Période macédonienne de l'Égypte antique

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Le nom d’Alexandre le Grand en hiéroglyphe.

La période macédonienne commence en Égypte après le règne du dernier roi de la seconde domination perse, Darius III.

Cette période va de 332 à 305 av. J.-C., de la victoire des armées d’Alexandre le Grand à la mort d'Alexandre IV, le fils posthume et légitime d'Alexandre et Roxane.

Historique[modifier | modifier le code]

Scène de moisson, pronaos du tombeau de Pétosiris, IVe s. av. J.-C.

Alexandre le Grand ne fait qu'un assez court séjour en Égypte, entre l'automne 332 et le printemps 331, avant de reprendre sa marche victorieuse vers les provinces centrales et orientales de l'Empire achéménide. Ce passage est pourtant marqué par trois initiatives majeures : le pèlerinage au sanctuaire saharien de Zeus Ammon à Siwa, qui lui permet de faire reconnaître son ascendance divine, la décision de fonder la ville d'Alexandrie et l’inauguration d'une politique de coopération avec les élites autochtones[1]. Les auteurs grecs anciens insistent sur l'excellent choix du site d'Alexandrie, aménagé auprès de la petite forteresse égyptienne de Rhakôtis, à la fois favorable à la navigation par son exposition au vent étésien et bien reliée, par le Nil, à un arrière-pays fertile[2]. La nouvelle cité est proche du comptoir grec de Naucratis et la tradition attribue à un Grec d’Égypte , Cléomène de Naucratis, un rôle d'architecte de la ville. La « stèle du Satrape », inscription en hiéroglyphes érigée par Ptolémée fils de Lagos en tant que satrape d'Égypte, déclare que celui-ci « a établi sa Résidence en ce lieu appelé le Fort du Roi de Haute et Basse-Égypte [Alexandre], sur la rive de la mer des Ioniens [la mer Méditerranée], dont le nom ancien était Raqotè »[3]. Sous les Lagides, le nom de Rhakôtis restera attaché à un quartier d'Alexandrie, de peuplement esentiellement autochtone, où sera construit le temple du Sérapéum[4].

Immédiatement après la mort d'Alexandre le Grand, en , le compromis de Babylone, partage des responsabilités successorales sur lequel finissent par s'accorder les généraux d'Alexandre et la phalange macédonienne, prévoit que le prince enfant Alexandre IV doit devenir roi conjointement avec son oncle, retardé mental ou peut-être épileptique, Philippe III Arrhidée.

Statue de la déesse Ouadjet de Bouto à tête de lionne, coiffée du diadème au cobra (uræus). Basse époque ou début de la période lagide.
Le dieu donnant sa bénédiction au roi Philippe Arrhidée coiffé de la couronne blanche de Haute-Égypte. Dessin d'après un bas-relief du temple d'Amon-Rê à Karnak.

Pendant son court règne, de 323 à 317 av. J.-C., Philippe Arrhidée est reconnu comme pharaon en Égypte et figure comme tel sur les bas-reliefs du pylône du vaisseau d'or du dieu Amon-Rê dans le temple de Karnak[5]. L'enfant Alexandre IV ne lui survit guère : il est ballotté entre différents Diadoques, qui se disputent sa garde comme un gage sur la royauté macédonienne apportant une légitimité à leurs ambitions politiques.

Ptolémée, maître de l'Égypte sous la suzeraineté nominale d'Alexandre IV, travaille à consolider son pouvoir personnel. La stèle du Satrape, érigée en novembre 311, est un texte de propagande destiné aux élites autochtones : à l'occasion d'un arbitrage local, la restitution de terres au temple de la déesse Ouadjet à Bouto, il rappelle que c'est lui qui a ramené de Babylone les images et livres sacrés dérobés en Égypte par les conquérants assyriens et perses. Il se montre aussi en défenseur de l'Égypte en faisant le récit de sa victoire récente (en 312-311) remportée en Palestine sur le Diadoque Démétrios Poliorcète[4].

Sous les successeurs d'Alexandre, l'Égypte devient une terre de colonisation grecque où les colons, attirés par la richesse du pays, cohabitent avec la majorité égyptienne[1]. Les descendants de Pétosiris, prêtre de Thot à Hermopolis, sont les plus connus des notables égyptiens ralliés aux conquérants macédoniens ; d'autres sont mentionnés par des inscriptions locales comme Hor de Dendérah, Djed-Hor d’Athribis et Ahmosé de Karnak. Cependant, aucun Égyptien autochtone ne semble avoir atteint le titre prestigieux d'« ami du roi » avant l'époque des derniers Lagides[6].

À la mort d’Alexandre IV, assassiné avec sa mère en 310 av. J.-C. sur ordre du Diadoque Cassandre, l’Égypte est gouvernée par Ptolémée qui se proclame roi, à l'imitation de ses rivaux Antigonides et Séleucides, et adopte une titulature de pharaon en 305 av. J.-C., ce qui ouvre la période lagide.

Liste des pharaons macédoniens[modifier | modifier le code]

Alexandre IV de MacédoinePhilippe III de MacédoineAlexandre le Grand

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Legras Bernard, chap. 1 « L'Égypte ptolémaïque : un royaume hellénistique », dans L'Égypte grecque et romaine, Paris, Armand Colin, coll. « U », (lire en ligne), p. 9-26.
  2. Judith McKenzie, The Architecture of Alexandria and Egypt, C. 300 B.C. to A.D. 700, Yale University, 2007, p. 37-38 [1]
  3. Judith McKenzie, The Architecture of Alexandria and Egypt, C. 300 B.C. to A.D. 700, Yale University, 2007, p. 39-40.
  4. a et b Chauveau Michel. Alexandrie et Rhakôtis : le point de vue des Égyptiens. In: Alexandrie : une mégapole cosmopolite, Actes du 9ème colloque de la Villa Kérylos à Beaulieu-sur-Mer les 2 & 3 octobre 1998. Paris : Académie des Inscriptions et Belles Lettres, 1999. pp. 1-10.
  5. Foucart George. Un temple flottant : le vaisseau d'or d'Amon-Râ. In: Monuments et mémoires de la Fondation Eugène Piot, tome 25, fascicule 1-2, 1921. pp. 143-170.
  6. Legras Bernard, « Les experts égyptiens à la cour des Ptolémées », Revue historique, 2002/4 (n° 624), p. 963-991.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Chauveau Michel. Alexandrie et Rhakôtis : le point de vue des Égyptiens. In: Alexandrie : une mégapole cosmopolite, Actes du 9ème colloque de la Villa Kérylos à Beaulieu-sur-Mer les 2 & 3 octobre 1998. Paris : Académie des Inscriptions et Belles Lettres, 1999. pp. 1-10. (Cahiers de la Villa Kérylos, 9)[2]
  • Legras Bernard, « Les experts égyptiens à la cour des Ptolémées », Revue historique, 2002/4 (n° 624), p. 963-991. [3]
  • Legras Bernard, « Chapitre 1 - l'Égypte ptolémaïque : un royaume hellénistique », dans L'Égypte grecque et romaine sous la direction de Legras Bernard. Paris, Armand Colin, « U », 2004 [4]
  • Judith McKenzie, The Architecture of Alexandria and Egypt, C. 300 B.C. to A.D. 700, Yale University, 2007 [5]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]