Khalwatiyya

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La Khalwatiyya, Khalwatiya, ou Halveti[1], (selon l'appellation en Turquie) est une confrérie soufie (tariqa, pl. turuq). Avec la Naqshbandiyya, la Qadiriyya et la Shadhiliyya, elle est une des plus célèbres de ces confréries. Son nom vient du mot arabe khalwa (خَلْوة), qui signifie « retraite »[2].

La confrérie a été fondée par Omar al-Khalwati dans la ville de Hérat, dans la province médiévale du Khorasan (aujourd'hui situé dans l'ouest de l'Afghanistan). Toutefois, c'est un disciple d'Omar, Yahya Shirvani, qui a fondé la “méthode spirituelle khalwati.”[3] Yahya Chirvani a écrit Wird al-Sattar, un texte spirituel lu par les membres de presque toutes les branches de la Khalwatiyya[4].

La Khalwatiyya est connue pour son rituel strict dans la formation des derviches, et pour l'accent qu'elle met sur la perspective individuelle. La confrérie promeut tout particulièrement l'ascétisme individuel (zuhd) et la retraite (khalwa), se différenciant ainsi des autres tariqa existant à l'époque. 

Histoire[modifier | modifier le code]

XIVe-XVIIe siècles[modifier | modifier le code]

Il y eut deux grandes périodes historiques de la Khalwatiyya. La première a commencé à la fin du XIVe siècle et s'est terminée au XVIIe siècle. Cette première période concerne les origines et la propagation de la tariqa dans une vaste zone, qui s'étend aujourd'hui sur une partie de l'Iran, de l'Irak, de la Syrie et de la Turquie. La seconde période a commencé à la fin du XVe siècle et s'étend jusqu'au milieu du XIXe siècle; elle s'est principalement concentrée en Égypte et elle est considérée comme la période de réforme de la Khalwatiyya. En 1865, la confrérie a perdu de sa popularité, mais beaucoup de ses dirigeants l'avaient quittée pour fonder différentes nouvelles branches qui contribuèrent à l’expansion de l'islam dans toute l'Afrique[5]. La tariqa résidait principalement dans les grandes zones urbaines.

Omar al-Khalwati, la fondation de la Khalwatiyyya et Sayyeed Yahya Chirvani[modifier | modifier le code]

Les origines de la Khalwatiyya sont obscures, mais on considère généralement Omar al-Khalwati comme son fondateur, ou son « premier pir ». Cependant, on considère qu'Omar al-Khalwati n'aurait que peu contribué à la fondation de la tariqa. Le cheikh Yahya Chirvani est tenu pour « le deuxième pir », responsable de l’extension de la Khalwatiyya. Yahya Chirvani vécut à une période politiquement très instable, dans le sillage des invasions mongoles. Après ces invasions, les Turcs nomades ont commencé à se réunir dans les centres urbains du monde Islamique. Yahya Chirvani a réussi à rallier dix mille personnes à son mouvement. Yahya eut de nombreux disciples populaires et charismatiques qui contribuèrent à l'expansion de la tariqa, parmi lesquels Pir Ilyas.

La période de l'empire Ottoman, du sultan Bayazid II et de cheikh Khalifa Chelebi[modifier | modifier le code]

La période ou la Khalwatiyya fut la plus populaire fut pendant le règne de trente ans du sultan ottoman Bajazet II (1481-1511) . Ce sultan pratiquait des rituels Soufis et cela a amené beaucoup d'ambitieux carriéristes politiques à rejoindre la tariqa. C'est la période où les membres de la classe supérieure militaire ottomane, et les hauts fonctionnaires ont tous été en lien avec le Khalwatiyya. Le cheikh soufi Chelebi Khalifa, transféra le siège de la Khalwatiyya de Amasya à Istanbul. Il y converti une ancienne église en tekke connu comme la mosquée Koca Mustafa Pacha. L'ordre s'est répandu depuis ses origines dans le Moyen-Orient dans les Balkans (surtout dans le sud de la Grèce, au Kosovo et en Macédoine, en l'Égypte, au Soudan et dans presque tout l'Empire Ottoman.

La période de Sünbül Efendi[modifier | modifier le code]

Après la mort de Chelebi Khalifa, le pouvoir fut transmis à son gendre, Sunbül Efendi. On le considère comme un homme très spirituel, qui a sauvé[pas clair] la mosquée Koca Mustafa Pacha.

Cependant, les oulémas manifestèrent leur hostilité envers de nombreux ordres soufis, et pas seulement la Khalwatiyayya. Leur critique était d'une part de nature politique (ils laissaient entendre que les Khalwati manquaient de fidélité envers l'État ottoman), et d'autre part de nature doctrinale, reprochant aux soufis d'être trop proches de l'islam populaire et trop éloignés de la charia.

Les périodes de Wali Sha`ban-i Kastamon et de `Omer el-Fu'ad-i, et du mouvement Kadizadeli[modifier | modifier le code]

La tariqa se transforme au cours des XVIe et XVIIe siècles, s'intégrant de plus en plus à la vie sociale et religieuse ottomane. Un exemple en est la fondation d'une branche par Sha`ban-i Veli (mort en 1569) à Kastamonu. Alors que chaaban a été une retraite ascétique qui a gardé un profil bas [pas clair] au XVIe siècle et au XVIIe siècle, son disciple spirituel `Omer el-Fu'ad-i (d. 1636) a écrit plusieurs livres et traités qui ont cherché le ciment de l'ordre des doctrines et des pratiques, en plus de la lutte contre le renforcement d'un sentiment anti-soufi, sentiment qui, plus tard, a pris forme dans le mouvement de la Kadizadeli. C'est également pendant cette période que l'ordre a cherché à réaffirmer son identité sunnites, en se dissociant des chiites de l'ennemi. Avec le règne de Soliman le Magnifique et de Sélim II, l'ordre inscrit un renouveau. Il avait en effet des liens avec de nombreux hauts fonctionnaires dans l'administration Ottomane et reçu des dons en argent et des biens, ce qui a permis de recruter plus de membres[6].

Les influences de Niyazi al-Misri[modifier | modifier le code]

À cette époque, les membres de la Khalwatiyya perdent le lien avec le peuple, avec qui ils avaient été si proches. Ils ont tenté de débarrasser l'ordre de l'Islam populaire pour une plus orthodoxes de l'ordre. La tariqa s'est subdivisée en plusieurs sous-ordres. Dans les années 1650 l'un des plus célèbres cheikh Halwati d'Anatolie, Niyazi al-Misr fut célèbre pour sa poésie, son rayonnement spirituel et son opposition publique au gouvernement[7].

Au XIXe siècle, l'influence politique[modifier | modifier le code]

Les membres de la Khwaltiyya ont été impliqués dans des mouvements politiques jouant un rôle important dans l'insurrection de 'Ahmad Urabi en Égypte. Des groupes Khalwati de haute-Égypte ont protesté contre l'occupation britannique en raison de la hausse des impôts et du travail non rémunéré, éléments qui, ajoutés à la sècheresse, rendaient la vie très difficile dans les années 1870. Leurs protestations se sont mêlées au flux des manifestations nationalistes qui ont amené à l'insurrection Urabi.

Du XXe siècle à nos jours[modifier | modifier le code]

La situation varie d'une région à l'autre. En 1945, le gouvernement de l'Albanie a reconnu l'indépendance des principales tariqa et des communautés religieuses, mais cela a pris fin après la révolution culturelle albanaise de 1967. En 1939, il y avait vingt-cinq tekke Khalwatiyya enMacédoine et au Kosovo. En 1925, les ordres ont été abolis en Turquie, et toutes les tekkes et zawiyas ont été fermées et leurs biens confisqués par le gouvernement; il n'y a par ailleurs pas de données disponibles sur le statut de la Khalwatiyya. En Égypte, plusieurs branches de la Khalwatiyya sont toujours actives[8].

La modernité a touché les ordres, les amenant à avoir différentes formes dans différents environnements. Ils varient selon le lieu, la personnalité du cheikh et les besoins de la communauté. Il peut également y avoir différentes manières de prier, ainsi que des différences dans les types d'association, et dans la nature des relations liant les disciples entre eux ainsi qu'au cheikh[9].

Les tekke Khalwati[modifier | modifier le code]

Le Khalwatiyya avait beaucoup de tekke à Istanbul, la plus célèbre étant la Jerrahi, Ussaki, Sunbuli, Ramazani et Nasuhi[pas clair]. Bien que les tariqa soufis soient maintenant officiellement abolies dans la République de Turquie, elles sont presque toutes devenues des mosquées et/ou des lieux de prière musulmans.

Pratiques Khalwati[modifier | modifier le code]

La caractéristique principale de la voie Khalwati a été la retraite (khalwa) périodique qui était exigée de tous les novices[10]. Elle peut durer de trois à quarante jours. La khalwa, pour certaines branches de la Khalwatiyya, est essentielle pour la préparation de l'élève mouride. Le dhikr collectif suit des règles similaires dans les différentes branches de la Khalwatiyya[11].

Branches de la Khalwatiyya[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Clayer, Nathalie., Mystiques, Etat et société : les Halvetis dans l'aire balkanique de la fin du XVe siècle à nos jours, E.J. Brill, (ISBN 9004100903, OCLC 31382880, lire en ligne)
  2. Nikki R. Keddie, Scholars, Saints, and Sufis, Los Angeles, University of California Press, , 401 p.
  3. Frederick De Jong, Sufi Orders in Ottoman and Post- Ottoman Egypt and the Middle East, Istanbul, Isis Press, , 274 p. (ISBN 975-428-178-5)
  4. J. Spencer Trimingham, The Sufi Orders in Islam, New York, Oxford University Press, , 333 p. (ISBN 0-19-512058-2)
  5. B. G., Scholars, Saints, and Sufis: Muslim Religious Institutions in the Middle East Since 1500, University of California Press, , 275–306 p. (ISBN 978-0-520-02027-6), « A Short History of the Khalwati Order of Dervishes »
  6. Alexander Knysh, Islamic Mysticism: A Short History, Leyde, Brill, , 265–266 p. (ISBN 90-04-10717-7)
  7. Ballanfat, Paul., Messianisme et sainteté : les poèmes du mystique ottoman Niyâzî Misrî (1618-1694) (ISBN 9782296569034, OCLC 778422472, lire en ligne)
  8. Alexander Knysh, Islamic Mysticism: A Short History, Leyde, Brill, , 270–271 p. (ISBN 90-04-10717-7)
  9. Julia Day Howell and Martin van Bruinessen, Sufism and the 'Modern' in Islam, New York, I.B. Tauris & Co Ltd., , 12–13 p. (ISBN 978-1-85043-854-0)
  10. Alexander Knysh, Islamic Mysticism: A Short History, Leyde, Brill, (ISBN 90-04-10717-7), p. 268
  11. Alexander Knysh, Islamic Mysticism: A Short History, Leyde, Brill, (ISBN 90-04-10717-7), p. 269

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en)Nathalie Clayer, Les frères Musulmans, les Réseaux, l'Histoire Européenne en Ligne, Mayence, Institut de l'histoire européenne, 2011, consulté le 23 mai 2011.
  • Nathalie Clayer, Mystiques, État et société: les Halvetis dans l'aire balkanique de la fin du XVe siècle à nos jours, E. J. Bill, Leyde, 1994. (Lire uncompte-rendu de l'ouvrage -consulté le 22 avril 2018)
  • Nathalie Clayer, La Khalwatiyya (Khalvetiye) in Gilles Veinstein et Alexandre Popovic, Les voies d'Allah : les ordres mystiques dans l'islam des origines à aujourd'hui, Fayard, 1996, p. 483-491. (ISBN 9782213594491)(OCLC 35689845)

Liens externes[modifier | modifier le code]