Bayazid Bastami

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Bayazid Bastami
Abu yazid.png
Biographie
Naissance
En 777-778 ou vers 804
BastamVoir et modifier les données sur Wikidata
Décès
Nom dans la langue maternelle
بایزید بسطامیVoir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Murshid, écrivainVoir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Religion
Maîtres
Bayazid Bastami Tomb.JPG
Vue de la sépulture.

Abû Yazîd Tayfûr ibn 'Isa ibn Soroshân al-Bistâmi connu sous le nom d'Abu Yazîd Bistâmî ou Bayazîd Bastâmî (en persan: بايزيد بسطامى), surnommé « sultân al-'ârifîn » (« le sultan des connaissants »[1] ou « le sultan des mystiques »[2]) est un soufi perse.

Ses dates de naissance et de mort sont incertaines. Il serait né en 777-778 ou vers 804 à Bastam, dans l'empire abbasside (dans l'Iran actuel), et mort en 848[3] ou 875 (234 ou 261 du calendrier perse), selon les sources.

Biographie[modifier | modifier le code]

On dispose de peu de données biographiques au sujet de Bayazid[4].

Abû Yazid Bistâmî est né à Bistam, dans une province autrefois appelée le Kûmis[5], entre la région de Téhéran et le Khorasan, où il a passé la plus grande partie de sa vie[6] et où l'on continue à vénérer son tombeau. Déjà grande de son vivant, sa réputation a encore crû après sa mort, et sa tombe monument est devenue un lieu important de visites pieuses (ziyarât) et de pèlerinages extra-canoniques[7] (non reconnus par l'islam officiel).

Sa mère a semble-t-il joué un rôle important dans sa vocation spirituelle[4]. Il a étudié le droit hanéfite[2]. Il menait une vie d'ascète, vivant dans une cellule monacale qui jouxtait la mosquée. Le fait qu'il se rinçait la bouche avant de prononcer le nom d'Allah révèle son intransigeance[2],[4]. Il recevait de nombreux visiteurs, venus prendre conseil auprès de lui[2],[4]. C'est par leur intermédiaire que l'on connaît ses dires. En effet, il n'a rien écrit. Mais on a conservé environ cinq cents chatahât (en) (déclarations extatiques), transmises par son disciple et neveu Abu Musa 'Isa bin Adam, et ses visiteurs, en particulier Abu Musa Dabili[8]. La principale source d'information sur sa vie est Sahlaji (m. 1084) et son Kitâb al-nûr[2].

Il a été considéré comme panthéiste[9], notamment par Tholuck, pour avoir exprimé l'idée de l'omniprésence de Dieu en ces termes : «Allah n'est absent d'aucun lieu».

Il a eu pour maître Abu Ali al Sindhi, qui l'aurait initié à l'hindouisme[9],[10]. Le premier à l'avoir fait connaître, le théologien protestant Tholuck, voit en effet dans la pensée de Bistami une influence indienne. Reynold Nicholson voit lui aussi dans la représentation que Bistami se fait de la mort, conçue comme fanâ‘ ou annihilation, proche du nirvana, une influence indienne[9]. Mais la question de l'influence de l'hindouisme sur la pensée de Bistâmî est controversée[9]. Mario Martino Moreno identifie plutôt des éléments platoniciens et néo-platoniciens. Gerhard Böwering souligne la différence entre le nirvana, qui est annihilation, tandis que le fanâ' est union à Dieu, non pas disparition, mais passage d'une réalité terrestre à une réalité spirituelle[2].

Il renonce à la vie mondaine : «J'ai répudié ce Bas-Monde par la triple formule, complètement et sans retour»[4]. Mais il renonce aussi bien à se préoccuper de la Vie future. Son exigence en matière de spiritualité le conduit à considérer que l'ascèse et le renoncement ne sont pas suffisants. Le renoncement (zuhd) n'est pas une fin en soi. Le but véritable de l'ascète (zāhid) doit être l'union en Dieu. Dieu est pour lui la seule fin[4]. À un fidèle qui l'interrogeait sur le rituel de la prière et la manière d'élever les mains, il répondit : «Efforce-toi d'élever ton cœur vers Allah»[4], condamnant ainsi le ritualisme formel.

De même, il était paraît-il capable d'accomplir des prodiges (karāmāt), mais en faisait peu de cas. Les deux rives du Tigre s'étaient, dit-on, rapprochées suffisamment pour qu'il pût traverser le fleuve à pied ; mais il préféra louer les services d'un passeur[4],[2]. Il enseignait que la sainteté d'un homme doit être mesurée non à l'aune des prodiges qu'il accomplit, mais de sa conduite et de ses œuvres[4].

Sa mort est datée de 848 ou 875[2], voire 877[11]. L'islamologue Alberto Fabio Ambrosio tient la date de 848 comme la plus probable[9]. De même, Roger Deladrière considère la date de 848 comme plus vraisemblable[4].

Citations[modifier | modifier le code]

Bayazid Bistami est connu pour avoir prononcé des paradoxes, des paroles extatiques considérées comme provocantes, notamment son célèbre :

« Louange à moi, louange à moi ! Que ma condition est grande ![12] »

Ou encore : «Anā huwa !» (Je suis Lui !)[2]

Certaines de ses déclarations lui ont valu d'être chassé à différentes reprises de sa ville natale[4],[9]. Ces affirmations peuvent choquer le croyant orthodoxe, qui refuse toute idée d'assimilation de Dieu à ses créatures. On peut y voir aussi une forme d'orgueil, voire une simple divagation irrationnelle. Cependant, Abu Yazid met l'accent, contre l'idée d'un Dieu transcendant et lointain, sur celle d'un Dieu qui répond à l'amour des hommes, et même dont l'amour précède celui des hommes[2].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. 'Attar 1976, p. 154.
  2. a b c d e f g h i et j (en) Gerhard Böwering, « BESṬĀMĪ, BĀYAZĪD – Encyclopaedia Iranica », sur www.iranicaonline.org (consulté le )
  3. Bistami 1989, p. 9-22.
  4. a b c d e f g h i j et k Roger Deladrière, « Abū Yazīd al-Bisṭāmī et son enseignement spirituel », Arabica, vol. 14, no 1,‎ , p. 76–89 (ISSN 0570-5398, lire en ligne, consulté le )
  5. Guy Le Strange. The Lands of the Eastern Caliphate, p. 364.
  6. Dermenghem 2005.
  7. Sourdel 1996.
  8. (en) N. Hanif, Biographical Encyclopaedia of Sufis: Central Asia and Middle East, Sarup & Sons, (ISBN 978-81-7625-266-9, lire en ligne), p. 62
  9. a b c d e et f Alberto Fabio Ambrosio, « Le soufisme dans son interprétation orientaliste : le cas de Bistâmî », dans Véronique Schiltz (Dir.), De Samarcande à Istanbul : étapes orientales, Paris, CNRS Éditions, , 466 p. (ISBN 978-2-271-08320-3, lire en ligne), p. 161-171
  10. (en) Sarwat Ali, « Sufi Sindh », sur www.thenews.com.pk, (consulté le )
  11. Sourdel 1998.
  12. Bistami 1989, p. 60.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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De Bayazîd Bistâmî[modifier | modifier le code]

  • Abû Yazid Bistami (trad. de l'arabe, présentation (p. 9-30) et notes par Abdelwahab Meddeb), Les Dits de Bistami (shatahât), Paris, Fayard, , 207 p. (ISBN 2-213-02382-4). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Sur Bayazîd Bistâmî[modifier | modifier le code]

  • Hujwirî (Traduit du persan, présenté et annoté par Djamshid Mortazavi), Somme spirituelle, Paris, Sindbad, , 482 p. (ISBN 2-7274-0149-3), p. 136-138
  • Farid-ud-Din 'Attar (Traduit d'après le ouïgour par A. Pavet de Courteille), Le mémorial des saints, Paris, Editions du Seuil, coll. « Points Sagesses », , 309 p. (ISBN 978-2-02-004468-4), p. 154-184
  • Emile Dermenghem, Vies des saints muslumans, Arles, Actes Sud / Sinbad, coll. « La bibliothèque de l'islam », 2005 [1981] (1re éd. 1943), 329 p. (ISBN 2-7427-5717-1), p. 143-175. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Henry Corbin, Histoire de la philosophie islamique, Paris, Gallimard, coll. « Folio / Essais », , 546 p. (ISBN 2-07-032353-6), p. 269-271
  • Janine Sourdel et Dominique Sourdel, Dictionnaire historique de l'islam, Paris, PUF, , p. 162, article "al-Bistâmi".. Document utilisé pour la rédaction de l’article

Liens externes[modifier | modifier le code]