Période thinite

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Royaume d'Égypte
Période archaïque

vers -3150 – vers -2700

Informations générales
Statut Monarchie
Capitale Thinis
Memphis
Langue Égyptien ancien
Religion Religion de l'Égypte antique
Histoire et événements
vers -3150 Unification de la Haute et Basse-Égypte par Narmer
Pharaon
(1er) vers -3150 Narmer
(Der) vers -2700 Khâsekhemoui

Entités précédentes :

Entités suivantes :

On appelle période thinite de l'Égypte (ou période archaïque) la période couverte par les deux premières dynasties ; elle est ainsi désignée parce que Manéthon leur assigne Thinis, près d'Abydos en Haute-Égypte, comme lieu d’origine. Cette période s'ouvre aux alentours de -3150 par la première unification de l'Égypte et se termine vers -2700 avec la réunification, définitive cette fois. C'est au cours de cette période que se mettent en place les traits qui caractériseront la civilisation égyptienne pendant plus de deux millénaires.

Nous ne savons presque rien des événements politiques qui traversent le règne des rois de la période, si ce n’est que les successions ne se faisaient pas sans problème. Selon le récit mythique des origines de l'Égypte, le premier roi humain à avoir régné sur la totalité de l'Égypte était Ménès. Aujourd'hui, la plupart des chercheurs identifient cette figure mythique au roi Narmer.

Histoire politique[modifier | modifier le code]

Unification du pays[modifier | modifier le code]

Durant la fin de la période prédynastique, l'Égypte se trouve divisée en deux royaumes : un roi pour le Nord (Basse-Égypte) et un pour le Sud (Haute-Égypte). Les rois du Sud prennent alors le dessus sur ceux de Basse-Égypte. La conquête a dû être progressive. En effet, si Narmer est considéré comme l'unificateur de l'Égypte et le premier roi de la Ire dynastie, l'un de ses prédécesseurs, Iry-Hor, est attesté sur une inscription dans le Sinaï, inscription mentionnant également Memphis[1], ville pourtant fondée selon le mythe par l'unificateur de l'Égypte Ménès. Le dernier bastion du royaume du Nord était peut-être Bouto : en effet, sur la Palette de Narmer, les hiéroglyphes sculptés près du captif vaincu par Narmer - un harpon et un lac - ont été considérés par les spécialistes comme étant soit un nom de lieu pour le nome du Harpon (situé au nord-ouest du Delta) soit le nom du captif, phonétiquement lu comme étant Ouash ou Ouashi[2],[3].

La période prédynastique se termine à la création de la Ire dynastie, avec l'unification du pays par Narmer au XXXIIe siècle (-3150/-3125 selon Nicolas Grimal).

Ire dynastie[modifier | modifier le code]

Pour la Ire dynastie, la succession des souverains est considérée comme certaine. Après Narmer, la succession des sept rois suivants jusqu'à est connue avec une certaine certitudes. Ces huit souverains ont, règne après règne, tenté de consolider l'unification du pays. Ils se sont tous fait enterrer près de leur capitale Thinis, dans le cimetière d'Oumm el-Qa'ab. Jusqu'à la fin de la 1ère dynastie, la tradition voulait que les plus proches parents ainsi que les serviteurs de haut rang suivent le roi dans la mort. Ils étaient enterrés dans de petites tombes latérales presque carrées, directement à côté de la tombe du roi.

La reine Merneith joue un rôle historique particulier au début du règne de son fils Den. Les sceaux en argile de la tombe de cette dame à Oumm el-Qa'ab ainsi que le complexe funéraire extraordinairement grand avec son propre quartier de culte et sa propre stèle funéraire de format royal permettent de conclure qu'elle a pris en charge et dirigé les affaires du gouvernement pour le roi Den pendant un certain temps, puisque ce dernier était probablement encore trop jeune pour la fonction de roi, en effet le prédécesseur de Den, le roi Ouadj, a eu un règne court. Den a donc partagé le trône royal avec sa mère. Des cas similaires sont également connus pour les reines Ânkhésenpépi II (VIe dynastie) et Hatshepsout (XVIIIe dynastie).

Développement du pays[modifier | modifier le code]

Memphis gagne en importance. En effet, si l'emplacement et l'étendu de la ville sont inconnues, la nécropole memphite nous donne des indices de son importance : un grand cimetière de mastabas datant, pour les plus anciens, au moins de l'époque de Hor-Aha, successeur immédiat de Narmer, a été découvert à Saqqarah-Nord, et d'autres cimetières datant de la Ire dynastie ont été découverts à Zaouiet el-Aryan et à Helwan.

La Ire dynastie est caractérisée par de nombreuses innovations et introductions administratives. Ainsi, le développement de la numération hiéroglyphique a commencé dés le rois Den. De plus, pour la première fois, des titres comme Hatia, Adj-mer et Iripat apparaissent pour les hauts fonctionnaires et les membres de la maison royale. La titulature royale change également : au tout début de la royauté, la titulature royale n'est pas standardisée[4]. Ainsi, des hiéroglyphes utilisés en tant que titre plus tard font souvent partie intégrante du nom dans ces périodes anciennes. Le premier nom à apparaître, dés la Période prédynastique, est le nom d'Horus, inscrit dans un serekh[4]. Au cours de la Ire dynastie, un nouveau nom apparaît à partir de Djer : il s'agit de l'ancêtre du nom d'Horus d'or[4]. Le titre lui-même Bik-nebou (Bjk-nbw) n'existe pas encore, seul le hiéroglyphe nbw, signifiant or, est systématiquement présent est fait partie intégrante du nom : par exemple, pour Djer, c'était Ni-Nebou, pour Den, Iâret-Nebou. Au cours de cette même Ire dynastie, un autre nom apparaît également à partir de Den : ce nom est précédé du titre Nesout-bity (Nswt-bjtj) et, à partir de Sémerkhet, ce nom comporte souvent (mais pas systématiquement) le vocable nebty (nb.tj)[4]. Ce nom est considéré comme l'ancêtre du nom de Nebty[4].

Chaque souverain de la première dynastie a fait construire ses propres résidences royales. La politique étrangère était caractérisée par le troc avec les régions voisines tels que la Syrie, le Levant et la Nubie : ce commerce existait déjà à l'époque prédynastique, ainsi de nombreux vases provenant du Levant ont été trouvés dans les tombes des membres de la famille royale et des haut-fonctionnaires. L'Égypte a mené à plusieurs reprises des actions militaires contre la Libye, la Nubie et également dans le Sinaï, en partie pour sécuriser ces échanges commerciaux, et ce dés le début de la dynastie sous le règne de Aha.

Les dieux sont également vénérés, par exemple : fondation ou embellissement de sanctuaires (déesse Neith sous le règne d'Hor-Aha), organisation du culte à Bouto (Djer), création de statues pour des dieux (Seshat et Sed sous le règne de Semerkhet).

Fin de dynastie troublée[modifier | modifier le code]

À partir du règne d'Adjib, des troubles commencent dans le pays. En effet, la fin du règne de ce roi semble violente. Helck souligne en outre une caractéristique inhabituelle ; toutes les images des fêtes-Sed d'Adjib montrent la notation Qesen (signifiant « calamité ») écrite sur les escaliers du pavillon des fêtes-Sed. Lors de la deuxième année du règne de Sémerkhet, un grand événement inconnu eu lieu : la pierre de Palerme indique simplement « Destruction de l'Égypte » tandis que Manéthon parle d'une « calamité ».

Malgré le règne long et prospère de Qâ, les preuves montrent qu'après sa mort, une guerre dynastique entre les différentes maisons royales a commencé pour le trône. Dans la tombe du haut dignitaire Merka, un vase en pierre portant le nom d'un roi Sneferka a été retrouvé. Il n'est pas clair si Sneferka était un nom alternatif de Qâ ou s'il était un souverain séparé, éphémère. Des égyptologues tels que Wolfgang Helck et Toby Wilkinson désignent un autre souverain mystérieux nommé Horus Oiseau, dont le nom a été trouvé sur des fragments de vase datant de la fin de la Ire dynastie. Il est possible que Sneferka et Horus Oiseau se soient battus pour le pouvoir et qu'Hotepsekhemoui ait mis fin à la lutte et soit finalement monté sur le trône d'Égypte, commençant ainsi la IIe dynastie. Les traces de vols de tombes et d'incendies criminels trouvées dans les tombes royales d'Abydos sont de puissants indices de cette théorie. Les sceaux d'argile d'Hotepsekhemoui trouvés dans la tombe de Qâ suggèrent qu'il a restauré la tombe ou enterré Qâ, peut-être dans une tentative de légitimer son règne.

IIe dynastie[modifier | modifier le code]

Apaisement de l'Égypte[modifier | modifier le code]

Comme cité plus haut, la Ire dynastie semble finir dans la violence. Le fondateur de la IIe dynastie porte un nom d'Horus qui en tout cas va dans ce sens : Hotepsekhemoui, qui signifie « Les Deux Puissants sont réconciliés ». Les « Deux Puissants » en question peuvent faire référence aux deux grands dieux Horus et Seth, personnification des Basse et Haute-Égypte. Ainsi, ce roi aurait pacifié le royaume après les troubles de la fins de la Ire dynastie. Ses deux successeurs sont sûrs : il s'agit des rois Nebrê et Ninetjer. Peu de choses sont connues de ces trois règnes.

Memphis semble prendre encore plus d'importance à partir d'Hotepsekhemoui car ce dernier ainsi que Ninetjer se sont faits enterrés à Saqqarah, devenant ainsi pour la première fois une nécropole royale. Malgré tout, Ninetjer laisse un royaume qui se divisera peu après sa mort.

Division du royaume[modifier | modifier le code]

À la suite du règne de Ninetjer, des égyptologues tels que Wolfgang Helck, Walter Bryan Emery, Hermann A. Schlögl et Jürgen von Beckerath considèrent qu'il est possible qu'une scission pays en deux royaumes eut lieu : il est probable qu’une lignée de rois régnait au sud à Abydos, quand une autre lignée, au nord, avait pour capitale Memphis, qui avait une situation géographique intermédiaire entre le nord et le sud. Ainsi, des rois comme Péribsen et Sekhemib devaient être des rois de Haute-Égypte, tandis que Ouneg et Noubnefer devaient être des rois de Basse-Égypte. Les raisons de cette division sont inconnues.

Un premier indice d'une division est les inscriptions sur les sceaux d'argile des rois Péribsen et Sekhemib, qui montrent une séparation nette entre les centres administratifs de la Haute et de la Basse-Égypte. En effet, les sceaux parlent du « roi de Haute-Égypte » et les hauts fonctionnaires administratifs sont nommés « administrateurs du roi de Haute-Égypte ». Un deuxième indice d'une division du royaume est le serekh du roi Péribsen qui donne, non pas un nom d'Horus comme c'était la tradition depuis la Période prédynastique, mais un nom de Seth.

La raison de la division de l'Égypte peut avoir été des conflits entre l'État et la religion. Cette conjecture est alimentée par la décision de Peribsen de placer le dieu Seth au-dessus de son serekh, mais le nom du roi Nebrê donne également lieu à des spéculations, puisqu'il a été le premier souverain égyptien à intégrer le disque solaire du dieu dans son nom. Cependant, les preuves de l'existence de conflits entre castes de prêtres comme cause d'une division formelle du royaume n'existent pas encore. Selon des égyptologues tels que Hans Wolfgang Helck, Nicolas Grimal, Hermann Alexander Schlögl et Francesco Tiradritti, une autre motivation pour une telle scission pourrait être basée sur l'expansion rapide du territoire à administrer et la population croissante pendant la IIe dynastie. L'augmentation constante du nombre de propriétés et de domaines de l'État à desservir a nécessité l'introduction de nouveaux bureaux, car des tensions politiques internes et des griefs économiques croissants ont pu surgir, à la suite de quoi une division du royaume - purement administrative - a été jugée nécessaire.

Réunification de l'Égypte[modifier | modifier le code]

Ce qui est sûr, c'est que le dernier roi de la IIe dynastie, Khâsekhemoui, règne sur un pays unifié. Il a changé de titulature : son premier nom d'Horus et de Seth (seul roi égyptien dont le serekh est surmonté de ces deux dieux) était Khâsekhem (signifiant « Le Puissant est apparu » ), puis le second était Khâsekhemoui, (signifiant « Les Deux Puissants sont apparus »). Ce changement marque sans doute le moment où il a réunifié l'Égypte en un seul pays. Ce roi venait probablement de Haute-Égypte, car il s'est fait enterré dans un grand mastaba dans la nécropole d'Oumm el-Qa'ab près d'Abydos, nécropole des rois de la Ire dynastie.

À la fin de cette dynastie, les systèmes d'administration égyptiens sont désormais en place, dont la religion qui s'épanouira à toutes les époques. Ainsi, à la mort de Khâsekhemoui, son fils Djéser monte sur le trône et fonde ce qui sera l'Ancien Empire. Malgré tout, ce n'est pas pour autant un changement radicale. Excepté l'architecture funéraire royale, la IIIe dynastie est dans la continuité de la IIe dynastie, la grande innovation de cette dynastie est l'architecture en pierre de taille (la pierre avait déjà été utilisé auparavant, mais pas dans de telles proportions) et les complexes funéraires royaux qui prennent des dimensions sans commune mesure avec les tombeaux de la IIe dynastie, celui de Khâsekhemoui compris.

L'art de l'époque thinite[modifier | modifier le code]

C'est à l'époque des deux premières dynasties que sont mises en place les conventions de l'art égyptien, en parallèle avec l'émergence des systèmes politique et social. Cet art se caractérise par une architecture funéraire en développement et un mobilier funéraire varié.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages généraux sur l'Égypte antique[modifier | modifier le code]

Période thinite[modifier | modifier le code]

  • (en) Toby Wilkinson, Early Dynastic Egypt, Londres, Routledge,
  • (en) Toby Wilkinson, « The Early Dynastic Period », dans Allan S. Lloyd (dir.), A Companion to Ancient Egypt, Malden et Oxford, Blackwell Publishing, coll. « Blackwell companions to the ancient world », (ISBN 9781405155984), p. 48-62
  • (en) Toby Wilkinson, « Dynasties 2 and 3 », dans Wolfram Grajetzki et Willeke Wendrich (dir.), UCLA Encyclopedia of Egyptology, Los Angeles, (lire en ligne)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Tallet, D. Laisnay, « Iry-Hor et Narmer au Sud-Sinaï (Ouadi 'Ameyra), un complément à la chronologie des expéditios minière égyptiene », dans : BIFAO, no 112, 2012, p. 381-395, available online
  2. Wolfgang Helck, Untersuchungen zur Thinitenzeit, Wiesbaden, coll. « Ägyptologische Abhandlungen 45 », , p. 98.
  3. Thomas C. Heagy, « Who was Menes? », Archeo-Nil, vol. 24,‎ , p. 59–92 (lire en ligne), p. 66.
  4. a b c d et e Michel Dessoudeix, Chronique de l'Égypte ancienne : Les pharaons, leur règne, leurs contemporains, Actes Sud, , 786 p. (ISBN 978-2742776122), pages 7-8

Liens externes[modifier | modifier le code]