaient originaires d'Abydos[20].

Si la dynastie d'Abydos était bien une dynastie, son siège du pouvoir se situait probablement à Abydos ou à Thinis. Un graffiti possiblement attribué à Oupouaoutemsaf a été découvert par Karl Richard Lepsius dans le tombeau BH2 du nomarque Amenemhat (XIIe dynastie) à Beni Hassan, à environ 250 km au nord d'Abydos, en Moyenne-Égypte. Si l'attribution de ce graffiti est correcte, ce qui est loin d'être certain[note 5], et si Oupouaoutemsaf appartenait bien à la dynastie d'Abydos, son territoire aurait pu s'étendre jusqu'à cette latitude nord. Puisque cette dynastie était contemporaine de la XVIe dynastie, le territoire sous contrôle abydéen ne pouvait pas s'étendre au-delà de Diospolis Parva, à 50 km au sud d'Abydos[21].

Souverains de la dynastie

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Les rois attestés qui ont été assignés à la dynastie sont les suivants :

Selon le Canon royal de Turin, les rois de la dynastie qui suit la XVIe dynastie sont les suivants :

Notes et références

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  1. Tombeau de Sésostris III, celui de Néferhotep Ier, celui de Khâneferrê Sobekhotep et un dernier inachevé, peut-être de Sahathor ? (Wegner et Cahail 2021, p. 242).
  2. En 2025, la découverte d'une autre tombe royale sur le « Mont Anubis » a été annoncée ; cette tombe était légèrement plus ancienne que celle de Senebkay, mais beaucoup plus grande. Cependant, le nom du défunt n'a pas encore été trouvé dans la structure fortement endommagée, probablement à cause des pillages de tombes. Les archéologues ont rattaché la tombe au début de la dynastie d'Abydos et pensent qu'elle appartient à un prédécesseur de Senebkay, car elle a été construite dans une partie de la nécropole que les chercheurs estiment plus ancienne.
  3. Les tombes d'un grand nombre de rois thébains de cette période n'ont par ailleurs pas été découvertes et pourraient tout simplement être les tombes anonymes d'Abydos.
  4. Dans cette hypothèse, Wegner fait le parallèle avec le passage de la XVIIe dynastie avec la XVIIIe dynastie, qui n'est pas dû à une rupture dynastique mais à la réunification du pays grâce à l'annexion par les Thébains du territoire contrôlé par les Hyksôs (Wegner et Cahail 2021, p. 363).
  5. L'inscription originale semble en effet perdue, rendant l'attribution à Oupouaoutemsaf très incertaine (Ryholt 1997, p. 165).

Références

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  1. a b c d e et f Franke 1988, p. 259.
  2. a et b Ryholt 1997, p. 163-166.
  3. Wegner 2014.
  4. Wegner et Cahail 2021, p. 1.
  5. Ryholt 1997, p. 164.
  6. a b c d et e Ryholt 1997, p. 163-164.
  7. a b et c Wegner et Cahail 2021, p. 342.
  8. (en) « Des archéologues mettent au jour un tombeau égyptien antique appartenant à un roi mystérieux. », sur CNN Science, (consulté le )
  9. Ryholt 1997, p. 32-33.
  10. Ryholt 1997, p. 154 et 168.
  11. Ben-Tor, Allen et Allen 1999, p. 149.
  12. Franke 2008, p. 277-279.
  13. Marée 2010, p. 265-266.
  14. Ilin-Tomich 2014, p. 146.
  15. Siesse 2019, p. 102.
  16. Ben-Tor, Allen et Allen 1999, p. 164.
  17. Wegner et Cahail 2021, p. 356-364.
  18. Bennett 2002, p. 124–126.
  19. Wegner et Cahail 2021, p. 360-364.
  20. Wegner et Cahail 2021, p. 372-374.
  21. Ryholt 1997, p. 165-166.
  22. Wegner et Cahail 2021, p. 354-356.
  23. Wegner et Cahail 2021, p. 343-351.
  24. Ryholt 1997, p. 165.

Bibliographie

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  • (de) Detlef Franke, « Zur Chronologie des Mittleren Reiches. Teil II: Die sogenannte Zweite Zwischenzeit Altägyptens », dans Orientalia, vol. 57, No. 2, Peeters Publishers, coll. « NOVA SERIES », (JSTOR https://www.jstor.org/stable/43075561), p. 113-138 ;
  • (en) K. S. B. Ryholt, The Political Situation in Egypt during the Second Intermediate Period, c. 1800–1550 BC, Copenhague, Museum Tusculanum Press, coll. « Carsten Niebuhr Institute Publications » (no 20), , 463 p. (ISBN 87-7289-421-0, lire en ligne) ;
  • (en) Daphna Ben-Tor, Susan J. Allen et James P. Allen, « Review of « Seals and Kings: The Political Situation in Egypt during the Second Intermediate Period c. 1800-1550 B. C. » by K. S. B. Ryholt », Bulletin of the American Schools of Oriental Research (BASOR), no 315,‎ , p. 47-74 (DOI 10.2307/1357532) ;
  • (en) Chris Bennett, « A Genealogical Chronology of the Seventeenth Dynasty », Journal of the American Research Center in Egypt, vol. 39,‎ , p. 123-155 (DOI 10.2307/40001152, JSTOR 40001152) ;
  • (en) Detlef Franke, « The Late Middle Kingdom (Thirteenth to Seventeenth Dynasties): The Chronological Framework », Journal of Egyptian History, Koninklijke Brill, no 1 (2),‎ , p. 267-287 (DOI 10.1163/187416608786121310) ;
  • (en) Marcel Marée, « A sculpture workshop at Abydos from the late Sixteenth or early Seventeenth Dynasty », dans Marcel Marée (dir.), The Second Intermediate period (Thirteenth-Seventeenth Dynasties), Current Research, Future Prospects, Leuven, Paris, Walpole, MA., Peeters Leuven, , 241-282 p. (ISBN 978-90-429-2228-0, lire en ligne) ;
  • (en) Alexander Ilin-Tomich, « The Theban Kingdom of Dynasty 16: Its Rise, Administration and Politics », Journal of Egyptian History, no 7 (2),‎ , p. 143-193 (DOI 10.1163/18741665-12340016) ;
  • (en) Josef Wegner, « Giant Sarcophagus Leads Penn Museum Team in Egypt To the Tomb of a Previously Unknown Pharaoh », sur Penn Museum, (consulté le ) ;
  • (en) Julien Siesse, « Throne Names Patterns as a Clue for the Internal Chronology of the 13th to 17th Dynasties (Late Middle Kingdom and Second Intermediate Period) », GM, no 246,‎ , p. 75-98 ;
  • Julien Siesse, La XIIIe dynastie : Histoire de la fin du Moyen Empire égyptien, Paris, Sorbonne Université Presses, coll. « Passé Présent », (ISBN 9791023105674) ;
  • (en) Josef Wegner et Kevin Cahail, King Seneb-Kay's Tomb and the Necropolis of a Lost Dynasty at Abydos, Philadelphie, University of Pennsylvania Press, , 386 p. (ISBN 978-1949057096).