Maréchal de France

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Maréchal.
Les bâtons des quatre maréchaux de la Seconde Guerre mondiale (De Lattre de Tassigny, Leclerc, Juin et Kœnig) sont exposés au musée de l'Armée[1].
Insigne de maréchal de France, 7 étoiles.

Le maréchalat de France est aujourd'hui la plus haute distinction militaire française. Le titre de maréchal de France, ou d'amiral de France — son équivalent pour les militaires de la Marine —, constitue une dignité dans l'État. À l'heure actuelle, la France ne compte aucun maréchal de France qui soit vivant.

Depuis la création du titre, en 1185, il y a eu 342 maréchaux de France. L'office de maréchal n'est devenu militaire que depuis le début du XIIIe siècle.

Sommaire

Historique[modifier | modifier le code]

Époque monarchique[modifier | modifier le code]

À son origine, le maréchal de France n'a qu'un rôle d'intendance sur les chevaux du roi. Son office devient militaire au début du XIIIe siècle, tout en étant subordonné au connétable. Le premier à porter le titre de maréchal du roi de France avec une fonction militaire était Albéric Clément, seigneur de Mez, désigné par Philippe Auguste, en 1185.

Après l'abolition de l'office de connétable par Richelieu en 1624, les maréchaux deviennent les chefs suprêmes de l'armée. Parfois le roi crée une charge de maréchal général des camps et armées du roi, qu'il confie au plus prestigieux de ses maréchaux.

En plus de leurs fonctions militaires, les maréchaux ont aussi la responsabilité du maintien de l'ordre dans les campagnes, par l'intermédiaire des prévôts des maréchaux, d'où l'appellation de « maréchaussée » donnée à l'ancêtre de la gendarmerie.

Jusqu'en 1793, date de l'abolition de cette charge, il y eut 263 maréchaux de France.

Révolution, Empire, XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Le maréchalat est aboli par la Convention le .

Le sénatus-consulte du établit des « maréchaux d’Empire ». Sous le Premier Empire, on parle, en toute rigueur de terme, de « maréchal de l'Empire français ».

Avec la Restauration, les maréchaux d’Empire deviennent maréchaux de France.

La loi du prévoit que le nombre des maréchaux de France est de six au plus en temps de paix et qu'il pourra être porté à douze en temps de guerre. Lorsqu'en temps de paix l'effectif est en excédent du chiffre réglementaire, il peut cependant être fait une promotion pour trois vacances.

Sous le Second Empire, Napoléon III n'en change pas le titre. Les maréchaux de France deviennent membres de droit du Sénat.

Sous la Troisième République, la fonction étant perçue comme trop liée avec l'Empire, aucun maréchal de France n'est créé avant la Grande Guerre. Le dernier maréchal, Canrobert, meurt en 1895.

XXe siècle[modifier | modifier le code]

C'est durant la Première Guerre mondiale que la dignité est rétablie. Les deux derniers maréchaux de France sont Alphonse Juin, mort en 1967, et Marie Pierre Kœnig[2], mort en 1970.

Actuellement, comme cela est précisé à l'article 4 de la loi du , le « titre de maréchal de France et le titre d'amiral de France constituent une dignité dans l'État ».

Le maréchalat est donc un titre et une dignité, non un grade. Il est symbolisé par sept étoiles (contre cinq étoiles pour le grade le plus élevé, général d'armée). L'autre symbole du maréchalat est le bâton de velours bleu parsemé d’étoiles sur lequel est écrit : Terror belli, decus pacis (Terreur durant la guerre, ornement pour le temps de paix).

Il n'y a pas de condition particulière pour être élevé à la dignité de maréchal de France. La coutume demande que l'on ait commandé en chef une armée et obtenu la victoire ; il n'est pas nécessaire que cette victoire ait été emportée sur le sol national.

La dignité de maréchal de France a été décernée tout au long du XXe siècle par décret et non par voie législative. Toutefois, une loi a pu préalablement autoriser un décret. Ainsi, l'élévation à la dignité de maréchal de Jean de Lattre de Tassigny s'accomplit par le décret du faisant suite à la loi du même jour dont l'article 2 dispose que « Le gouvernement est autorisé à conférer, à titre posthume, la dignité de maréchal de France au général d'armée Jean de Lattre de Tassigny ». De même, la loi du autorise le président de la République française à promulguer par décret le l'élévation du général Leclerc à la dignité de maréchal de France. Toutefois, ces deux lois émanaient du gouvernement (projet de loi et non proposition de loi).

Les textes officiels français ont du mal à s'accorder sur l'usage de la majuscule (« Maréchal de France » ou « maréchal de France »).

Privilèges liés au maréchalat[modifier | modifier le code]

Les maréchaux ont droit à une dotation personnelle pour frais de représentation de 9 000 francs. Cette dotation est fixée par l'article 1 du décret du 2 août 1960, toujours en vigueur.

La loi du 27 mars 1929 disposait que les maréchaux ainsi que les généraux ayant commandé pendant la Première Guerre mondiale pouvaient être inhumés à l'hôtel des Invalides.

Par voie législative, des suppléments de pensions ont été accordées aux veuves des maréchaux (loi du 14 avril 1929) avec des dispositions spéciales pour la veuve du maréchal Foch (loi du 29 mars 1929) et la veuve du maréchal de Lattre de Tassigny (loi du 11 juillet 1952). Une autre loi dite personnelle exonéra la veuve du maréchal Juin de droits de succession le 28 décembre 1967.

Familles[modifier | modifier le code]

Le maréchalat de France conférait aux familles une illustration d'autant plus appréciée qu'elle était rare et correspondait généralement à une réelle valeur militaire. Parmi les familles qui ont donné au moins deux maréchaux (ou amiraux), l'on trouve :

2 maréchaux 3 maréchaux 4 maréchaux 5 maréchaux 12 maréchaux
Aubusson Broglie Clément Durfort Montmorency
Brienne Coligny Cossé-Brissac
Nompar de Caumont Créquy Gontaut-Biron
Esparbès de Lussan Estrées Harcourt
Fitz-James Lévis Noailles
Franquetot Ornano Choiseul
Gramont Schomberg
Joyeuse Goyon de Matignon
La Baume
La Chatre
La Marck
La Tour d'Auvergne
Le Meingre
Famille de Monluc
Rieux
Rohan
Rouxel
Sancerre
Saint-Nectaire
Trivulce

Héraldique[modifier | modifier le code]

Les maréchaux de France portent pour marque de leur dignité, derrière l'écu de leurs armes deux bâtons d'azur, passés en sautoir, semés : de fleurs-de-lys d'or sous l'Ancien Régime et la Restauration, d'aigles d'or sous le Premier Empire et d'étoiles du même depuis la Monarchie de Juillet[3].

Les Capétiens[modifier | modifier le code]

Six maréchaux sous Philippe II Auguste, de 1180 à 1223[modifier | modifier le code]

Huit maréchaux sous Louis IX, saint Louis, de 1226 à 1270[modifier | modifier le code]

Quatre maréchaux sous Philippe III le Hardi, de 1270 à 1285[modifier | modifier le code]

Sept maréchaux sous Philippe IV le Bel, de 1285 à 1314[modifier | modifier le code]

Un maréchal sous Louis X le Hutin, de 1314 à 1316[modifier | modifier le code]

Trois maréchaux sous Philippe V le Long, de 1316 à 1322[modifier | modifier le code]

Un maréchal sous Charles IV le Bel, de 1322 à 1328[modifier | modifier le code]

Les Valois[modifier | modifier le code]

Cinq maréchaux sous Philippe VI de Valois, de 1328 à 1350[modifier | modifier le code]

Quatre maréchaux sous Jean II le Bon, de 1350 à 1364[modifier | modifier le code]

Deux maréchaux sous Charles V le Sage, de 1364 à 1380[modifier | modifier le code]

Neuf maréchaux sous Charles VI, le Bien-Aimé, de 1380 à 1422[modifier | modifier le code]

Six maréchaux sous Charles VII, de 1422 à 1461[modifier | modifier le code]

Quatre maréchaux sous Louis XI, de 1461 à 1483[modifier | modifier le code]

Deux maréchaux sous Charles VIII, de 1483 à 1498[modifier | modifier le code]

Les Valois Orléans[modifier | modifier le code]

Quatre maréchaux sous Louis XII, de 1498 à 1515[modifier | modifier le code]

Les Valois Angoulême[modifier | modifier le code]

Onze maréchaux créés par François Ier entre 1515 et 1547[modifier | modifier le code]

Cinq maréchaux créés par Henri II, de 1547 à 1559[modifier | modifier le code]

Un maréchal créé par François II en 1559[modifier | modifier le code]

Sept maréchaux créés par Charles IX, de 1560 à 1574[modifier | modifier le code]

Sept maréchaux créés par Henri III, de 1574 à 1589[modifier | modifier le code]

La Ligue[modifier | modifier le code]

De 1592 à 1593, le duc de Mayenne a promu plusieurs maréchaux de France. Certains ont fini par se rallier à Henri IV et à conserver pour la plupart leur office.

  • Antoine Scipion de Joyeuse (mort en 1592) en 1592
  • Jean de Saulx-Tavannes (1555-1630) en 1592 (Henri IV et Louis XIII lui ont respectivement promis le bâton en 1595 et 1616, en vain)
  • Chrétien de Savigny de Rosne (mort en 1596 dans les rangs espagnols) en 1592
  • Claude de La Châtre, baron de la Maisonfort (1536-1614) en 1593
  • Charles II de Cossé, duc de Brissac (1562-1621), en 1593
  • Urbain de Montmorency-Laval, marquis de Sablé (1557-1629) en 1593
  • Antoine de Saint-Paul (mort en 1594) en 1593, assassiné par le duc de Guise à Reims, alors que les deux hommes se disputaient le bénéfice du ralliement de Reims car tous deux cherchaient à s'accommoder avec Henri IV

Les Bourbons[modifier | modifier le code]

Onze maréchaux créés par Henri IV entre 1592 et 1610[modifier | modifier le code]

Trente-deux maréchaux créés par Louis XIII, entre 1613 à 1643[modifier | modifier le code]

Cinquante-quatre maréchaux créés par Louis XIV, entre 1643 et 1715[modifier | modifier le code]

Quarante-huit maréchaux créés par Louis XV de 1715 à 1774[modifier | modifier le code]

Vingt-et-un maréchaux créés par Louis XVI, de 1774 à 1792[modifier | modifier le code]

Premier Empire[modifier | modifier le code]

Bâton de maréchal sous le Premier Empire.

Napoléon Ier a élevé vingt-six de ses généraux à la dignité de maréchal de l'Empire.

Vingt-six maréchaux sous Napoléon Ier, de 1804 à 1815[modifier | modifier le code]

Dix-neuf d'entre eux ont donné leurs noms aux boulevards des maréchaux, boulevard circulaire entourant Paris à l'intérieur des fortifications. Sur les 26 maréchaux de Napoléon, 7 sont morts dans le contexte de l'épopée (Bessières emporté par un boulet, Lannes par blessures mortelles, Poniatowski échappant à l'ennemi emporté par les eaux, Berthier défenestré, Brune assassiné, et Murat et Ney exécutés).

La Restauration (1814-1830)[modifier | modifier le code]

Huit maréchaux créés par Louis XVIII, entre 1814 à 1823[modifier | modifier le code]

Trois maréchaux créés par Charles X, entre 1827 et 1830[modifier | modifier le code]

La Monarchie de Juillet[modifier | modifier le code]

Dix maréchaux sous Louis-Philippe Ier, de 1830 à 1848[modifier | modifier le code]

La IIe République[modifier | modifier le code]

Sept maréchaux sous Louis-Napoléon Bonaparte, président de la République de 1848 à 1852[modifier | modifier le code]

Le Second Empire[modifier | modifier le code]

Douze maréchaux sous Napoléon III empereur, de 1852 à 1870[modifier | modifier le code]

La IIIe République[modifier | modifier le code]

Trois maréchaux sous Raymond Poincaré, de 1913 à 1920[modifier | modifier le code]

Maréchal Joffre Maréchal Foch Maréchal Pétain

Cinq maréchaux sous Alexandre Millerand, de 1920 à 1924[modifier | modifier le code]

Maréchal Gallieni Maréchal Lyautey Maréchal Franchet d'Esperey Maréchal Fayolle Maréchal Maunoury

La IVe République[modifier | modifier le code]

Trois maréchaux sous Vincent Auriol, de 1947 à 1954[modifier | modifier le code]

statut du Maréchal de Lattre de Tassigny Maréchal Juin alors général Maréchal Leclerc alors général

La Ve République[modifier | modifier le code]

Un maréchal sous François Mitterrand, de 1981 à 1995[modifier | modifier le code]

Le maréchal Kœnig, alors général, avec Eisenhower

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • François-Joseph-Guillaume Pinard, Chronologie historique militaire, Hérissant, Paris, 1760-1778 (8 vol.) (les notices de maréchaux de France se trouvent aux volumes 2 et 3, mais le 1er volume comporte les notices des maréchaux de France devenus connétables)
  • Comte Louis d'Harcourt, Connétable et Maréchaux de France, Emile Paul Frères, Paris, 1903 (2 vol.)
  • Gabriel Le Barrois d'Orgeval, Le Maréchalat de France, Occitania, Paris, 1932 (2 vol.) (préface de Gabriel Hanotaux)
  • Geneviève Maze-Sencier, Dictionnaire des maréchaux de France du Moyen Âge à nos jours, Perrin, Paris, 2000
  • Fadi El Hage, Histoire des maréchaux de France à l'époque moderne, Nouveau Monde/DMPA, Paris, 2012.
  • Simon Surreaux, Les Maréchaux de France des Lumières, Histoire et Dictionnaire d'une élite militaire dans la société d'Ancien Régime, SPM, Paris, 2013

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Les bâtons de maréchaux de la Seconde Guerre mondiale », sur le site du musée de l'Armée.
  2. Créé maréchal à titre posthume par le décret du
  3. Nicolas Viton de Saint-Allais, Dictionnaire encyclopédique de la noblesse de France, Paris, 1816
  4. Louis Moréri et Jean Le Clerc, Le grand dictionnaire historique sur le mélange curieux de l'histoire sacrée et profane, vol. 3, Halma,‎ , 6e éd. (lire en ligne)
  5. Le Grand dictionnaire historique par Par Louis Moréri, Goujet page 165
  6. Seigneurs de Trie page 4
  7. http://books.google.fr/books?id=9ZliiOO3kAkC&pg=PA216
  8. Ce n'est pas le célèbre d'Artagnan, juste un parent éloigné
  9. Dictionnaire des maréchaux de France, éditions Perrin.
  10. Patrice Béghain, Bruno Benoit, Gérard Corneloup et Bruno Thevenon, Dictionnaire historique de Lyon, Lyon, Stéphane Bachès,‎ , 1504 p. (ISBN 978-2-915266-65-8), p. 244
  11. À la suite de son procès, Philippe Pétain est frappé d'indignité nationale, mais les historiens ne semblent pas d'accord sur le fait que cette indignité comprenait également la perte de son titre de maréchal de France.
  12. Loi no 52-52 du 15 janvier 1952 et décret no 52-56 du 15 janvier 1952, JORF no 13 du 16 janvier 1952, p. 658 et 666.
  13. Décret du 7 mai 1952, JORF no 111 du 8 mai 1952, p. 4713.
  14. Loi no 52-811 du 11 juillet 1952, JORF no 167 du 12 juillet 1952, p. 7003, et décret du 23 août 1952, JORF no 203 du 24 août 1952, p. 8430.
  15. Décret du 6 juin 1984, JORF no 134 du 8 juin 1984, p. 1775.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]