XXIIe dynastie égyptienne

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Registre supérieur : le prêtre Padiouset offre de l'encens en l'honneur de Rê-Horakhty-Atoum ; registre inférieur : formule d'offrande à Osiris. Bois enduit et peint, vers -900 (XXIIe dynastie).

La XXIIe dynastie pharaonique est une dynastie d'origine berbère[1],[2] libyque, qui gouverna l'Égypte des environs de -945 à -715, en parallèle avec les XXIIIe, XXIVe et XXVe dynasties.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les Libyens, de la tribu des Mâchaouach (ou Ma), sont déjà bien implantés dans le delta du Nil lorsque, à la chute de Psousennès II, Sheshonq Ier prend le pouvoir et se fait proclamer pharaon. Les rois de cette dynastie se placeront sous la protection du dieu Amon (visible notamment dans leur titulature avec de nombreux Méry-Amon, « l'aimé d'Amon ») et délégueront une partie de leurs pouvoirs aux grands prêtres d'Amon à Thèbes. Mais ils font également référence au passé glorieux représenté par Ramsès II, car de nombreux rois portent son nom de couronnement, Ousermaâtrê, « puissante est la justice (Maât) de  », à commencer par Sheshonq Ier.

Ces libyens ne perdront jamais totalement leurs mœurs d'origines : ils installent notamment des fiefs, sortes de chefferies, à travers le delta, pour les membres de la famille royale. Le delta s'émiette ainsi jusqu'à ce qu'un membre de la famille fonde une dynastie parallèle, la XXIIIe dynastie. Les pharaons de la XXIIe dynastie se distinguent des autres dynasties par leur aspect clair et l'allongement de leurs visages, sur les peintures et sculptures retrouvées dans leurs chambres funéraires.

Libyens, Nubien, Syrien et Égyptien peints sur la tombe de Séthi Ier.

Une autre tribu libyenne, les Libous, s'installe dans la frange orientale du delta à partir du milieu de la dynastie (sous Sheshonq III). Elle est probablement à l'origine de la XXIVe dynastie.

Ce serait par ailleurs à Tefnakht, pharaon de ladite XXIVe dynastie (ou même à son successeur Bakenranef), voire à Osorkon IV de Tanis, dernier pharaon de la présente XXIIe dynastie elle-même finissante, parfois considéré déjà comme un pharaon de la XXIIIe, plutôt a priori qu'à Ioupout II ou un autre pharaon successeur ou contemporain de ladite XXIIIe proprio sensu, ou qu'à Piânkhy, l'initiateur de la XXVe dynastie en tant que pharaon, et à ce titre « le successeur » dudit Osorkon (au moins), que, selon le second « Livre des rois » de la Bible hébraïque, c'est-à-dire de l'Ancien Testament chrétien pour l'essentiel, leur contemporain le roi d'Israël Osée aurait envoyé des messagers, à So (Saïs), vers 725 ou 724 av. J.-C., pour tenter d'affranchir son propre pays du tribut payé à l'Assyrie, au mécontentement du nouveau roi assyrien Salmanazar V[3]. À moins que Piânkhy ait été lui-même considéré par la Bible comme « roi de Saïs », en tant que suzerain, sinon souverain direct (?), voire donc par l'intermédiaire de l'un de ses rivaux pour le titre de pharaon, dont Osorkon IV ou autre(s) (vassalisé(s) ?).

On qualifie souvent cette dynastie de « bubastite » (de la ville de Bubastis), mais bien qu'elle fût la ville d'origine du fondateur de cette dynastie, et même si ses successeurs y agrandirent le grand temple de Bastet, il semble que le palais royal se trouvait toujours à Tanis (c'est là, en tout cas, que se trouvent les tombes des rois de cette dynastie). Durant cette période, la capitale administrative demeure à Memphis.

Les temples, qui avaient profité des largesses royales sous le Nouvel Empire, sont devenus des relais indispensables en Égypte, depuis la déliquescence du pouvoir royal à la fin de la XXe dynastie. Ils ont assumé, à travers des modifications institutionnelles, la fonction de garants de l'ordre cosmique liée à la perception traditionnelle du monde. Ils ont développé de nouveaux aspects de la théologie, par exemple les cultes des dieux enfants, visant à permettre le renouvellement des grands cycles de l'univers égyptien.

Parallèlement, ils apparaissent comme les médiateurs par excellence entre hommes et dieux, dans la mouvance du développement de la piété personnelle. La montée considérable du culte des animaux sacrés s'inscrit dans ces évolutions, de même que la pratique officielle de l'oracle, et sa diffusion dans la sphère privée. Les Libyens s'assurent le soutien des clergés, en respectant scrupuleusement les obligations religieuses traditionnelles du pouvoir royal : ils reprennent une politique monumentale en faveur des temples, notamment à Bubastis, mais aussi dans les grands sanctuaires de Karnak, Héliopolis, Hermonthis, Abydos, et Tanis qui reste la capitale du nord.

L'art de la période marque la volonté des souverains de se rattacher à la grandeur ramesside, tant dans l'architecture que dans la sculpture monumentale. Il se développe un art du bronze de grande qualité (cf. une statue de la divine adoratrice Karomama).

Pharaons de la XXIIe dynastie[modifier | modifier le code]

Pschent2.png Pharaon Renpout.png Règne[4] Egypte icon lieu.png Capitale Tombe2.png Tombe Egypte icon momie.png Momie
Sheshonq Ier
ou Chechanq
-945 à -924 Tanis Tanis ? Bubastis ? Memphis ? ?
Nimlot Ier vers -940 Héracléopolis ? ?
Osorkon Ier -924 à -890/-889 Tanis Nécropole royale de Tanis ? ?
Sheshonq II -890 à -889 Tanis Partiellement pillée :
Nécropole royale de Tanis, NRT III
Réduite à l'état de squelette
Takélot Ier -889 à -874 Tanis Pillée :
Nécropole royale de Tanis, NRT I
Réduite à l'état d'ossements
Osorkon II -874 à -850 Tanis Pillée :
Nécropole royale de Tanis, NRT I
Réduite à l'état d'ossements
Takélot II -850 à -825 Tanis ? Thèbes ? ? ?
Sheshonq III -825 à -818 puis roi de Tanis, -818 à -773 Tanis Pillée :
Nécropole royale de Tanis, tombe originelle NRT V puis NRT I
Réduite à l'état d'ossements
Pimay
ou Pamy
-773 à -767 Tanis Pillée :
Nécropole royale de Tanis, tombe originelle NRT II
Réduite à l'état d'ossements
Sheshonq V -767 à -730 Tanis Pillée :
Nécropole royale de Tanis, NRT V
?
Osorkon IV -730 à -715 Tanis Nécropole royale de Tanis ? ?

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Anne McLachlan, Morocco Handbook with Mauritania, Footprint, coll. « Footprint Handbooks », , 79 p. (lire en ligne)
  2. (en) Thomas C. Oden, Early Libyan Christianity : Uncovering a North African Tradition, InterVarsity Press, , 51 p. (ISBN 978-0-8308-6954-1, lire en ligne)
  3. Bible, 2R 17, 4 (2è Livre des rois, chapitre 17, verset 4).
  4. Plusieurs dates peuvent exister ; voir le détail à la page de chaque pharaon.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Damien Agut et Juan Carlos Morena-Garcia, L'Égypte des pharaons : De Narmer à Dioclétien, Paris, Belin, coll. « Mondes anciens », (ISBN 2701164915)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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