Robert VIII Bertrand de Bricquebec

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Robert VIII Bertrand de Bricquebec
Robert Bertrand
Sceau de Robert Bertrand
Sceau de Robert Bertrand

Naissance 1273
Décès (à 75 ans)
Origine Blason France moderne.svg Royaume de France
Grade Maréchal de France (1325-1344)
Années de service 1285-1346
Conflits Croisade d'Aragon (1285)
Prise de Caen en 1346
Commandement Seigneur de Guernesey, Lieutenant ès parties de Bretagne
Faits d'armes Bataille de Gérone (septembre 1285)
Distinctions Membre du Conseil du Roi
Autres fonctions Baron de Bricquebec, Vicomte de Roncheville, Député de la noblesse de Normandie aux États généraux
Famille son frère Guillaume Bertrand, évêque de Bayeux

Robert VIII Bertrand de Bricquebec, ou plus simplement Robert Bertrand (né en 1273 - mort en 1348 à Beaumont-en-Auge), baron de Bricquebec, vicomte de Roncheville, est un seigneur normand du début du XIVe siècle. Il fut à la fois homme d'État, diplomate et militaire et servit notamment sous Philippe V le Long, Charles IV le Bel et Philippe VI de Valois. Il a été élevé à la dignité de maréchal de France en 1325.

Fait remarquable, les Bertrand, célèbre famille normande, n'ont jamais porté de nom à particule, le nom patronymique est tout simplement Bertrand, souvent orthographié en Bertran. Le « de Bricquebec » n'a été ajouté ultérieurement par les généalogistes que pour différencier avec d'autres patronymes éponymes. Tous les documents de l'époque précisent correctement le nom : Robert Bertrand, sire de Bricquebec.
Il était surnommé « le Chevalier au Vert Lion »[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Premier fait d'armes de Robert (VIII) : la Croisade d'Aragon (1285) : à la suite des massacres des Vêpres siciliennes, le roi de Naples, Charles d'Anjou, demanda du secours à son neveu le roi de France, Philippe le Hardi. Une armée rentre en Italie, une autre fait diversion en Espagne. Figueras, Castillon, Gérone sont prises. À côté du connétable de Clermont de Nesles, se tenait un écuyer, enfant de 12 ans, son neveu, Robert Bertrand (VIII). Il semble qu'au cours de la bataille de Gérone (en septembre 1285) ce jeune écuyer blessa grièvement par un trait le roi d'Aragon, Pierre III d'Aragon qui mourut peu après.

Entre les campagnes militaires et les missions, l'administration du domaine des Bertrand se poursuit : le domaine est d'abord celui de Bricquebec (et de son château forteresse), et aussi un vaste domaine sur la rive gauche de la Seine : tout d'abord la vicomté de Roncheville (première baronnie de Normandie), Honfleur, Barneville-la-Bertran, Beaumont-en-Auge ... Et aussi de par sa mère des terres reçues en héritage ou en dot en Picardie : Ossay, Nesles, Roye, Avesnes, le Vermandois... Roncheville est situé sur la commune de Saint-Martin-aux-Chartrains, butte féodale située dans la vallée de la Touques. Il n'en reste plus rien, à peine la trace de fossés.

  • En 1316, Robert Bertrand est mandé à Saint-Germain-en-Laye par le roi de France pour les octaves de la Pentecôte. Il y rencontrera Henri (IV) sire de Sully. Le , à Poitiers, Robert Bertrand épouse Marie de Sully, fille aînée de Henri IV de Sully, baron de Châles, ... grand Bouteiller de France et de Jeanne de Vendôme. Henri IV de Sully eut 10 enfants dont 8 filles. Robert Bertrand (VIII) eut comme belle-sœur Mahaud de Sully qui se marie en 1318 à Jean de Lévis, seigneur de Mirepoix, comme beau-frère Jean de Sully, qui se marie en 1320 à Marguerite de Bourbon, arrière-petite-fille de Saint-Louis et princesse de sang royal, et Jeanne de Sully mariée en 1336 à Jean, vicomte de Rochechouart.
  • En 1321, Robert Bertrand est envoyé en mission en Lorraine auprès de l'évêque de Verdun et au Luxembourg, au sujet de la garde de l'évêché de Verdun. Cette garde disputée entre Édouard Ier de Bar et Jean Ier de Bohême avait abouti à une guerre entre les deux protagonistes. La médiation du roi de France au sujet d'un évêché situé hors du royaume de France, mais stratégiquement important, n'a abouti qu'à une trêve, les batailles repartant de plus belles dans la Guerre des quatre seigneurs au détriment de la ville de Metz et de sa région.
  • En août 1322, Robert Bertrand, accompagné de son beau-père Henri, sire de Sully, et d'autres chevaliers, sont envoyés par le roi de France en mission en Angleterre, alors en guerre contre le roi d'Écosse, Robert Ier d'Écosse (Robert Bruce). La rencontre en octobre 1322 avec le roi Édouard II d'Angleterre eut lieu dans le comté d'York, à l'abbaye de Byland sise à 12 km à l'ESE de la ville de Thirsk. Or une armée écossaise se rapprocha de l'abbaye le 12 octobre 1322. Les chevaliers français, certes en mission, avaient le devoir de défendre l'hôte qui les accueillait. La bataille de Old Byland fut violente et longue. Mais la panique s'empara des Anglais qui prirent la fuite (y compris le roi Édouard II et son épouse la reine Isabelle de France (1292-1358) qui abandonnèrent leurs effets personnels !); restèrent sur le champ de bataille les chevaliers normands, français et les Anglais qui ne cédèrent pas à la panique. Mais ayant devant un adversaire plus puissant, et n'ayant pas l'habitude de fuir, ces vaillants chevaliers tombèrent dans les mains des Écossais et furent faits prisonniers. Le 3 juin 1323 une trêve est signée entre les rois d'Angleterre et d'Écosse, une rançon est versée, et le 3 juin 1324 Robert Bertrand et les chevaliers français (dont le sire de Sully) s'embarquèrent à Douvres pour regagner la France.
  • En 1325, le roi Charles-le-Bel le fait maréchal de France. À cette époque les maréchaux de France étaient au nombre de deux, leur rang était juste en dessous du connétable de France. Leur solde annuelle était de 500 livres tournois). Notons qu'une livre tournois de cette époque vaut très approximativement 300 Francs de l'an 2000. Il fut le seul maréchal créé par Charles IV le Bel pendant son règne (entre 1322 et 1328).
  • En 1325 et 1326, Robert Bertrand se rend dans les Flandres pour calmer une rébellion.
  • En 1327, le maréchal Bertrand se rend dans l'Agenais et dans le Bordelais pour pacifier ces deux régions. Il montre ses capacités militaires et ses talents de négociateur. Il reçoit donc du roi une gratification de 5 000 livres tournois. Mais on doit savoir que la gratification permettait de rembourser les frais et débours de la campagne faits par le chef de guerre.
  • En 1328, le maréchal repart en Flandres à la suite d'une nouvelle révolte des Flamands. Ceux-ci furent battus par la rude bataille de Cassel (1328).
  • En 1336, devenu « membre du Conseil du Roi » en 1335, à Paris, il signe, en présence du roi de France, un traité d’alliance avec Alphonse XI roi de Castille. La même année, il est député de la noblesse de Normandie aux États généraux.
  • En 1338, le frère puîné du maréchal, Guillaume Bertrand, est intronisé évêque à Bayeux.

Cette même année, à la suite de la dégradation des relations entre la Couronne de France et celle d'Angleterre et l'avènement au trône de France de la branche des Valois, l'ordre fut donné d'enlever l'île de Guernesey et le maréchal devint, par décision du roi de France, le Seigneur de Guernesey. L'île fut reprise par la force par les Anglais en juillet 1345.

  • En 1339, riposte du roi d'Angleterre qui envoie une armée en Flandre à Anvers. Bataille de Buironfosse le vendredi 23 octobre 1339 qui n'eut pas lieu ! Une prédiction défavorable, un mauvais présage d'un lièvre se jetant dans les rangs de l'armée française, l'indécision des conseillers du roi Philippe VI... tout cela fit que le roi de France leva le siège du camp de bataille sans combattre.
  • En 1340, un désastre maritime (analogue à celui de Trafalgar), la Bataille de l'Écluse, la flotte française est détruite par les navires anglais aidés par les barques flamandes : 15 000 hommes hors de combat, 170 navires français perdus. L'Angleterre devint la maitresse des mers (domination qu'elle a depuis toujours conservée). La question cruciale est maintenant la suivante : Comme les Anglais dominent maintenant les mers, où débarqueront-ils en France quand ils voudront le faire ?
  • En 1341, Guerre de Succession de Bretagne : le nouveau duc, Charles de Blois, demanda secours à son oncle, le roi Philippe VI. Une armée (avec le Maréchal Bertrand) se mit en route, attaqua la forteresse de Champtoceaux, puis la ville de Nantes qui se rend en novembre 1341. Le maréchal devint par ordonnance royale Lieutenant ès parties de Bretagne avec les pleins pouvoirs. Puis Rennes tombe en mai 1342, ensuite Vannes, Auray et son château, Carhaix ...
  • En mars 1344, Robert Bertrand, âgé de 71 ans, se démit (ou fut démis, on ne sait) de sa charge de maréchal de France. Il reste néanmoins membre du Conseil du Roi.
  • Le , une imposante flotte anglaise forte de 32 000 hommes se présente devant Saint-Vaast-la-Hougue. Robert Bertrand IX, un de ses fils et 300 hommes tentent vainement de les empêcher de débarquer. Robert fut blessé ainsi que son fils et dut se retirer avec seulement 30 survivants de sa troupe. L'armée anglaise prend Saint-Lô le 22 juillet et arrive à Fontenay-le-Pesnel le 25. Le roi Édouard III envoie alors un messager à la ville de Caen lui demandant de se rendre pour éviter morts et destructions. Les bourgeois caennais refusèrent la proposition. La Prise de Caen en 1346 se fit quartier par quartier, la ville fut pillée et brûlée, 95 chevaliers français et normands faits prisonniers, 2 500 morts. Seul le Château de Caen résistait toujours héroïquement, sous la direction de l'évêque de Bayeux, Guillaume, l'âme de la résistance, soutenu par son frère le maréchal. L'armée anglaise continua sa route vers Paris en laissant 1 500 hommes poursuivre le siège du château. Mais un jour, les défenseurs firent une sortie et massacrèrent les soldats occupants. La ville de Caen devint libre...
  • Atteint par l'épidémie de peste qui frappait le pays à cette époque, le 3 août 1348, s'éteint « haut et puissant monseigneur Robert Bertrand, chevalier, sire de Bricquebec, de Roncheville, de Barneville,... membre du Conseil du Roi et ancien maréchal de France ».

Descendance[modifier | modifier le code]

Robert (VIII) Bertrand et Marie de Sully ont deux garçons et deux filles :

  • Dame Jeanne Bertrand dite l'Aînée (née en 1320), elle reçoit Bricquebec et épouse Guillaume Paynel.
  • Robert (IX), né en 1321, tué à l'âge de 25 ans à la Bataille de Crécy le ,
  • le deuxième garçon, Guillaume, marié à Jeanne Bacon, est tué à la Bataille de Mauron en Bretagne le , sans descendance. Notons qu'à cette bataille de Mauron, décède Guy de Clermont de Nesle, petit-fils de Guy Ier de Clermont de Nesle, maréchal de France.
  • (Philippes-)Jeanne Bertrand, (1325-?), vicomtesse de Roncheville (dont elle hérite), mariée à Gérard Chabot, puis en 1353 à Guy IV de la Roche-Guyon (1315-1372).

La première lignée mâle de la famille Bertrand s'éteignit.

  • Robert (V) Bertrand se marie, nous l'avons vu, avec Jeanne Tesson. Leur deuxième fils, Guillaume, a une fille qui épouse le Breton Olivier II de Clisson. Le fils du précédent, Olivier III de Clisson épouse Isabeau de Malines. Olivier IV de Clisson épouse d'abord en 1320 Blanche de Bouville, puis en 1330 Jeanne de Belleville. Du second mariage: Olivier V de Clisson, connétable de France, qui épouse Catherine de Laval. leur fille, Béatrix de Clisson épouse Alain VIII de Rohan. Alain IX de Rohan épouse en 1407 Marguerite de Bretagne. Leur fille Catherine de Rohan épouse en 1447 en seconde noces Jean d'Albret, vicomte de Tartas. Leur fils Alain d'Albret (1440-1522), épouse Françoise de Blois. Leur fils Jean d'Albret, est roi de Navarre par son mariage avec Catherine de Foix, reine de Navarre. Leur fils, Henri (II) d'Albret, prince de Béarn, roi de Navarre, épouse Marguerite de Valois, duchesse de Berry. Leur fille, Jeanne d'Albret (1528-1572), reine de Navarre, épouse Antoine de Bourbon. Leur fils : Henri IV, roi de France et de Navarre.

Ainsi, le roi de France Henri IV est le descendant d'une famille normande, les Bertrand.

  • La deuxième fille du maréchal Robert Bertrand, Philippa héritière de Roncheville, se marie en deuxièmes noces à Guy IV de la Roche-Guyon (Château de La Roche-Guyon)... et nous arrivons à Marie de la Roche-Guyon fille de Guy VII, qui épouse Michel d'Estouteville (Famille d'Estouteville), arrière-petit-fils de la première fille du Maréchal, Jeanne Bertrand héritière de Bricquebec, dont la fille Adrienne, duchesse d'Estouteville, épouse François de Bourbon. Sa fille Marie de Bourbon a comme arrière-petit-fils Jacques-François de Goyon-Matignon (né à Torigni-sur-Vire en 1689, décédé en 1751) qui devient Grimaldi par son mariage avec l'héritière de Monaco. En épousant l'héritière, Jacques de Goyon de Matignon doit se conformer aux règles régissant la succession au trône. Il adopte, pour lui (Jacques Ier de Monaco) et ses descendants le nom et les armes des Grimaldi. En revanche, il est autorisé à conserver certains de ses titres français : sire de Matignon, comte de Torigni-sur-Vire, baron de Saint-Lô, baron de La Luthumière (12 km Nord de Bricquebec, commune de Brix), baron de Hambye. En revanche, son titre de duc d'Estouteville, hérité de ses ancêtres Orléans-Longueville, n'a pu se transmettre à sa descendance... Ces titres, créés pour un Français par les rois de France, étaient forcément soumis à la loi salique, c'est-à-dire, ne pouvant se transmettre que par « primogéniture mâle légitime absolue ».

Ainsi, la famille princière de Monaco descend par lignée féminine du maréchal Robert Bertrand, sire de Bricquebec.

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Références[modifier | modifier le code]