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Sésostris Ier

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Sésostris Ier
Image illustrative de l’article Sésostris Ier
Statue de Sésostris Ier, musée égyptien de Berlin.
Période Moyen Empire
Dynastie XIIe dynastie
Fonction principale roi
Prédécesseur Amenemhat Ier
Dates de fonction v. 1944 à 1900 AEC[1],[note 1]
Successeur Amenemhat II
Famille
Grand-père paternel Sésostris
Grand-mère paternelle Ire
Père Amenemhat Ier
Mère Néféritatjenen
Conjoint Néférou III
Enfant(s) Amenemhat II
Sébat
Enfants avec le 2e conjoint Itakaÿt Ire
Néférouptah Ire
Néférousobek
♀ Nensed...
Fratrie Néférou III
Néférousheryt
Kaÿt
Sépulture
Nom Pyramide de Sésostris Ier
Type Pyramide à faces lisses
Emplacement Licht

Sésostris Ier ou Senousert Ier est le deuxième roi de la XIIe dynastie, fils du fondateur Amenemhat Ier, et règne au cours du XXe siècle av. J.-C. et peut-être au début du XIXe siècle av. J.-C.. Peut-être pris comme co-régent de son père en l'an XX du règne de celui-ci, Sésostris se voit confier la conduite des opérations militaires contre les turbulents voisins de l'Égypte pendant que son père continue à administrer le pays. En l'an XXX, le souverain est victime d'un attentat, qui lui coûte peut-être la vie. Sésostris monte alors sur le trône pour un long règne de près de 45 ans.

Sésostris Ier est le fils de son prédécesseur Amenemhat Ier et de la reine Néféritatjenen, cette dernière porte le titre de « Mère du roi » (mw.t-nsw.t), inscrit sur une statue de son fils[2],[3]. Il a pour sœurs les princesses Néférousheryt et Kaÿt ainsi que la reine Néférou III qui est sa seule épouse connue[2],[3]. Cette dernière porte les titres de « Fille du roi » (sȝ.t-nsw.t), d'« Épouse du roi » (ḥm.t-nsw.t) et de « Mère du roi » (mw.t-nsw.t), faisant également d'elle la mère du successeur de Sésostris Ier, Ameny le futur Amenemhat II[2],[3].

Sésostris Ier a eu également plusieurs filles[3] :

  • Sébat : probablement fille de la reine Néférou III, la princesse porte le titre de « Fille du roi de son corps » (sȝ.t-nsw.t n ẖt=f) sur une inscription de la « chapelle des rois » d'Amenemhat II située dans le temple d'Hathor du Sarabit al-Khadim[4],[5],[6],
  • Itakaÿt Ire : la princesse n'est attestée que dans la chapelle funéraire de la pyramide de reine no 2 près de la pyramide de Sésostris Ier à Licht ; elle porte le titre de « Fille du roi de son corps »[7],[8],
  • Néférouptah Ire : la princesse n'est attestée que un bâton magique en ivoire, sur lequel elle porte le titre de « Fille du roi » et découvert près de la pyramide de Sésostris Ier à Licht, ainsi qu'un papyrus acquis par Bernhard Grdseloff à Qena en 1944[7],[9],
  • Néférousobek : la princesse n'est attestée de manière certaine que par un fragment de bassin d'offrandes en granite découvert près de la pyramide de Sésostris Ier à Licht[2],[9],
  • Nensed... : cette princesse est nommée sur un fragment d'assiette découvert près de la pyramide de Sésostris Ier ; elle porte le titre de « fille du roi »[4].

Accession au trône

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Stela CG 20516 doublement datée aux noms d'Amenemhat Ier et de Sésostris Ier.

Afin de consolider son pouvoir et d'assurer la continuité dynastique, Amenemhat Ier prend son fils Sésostris Ier comme corégent en l'an 20 de son règne[10]. En effet, une stèle, trouvée à Abydos et actuellement conservée au musée du Caire (CG 20516), est datée de l'an 30 d'Amenemhat Ier et de l'an 10 de Sésostris Ier. Il inaugure par là une tradition qui sera suivie jusqu'aux derniers temps de la royauté de l'Égypte antique. Amenemhat Ier étant décédé au cours de sa 30e année de règne, Sésostris Ier a donc commencé son règne personnel à partir de l'an 10.

Relief représentant Sésotris Ier assis sur son trône à l'entrée de la cour du Moyen Empire du temple d'Amon-Rê de Karnak.

Dès la IIIe année de son règne, il refonde notamment le temple de Rê-Horakhty à Héliopolis et, pour orner un de ses sanctuaires, érige une paire d'obélisques en granit d'Assouan dont un des monolithes est toujours en place et reste le seul vestige monumental encore visible sur le site dans l'actuelle banlieue du Caire.

Un texte recopié sous Thoutmôsis III sur un rouleau de cuir conservé au musée de Berlin comprend le discours fondateur du roi qui indique qu'il se fit construire dans l'enceinte du temple solaire, un temple à son nom afin que la postérité se souvienne de son œuvre pieuse[11].

À Thèbes, l'Héliopolis du Sud, à l'occasion de sa XXXe année de règne et de la fête du heb sed qui sanctionnait alors le jubilé royal, Sésostris embellit et agrandit le temple d'Amon-Rê de Karnak en lui adjoignant probablement pour la première fois un axe nord-sud. Il y fait construire un grand kiosque en calcaire fin pour la barque du dieu. Le monument au décor raffiné et comportant une liste exhaustive des régions administratives du pays a été retrouvé entièrement démonté en remploi dans des monuments ultérieurs. Reconstitué il peut être désormais admiré dans le musée en plein air du site[12].

La Chapelle blanche, kiosque reposoir de Sésostris Ier au musée en plein air de Karnak.

Sésostris consacra également au dieu de Thèbes un grand naos en granit qui reçut l'image cultuelle divine et était encore utilisé au Nouvel Empire puisqu'il subit les martelages de l'image d'Amon lors de l'épisode amarnien puis fut restauré sous les Ramessides. Ce naos est actuellement conservé au musée égyptien du Caire[13].

Ces deux exemples symbolisent l'œuvre architecturale du roi et son empreinte durable sur ses descendants et au-delà ses lointains successeurs qui se réclameront de son héritage en veillant soigneusement à la préservation des monuments malgré les réformes religieuse ou encore les remaniements architecturaux de ses principales fondations religieuses.

Activités hors d'Égypte

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Stèle du général Nesoumontou décrivant ses expédions au Proche-Orient sous Amenemhat Ier et Sésostris Ier - Louvre (C1).

Sésostris organise plusieurs expéditions hors d'Égypte[14] :

De l'an 1 à l'an 18, il organise plusieurs expéditions militaire en Nubie pour soumettre le pays et fonde plusieurs forteresses, dont la forteresse de Qouban[14].

Vers la fin de sa vie, il a nommé son fils Amenemhat II comme son corégent. La stèle de Ouepouaouet est datée de la 44e année de Sésostris et de la 2e année d'Amenemhat, il l'aurait donc nommé pendant sa 43e année de règne[16]. On pense que Sésostris est mort au cours de sa 46e année sur le trône puisque le Canon royal de Turin lui attribue un règne de 45 ans[17].

Il érige comme son père une pyramide à Licht. Cette pyramide a une base de 105 m de côté et une hauteur de 61,3 m. C'est de ce site que proviennent une série de statues en calcaire du roi, plus grandes que nature, le représentant les traits jeune, les pupilles encore peintes en noir, assis sur son trône, coiffé du némès orné d'un uræus, conférant au portrait du roi la majesté et la vitalité d'un éternel souverain. Ces statues avaient été enfouies à la suite de l'inhumation du roi ce qui les a préservées des aléas du temps et notamment des chaufourniers. Elles sont exposées au musée égyptien du Caire[18].

Postérité culturelle

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Remplacé dans l'esprit du grand public par des figures comme Ramsès II, Toutânkhamon ou Cléopâtre VII pour représenter l’Égypte pharaonique, il semble encore connu dans le monde lettré du XVIIIe siècle, puisque Jean-Jacques Rousseau dans le Discours sur les sciences et les arts, à la culture encore très autodidacte, choisit de l'utiliser, lui plutôt qu'un autre, comme pour personnifier en son seul nom l'esprit de l’Égypte antique tout entière : « Voyez l’Égypte, cette première école de l'univers, ce climat si fertile sous un ciel d'airain, cette contrée célèbre, d'où Sésostris partit autrefois pour conquérir le monde [...]. »[19].

Notes et références

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  1. 1974 à 1929 AEC (selon A. D. Dodson)
    1971 à 1928 AEC (selon A. H. Gardiner, N. Grimal, D. B. Redford)
    1971 à 1926 AEC (selon D. Arnold)
    1964 à 1919 AEC (selon C. Vandersleyen)
    1960 à 1916 AEC (selon J. Málek)
    1956 à 1911 AEC (selon I. Shaw)
    1956 à 1911/10 AEC (selon J. von Beckerath)
    1920 à 1875 AEC (selon E. Hornung, Krauss et Warburton)
    1918 à 1875 AEC (selon R. Krauss)

Références

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  1. Tallet et al. 2023, p. 419.
  2. a b c et d Dodson et Hilton 2004, p. 97.
  3. a b c et d Grajetzki 2005.
  4. a et b Dodson et Hilton 2004, p. 98.
  5. Favry 2009, p. 54 et 60.
  6. Fay 1996, p. 46-47.
  7. a et b Dodson et Hilton 2004, p. 96.
  8. Favry 2009, p. 58.
  9. a et b Favry 2009, p. 60.
  10. Murnane 1977, p. 2.
  11. Wildung 1984, chap. IV, p. 127-128 fig. 112.
  12. Pirenne 1962, p. 95 fig. 24.
  13. Wildung 1984, chap. II, p. 64 fig. 55 & 56.
  14. a et b Dessoudeix 2008, p. 142.
  15. Tallet 2012, p. 149.
  16. Murnane 1977, p. 5.
  17. Murnane 1977, p. 6.
  18. Michałowski 1978, p. 119.
  19. « Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/43 - Wikisource », sur fr.wikisource.org (consulté le )

Bibliographie

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  • (en) Aidan Mark Dodson et Dyan Hilton, The Complete Royal Families of Ancient Egypt, Thames & Hudson, [détail des éditions] (ISBN 0-500-05128-3) ;
  • (en) Wolfram Grajetzki, Ancient Egyptian Queens : A hieroglyphic Dictionary, Golden House Publications, , 120 p. (ISBN 978-0-9547218-9-3) ;
  • (en) Biri Fay, The Louvre Sphinx and Royal Sculpture from the Reign of Amenemhat II, Mainz, von Zabern, (ISBN 3-8053-1760-3) ;
  • (en) William Joseph Murnane, « Ancient Egyptian Coregencies », Studies in Ancient Oriental Civilization, The Oriental Institute of the University of Chicago, no 40,‎  ;
  • Dietrich Wildung, L'Âge d'Or de l'Égypte : Le Moyen Empire, Fribourg, Office du Livre S.A.,  ;
  • Jacques Pirenne, Histoire de la civilisation de l'Égypte ancienne : Deuxième cycle : de la fin de l'Ancien Empire à la fin du Nouvel Empire, Neuchâtel, Éd. de la Baconnière,  ;
  • Michel Dessoudeix, Chronique de l'Égypte ancienne : Les pharaons, leur règne, leurs contemporains, Arles, Actes Sud, , 786 p. (ISBN 978-2-7427-7612-2) ;
  • (en) Pierre Tallet, « Ayn Sukhna and Wadi el-Jarf: Two newly discovered pharaonic harbours on the Suez Gulf », British Museum Studies in Ancient Egypt and Sudan (BMSAES), vol. 18,‎ (lire en ligne) ;
  • Pierre Tallet, Frédéric Payraudeau, Chloé Ragazzoli et Claire Somaglino, L'Égypte pharaonique : Histoire, société, culture, Malakoff, Armand Colin, , 482 p. (ISBN 978-2-200-63527-5) ;
  • Kazimierz Michałowski, Histoire Mondiale de la Sculpture : Égypte, Paris, Hachette,  ;
  • Nathalie Favry, Sésostris Ier et le début de la XIIe dynastie : Karnak, Abydos, La mer Rouge, La Nubie, Paris, Pygmalion, coll. « Les Grands Pharaons », , 381 p. (ISBN 978-2-7564-0061-7).

Liens externes

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