Révoltes des Celali

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Un mercenaire sekban (album d'uniformes de Hans Sloanes, vers 1620).

Les révoltes des Celali (prononcé [ d͡ʒɛ.la.li:]), organisées par les milices provinciales (celalî) contre le gouvernement absolutiste d'Istamboul, ont déchiré l'Anatolie aux XVIe et XVIIe siècles. Les celalî revendiquaient le maintien de privilèges fiscaux. La première révolte reconnue comme telle est survenue en 1519, sous le règne du sultan Selim Ier, dans la région de Tokat. Elle était menée par Celâl, un précheur alévite, dont le nom a servi aux historiens ottomans pour qualifier les jacqueries de ce genre. Les poussées révolutionnaires se sont déchaînées en 1526–28, puis entre 1595 et 1610, en 1654–55 et enfin en 1658–59. Bien que ces révoltes aient été trans-ethniques, étant donné la nature pluri-ethnique de l'empire ottoman, elles ont essentiellement une base turque, celle des clans semi-nomades turkmènes qui, alors qu'ils avaient puissamment contribué à l'expansion militaire ottomane dans le passé, se voyaient de plus en plus tenus à l'écart par le pouvoir central, qui s'appuyait désormais sur le système du Devchirmé et les corps constitués.

Ces révoltes furent définitivement matées sous le règne de Mourad IV. Elles sont les plus longues et les plus âpres de l'histoire de l'Empire Ottoman, et ont durement frappé la minorité turkmène. Quoiqu’elles fussent au départ l'expression d'un mécontentement populaire, il est significatif de la situation de l'empire qu'à la fin, les chefs rebelles finirent par se substituer aux autorités impériales et se mirent à opprimer à leur tour les populations paysannes et urbaines. Les principaux soulèvements ont mis aux prises les milices mercenaires armées de mousquets (sekbans) et sipahis (cavaliers rémunérés par des lots fonciers) à l'armée impériale. Ils ne visaient pas à renverser le gouvernement ottoman, ce n'étaient que des réactions aux crises sociales et économiques résultant d'une conjoncture complexe : la dépréciation de la monnaie, la forte taxation, le déclin du devchirmé résultant de l'admission de Musulmans au sein de l'armée, enfin l'impunité et la multitude des Janissaires, garde rapprochée du sultan qui, par delà Constantinople, prenait une importance croissante dans les provinces de l'Empire.

Les causes[modifier | modifier le code]

  • Oppression de la paysannerie et déclin du système timariote. Le système fiscal ottoman ne considérait que les revenus agricoles : aussi les principaux contribuables étaient-ils les paysans asservis par des féodaux, eux-mêmes redevables d'un impôt foncier, la muqata'ah. Confrontés à la dévaluation de la monnaie et aux énormes dépenses liées à la reconstruction des territoires conquis et au coût des campagne militaires, les féodaux de l'empire se mirent à augmenter hors de tout contrôle la pression fiscale sur leurs paysans. Simultanément, les officiers chargés d'évaluer les terres se voyaient proposer des pots-de-vin pour modérer l'impôt. C'est pourquoi un nombre croissant de paysans abandonnèrent les fermes des seigneurs féodaux : ils émigraient vers des provinces plus grandes, venaient grossir les rangs des armées provinciales comme sekbans ou vagabondaient (levends). Alors on accusa les paysans restants de provoquer la faillite du système, mais simultanément, l'exode rural faisait bondir le chômage.
Si en temps de guerre, les sekbans recevaient une solde régulière, en temps de paix, ils devaient pour survivre pratiquer des exactions contre les populations civiles. Les premières révoltes étaient des exactions de cette nature. Par la suite, ils reçurent les renforts des sipahis privés de leurs terres, des Turkmènes Yörük et des nomades Kurdes.
  • Corruption des fonctionnaires. Avec le déclin du système du devchirmé et l'accroissement des impôts, les gouverneurs et les fonctionnaires se mirent à leur tour à rançonner les paysans.
  • Persécution des Alévis et préséance des courtisans non-turcs à la cour. Lorsque Sélim Ier s'empara de l'Égypte, il fut investi du califat et devint par là le protecteur du monde sunnite. Il décida de déposer le Chah Séfévide Ismaïl Ier, qu'il considérait comme le chef de file des « hérétiques chiites », et pour cela dut pactiser avec les féodaux pour écraser la population alévite d'Anatolie et pouvoir combattre Ismaïl sans se préoccuper davantage de la paix intérieure. Alors de nombreux Alévis et les partisans du chah Ismaïl qui vantaient ses origines turques vinrent grossir les rangs des rebelles.

Les grandes révoltes[modifier | modifier le code]

Les fidèles de Celalî (1519)[modifier | modifier le code]

Alors que Selim Ier faisait campagne en Égypte, un prêcheur alévite nommé Celal parvint à réunir plus de 20 000 fidèles près de Bozok (l'actuelle Yozgat) et marcha sur Tokat pour y fomenter l'insurrection. EN chemin, des troupes turkmènes rejoignaient ses partisans : fantassins sekbans et cavaliers spahis dont on avait confisqué les terres (timar), paysans ruinés par l'impôt et citadins en colère.

Selim Ier dépêcha contre les rebelles le Grand Gouverneur de Roumélie (Beylerbeyi) Ferhad Pacha et le bey des Dulkadirides, Şehsuvaroğlu Ali ; Celal fut tué, mais les troubles n'étaient pas apaisés pour autant, notamment chez les Turkmènes, les sekbans et les spahis.

L'insurrection de Baba Zünnun (1525)[modifier | modifier le code]

Dans l'actuelle Province de Mersin, l'aggravation des taxes foncières et l'attitude intransigeante des percepteurs incita Baba Zünnun et d'autres chefs religieux locaux à se révolter contre le bey de Bozok et à exécuter le responsable du Trésor pour la province. Dans la répression qui suivit, les meneurs trouvèrent la mort, mais les troubles se poursuivirent.

Kalender Çelebi (1528)[modifier | modifier le code]

Sous le règne du sultan Soliman le Magnifique, le coût des campagnes militaires détermina l'empire à entreprendre un inventaire des domaines pour alourdir la fiscalité ; mais plusieurs des officiers de la Couronne surestimèrent la valeur de ces terres, escomptant prélever une partie de l'impôt pour leur profit personnel.

Alors que Soliman faisait campagne en Hongrie, des bandes désorganisées marchaient sur Ankara et Kırşehir, menées par un ancien spahi, Kalender Çelebi. Bientôt, leur nombre dépassa les 30 000 hommes. À l'annonce d'une révolte à grande échelle, Soliman chargea le Grand Vizir Ibrahim Pacha de prendre la tête du Kapıkulu, composée essentiellement de janissaires. Au terme de la bataille décisive du 27 mai 1528, la révolte fut réprimée dans le sang.

Karayazıcı (1598)[modifier | modifier le code]

À partir des années 1550, l'oppression de plus en plus dure des gouverneurs et la mise en place de nouveaux impôts s'accompagna d'une suite d'incidents de plus en plus fréquents. Au début de la guerre avec la Perse, et surtout après 1584, les janissaires se mirent à rançonner les paysans en occupant leurs terres et en pratiquant l'usure, ce qui entraîna un effondrement des impôts pour la Couronne.

En 1598, un chef mercenaire, Karayazıcı Abdülhalim, réunit sous sa bannière les mécontents de l'Anatolie, et commença à lever ses tributs sur les villes du pays comme s'il était le gouverneur d'un district. Il fit exécuter l'émissaire de la Couronne, dépêché pour reprendre en main la région. Le Sultan lui offrit alors le gouvernement de Çorum, mais il déclina l'offre et lorsque l'armée ottomane l'attaqua, il se replia avec son armée dans Urfa, et soutint le siège du château pendant 18 mois ; mais craignant une mutinerie dans son armée, il tenta une sortie, fut défait par les forces impériales et mourut de mort naturelle en 1602. Son frère Deli Hasan s'empara alors de Kutahya, dans l'ouest de l’Anatolie, mais ses partisans et lui-même furent apaisés par l'octroi de gouvernorats.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Les révoltes des Celali reprirent à l'initiative de Djanbouladoglou à Alep, et de Youssouf Pacha et Kalenderoğlou dans l'ouest de l’Anatolie. Elle furent réprimées par le grand vizir Kuyucu Mourad Pacha, qui en 1610 avait déjà exécuté un grand nombre de Celali.

Tout au long du XVIIe et du XVIIIe siècle, les Celalis continuèrent de désoler l'Anatolie : ils contestaient le pouvoir croissant des janissaires dans l'est de l'empire.

Voir également[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]