Mouridisme

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Mouridisme
Confrérie des Mourides
Logo de l'organisation
Mosquée de Touba
Situation
Région Drapeau du Sénégal Sénégal
Création Début du XXe siècle
Type Confrérie soufie
Capitale spirituelle Touba
Coordonnées 14° 52′ 00″ N, 15° 52′ 00″ O
Langue arabe, wolof
Organisation
Effectifs 2-3 millions
Fondateur Cheikh Ahmadou Bamba
Calife Cheikh Mountakha Mbacké
(depuis le )
Personnes clés Cheikh Ibrahima Fall
Organisations affiliées Islam, Soufisme, sunnisme

Géolocalisation sur la carte : Sénégal

(Voir situation sur carte : Sénégal)
MouridismeConfrérie des Mourides

Le Mouridisme ou Mouridiyya est une confrérie soufie (sunnite), la deuxième à pénétrer au Sénégal après la Tijaniyya où, avec la Gambie, elle est presque exclusivement implantée. Elle est fondée au début du XXe siècle par le cheikh Ahmadou Bamba[1] et joue un rôle économique et politique important[1].

La tradition mouride est grandement marquée par la culture africaine et plus précisément wolof. Les fidèles effectuent un pèlerinage annuel dans la ville sainte de Touba, au centre du Sénégal. Le Magal est une fête qui coïncide chaque année avec la célébration du départ en exil, en 1895, de cheikh Ahmadou Bamba sous la pression de l'autorité coloniale française.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le terme « mouride » dériverait du verbe Irâda, puis de murīd qui signifient respectivement « la volonté » et « celui qui veut », « celui qui aspire à », sous entendu en quête de l'agrément de Dieu.

Théologie et organisation interne[modifier | modifier le code]

Le mouridisme a été fondé par le cheikh Ahmadou Bamba (1853-1927), un rénovateur apparu au Sénégal dans un contexte où la colonisation avait grandement perturbé l’équilibre social. Pour réformer la société sénégalaise, cheikh Ahmadou Bamba prôna le soufisme envers les enseignements du Coran et de la tradition du prophète Mahomet, l'attachement aux préceptes de l'islam et la valorisation de la science et du travail.

Cheikh Ahmadou Bamba se présente comme le revivificateur du soufisme musulman censé être l'héritier spirituel du prophète (qotb ou « pôle de sainteté ») envoyé par Dieu tous les quatre cents ans selon un hadith.

La théologie des mourides est influencée par la Qadiriyya, à laquelle appartenait le maître d'Ahmadou Bamba, le cheikh Sidiyya[2], la Tijaniyya mais aussi de l'œuvre de Al-Ghazali, largement cité par Cheikh Ahmadou Bamba. Certains musulmans « orthodoxes » considèrent la dévotion extrême à ce dernier et à sa lignée de successeurs comme une forme d'idolâtrie[1].

Les Mourides, disciples du marabout Cheikh Ahmadou Bamba, assimilent à l'islam des traditions du peuple wolof. C'est ainsi qu'ils sanctifient le travail et poussent très loin les notions d'entraide et de solidarité. Chaque année, de nombreux mourides se rendent en visite pieuse (ziarra) dans leur ville sainte de Touba, au centre du Sénégal. Environ un million d'entre eux ont effectué cette visite en février 2008[3],[4].

Selon Emmanuel Brisson, la confrérie est « organisée selon une structure décrite par certains comme féodale, elle est fondée sur l’obéissance totale à une autorité spirituelle, le Khalife général, descendant en ligne directe du fondateur »[5].

Histoire du mouvement[modifier | modifier le code]

Confronté à l'administration coloniale que sa popularité grandissante commençait à inquiéter, Ahmadou Bamba fut successivement déporté au Gabon (Afrique équatoriale) de 1895 à 1902, en Mauritanie de 1902 à 1907, puis retenu en résidence surveillée au Sénégal jusqu'à sa disparition en 1927.

Califes[modifier | modifier le code]

Après la disparition d'Ahmadou Bamba en 1927, cinq de ses fils lui succèdent comme « califes » par rang d'âge. Après le décès du dernier en 2007, ce sont les petits-fils du fondateur qui accèdent au califat.

Calife période
1 Cheikh Mouhamadou Moustapha Mbacké 1927 - 1945
2 Cheikh Mouhammadou Fadl Mbacké 1945 - 1968
3 Cheikh Abdoul Ahad Mbacké 1968 - 1989
4 Cheikh Abdou Khadre Mbacké 1989 - 1990
5 Cheikh Saliou Mbacké 1990 - 2007
6 Cheikh Mouhammadoul Amin Bara Falilou Mbacké 2007 - 2010
7 Cheikh Sidy Mokhtar Mbacké 2010 - 2018
8 Cheikh Mountakha Mbacké Depuis 2018

Pendant l'époque de Cheikh Amadou Bamba, certains disciples réalisés ont eu à être nommés cheikh. Ce fut le cas par exemple de Mame Cheikh et Mame Thierno quand celui-ci fut exilé par les colons français, mais ce processus de délégation s'estompa en 1912, année où fut consacré le dernier cheikh, Madiba Sylla à Diourbel. Une exception a lieu en 1987 quand Béthio Thioune est nommé par Cheikh Saliou.

Influence politique et économique[modifier | modifier le code]

La confrérie des mourides est en expansion et possède une influence forte sur la politique du Sénégal[5]. Son leader spirituel est consulté par les politiciens de tous bords[5].

Aux plans économique et social, « ils assurent logement, nourriture et apprentissage intellectuel -par l’enseignement coranique- à des enfants. Ils ont aussi des détracteurs, qui leur reprochent leurs irrigations, leurs cultures intensives, et leurs aides sociales. (...) Les califes mourides sont en général très influents parce qu'ils sont non seulement les guides spirituels d'adeptes estimés de 2 à 3 millions, mais aussi de facto chefs temporels de la ville de Touba, la capitale spirituelle des mourides devenue peu à peu la deuxième ville du Sénégal du fait de son poids démographique et économique.

D'autres fils ou petit-fils de Cheikh Ahmadou Bamba ont été aussi influents que les califes, bien que n'ayant pas accédé au califat. C'est le cas de :

  • Cheikh Ahmadou Mbacké Gaïndé Fatma, connu pour son engagement pour l'éducation et le développement socio-économique des masses, ainsi que par son influence auprès de dirigeants politiques africains engagés, il est décédé en 1978 ;
  • Cheikh Mouhamadou Mourtada Mbacké, le « marabout de la diaspora », connu aussi pour avoir initié bénévolement de nombreuses structures scolaires à travers le Sénégal, il est décédé en 2004. Actuellement, son fils et successeur Serigne Mame Mor Mbacké est en train de perpétuer son œuvre en y ajoutant d’autres structures nouvelles mais conformes avec sa vision progressiste de la modernité. Avec lui le mouridisme traverse une phase importante au sein de la diaspora.

Hétérodoxie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Hétérodoxie.

Un des plus célèbres disciples d'Ahmadou Bamba fut Cheikh Ibrahima Fall. Il lança une communauté de vie appelée les Baye Fall qui substitue le travail manuel, la mendicité et le dévouement à une piété usuelle comme la pratique des prières et le jeûne, ce qui leur vaut de nombreuses critiques de la part d'autres musulmans. Du fait de leurs dreadlocks, les Baye Fall sont souvent confondus par les touristes avec les rastas[1].

Personnalités appartenant à la confrérie mouride[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Emmanuel Brisson, Reportage sur les Mourides, 2008, sur le site de Grand reportage.
  2. Hamès Constant, « Cheikh Hamallah ou Qu'est-ce qu'une confrérie islamique (Tarîqa) ? », Archives de sciences sociales des religions, nos 55/1,‎ , p. 67-83 (lire en ligne).
  3. « "Sénégal : des pèlerins musulmans à Touba" », sur SaphirNews.com,
  4. « "Touba fait le plein en conjurant soif et maladie" », sur Nettali.net,
  5. a, b, c et d Emmanuel Brisson, Reportage (page 3) sur les Mourides, 2008, sur le site de Grand reportage.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Abdou Seye, Des hommes autour du Serviteur de l'Envoyé - Aperçu biographique de disciples de Cheikh Ahmadou Bamba, Édition 1438 h / 2017. lien
  • (en) O’Brien Donal B. Cruise, The Mourids of Senegal. The Political and Economic Organization of an Islamic Brotherhood, Oxford, Clarendon Press, 1971, XXII-321 p. (Publication d'une thèse de 1969)
  • Omar Ba, Cheikh Ahmadou Bamba face aux autorités coloniales (1889-1927)
  • Jean Copans, Les marabouts de l’arachide. La confrérie mouride et les paysans du Sénégal, Paris, Sycomore, 1980, 263 p. (Thèse Paris, EHESS, remaniée)
  • Momar Coumba Diop, La confrérie mouride : organisation politique et mode d’implantation urbaine, Lyon, Université de Lyon, 1980, 273 p. (Thèse de 3e cycle)
  • Youssouf Diop, « La signification du mouridisme dans l'actuel contexte socio-politique du Sénégal », Université de Dakar, 1983, 118 p. (Mémoire de Maîtrise)
  • Ousmane Kane, « Les marabouts sénégalais et leur clientèle aux États-Unis. Une économie spirituelle transnationale », Afrique contemporaine, 2009/3, no 231, p. 209-228
  • Mamadou Mbodj (dit) Pape Coumba, Le mouvement des jeunes dans la confrérie religieuse des mourides. Essai d’analyse et d’interprétation, Dakar, Université de Dakar, 1980, 149 p. (Mémoire de Maîtrise)
  • Oumar Mbaye, Le mouridisme sous le khalifat de Cheikh Mohamed Fadilou Mbacké (1945-1968), Dakar, Université Cheikh Anta Diop, 2000, 98 p. (Mémoire de Maîtrise)
  • Amadou Ndiaye, La confrérie mouride et ses rapports avec le pouvoir politique au Sénégal de 1960 à 2000 : Contribution à l'histoire de l'islam au Sénégal, Université de Perpignan, juillet 2011 (thèse de doctorat)
  • Cheikh Tidiane Sy, Traditionalisme mouride et modernisation rurale au Sénégal. Contribution à l’étude des rapports entre socialisme et islam en pays sous-développés, Paris, EPHE, 1965, 236 p. (Thèse de 3e cycle, publiée sous le titre La confrérie sénégalaise des Mourides. Un essai sur l’islam au Sénégal, Paris, Présence Africaine, Université de Paris, 1969, 353 p.
  • Samba Sy, Le mouridisme à l'Université : essai sur l'association des étudiants mourides, Université de Dakar, 1984, 85 p. (Mémoire de Maîtrise)

Filmographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]