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Mourad IV

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Mourad IV
Illustration.
Portrait de Mourad IV par Konstantin Kapıdağlı.
Titre
17e sultan ottoman
81e calife de l’islam

(16 ans, 4 mois et 29 jours)
Régent Kösem
Prédécesseur Moustafa Ier
Successeur Ibrahim Ier
Biographie
Dynastie Dynastie ottomane
Date de naissance
Lieu de naissance Constantinople
Date de décès (à 27 ans)
Lieu de décès Constantinople
Père Ahmed Ier
Mère Kösem
Fratrie Osman II
Mehmed
Bayezid
Süleyman (tr)
Kasım (tr)
Ibrahim Ier
Gevherhan (en)
Ayşe (en)
Fatma
Hanzade (en)
Conjoint Ayşe Sultan
Enfants Ahmed, Numan, Orhan, Hasan, Suleiman, Mehmed, Osman, Alaeddin, Selim, Mahmud, Kaya, Safiye, Rukiye
Religion Islam sunnite

Signature de Mourad IV
Liste des souverains ottomans

Mourad IV Revan Fatihi (« le Conquérant d'Erevan ») ou Bağdat Fatihi (« le Conquérant de Bagdad »), né le à Constantinople et mort le [1] dans la même ville, est le 17e sultan de l'Empire ottoman et un calife de l’islam . Il règne du au .

Il est connu pour sa restauration de l'autorité de l'État et pour la brutalité de ses méthodes[2].

Mourad IV est le fils du sultan Ahmed Ier et de son épouse grecque Kösem Sultan.

Montée sur le trône et régence de Kösem

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Amené au pouvoir par une conspiration de palais le , il succède à son oncle Moustafa Ier à l'âge de 11 ans. Étant âgé de 11 ans, il est encore trop jeune pour régner. En tant que mère du nouveau sultan, Kösem revient alors à nouveau sur le devant de l'arène politique. Elle entre dans le palais de Topkapı lors d'une procession cérémonielle grandiose, durant laquelle un millier de derviches défilent tout en récitant des prières pour célébrer sa venue[3]. Mourad est longtemps sous le contrôle de ses proches, et durant les premières années de son règne, Kösem (Keucème), en tant que sultane-mère (Validé Sultane), assure la régence jusqu'à ce que Mourad décide en 1632 de prendre en main le gouvernement[4].

En tant que sultane validé, Kösem détient désormais l'autorité suprême sur le harem du sultan. Elle prend rapidement en charge la gestion de cette institution complexe, de la vie sociale à la planification des fêtes et cérémonies en passant par la gestion des importantes sommes d'argent qui y entrent[5].

En tant que régente, Kösem dirige en pratique l'empire à travers son fils, en organisant les séances du divan (conseil du sultan) et en l'assistant durant ces réunions, cachée derrière un rideau. Elle s'occupe également de nommer des personnalités politiques et de superviser l'administration de l'État, ce qui lui permet d'établir des liens avec des hommes d'État, des juges et d'autres personnalités du monde juridique[6]. Elle rencontre également des ambassadeurs étrangers afin de discuter des traités internationaux[7].

L’Empire sombre dans l'anomie : les Séfévides attaquent l'Empire à plusieurs reprises et envahissent l'Irak, des insurrections éclatent dans le nord de l'Anatolie.

Affirmation de son pouvoir et début de règne personnel

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En 1628, Mourad IV fait dissoudre le mariage entre l'amiral Hassan Pacha (tr) et l'une de ses sœurs en raison du soutien de Kösem à ce dernier, qu'il juge excessif. La décision de Mourad contre l'amiral peut également s'expliquer par son désir d'affirmer son autorité auprès des officiers les plus influents et de se libérer de l'influence de sa mère. Selon certaines sources, Kösem aurait essayé d'apaiser son fils en lui offrant des chevaux richement équipés et en organisant un banquet de dix mille aspres, mais sans succès. Elle se heurte au refus de Mourad, passablement irrité par l'influence grandissante de sa mère et essayant de l'éloigner de la politique[8].

En février 1632, une révolte des janissaires éclate : Mourad doit d'abord céder à leur revendication et exécuter le grand vizir Hafiz Ahmed Pacha, mais il reprend le contrôle du gouvernement en mai et fait étrangler le probable instigateur de la révolte, Topal Recep Pacha (devenu grand vizir entretemps) et commence à régner seul[1]. La régence de Kösem prend fin à la suite de la décision de son fils Mourad de l'exclure définitivement de la vie politique[8],[9]. Bien décidé à ne permettre à personne de s'immiscer dans l'administration de son empire, Mourad ordonne à sa mère de couper les liens qu'elle entretenait avec certains hommes d'État, et menace même de l'exiler si elle n'obéit pas[10],[11].

Il est possible également que Mourad ait pris peur à la suite du soulèvement de mai 1632 à Constantinople durant lequel les janissaires avaient pris d'assaut le palais et tué le grand vizir Ahmed Pacha. Craignant de subir le même sort que son demi-frère aîné, Osman II, le sultan décide d'affirmer son pouvoir et remplace les hommes que sa mère avait placés aux postes clés par d'autres hommes qui lui sont proches[10],[11].

Bien qu'écartée du siège du pouvoir, Kösem est autorisée à gérer ponctuellement certaines affaires gouvernementales au nom du sultan, notamment lorsque celui-ci s'absente de la capitale. Le sultan continue en parallèle à la consulter, afin de profiter de ses conseils lors des moments difficiles[9]. Durant la guerre contre les Safavides, Kösem entretient ainsi une correspondance étroite avec son fils qui « lui faisait confiance pour s'occuper de ses intérêts pendant son absence de la capitale. Cependant Mourad restait vigilant et s'assurait que l'autorité de sa mère ne dépasse pas certaines limites[12]. ».

En 1635, la région d'Anatolie est dévastée par une série de soulèvements connue sous le nom de révolte d'Abaza. La répression qui s'ensuit entraîne un afflux massif de réfugiés. Mourad répond en ordonnant aux réfugiés de retourner dans leurs maisons détruites sous peine d'être exécutés, avant de changer d'avis après l'intervention de sa mère[13].

Pouvoir absolu et politique impériale

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Il essaie d’étouffer la corruption qui a grandi sous les sultans précédents. Il y parvient par de nombreux moyens, notamment en limitant les dépenses inutiles.

Il interdit également l’alcool, le café et le tabac. Il ordonne l'exécution des personnes enfreignant cette interdiction. Il aurait patrouillé de nuit dans les rues et tavernes de Constantinople, habillé en civil et surveillant l'application de ses ordres. Il tuait les soldats qu'il surprenait en train de consommer de l'alcool et du tabac.

Comportement personnel

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Mourad IV, par Abdülcelil Levni

Renouant avec la tradition ottomane de fratricide (relancée par son frère Osman II avant lui), Mourad IV fait exécuter ses frères Bayezid et Soliman en 1635, puis Kasim en 1638[1]. Le sultan Mourad grandit en recevant une bonne formation de la part des enseignants de l’époque. C’est un bon poète et il écrit ses poèmes en utilisant le surnom de « Muradi ». Il a également appris la calligraphie, dont il est maître, il rédige lui-même des firmans. Il montait très bien à cheval, de plus il pouvait sauter d’un cheval à l’autre. Il maniait très bien l’épée et l’arc.

Par ailleurs, il est réputé pour son caractère impulsif et sa cruauté[14].

Succès militaires

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Au point de vue militaire, le règne de Mourad IV est marqué par la guerre polono-turque de 1633-1634 mais surtout par la troisième guerre turco–séfévide (1623-1639). À partir de 1635, il prend lui-même le commandement de l'armée qu'il laissait jusque-là à ses généraux. Sa marche de Constantinople vers la frontière perse est ponctuée par l'exécution de nombreux sujets accusés de rébellion, corruption, négligence, ou d'avoir fumé du tabac. Il ordonne aussi l'exécution de l'émir libanais Fakhreddine II, prisonnier à Constantinople et dont le petit-fils venait de se révolter contre les Ottomans. Il prend Erevan après un court siège (-) et, alors qu'il célèbre avec son armée la prise de la ville, il fait envoyer l'ordre à Constantinople d'exécuter ses frères Bayezid et Süleyman, rivaux potentiels ()[1]. Il reprend sa marche et entre dans Tabriz, non défendue (). Il fait saccager les palais et jardins royaux par ses soldats. Il veut faire raser la mosquée Uzun Hasan mais s'en abstient quand le mufti fait valoir qu'elle a été construite par un souverain sunnite. Sur le terrain, le sultan Mourad vit comme un simple soldat, n'ayant comme coussin que sa selle et comme couverture la housse de son cheval[15].

Il accomplit également le dernier grand exploit militaire de l'Empire ottoman, la reprise de Bagdad en 1638 (en), après un siège qui se termine par le massacre de la garnison et des citoyens. Mourad IV commande lui-même l’invasion de la Mésopotamie et s’avère un remarquable commandant sur le terrain. Il est un des derniers souverains ottomans (avec son neveu Mehmed IV) à commander une armée sur le champ de bataille.

Avant sa mort, il conclut une paix avec la Perse en 1639, le traité de Qasr-i-Chirin, qui définit encore aujourd'hui le tracé de la frontière turco-iranienne.

Il meurt à l'âge de 27 ans à la suite d'une cirrhose. Sur son lit de mort, 15 jours avant son trépas, il ordonne l’exécution de son frère Ibrahim mais l’ordre n'est pas suivi d’effet à la suite du refus de sa mère Kösem[16]. Son but était de faire disparaître sa lignée pour entrer dans l'histoire comme le plus grand sultan ottoman de l'histoire et éviter de transmettre le trône à un monarque faible[17].

Il est connu par la société turque comme le sultan le plus tyrannique de l'histoire. Cependant son gouvernement permit de restaurer temporairement le prestige et la puissance de l'Empire ottoman[18].

Il reste peu d'informations à propos des concubines de Mourad IV, principalement parce qu'il n'a eu aucun fils lui ayant survécu pour lui succéder ; les registres indiquent la présence d'une seule favorite (haseki), Aïcha, jusqu'à la fin de son règne où une seconde apparait. Il est possible que Mourad ait eu plusieurs autres concubines[19].

Mourad a au moins 16 fils et filles[20], mais ses fils meurent tous en bas âge, seules plusieurs filles atteignant l'âge adulte :

  • Hanzade Sultan (1631- 1680) mère inconnue. Elle épousa Nakkas Mustafa Pacha.
  • Ismihan Kaya (1633)[21],[22],[23]
  • Safiye (1634 — 1685)[21] mariée à Sari Hüseyin Pacha en 1659 et ayant eu quatre enfants avec lui. Ses descendants sont encore en vie aujourd'hui
  • Rukiye (1640 — Janvier 1696)[21] mariée à Damat Seytan (Melek) Divriliki Ibrahim Pacha en 1663 et ayant eu deux filles avec lui
  • Gevherhan Sultan (1630 — 1647)

Dans la culture populaire

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Racine, dans sa tragédie Bajazet (1672), s'est inspiré de l'histoire de Mourad IV et de l'exécution de son frère Bayezid, qu'il situe à l'époque du siège de Babylone (Bagdad). Mourad est nommé Amurat et Bayezid, nommé Bajazet, devient le personnage central de l'intrigue. Racine, qui utilise les souvenirs d'un ambassadeur français, évoque les intrigues du sérail et les troubles suscités par les janissaires.

Dans la série télévisée turque Muhteşem Yüzyıl: Kösem, il est interprété par Cağan Efe Ak enfant et par Metin Akdülger en tant que Sultan[24].

Il apparait dans le conte "Des deux frères et d'une géante", du film 3000 ans à t'attendre (2022).

Notes et références

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  1. a b c et d A.H. de Groot, s.v. Murād IV in Encyclopædia of Islam vol.VII, Brill, 1993, pp.597-599
  2. Olivier Bouquet : Pourquoi l'Empire ottoman ? : Six siècles d'histoire, p. 204, 2022, Éditeur Folio; édition illustrée (ISBN 2072941431)
  3. Reşad Ekrem Koçu, Kösem Sultan, Doğan Kitap, (ISBN 978-6050926101), p. 202
  4. Robert Mantran, Histoire de l'Empire ottoman, Fayard 1989, p. 234
  5. Hitzel 2001, Chapitre 10, p. 257.
  6. Rank 2020, p. 4.
  7. Rank 2020, p. 80.
  8. a et b Peirce 1993, p. 245.
  9. a et b K. 2023, Kösem, p. 262.
  10. a et b Peirce 1993, p. 223.
  11. a et b Mansel 1995, p. 200-201.
  12. (tr) Mütcteba İlgürel, İslâm Ansiklopedisi, entrée Kösem Sultan, t. 26, Ankara, Türkiye Diyanet Vakfı, İslam Araştırmaları Merkezi, (lire en ligne), p. 273-275 [PDF] Accès libre.
  13. Finkel 2005, p. 211.
  14. (en) « Intellectual Curiosity and the Scientific Revolution », sur Google Books (consulté le ).
  15. J. de Hammer, Histoire de l'Empire Ottoman depuis son origine jusqu’à nos jours, vol. 9, Paris, 1837, p. 254-278
  16. M. Cavid Baysun, Kösem Wālide or Kösem Sulṭān, Brill Online, (lire en ligne)
  17. Noel Barber, The Sultans, New York, Simon and Schuster, (ISBN 9780671216245, lire en ligne Inscription nécessaire), 87
  18. Mantran, op. cit. p. 236
  19. Leslie P. Peirce, The Imperial Harem: Women and Sovereignty in the Ottoman Empire, p. 107 et 302
  20. (en) « Sultan Murad IV »
  21. a b et c (en) « Padişahların Kadınları ve Kızları, M. Çağatay ULUÇAY »
  22. (en) « The Imperial Harem: Women and Sovereignty in the Ottoman Empire »
  23. (en) « An Ottoman Mentality: The World of Evliya Çelebi » : « Princess Ismihan Kaya Sultan, a daughter of Sultan Murad IV »
  24. (tr) « Muhteşem Yüzyıl Kösem'in 4. Murad'ı Metin Akdülger kimdir? » (consulté le )

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Bibliographie

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  • Olivier Bouquet : Pourquoi l'Empire ottoman ? : Six siècles d'histoire, 2022, Éditeur Folio; édition illustrée (ISBN 2072941431)
  • Frédéric Hitzel, L'Empire ottoman : XVème : XVIIIème siècles, Paris, Les Belles Lettres, , 319 p. (ISBN 978-2-251-41016-6). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Scott Rank, History's 9 Most Insane Rulers, Inc. and Blackstone Publishing, (ISBN 978-1664494176). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Leslie P. Peirce, The Imperial Harem : Women and Sovereignty in the Ottoman Empire, . Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Philip Mansel, Constantinople : City of the World's Desire, 1453–1924, St. Martin's Press, , 614 p. (ISBN 0719550769). Document utilisé pour la rédaction de l’article

Articles connexes

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Liens externes

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