Fethullah Gülen

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Fethullah Gülen
Description de cette image, également commentée ci-après

Fethullah Gülen en 1998

Nom de naissance Muhammed Fethullah Gülen
Naissance (75 ans)
Erzurum (Drapeau de la Turquie Turquie)
Activité principale
Auteur
Mouvement Mouvement Gülen, Mouvement Hizmet

Fethullah Gülen (né le 27 avril 1941 à Korucuk, Erzurum, Turquie), est un intellectuel musulman turc. Il est l'inspirateur du mouvement Gülen, aussi appelé le mouvement Hizmet (« service »). Il vit depuis 1999 en Pennsylvanie, aux États-Unis, où il s’est exilé.

Gülen enseigne une version de l’Islam qui prend sa source dans les enseignements du penseur musulman Saïd Nursî (1878-1960), revisités par la modernité. Gülen a exprimé sa croyance en la science, au dialogue interconfessionnel et en la démocratie. Il a amorcé un dialogue avec différents représentants religieux, dont l'exemple emblématique fut une rencontre avec le Pape Jean-Paul II.

Gülen est activement impliqué dans le débat sociétal concernant la spiritualité et la modernité, la tradition, le sécularisme, la démocratie, la pensée islamique, la science et la religion. Il a été décrit dans des médias anglophones comme « l’une des personnalités musulmanes les plus importantes au monde ». Il est l'un des acteurs de la crise politique que connait la Turquie en 2014.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fethullah Gülen est né dans le village de Korucuk, près d'Erzurum en Anatolie orientale. Son père, Ramiz Gülen, était imam. Fethullah a commencé son éducation primaire dans son village natal, mais n'a pas continué après le déménagement de sa famille. Il a reçu une éducation islamique dans la mosquée d'Erzurum, tout en recevant en parallèle l'enseignement soufi de Saïd Nursî[1]. Il a donné son premier sermon à l’âge de 14 ans. Il sera influencé par les idées de Maulana Jalaluddeen Rumi. Comparant Fethullah Gülen aux leaders du mouvement Nur, Hakan Yavuz a déclaré: « Gülen est plus nationaliste turc dans sa pensée. Il est également un peu plus orienté vers l’État, et est plus intéressé par l'économie de marché et les politiques économiques néolibérales. »

Sa position en faveur des entreprises a poussé quelques acteurs extérieurs à qualifier sa théologie de version islamique du calvinisme.

Fethullah Gülen a cessé de prêcher en 1981, mais de 1988 à 1991, il a donné une série de sermons dans des mosquées populaires de grandes villes. En 1994, il a participé à la création de la « Fondation des journalistes et des écrivains » et en a été nommé président honoraire. Il a rencontré quelques hommes politiques comme Tansu Çiller et Bülent Ecevit, mais a évité les leaders des partis islamiques.

En mars 1999, au moment où l'armée ouvre une enquête sur lui, il émigre aux États-Unis, officiellement pour raison médicale. En 2000, il sera jugé par contumace et acquitté en 2006[2]. La Cour de cassation a rejeté plus tard un appel du bureau du Procureur général.

Le 17 septembre 2015, l'Agence Anatolienne de Presse rapporte qu'un procureur turc a requis une peine de 34 ans d’emprisonnement à l'encontre de Fethullah Gülen. En effet, le président Recep Tayyip Erdoğan l'accuse de vouloir réaliser un coup d'État en Turquie par le biais d'un pouvoir parallèle[3].

Théologie[modifier | modifier le code]

Gülen ne préconise pas une nouvelle théologie, mais se réfère aux autorités classiques de la théologie, en reprenant leur raisonnement. Sa compréhension de l'islam peut être qualifiée de conservatrice et traditionnelle. Bien qu'il n'ait jamais été un membre d'une tariqa de soufis et ne voie pas la nécessité pour les musulmans d'adhérer à une organisation de ce type, il enseigne que le soufisme est la dimension intérieure de l'islam et que les dimensions intérieures et extérieures ne doivent jamais être séparées. Ses enseignements diffèrent de la position d’autres penseurs islamiques traditionnels et modérés sur deux points, basés l'un et l'autre sur ses interprétations de certains versets du Coran : d'une part, Gülen enseigne que la communauté musulmane a un devoir de service (en turc hizmet) envers le « bien commun » de la communauté et de la nation et envers les musulmans et les non-musulmans du monde entier ; d'autre part, que la communauté musulmane se doit d’établir un dialogue interconfessionnel avec les « Gens du Livre » (les juifs et les chrétiens).

Service au bien commun[modifier | modifier le code]

Le mouvement Gülen est un mouvement de société civile transnational inspiré par les enseignements de son fondateur. Les enseignements sur l'hizmet (le service altruiste au « bien commun ») ont séduit un grand nombre de partisans en Turquie, en Asie Centrale, et rencontrent un succès grandissant dans différentes parties du monde.

Éducation[modifier | modifier le code]

Dans ses sermons, Gülen a déclaré : « Étudier la physique, les mathématiques et la chimie signifie adorer Dieu. » Les adeptes de Gülen ont construit plus de 1 000 écoles dans le monde entier. En Turquie, on considère les écoles de Gülen comme faisant partie des meilleurs établissements scolaires des installations modernes coûteuses, une égalité de traitement des deux sexes et l’apprentissage de l'anglais dès le cours préparatoire. Cependant, d'anciens professeurs extérieurs à la communauté Gülen ont remis en cause le traitement des femmes et des filles dans les écoles Gülen, rapportant que les professeurs féminins étaient exclues des responsabilités administratives, qu'on leur accordait peu d’autonomie, et que des filles, à partir de la classe de sixième, étaient séparées des élèves masculins pendant les périodes de repos et la pause déjeuner.

Dialogue interconfessionnel et interculturel[modifier | modifier le code]

Fethullah Gülen et le pape Jean-Paul II, en 1998.

Les adhérents du mouvement Gülen ont fondé à travers le monde un certain nombre d'institutions qui promeuvent des activités de dialogue interconfessionnel et interculturel. Fethullah Gülen a personnellement rencontré les leaders d'autres religions, tels le pape Jean-Paul II, le patriarche orthodoxe grec Bartholomée Ier et le grand rabbin israélien sépharade Eliyahu Bakshi-Doron. À la fin des années 2000, le mouvement a également amorcé le dialogue avec les athées. Par exemple, la Dialogue Society à Londres, qui s’inspire de l'enseignement de Gülen, a plus de membres athées et agnostiques dans son comité consultatif que de musulmans.

Gülen favorise la coopération entre les adeptes de religions différentes (ceci inclurait aussi les différentes formes de l'islam, comme le sunnisme par rapport à l’alévisme en Turquie), ainsi que des éléments religieux et laïcs de la société. Il a été décrit comme « très critique à l’égard des régimes en Iran et en Arabie Saoudite » en raison de leurs systèmes de gouvernement non démocratiques et basés sur la charia. Parmi les plus constants supporters et plus fidèles collaborateurs de son mouvement, le Hizmet, figure Dimitri Kitsikis, le fameux turcologue grec orthodoxe, professeur à l'Université d'Ottawa et membre de l'Académie canadienne.

Politique turque[modifier | modifier le code]

Le mouvement Service de Gülen soutient depuis 2002 l'AKP au pouvoir, les deux prônant un islamisme modéré. Toutefois, à la suite de dérives autoritaires du gouvernement de Recep Tayyip Erdoğan, une crise éclate au grand jour entre les deux alliés officieux, le mouvement de Gülen étant accusé de noyauter les milieux de la justice et de la police, sur fond de procès et d'accusations de corruption contre Erdoğan et ses partisans[4]. En 2014, Fethullah Gülen sort de son silence et s'oppose lors d'une interview au Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan. Il dénonce la volonté de celui-ci de rejuger des militaires lourdement condamnés en 2012 pour tentative de coup d'État. Accusé par Erdoğan de comploter pour empêcher sa réélection lors de l'élection présidentielle d'août 2014, Gülen dément ces accusations et critique les purges ayant frappé la police et la justice. Il indique que les actions de l'AKP sont susceptibles de porter un coup d'arrêt à la démocratisation engagée, et de compromettre l'intégration européenne de la Turquie[5],[6].

Il est accusé par Erdogan d'être derrière la tentative de coup d'État de juillet 2016, chose qu'il nie tout en condamnant les putschistes[7].

Publications[modifier | modifier le code]

Gülen a écrit plus de 60 livres ainsi que de nombreux articles sur des questions sociales, politiques et religieuses, sur l’art, la science et le sport, et il a enregistré des milliers de cassettes audio et vidéo. Il contribue à un certain nombre de journaux et magazines appartenant à ses adeptes. Il écrit les éditoriaux de Fountain, Yeni Ümit, Sizinti et Yagmur, et de magazines islamiques et philosophiques. Plusieurs de ses livres ont été traduits en anglais.

Points de vue sur les questions contemporaines[modifier | modifier le code]

Gülen a critiqué une politique enracinée dans un matérialisme philosophiquement réducteur. Mais il a également affirmé que l'islam et la démocratie sont compatibles, et il encourage une plus grande démocratie en Turquie. Il soutient aussi qu'une approche laïque qui n'est pas antireligieuse et qui autorise la liberté de religion et de croyance est compatible avec l'Islam.

Gülen favorise l’adhésion de la Turquie à l'Union européenne et affirme que ni la Turquie ni l'UE n'ont à craindre quoi que ce soit, mais ont beaucoup à gagner d'une adhésion future pleine et entière de la Turquie à l'UE.

  • Rôle des femmes

Selon Aras et Caha, les points de vue de Gülen sur les femmes sont « progressistes » mais « les femmes modernes actives en Turquie trouvent toujours ses idées loin d'être acceptables. »[8] Gülen dit que l'arrivée de l'Islam a sauvé les femmes, qui « n'étaient absolument pas confinées à la maison et (...) jamais opprimées » dans les premières années de la religion. Il estime cependant que le féminisme à l’occidentale est « condamné au déséquilibre comme tous les autres mouvements réactionnaires (...) étant plein de haine envers les hommes. » Cependant, les opinions de Gülen sont vulnérables aux accusations de misogynie. Comme l’a remarqué Berna Turam, Gülen a affirmé : « L'homme est utilisé dans des emplois plus exigeants (...) mais une femme doit être exclue durant certains jours du mois. Après avoir donné naissance, elle peut parfois ne pas être active pendant deux mois. Elle ne peut pas toujours prendre part à différents secteurs de la société. Elle ne peut pas voyager sans son mari, son père ou son frère (...) la supériorité des hommes par rapport aux femmes ne peut pas être niée. »

  • Terrorisme

Gülen condamne toute sorte de terrorisme. Il met en garde contre la violence arbitraire et les agressions contre les civils, contre le terrorisme, qui n'ont pas leur place dans l'Islam et qui vont à l'encontre de ses principes fondamentaux de respect envers la vie humaine et toutes les créations de Dieu. Fethullah Gülen fut le premier leader musulman à condamner ouvertement les attaques terroristes du 11 septembre 2001. Il a publié un article dans ce sens dans le Washington Post le 12 septembre 2001, le lendemain de l'attaque, et a déclaré qu’un musulman ne peut être un terroriste, pas plus qu'un terroriste ne peut être un vrai musulman.Gülen déplore le détournement déplorable de l'Islam par des terroristes qui se disent musulmans et prétendent agir au nom de l'islam, alors qu'en fait un tel acte n'a rien à voir avec la foi véritable. Il explique qu’« Il faudrait chercher l'Islam dans ses propres sources et dans ses propres représentants à travers l'histoire ; pas à travers les actions d'une minorité minuscule qui le déforment ».[9]

Gülen a critiqué la flottille pour Gaza lancée par la Turquie en 2010 pour essayer d’apporter de l'aide à la population, sans le consentement d'Israël. Il a parlé de surveiller la couverture médiatique de la confrontation mortelle entre les commandos israéliens et les membres des groupes d'aide multinationaux lorsque sa flottille s'est approchée du blocus maritime israélien de Gaza. « Ce que j'ai vu n'était pas beau à voir, a-t-il dit. C'était horrible. » Il a continué sa critique. « L'échec des organisateurs à chercher une entente avec Israël avant la tentative d’apporter de l'aide est un signe de résistance envers l'autorité et ne donnera pas lieu à des discussions fructueuses. »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Gülen a écrit de nombreux livres, articles et poèmes qui traitent de divers sujets. Ses ouvrages ont été traduits en différentes langues, notamment en anglais, en arabe, en allemand, en espagnol, en russe et en français.

  • Asrın Getirdiği Tereddütler 1-4, [Questions que Pose l’Époque Moderne à l’Islam] (1983 - 2002)
  • Çağ ve Nesil, [Époque et Génération] (1982)
  • Buhranlar Anaforunda İnsan, [L’Être Humain dans le Tourbillon des Crises] (1986)
  • Yitirilmiş Cennette Doğru, [Vers le Paradis Perdu] (1988)
  • Irşad ekseni
  • Işığın Göründüğü Ufuk, [L’Horizon où Apparaît la Lumière] (2000)
  • Fatiha Üzerine Mülahazalar, [Discussions sur la Fatiha] (1998)
  • İla-yı Kelimetullah veya Cihad, [L’Effort au Nom de Dieu ou le Djihad] (1996)
  • İnancın Gölgesinde 1-2, [Principes Essentiels de la Foi] (1991 - 1992)
  • Kırık Testi, [La Cruche Fêlée] (2002)
  • Kitap ve Sünnet Perspektifinde Kader, [Le Destin selon le Coran et la Sounna]
  • Ölçü veya Yoldaki İşaretler 1-4, [Les Critères, et les Signes sur la Voie] (1985 - 1992)
  • Sonsuz Nur 1-3, [Le Messager de Dieu, Mahomet] (1993 - (1994)
  • Çekirdekten Çınara, [Du Noyau à l’Arbre] (2002)
  • Mealli Dua Mecmuası, [Recueil de Prières avec leurs interprétations] (2000)
  • un hommage au prophète Mahomet

Prix et récompenses[modifier | modifier le code]

  • 1995 – « Prix Nihal Atsız de Service pour le Monde Turc » de la Fondation des Foyers Turcs
  • 1995 – « Brevet de Gratitude » de la Fondation Mehmetçik
  • 1996 – « Prix de Tolérance » de la Fondation des Industriels et des Hommes d’affaires Turcs (TÜSİAV)
  • 1997 – « Prix de Service pour le Monde Turc » de la Fondation des Écrivains et des Artistes (TÜRKSAV)
  • 1997 – « Prix Spécial 24 Novembre de l’Éducation » accordé par l’organisation éducative Türk Eğitim-Sen
  • 1998 – « Prix de la Fondation Türk 2000'ler »
  • 1998 – « Présent Culturel des Foyers Turcs de Hamdullah Suphi Tanrıöver »
  • 1998 – « Prix de la Fondation de la Route de la Soie »
  • 2001 – « Prix de Service Supérieur » de l’Union des Écrivains de Turquie
  • 2008 - « N°1 in the World’s Top 20 Public Intellectuals - Foreign Policy-»
  • 2013 - Prix Manhae pour la paix.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (de) Islam: Der Pate sur Der Spiegel, 2012
  2. Jean-Michel Demetz et Burçin Gerçek, Turquie: Fethullah Gülen, l'imam qui fait trembler Erdogan. L'Express, 15 février 2014
  3. Lefigaro.fr, « Turquie: 34 ans de prison requis contre Gülen » (consulté le 18 septembre 2015)
  4. Bayram Balci En Turquie, la crise gouvernementale révèle la fragilité de M. Erdogan Le Monde, 30 décembre 2013
  5. [1], Le Monde, 21 janvier 2014
  6. Turquie : à la recherche de Fethullah Gülen, l'imam caché, Jeune Afrique, 11 mars 2014
  7. Erdogan appelle les États-Unis à extrader Gülen devant des milliers de partisans, Le Soir, 17 juillet 2016
  8. (en) Bulent Aras, Omer Caha, « Fethullah Gulen and his liberal "Turkish Islam" movement », Middle East Review of International Affairs,, no 40(4),‎ , p. 33 (lire en ligne)
  9. (en) « Gülen’s Condemnation Message of Terrorism », sur http://www.guleninstitute.org,‎ (consulté le 21 juillet 2016)

Liens externes[modifier | modifier le code]