Bataille de Kerbala

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour la bataille de 2003, voir Bataille de Kerbala (2003).
Bataille de Kerbala

Informations générales
Date 10 octobre 680
Lieu Kerbala, en Irak
Issue Victoire des Omeyyades
Belligérants
AlidesUmayyad Flag.svg Califat omeyyade
Commandants
Al-Hussein ibn Ali
Al-Abbas
Umayyad Flag.svg Ubayd Allah ben Ziyad
Umayyad Flag.svg Umar ibn Saad
Umayyad Flag.svg Umar Ibn Al-Hajjaj
Umayyad Flag.svg Shimr ibn Dhil-Jawshan
Umayyad Flag.svg Urwah ibn Quais
Forces en présence
72 hommesUmayyad Flag.svg 30 000 hommes
Pertes
72 hommes

La deuxième fitna

Coordonnées 32° 37′ nord, 44° 02′ est

Géolocalisation sur la carte : Monde

(Voir situation sur carte : Monde)
Bataille de Kerbala

Géolocalisation sur la carte : Moyen-Orient

(Voir situation sur carte : Moyen-Orient)
Bataille de Kerbala

Géolocalisation sur la carte : Irak

(Voir situation sur carte : Irak)
Bataille de Kerbala

La bataille de Kerbala eut lieu le 10 octobre 680 en Irak. Dans le calendrier musulman c'est le 10 de muharram 61 A.H. La commémoration de cette bataille est le deuil chiite d'Achoura. Cette commémoration se célèbre tous les 10 muharram, c’est-à-dire, en suivant le calendrier lunaire et non pas le calendrier grégorien[1].

La bataille opposa la puissante armée de Yazid Ibn Mu'awiyya (environ 30 000 hommes)[réf. nécessaire] à l'armée des partisans de Hussein, fils d'Ali et petit-fils du prophète Mahomet, qui se réduisait à 72 hommes.

Les prémices[modifier | modifier le code]

En 680, à la mort de Mu`âwiya, le nouveau calife omeyyade Yazid Ier s'est vu refuser le serment d'allégeance de la part de quatre personnes : Hussein fils d'Ali, Abd Allah ben az-Zubayr, `Abd Allah fils d'Umar et `Abd ar-Rahman fils d'Abu Bakr[2].

Hussein est à La Mecque, les habitants de Koufa l'invitent à venir les rejoindre. Par prudence, il y envoie en éclaireur son cousin Moslim ibn Aghil. Les habitants de Koufa viennent en nombre faire allégeance à Hussein auprès de Muslim ben Aqil. Les habitants de Koufa insistent pour que Hussein vienne les rejoindre. Le calife intime l'ordre à Ubayd Allah ben Ziyad de réprimer l'agitation provoquée par la popularité grandissante de Hussein à Koufa. `Ubayd Allah qui est à Bassora confie la ville à son frère Uthman et part pour Koufa. Il arrête Muslim ben Aqil et le fait décapiter en public[3]. Par peur, les habitants de Koufa se sont ralliés à Yazid.

Hussein ignore les évènements qui se déroulent à Koufa. Il part de la Mecque pour Koufa avec toute sa famille excepté une de ses filles. Ubayd Allah est prévenu du départ d’Hussein et part à sa rencontre. Hussein campe près d'Al-Qâdisiyya, des habitants de Koufa le mettent en garde en lui apprenant les évènements qui viennent de se passer. Hussein contourne Koufa et arrive à Kerbala. Sentant la fin et se rappelant des larmes du Prophète quand il parlait de cette région, il demanda aux hommes de la famille d'établir le campement.

L'armée conduite par Ubayd Allah rencontre le groupe mené par Hussein à Kerbala. Ubayd Allah exige que Hussein prête serment d'allégeance à Yazîd, mais il refuse la requête. L'armée de Yazid coupe alors l'accès à l'eau aux partisans et à la famille de Hussein. Pendant cette journée, Hussein prépare ses armes pour le combat. Il est accompagné de 72 partisans et membres de sa famille[4].

Récit de la bataille[modifier | modifier le code]

Le soir du 9 Moharram, Hussein chargea Abbas de négocier un ultime délai. L'Imam et ses compagnons pourraient ainsi jouir d'une dernière nuit pour se préparer au Martyre. Depuis trois jours maintenant que le campement de Hussein était privé d'eau, les femmes et surtout les enfants souffraient terriblement de la soif.

Avant que la bataille ne s'engage, Hussein essaya une dernière fois de raisonner les assaillants, dans l'espoir d'éviter à ceux qui ne se seraient pas rendu compte de la gravité de ce qu'ils allaient faire, de participer à un crime et un péché impardonnables. Il leur rappela les milliers de messages que les leurs lui avaient envoyés pour l'inviter à venir en Iraq et lui prêter serment d'allégeance, pour défendre à ses cotés le Message de l'Islam. Mais ses discours furent vains. Ses appels pathétiques ne furent pas entendus par ces hommes épris d'argent et assoiffés de pouvoir. L'Imam Hussein ne désespéra pas. Il fit avancer encore un peu son cheval, plus près de l'armée omayyade. Il leva le Saint Coran et dit : "Soldats de Yazid ! Nous avons en commun le Livre de Dieu et la Sounna de mon grand-père, le Messager de Dieu !" . Personne ne réagit.

Alors Houssein s'adressa à Umar ibn Saâd, le commandant de l'armée de Yazid : "Omar ! Tu veux me tuer pour que celui qui a usurpé le Califat te nomme Gouverneur de la moitié de la Perse. Par Dieu ! Tu n'auras pas ce plaisir. Fais-moi ce que tu comptes me faire. Mais je te jure que jamais après ma mort tu ne connaîtras de joie, ni dans ce monde, ni dans l'autre!

Hussein avait pris soin de protéger l’arrière de son campement par une tranchée à laquelle il avait mis le feu pour être à l’abri de toute surprise et préserver la vie des femmes et des enfants d’une agression imminente.

Shimr ibn Dhil-Jawshan en voyant ces flammes, cria à l’adresse d’Hussein, sur n ton provocateur : « ô Hussein ! Tu es pressé de voir le feu avant le jour de la Résurrection ! »

« Tu y as plutôt la priorité », rétorqua Hussein.

Muslim ibn Awsaja, un des compagnont de ce dernier voulut lancer une flèche sur Chemr, mais Hussein s’y opposa en lui disant : « Ne tire pas sur lui, car je n’aimerais pas commencer les hostilités moi-même ».

Hussein entreprit l’organisation de la défense de son campement et la répartition de ses hommes à leurs postes respectifs. Il laissa le commandement du flanc droit à Zuhair ibn Quaîn, et du celui du flanc gauche à Habib ibn Mazaher, et resta lui-même ainsi que sa famille au milieu. Il confia l’étendard à son frère Abbas ibn Ali[5].

Philosophie du soulèvement de Hussein ibn Ali[modifier | modifier le code]

Hussein ibn Ali dans une lettre adressée à son frère Muhammad ibn al-Hanafiya ainsi que dans d'autres occasions, évoque les raisons de son départ de Médine, de son refus du pouvoir de Yazid, et de sa révolution contre lui. Il y explique le sens de son mouvement et les fondements de sa confrontation avec le nouveau régime Omayyade : « Je ne me suis pas soulevé de gaieté de cœur, ni pour une quelconque insatisfaction personnelle, ni par subversion ni injustement. Je me suis soulevé pour réformer la Umma de mon grand-père, le Messager de Dieu, pour commander le bien et interdire le mal, et pour suivre les traces de mon grand-père et de mon père ... »[6].

Conséquences[modifier | modifier le code]

La bataille de Kerbala est le lieu du martyre de Hussein et de sa famille. Seul 'Alî Zayn Al 'Âbidîn survécut, sans lui une partie de la descendance du Prophète de l'Islam via son petit-fils Hussein aurait pu s'éteindre à tout jamais. Certains Omeyyades ne sont pas aussi honnis que l'est Yazid, Umar ibn Abd al-Aziz est par exemple considéré comme le cinquième calife bien-guidé par l'imam Ash-Shâfi'î[7] et comme le mujaddid du premier siècle de l'hégire par Shah Waliullah ad-Dehlawi[8]. S'ils ne peuvent pas prétendre représenter l'orthodoxie religieuse à cette époque, pour s'opposer à leurs prétentions, il n'y a encore aucune des grandes écoles juridiques qui n'apparaissent qu'après la prise du pouvoir par les Abbassides. Les fidèles subissent leur dictature, elle sera renversée en 750 par les Abbassides.

La théologie chiite duodécimaine va développer un martyrologe complètement exogène au sunnisme et aux autres formes de chiisme comme le zaydisme (un chiisme essentiellement politique avec une forte consonance révolutionnaire). Durant le mois de Mouharram, une forme de mortification va s’installer au sein des duodécimains : défilés commémoratifs, reconstitutions de batailles, auto-flagellations etc. Voir les rites et commémoration du Mouharram

Une forme théâtrale originale, le tazieh[9], va se développer aussi autour du « massacre » de Kerbala.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. arabe : عشرة, [`ašara], dix; عاشوراء, [`āšūrā'], le 10 du mois de muharram)
  2. Tabari, La Chronique, Histoire des prophètes et des rois, Volume II, Les Omayyades, Éd. Actes Sud / Sindbad 2001, (ISBN 978-2-742-73318-7), p.30.
  3. Tabari, ibidem, pp. 34-38.
  4. Pierre Royer, « Kerbala 680. Le battement d'ailes du papillon », Conflits, no 6, juillet-septembre 2015, p.36-38
  5. Abbas Ahmad al-Bostani, L'imame al-Hussayn et le Jour de Âchourâ, Montréal, Québec, H3B 3K3 Canada (ISBN 2922223175, lire en ligne), p. 192
  6. L'Imam al-Hussayn et le Jour de "Achourâ",Abbas-Ahmad Al-Bostani,2922223175, 9782922223170,191 pages
  7. Brahami, Mostafa Suhayl,, Evolution historique du fiqh les six grands imams : Abou Hanifa, Malik, Zayd, Ja'far, Shafii, Ahmed et les autres, Tawhid, , 431 p. (ISBN 9782848622354 et 2848622350, OCLC 949179433, lire en ligne), p. 53
  8. Izalat al-Khafa (en) p. 77 part 7
  9. farsi : تعزيه, [t`azīeh], passion)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]