François III d'Aubusson
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(à 66 ans) Paris |
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Militaire |
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François III d'Aubusson, comte puis duc de La Feuillade, né le à Courpalay et mort le à Paris, fut nommé en 1675 maréchal de France par Louis XIV. En 1667, il devient duc de Roannez (du chef de sa femme, avec l'approbation du roi) ; dit aussi duc de La Feuillade, du nom d'une terre des d'Aubusson sise à Faux). Il sera également gouverneur du Dauphiné.
Biographie
[modifier | modifier le code]Jeunesse
[modifier | modifier le code]Né le 21 avril 1625 à Courpalay[1], fils de François II d'Aubusson, maréchal de camp, et d'Isabeau Brachet, François est issu de la famille d'Aubusson, en Limousin. Bien que courageux soldat, fidèle au roi qu'il admire, il sera un courtisan de la plus rare platitude à la Cour de Versailles.
Devenu dès l'âge de 16 ans capitaine du régiment de cavalerie du roi, par la mort de son frère aîné Léon en 1647, il s'échappe de l'académie militaire en 1649 pour rejoindre l'armée, mais le roi l'oblige à la réintégrer dès la fin de la campagne. S'échappant à nouveau, il est blessé à Rethel (15 décembre 1650) et au siège de Mouzon en 1653. Il suit les campagnes de la guerre de Trente Ans, devient lieutenant au régiment de cavalerie de Mazarin en 1657, et maréchal de camp en 1663. Il passe en Hongrie sous les ordres de Coligny en 1664, se distingue à la bataille de Saint-Gothard contre les Turcs (1er août), reçoit cinq pièces de canon et trente étendards, puis, nommé lieutenant général des armées (18 octobre), il ramène les troupes en France[2].
Il sert en Flandre jusqu'en 1668. Devenu par son mariage duc de La Feuillade (1667), toujours aventureux et soucieux de plaire, il s'équipe à ses frais et part avec 500 gentilshommes pour soutenir les Vénitiens au siège de Candie (en Crète) contre les Turcs[2] (1669). À la suite d'un accident, l'expédition tourne court, les Français évacuent (20 août) et la ville doit se rendre.
Le duc de La Feuillade
[modifier | modifier le code]Tenant en gage la châtellenie royale de Crozet depuis 1657, il épouse le (peu avant ses 36 ans) Charlotte de Roannez, issue de la famille Gouffier et héritière à ce titre du Roannais. Le 17 février, son frère Artus Gouffier, sans hoirs et désireux de se retirer du monde, lui avait cédé son duché, qu'elle revend aussitôt pour 400 000 livres à son futur[3], et qui fut alors recréé par le roi, ainsi que la pairie (par deux lettres séparées d'avril 1667[4]) ; le comte de La Feuillade devint le 6e duc et pair de Roannais, avant de reprendre officieusement son nom de La Feuillade (vers 1672[3]), mais les patentes ne furent pas enregistrées (de même que lors des deux érections précédentes de ce duché-pairie) par suite, semble-t-il, d'opposition des officiers du lieu, ou parce qu'il avait justement voulu leur imposer un changement de nom ; l'enregistrement ne fut obtenu que sous la Régence, pour son fils Louis le 2 septembre 1716 (reçu en parlement le 26 novembre), et le titre s'éteignit avec celui-ci en 1725.
En novembre 1686, il obtient l'union à Roanne de la justice des châtellenies du Crozet, Saint-Maurice, Saint-Haon et Cervières[5]. Il achète au roi ces châtellenies par voie d'engagement, réunissant ainsi les deux co-seigneuries de Saint-Haon.
Le maréchal
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Colonel des Gardes françaises en 1672 (3 janvier), à la suite de la démission du maréchal-duc de Gramont, il commande en Flandre en 1672 et 1673, participe à la seconde conquête de la Franche-Comté en 1674, où il se signale à Besançon, à Dôle et à Salins, puis combat en Flandre et en Allemagne en 1675[2]. Nommé maréchal de France, lors de la promotion du 30 juillet 1675[6], il reçoit (30 décembre 1677) la direction de l'expédition de Sicile, censée soutenir sa révolte contre la domination espagnole, et devient provisoirement vice-roi de cette île, "représentant la personne du roi", commandant en chef l'armée navale "en l'absence du duc de Vivonne"[2] (en fait celui-ci, nommé maréchal en même temps que lui, et vice-roi de Sicile, avait été rappelé pour son indolence). Le titre est de pure prétention, les habitants se sont soulevés contre les excès des Français, et Messine doit être évacuée en avril 1678 ; La Feuillade procéda "d'une manière qui lui acquit beaucoup de réputation"[7].
De retour en France, il obtient les grandes entrées chez le roi au même titre que le grand chambellan (brevet du 21 avril 1678). Fait gouverneur de Grenoble (8 mai 1681) et du Dauphiné (9 mai), à la mort du duc de Lesdiguières[8], il est chevalier des Ordres du roi (Saint Esprit) en 1688 (nommé le 2 décembre, reçu lors de la grande promotion du 31 décembre suivant[9]). Il commande encore une partie de l'armée sous Monsieur au siège de Mons, en 1691, où il est blessé, et meurt peu après à Paris, dans la nuit du 18 au 19 septembre. Il est inhumé dans le cimetière Saint-Eustache à Paris. En 1787, ses ossements sont transférés aux catacombes de Paris[10].
Le courtisan bâtisseur
[modifier | modifier le code]La Feuillade fait dessiner par Jules Hardouin-Mansart la place des Victoires à Paris pour célébrer la paix de Nimègue (1678), en y ajoutant plus tard la révocation de l'Édit de Nantes. Il est aussi l'homme qui a élevé à ses frais la statue en pied de Louis XIV. D'abord de marbre blanc, cette œuvre de Desjardins représentait le roi vêtu en empereur romain. Haute de 3,30 m, la statue devait reposer sur un piédestal de 7 mètres de haut, orné à ses quatre angles d'un esclave enchaîné, représentant les nations vaincues. Louis XIV découvrit le modèle le et s'en montra fort satisfait. La Feuillade le fut moins et fit exécuter une autre statue, celle-là en bronze doré, et c'est pour l'ériger dans un bel endroit qu'il créa la place des Victoires, tracée en 1683 après l'acquisition de l'hôtel de Sennectère, qui est démoli, et inaugurée le [11].
Le duc était si fier de cette réalisation qu'il la nomma dans son testament, créant une substitution perpétuelle de toutes ses terres de la Marche, de mâle en mâle, dans la famille d'Aubusson, à charge que la statue sera entretenue et dorée tous les 25 ans aux frais de ses successeurs, et en cas d'extinction complète, ces terres substituées reviendraient à la ville de Paris, aux mêmes conditions, ce qui fut accepté[12].
Plus tard, il reprendra à son compte le projet de Jacques Cœur de rendre la Loire navigable en amont de Roanne. Mais cette initiative provoque, en 1706, une inondation meurtrière dans toute la plaine de Roanne et le discrédite totalement à Versailles. En effet, bien que faiblement peuplée, Roanne était située sur le Grand Chemin royal de Paris à Lyon et un tel événement fut connu de toute la cour.
Sa famille
[modifier | modifier le code]- Il épousa en 1667 Charlotte de Roannez (1632-1683), duchesse de Roannez[13], d'abord religieuse de Port-Royal, sœur d'Artus de Roannez et amie de Blaise Pascal. Ayant renoncé à regret à ses vœux, restée proche des Jansénistes, avide de mortifications et de sainteté, cette épouse ne convenait guère à son mari, sinon par sa dot. De leurs quatre enfants, seul Louis (ci-dessous) survécut.
- Son frère Georges d'Aubusson de La Feuillade, prince-évêque de Metz, diplomate français (1609-1697), fut ambassadeur à Madrid et à Venise.
- Son fils Louis (1673-1725), duc et pair de Roannez et de La Feuillade, fut le gendre du ministre de la guerre Chamillart. Soutenu par celui-ci, il fut battu devant Turin pendant la guerre de Succession d'Espagne (1706) et ne servit plus. Il fut néanmoins maréchal de France en 1724.
Vu par Saint-Simon
[modifier | modifier le code]De l'esprit, une grande valeur, une plus grande audace, une pointe de folie gouvernée toutefois par l'ambition, et la probité et son contraire fort à la main, avec une flatterie et une bassesse insignes pour le roi, firent sa fortune et le rendirent un personnage à la cour, craint des ministres et surtout aux couteaux continuels avec M. de Louvois. Il se distingua toujours par son assiduité et sa magnificence. Il a renouvelé les anciennes apothéoses fort au-delà de ce que la religion chrétienne pouvoit souffrir; mais il n'attendit pas que le roi fût mort pour faire la sienne, dont il n'auroit pas recueilli le fruit. Il poussa la servitude jusqu'à monter une fois derrière le carrosse du roi, pour le suivre où il avoit été refusé d’aller, et cela lui réussit à merveille. [...][14]
Armoiries
[modifier | modifier le code]| Figure | Blasonnement |
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D'or à la croix ancrée de gueules[15]. |
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ Acte naissance AD77 (p. 18/193]
- Dictionnaire des Maréchaux de France, Perrin, 1988, p 243.
- Christophe Levantal, Ducs et Pairs... à l'époque moderne, Maisonneuve et Larose, 1996, p 669-670.
- ↑ Le texte se trouve dans le Père Anselme, tome V, p 312-314
- ↑ Levantal, opus cité, p 321-322 (Roannais 4).
- ↑ Voir le Père Anselme, tome VII, p 612-613.
- ↑ Père Anselme, VII-613
- ↑ Levantal, opus cité, p 670, note 17
- ↑ Levantal, opus cité, p 670, note 18, et Père Anselme, tome IX p 224. Le Dict. Perrin dit à tort 1681.
- ↑ Philippe Lefrançois, Paris souterrain, coll. Encyclopédie pittoresque, Les Éditions internationales, 1950, p. 59.
- ↑ Jacques Hillairet, Dictionnaire historique des rues de Paris, t. II, Paris, Éditions de Minuit, 2e éd., 1964
- ↑ Père Anselme, tome V, p 349-350.
- ↑ D'après Louis Moreri, Le grand dictionaire historique : ou, Le mélange curieux de l'Histoire sacrée et profane, vol. 4 (réimpr. 1740), p. 163.
- ↑ Duc de Saint-Simon, Mémoires (1721-1723) : Additions au Journal de Dangeau, Éditions Gallimard, 1988, p. 678
- ↑ Michel Popoff (préf. Hervé Pinoteau), Armorial de l'Ordre du Saint-Esprit : d'après l'œuvre du père Anselme et ses continuateurs, Paris, Le Léopard d'or, , 204 p. (ISBN 2-86377-140-X)
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie et sources
[modifier | modifier le code]- Gratien Sandras de Courtilz, Histoire du maréchal de La Feuillade, 1713.
- Louis-Gabriel Michaud, Biographie Universelle Ancienne et Moderne, 1815, Volume 14, p. 455-456
- Dictionnaire des Maréchaux de France, du Moyen-Âge à nos jours, Perrin, 1988, p 243-244
- Bettina Cenerelli, Place des Victoires : Histoire, architecture, société, 2004, p. 37-48
- Robert Guinot, François d'Aubusson : duc de La Feuillade, 2008, 146 p.