Longue Guerre

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La Longue Guerre (parfois appelée guerre de Treize Ans ou encore guerre de Quinze Ans) se déroula de 1591 ou 1593 à 1604 ou 1606. C'est l'un des nombreux conflits qui opposèrent les Habsbourg aux Ottomans après la bataille de Mohács qui conduisit à la disparition de la Hongrie en tant que territoire indépendant. La question des frontières entre la Hongrie royale, qui reste possession des Habsbourg, et la Hongrie ottomane reste une pomme de discorde. À cela s'ajoute la question récurrente de la suzeraineté sur la Moldavie et la Transylvanie.

La guerre oppose essentiellement Rodolphe II du Saint-Empire, empereur du Saint-Empire romain germanique (1576-1612), aux trois sultans successifs de l'Empire ottoman, Murad III (1574-1595), Mehmed III (1595-1603) et Ahmed Ier (1603-1617).

Déroulement[modifier | modifier le code]

Depuis 1591, des escarmouches de plus en plus violentes opposaient les forces ottomanes et autrichiennes et cet état de guerre latent dégénéra en un conflit ouvert le 29 juillet 1593, lorsqu'une armée ottomane commandée par Sinan Pacha engagea une campagne contre les Habsbourg et prit Győr et Komárno.

En 1595, une alliance entre les puissances européennes chrétiennes fut organisée par le Pape Clément VIII dans le but de s'opposer à l'Empire ottoman ; cette alliance fut signée à Prague par l'Empereur Rodolphe II et Sigismond Ier Báthory de Transylvanie. Aron Tiranul de Moldavie et Michel le Brave de Valachie rejoignirent l'alliance plus tard dans l'année.

Pour les ottomans, le but premier de la guerre était de prendre Vienne alors que les Habsbourg entraient en guerre pour reprendre les territoires centraux du Royaume de Hongrie, alors contrôlés par les Turcs.

La mainmise sur la ligne formée par le Danube et sur les forteresses s'y trouvant était cruciale. Ainsi, la guerre se déroula principalement dans une région correspondant approximativement à l'Ouest de la Hongrie actuelle, au Sud de la Slovaquie moderne, à la Bulgarie, à la Serbie et au Sud de la Roumanie actuels.

En 1595, les Chrétiens reprennent Győr et capturent Esztergom et Visegrád, des forteresses stratégiques sur les rives du Danube, mais n'assiègent pas la citadelle-clé de Buda. Les Ottomans quant à eux assiègent et prennent d'assaut la ville d'Eger en 1596.

Pendant ce temps, à l'Est, Michel le Brave, prince de Valachie, mena une campagne vigoureuse contre les Ottomans à l'automne 1594, conquérant de nombreux châteaux du Bas-Danube, dont Giurgiu, Brăila, Hârşova et Silistra, pendant que ses alliés moldaves parvenaient à faire reculer les armées ottomanes à Iași et en d'autres points en Moldavie. Michel continua de lancer des attaques profondément en territoire ottoman, prenant les forts de Nicopolis, Ribnic et Chilia, atteignant même Edirne. Le point extrême de son avance se situait à seulement 24 kilomètres de Constantinople.

Le conflit continua avec la bataille de Călugăreni, parfois considérée comme l'une des plus importantes batailles entre ottomans et valaques. Mais malgré leur victoire, Michel et ses troupes furent obligés de se replier et d'attendre l'aide de leurs alliés, le prince Sigismond Báthory de Transylvanie et l'empereur Rodolphe d'Autriche. La guerre opposant la Valachie aux ottomans continua jusqu'en 1599, date à laquelle Michel fut obligé d'abandonner le conflit du fait du peu d'aide que lui accordaient ses alliés.

La bataille de Keresztes, qui se déroula du 24 au 26 octobre 1596 en Hongrie, fut le tournant de la guerre. Les forces combinées des Habsbourg et des Transylvaniens (soit 45 à 50 000 hommes) furent taillées en pièces par une armée turco-tatare deux fois plus nombreuse. Les chrétiens furent défaits lorsqu'ils cessèrent de se battre pour piller le camp ottoman. Cette bataille fut le premier engagement majeur entre turcs et occidentaux depuis la bataille de Mohács. Après cette bataille, les alliés furent dans l'incapacité d'atteindre leur objectif stratégique et la guerre dégénéra en une succession de petites batailles et de sièges mineurs de forteresses qui changèrent plusieurs fois de main.

En août 1601, à la bataille de Goroszló, Giorgio Basta et Michel le Brave défirent la noblesse hongroise, menée par Sigismond Báthory, qui avait accepté la protection ottomane. Après l'assassinat de Michel par des mercenaires de Basta, les transylvaniens, menés par Mózes Székely, furent à nouveau battus en 1603 à la bataille de Braşov par les Habsbourg et les valaques sous les ordres de Radu Şerban.

La dernière phase de la guerre, de 1604 à 1606, correspond en fait à la révolte du prince de Transylvanie Stephen Bocskay contre les Habsbourg. Cette révolte fut soutenue par la noblesse hongroise de Transylvanie mais aussi par l'Empire ottoman. Le but de la révolte, en plus de recevoir des garanties de l'empereur Habsbourg en faveur de la liberté de culte et de la liberté des États hongrois, était de le forcer à faire la paix avec les ottomans. La guerre dévasta à la fois la Hongrie et la Transylvanie, ne laissant aucun espoir de retour offensif des chrétiens.

Conséquences[modifier | modifier le code]

La Longue Guerre prit fin avec le traité de Zsitvatorok signé le 11 novembre 1606. La paix de Zsitvatorok confirma l'incapacité des ottomans à pénétrer plus avant dans les territoires des Habsbourg, et constitua ainsi leur première défaite stratégique. Le traité stabilisa aussi la frontière austro-ottomane et retarda la conquête de la Hongrie par les Habsbourg d'un demi-siècle.

Les alliés chrétiens apprirent lors de cette guerre qu'un succès militaire durable était impossible sans remporter de victoire majeure sur les ottomans. Enfin, après ce nouvel échec, il était démontré que la Transylvanie était au-delà du rayon d'action des armées autrichiennes qui ne pouvaient donc pas tenir cette région contre les ottomans. À l'inverse, ceux-ci avaient montré leur incapacité à pénétrer profondément en territoire ennemi, et à vaincre de manière décisive l'Autriche.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Source[modifier | modifier le code]