Henri II de Montmorency

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Henri II de Montmorency
Portrait du duc de Montmorency par un peintre anonyme, Musée du Louvre
Portrait du duc de Montmorency par un peintre anonyme, Musée du Louvre

Titre Duc de Montmorency
(1614-1632)
Prédécesseur Henri Ier de Montmorency
Successeur Charlotte-Marguerite de Montmorency
Commandement Gouverneur de Languedoc, Vice-roi de Nouvelle-France
Biographie
Dynastie Maison de Montmorency
Naissance
Château de Chantilly
Décès (à 37 ans)
Toulouse
Père Henri Ier de Montmorency
Mère Louise de Budos
Conjoint Marie-Félicie des Ursins

Blason Mathieu II de Montmorency.svg
Henri II de Montmorency. Gravure de Pierre Daret (1610-1675)

Henri II de Montmorency, né le au château de Chantilly et mort à Toulouse le , est un gentilhomme contemporain de Louis XIII. Amiral de France, vice-roi de la Nouvelle-France et gouverneur du Languedoc, il participe aux guerres contre les protestants et bat la flotte de Benjamin de Rohan, duc de Soubise devant La Rochelle en 1625. Maréchal de France en 1630, il intrigue avec Gaston d'Orléans, frère du roi, contre le cardinal de Richelieu. Condamné à mort pour crime de lèse-majesté, il est exécuté à Toulouse le .

Famille[modifier | modifier le code]

Fils du connétable du royaume Henri Ier de Montmorency et de Louise de Budos, Henri II est aussi filleul du roi de France Henri IV.

Au début du XVIe siècle, la Maison de Montmorency était la famille la plus puissante du royaume, mais les guerres de religion l'ont depuis affaibli, partagée entre les deux confessions et ont permis l'ascension de la maison de Guise, rivaux des Montmorency. Les ancêtres d'Henri II avaient en effet été extrêmement puissants : maréchaux, connétables, grands maîtres de France, gouverneurs de différentes provinces, etc. Anne de Montmorency possédait 600 places fortes. Son petit-fils Henri II hérite néanmoins de ses prédécesseurs d'un grand nombre de ces titres, domaines et châteaux (dont Écouen, Chantilly et la Grange-des-Près à Pézenas).

En 1609, il épouse Jeanne de Scépeaux mais le mariage est annulé, faute de consommation. Après avoir failli épouser Mademoiselle de Vendôme, fille naturelle d'Henri IV, il se marie en 1612 avec Marie-Félicie des Ursins dont il n'eut pas d'enfants[1].

Le père Anselme le décrit comme « vaillant, généreux, affable, libéral et magnifique, chéri et respecté des gens de guerre »[1]. Le 31 décembre 1619, il est nommé chevalier du Saint-Esprit. Il fut le protecteur de Théophile de Viau.

L'amiral[modifier | modifier le code]

Dès l'âge de 17 ans, il reçoit la charge d'amiral de France et de Bretagne auquel s'ajoute l'année suivante, en 1613, celle de Guyenne rendue vacante par la résignation de Gaspard III de Coligny[2] puis celle du Languedoc. Alors que l'amirauté échoie généralement à un grand seigneur incompétent et peu mobilisé, Henri II se révèle passionné par la Marine. « Esprit actif, entreprenant et novateur, doué d'une forte personnalité, il entreprit de réaliser une œuvre modernisatrice qui préfigure à beaucoup d'égards celle qui sera tentée par Richelieu et réalisée par Colbert »[2]. À cette époque, les Provinces-Unies et l'Angleterre, grâce à leur essor naval et au commerce colonial, ont acquis un surcroît de puissance et de richesse qu'Henri II espère apporter de la même manière au royaume[3]. Forts de ses charges, l'amiral bâtit un programme de rénovation administrative en constituant un embryon de comité de technique et un secrétariat de l'amirauté. En 1624, il fait créer un Conseil de marine composé du surintendant des Finances, de deux conseillers d’État et d'un secrétariat d’État. Son intervention s'étend au commerce maritime au long cours, un intérêt favorisé par son rachat de la vice-royaume de la Nouvelle-France en 1620[4]. Il conçoit des projets de compagnies de navigation[2]. Son action est toutefois limitée par le fait que son autorité ne couvre ni la totalité du littoral, ni l'ensemble des moyens nautiques[5]. L'amiral de France doit notamment composer avec l'amiral de Provence et le généralat des galères traditionnellement tenu par les Gondi.

En 1626, Richelieu pousse Henri de Montmorency à la démission de sa principale charge, celle d'amiral de France, contre un dédommagement d'1 200 000 livres[6]. Selon l'historien Étienne Taillemite, le cardinal est jaloux de l'activité remarquable de l'aristocrate[2] et veut mettre un terme à l'organisation archaïque de la Marine, héritée du féodalisme[7]. Par plusieurs édits (juillet, août, octobre 1626 et janvier 1627), Richelieu supprime la charge d'amiral de France et se fait nommer « grand maître, chef et surintendant de la navigation et du commerce de France », en quelque sorte un secrétariat de la Marine avant l'heure.

Les campagnes contre les Protestants et en Italie[modifier | modifier le code]

Encore amiral, Henri de Montmorency sert le roi Louis XIII dans les guerres protestantes. En 1621-1622, il participe au sièges de Montauban puis à la campagne du Languedoc, dont il est le gouverneur. À cette occasion, il se distingue au siège de Montpellier[2],[1]. En 1625, on lui attribue une flotte qu'il a fallu louer aux Anglais et Hollandais faute de navires français en nombre suffisant. L'expédition navale qu'il commande est un succès. Pendant qu'une partie des bateaux bloque la rade de La Rochelle, le plus gros de sa flotte aborde les vaisseaux de l'amiral Guiton et du duc de Soubise au large de l'île de Ré. Les Protestants essuient une cuisante défaite ce 18 septembre 1625[8].

Suite à la perte de sa charge d'amiral, Henri continue le combat sur terre. Lors de la guerre de succession de Mantoue, Henri II remporte le 10 juillet 1630 la bataille de Veillane où il s'illustre à la tête des gendarmes du Roi capturant le général Carlo Doria, duc de Tursi. Il fait lever le siège de Casal et prend Saluces. Ces exploits en Piémont lui valent le bâton de maréchal de France en novembre 1630[2],[1] mais le promu conserve rancune contre Richelieu qui, lors de cette campagne d'Italie, lui a adjoint un second commandant, le surintendant des Finances Effiat[9].

Le conspirateur[modifier | modifier le code]

En 1630, Gaston d’Orléans, le propre frère du roi, tente d’organiser un soulèvement général du royaume contre la tyrannie du ministre Richelieu. Montmorency, influencé par son épouse Marie-Félicie des Ursins[10] et l'évêque d'Albi, Alphonse d'Elbène, le soutient[9]. Grâce à son prestige social, le duc rallie la province de son gouvernement : les États de Languedoc, vexés par l'introduction d'une réforme qui remet en cause leur droit de lever l’impôt, se rallient à leur gouverneur, ainsi que plusieurs évêques et des villes languedociennes[11].

Henri II ordonne au sieur de La Croix, capitaine de ses gardes, d’occuper le fort de Brescou, au large d’Agde. Pendant ce temps, Gaston d'Orléans parti de Trêves, avance à marche forcée vers le Languedoc, seule province qui semble le soutenir. Le duc de Montmorency et lui se rencontrent le 20 juillet 1632 à Pézenas[12]. Le 22, le Languedoc fait sécession du royaume de France après l'arrestation, à Pézenas, par ordre de Montmorency, de Michel Particelli d'Emery, représentant du roi Louis XIII. Dans la province, une partie de la petite noblesse suit Montmorency dans la rébellion, mais Toulouse, les protestants et la majorité des notables restent fidèles au roi. Carcassonne et Narbonne refusent d’accueillir les rebelles qui errent alors dans le Languedoc sans but précis. La situation des rebelles devient d'autant plus inquiétante que deux armées royales convergent vers la province, celle du maréchal de la Force et celle du maréchal de Schomberg. Louis XIII et Richelieu entendent les rejoindre. Schomberg atteint le premier le Languedoc[12]. La bataille décisive a lieu devant Castelnaudary, le . Schomberg dispose de 2 000 à 2 500 hommes, les insurgés ne peuvent lui opposer que 1 200 à 1 500 nobles, peu entraînés au combat. Monsieur s'est gardé de participer à la bataille. Elle ne dure pas plus d’une demi-heure : grièvement blessé dans une charge suicidaire[9],[12], le duc est fait prisonnier. Il est incarcéré au château des comtes d'Armagnac à Lectoure (suffisamment loin du Languedoc pour lui interdire toute aide extérieure). Selon divers témoignages, il aurait vainement tenté de s’évader.

Condamnation[modifier | modifier le code]

Une commission extraordinaire du Parlement de Toulouse, présidée par le garde des sceaux Châteauneuf, juge et condamne à mort le rebelle pour crime de lèse-majesté[11]. Pendant son procès et son exécution, il fait preuve d'une exemplaire conduite chrétienne forçant l'admiration[9]. Après avoir demandé pardon à son souverain et rendu son bâton de maréchal et son cordon de l’ordre du Saint-Esprit, il est décapité à huis clos, dans la cour intérieure de l’hôtel de ville le sans que Louis XIII lui accorde grâce. Ses derniers mots sont pour le bourreau « Frappe hardiment ». La légende n’en a pas terminé pour autant ; sur cette exécution non publique, plusieurs légendes courent : le musée Paul-Dupuy conserve une sorte de grand sabre recourbé, le damas, qui aurait servi à cet effet. Selon d’autres versions, on aurait expérimenté une machine, sorte de guillotine avant la lettre, où un fer de hache tombait entre des montants verticaux. L’exécution aurait dû être répétée plusieurs fois.

Au sol, une plaque commémorative est visible dans la cour de la mairie de Toulouse, place du Capitole.

Ses biens confisqués passent à la maison de Condé. Richelieu récupère à son profit les charges d'amiral du Languedoc et de Guyenne[7]. Le cardinal a reçu du condamné, post mortem, des œuvres d'art dont les Esclaves de Michel-Ange. Les deux statues prennent place dans son château de Richelieu en Poitou[13]. Avec Henri s’éteint la branche aînée des Montmorency. « Cette mise à mort d'un duc et pair, issu d'une des plus illustres familles de la noblesse, frappa l'opinion et imposa l'image d'une raison d’État terrible, et implacable »[11]. Pendant quelques années, le royaume et la noblesse, terrorisés, se tiennent tranquilles.

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Son corps repose à Moulins, dans un mausolée proche du couvent de la Visitation, aux côtés de son épouse, Marie-Félicie des Ursins, devenue religieuse après son décès.

Ascendance[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Françoise Hildesheimer, Richelieu, Flammarion, (ISBN 2-08-210290-4)
  • Étienne Taillemite, Dictionnaire des marins français, Tallandier, (ISBN 2-84734-008-4)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d François Bluche, « Montmorency », Dictionnaire du Grand Siècle, sous la direction de François Bluche, Fayard, 1990, p. 1060
  2. a, b, c, d, e et f Étienne Taillemite, Dictionnaire des marins français, Tallandier, 2002, p. 378-379
  3. Daniel Dessert, « Grande maîtrise de la navigation », Dictionnaire de l'Ancien Régime, sous la direction de Lucien Bély, Presses universitaires de France, 1996, p. 614
  4. Joseph Desjardins, Guide parlementaire historique de la Province de Québec. : 1792 à 1902, Québec, , 434 p. (lire en ligne), p. 3
  5. Cyrille P. Coutansais, L'empire des mers. Atlas historique de la France maritime, Musée de la Marine, CNRS éditions, 2015, p. 125
  6. Michel Vergé-Franceschi, « Amiral de France », Dictionnaire du Grand Siècle, sous la direction de François Bluche, Fayard, 1990, p. 68
  7. a et b Étienne Taillemite, « Administration de la marine », Dictionnaire de l'Ancien Régime, sous la direction de Lucien Bély, Presses universitaires de France, 1996, p. 31-32
  8. Yves-Marie Bercé, La naissance dramatique de l'absolutisme 1598-1661, Nouvelle histoire de la France contemporaine, éditions du Seuil, 1992, p. 105
  9. a, b, c et d Arlette Jouanna, Le Devoir de révolte : La noblesse française et la gestation de l'État moderne (1559-1661), Fayard, 1989
  10. Marie-Félicie des Ursins est nièce et filleule de Marie de Médicis qui voue au cardinal une haine profonde. Hildesheimer 2004, p. 255
  11. a, b et c Yves-Marie Bercé, La naissance dramatique de l'absolutisme 1598-1661, Nouvelle histoire de la France contemporaine, éditions du Seuil, 1992, p. 137-138
  12. a, b et c Hildesheimer 2004, p. 257
  13. Hildesheimer 2004, p. 285

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Liens externes[modifier | modifier le code]