Massacre de Sivas

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L'hôtel Madimak en 2007

Le massacre de Sivas (en turc Madimak Olaylari ou Sivas Katliami) a eu lieu le à Sivas, une ville du centre de la Turquie. Il a entraîné la mort de 37 personnes, dont 33 intellectuels alévis.

Contexte politique interne[modifier | modifier le code]

Le 17 avril 1993, le président de la république Turgut Özal meurt d'une crise cardiaque. Le 16 mai 1993, Süleyman Demirel est élu président de la république. Le 25 juin, Tansu Çiller prend ses fonctions de première ministre à la tête de la coalition DYP-SHP.

La trêve que l'ancien gouvernement Özal avait conclue avec le Parti des Travailleurs du Kurdistan est rompue par ce dernier, ce qui conduit à une reprise des combats au Sud-Est de la Turquie et à une montée des tensions communautaires dans le pays? notamment entre sunnites majoritaires et alévis marginalisés, parfois victimes d'actes violents[1], tensions qui s'ajoutent à une instabilité politique et à une situation économique nationale et internationale tendue (16 % de la population est au chômage, la croissance économique est anémique).

Contexte politique international[modifier | modifier le code]

En 1988, l'écrivain Salman Rushdie publie Les Versets sataniques. Ce livre décrit une partie de la vie du prophète Mahomet. Dans les mois qui suivent la publication du roman, un puissant mouvement de protestation se développe dans les pays musulmans, dont la Turquie, ainsi qu'au sein des populations immigrées musulmanes des pays occidentaux. Cette protestation atteint son paroxysme avec l'émission d'une fatwa par l'ayatollah Khomeiny appelant à tuer l'écrivain Rushdie.

Sivas[modifier | modifier le code]

Le 26 mai 1993, l'écrivain turc sunnite Aziz Nesin commence la publication du livre de Salman Rushdie, Les Versets sataniques, au nom de la liberté d'expression. L’initiative de Nesin suscite des protestations et des menaces de la part des milieux islamistes turcs alors en plein développement dans le pays, où le parti islamiste Refah obtient 17 % des voix au parlement lors des élections de 1991.

Le , avec le soutien du ministre de la Culture, le traditionnel festival de Pir Sultan Abdal commence à Sivas. Ce festival suscite des tensions dès le début de l’événement, en raison de la participation de Nesin.

Située au cœur de l’Anatolie rurale, la ville est connue pour son conservatisme religieux — soutien massif aux différents partis islamistes turcs — et son opposition tant active que passive aux réformes kémalistes.

Les forces de sécurité turques (armée et police) comptent plusieurs milliers d'hommes dans la ville, à la suite des tensions que connait la région depuis plusieurs mois.

Le massacre[modifier | modifier le code]

Le 2 juillet 1993, après la prière du vendredi, un rassemblement se forme pour protester contre le festival, qui se déroule non loin de la mosquée et qui dérangerait les musulmans sunnites dans leur « propre quartier ». La protestation se radicalise dans l’après-midi, mais elle n’est arrêtée ni par la police ni par l’armée. Une foule de 15 000 personnes, excitée par des islamistes radicaux, prend alors la direction de l’hôtel et franchit sans difficulté les cordons de policiers placés autour du bâtiment. La foule surexcitée, qui scande des slogans radicaux, arrive dans le centre de Sivas en fin d'après-midi et encercle l’hôtel Madımak. Puis les émeutiers prennent d'assaut le bâtiment et y mettent le feu.

L'incendie fait rage et brûle entièrement l'hôtel. Les forces de l'ordre n'interviennent que huit heures plus tard et dispersent la foule à coup de gaz lacrymogène, pour permettre aux services de secours d’intervenir. On compte 37 victimes, y compris des musiciens, des poètes, des touristes et des membres du personnel de l'hôtel. On retrouve le lendemain les corps de 35 personnes, principalement des intellectuels et artistes alévis venus participer au Festival Pir Sultan Abdal, ainsi que deux assaillants ayant aussi péri dans l’assaut. Aziz Nesin, qui a publié une traduction du roman de Rushdie a réussi à s'échapper, car les assaillants ne l'ont pas reconnu avec 51 autres personnes. Il en restera cependant très affecté et mourra deux ans plus tard, des suites d’une crise cardiaque.

Cent quatre-vingt-dix personnes sont interpellées dans les jours suivants, dont 124 pour « tentative d’établir un État religieux en bravant l’ordre constitutionnel ». Mais le tribunal de Sivas, chargé du jugement, reçoit d'incessantes pressions au cours du procès de certains milieux politiques et religieux (ce qui amène d'ailleurs au dessaisissement d'un juge) pour obtenir l’acquittement. Quatre-vingt accusés sont condamnées à des peines de prison allant de deux à quinze ans et trente-trois sont condamnés à la peine capitale pour meurtre. La sentence sera commuée en prison à vie après 2001. Actuellement[Quand ?], seules 31 personnes purgent une peine de prison en Turquie pour le massacre de Sivas.

Liste des accusés[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Salman Rushdie, Joseph Anton, Plon (2012)

Références[modifier | modifier le code]

  1. Hamit Bozarslan, Histoire de la Turquie, de l'Empire à nos jours, Editions Tallendier, 2015, p. 506.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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