Gilles de Rais

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Gilles de Rais
Baron de Retz
Gilles de Rais
Gilles de Laval, sire de Rais.
Ce portrait imaginaire est commandé en au peintre Éloi Firmin Féron par la monarchie de Juillet afin d'être exposé dans la galerie des maréchaux de France du musée de l'Histoire de France. Le gouvernement du roi Louis-Philippe Ier compte ainsi légitimer le régime « en récupérant et instrumentalisant les représentations historiques de l'ancienne France[1] » au sein du château de Versailles.
À l'instar des autres portraits en pied de la galerie des maréchaux, l'huile sur toile campe le baron de Rais « sur un champ de bataille avec [ses] attributs de commandement[2]. »

Naissance vers 1405 ?
château de Champtocé-sur-Loire
Décès (à environ 35 ans)
Nantes
Origine Duché d'Anjou
Allégeance Drapeau du duché de Bretagne Duché de Bretagne
Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Dignité d'État Maréchal de France
Années de service 14201436
Conflits Guerre de Cent Ans
Faits d'armes Siège d'Orléans
Bataille de Jargeau
Bataille de Patay
Autres fonctions Baron de Retz
Seigneur de Machecoul, de La Bénate, du Coutumier, de Bourgneuf, de l'île de Bouin, de Saint-Étienne-de-Mer-Morte, de Pornic, de Princé, de Vue, de Tiffauges, de Pouzauges, de Champtocé, d'Ingrandes
Famille Guy de Laval-Rais (père)
Marie de Craon (mère)
René de Rais (frère)
Catherine de Thouars (épouse)
Marie de Rais (fille)

Maison de Montmorency-Laval

Signature de Gilles de Rais

Emblème

Gilles de Montmorency-Laval, plus connu sous le nom de Gilles de Rais (ou, selon la graphie moderne, Gilles de Retz[n 1]) en référence à son titre de baron de Retz, né à une date inconnue (au plus tôt durant l'année 1405) au château de Champtocé-sur-Loire et mort le à Nantes, est un chevalier et seigneur de Bretagne, d'Anjou, du Poitou, du Maine et d'Angoumois.

Actif pendant la seconde phase de la guerre de Cent Ans, il se rallie au camp du roi Charles VII et finit par sceller une alliance avec son influent cousin, le grand chambellan Georges Ier de La Trémoille. Gilles de Rais est ainsi amené à combattre les Anglais aux côtés de Jeanne d'Arc mais les relations entre ces deux compagnons d'armes demeurent peu connues, faute de sources. Au cours de leurs campagnes communes, le baron de Rais contribue notablement à la levée du siège d'Orléans avant d'être promu maréchal de France le , jour du sacre royal de Charles VII à Reims.

Après la mort de son grand-père, Jean de Craon, en 1432 et la disgrâce de son cousin, Georges de La Trémoille, en 1433, le maréchal de Rais se désengage progressivement de la guerre. Il se voit accusé par sa famille, et notamment par son frère cadet, René de La Suze, de dilapider son patrimoine en aliénant ses terres au plus offrant afin de pallier ses fastueuses dépenses, prodigalités qui entraînent sa mise sous interdit par le roi Charles VII le .

Le 15 ou le , il moleste le clerc, Jean Le Ferron, dans l'église de Saint-Étienne-de-Mer-Morte avant de se saisir du château local, violant de ce fait les immunités ecclésiastiques et portant atteinte à la majesté de son suzerain, le duc Jean V de Bretagne. Arrêté le dans son château de Machecoul, il est conduit dans le duché de Bretagne. En , il est jugé par l'officialité de Nantes pour hérésie, sodomie et meurtres de « cent quarante enfants, ou plus ». Simultanément, il est condamné à la pendaison et au bûcher par la cour séculière nantaise pour son coup de force perpétré à Saint-Étienne-de-Mer-Morte ainsi que pour des crimes commis sur « plusieurs petits enfants » sans précision de leur nombre.

L'histoire infamante du pendu de Nantes constitue peut-être l'une des influences de La Barbe bleue, conte de Charles Perrault inclus dans le recueil Les Contes de ma mère l'Oye (1697), mais la question reste entière. Quoi qu'il en soit, à partir du XIXe siècle, des relations de voyage et plusieurs récits folkloriques rapportent une confusion populaire entre Gilles de Rais et le terrible barbu. La figure mythique de cet égorgeur d'épouses est parfois liée à la mémoire de certaines ruines castrales de la France de l'Ouest, qui se trouvent être généralement d'anciennes propriétés du baron. À compter de la même époque, la fiction s'empare du personnage du sire de Rais pour en décliner diverses facettes sanguinaires dans la littérature en premier lieu, puis dans le théâtre, la musique, la bande dessinée et l’anime, tandis que le cinéma s'abstient d'ordinaire de reconstituer son existence criminelle.

Depuis la perception renouvelée du phénomène des crimes sexuels en série vers la fin du XIXe siècle, le cas du maréchal de Rais est quelquefois rapproché de la catégorie criminelle des tueurs en série, voire perçu comme l'archétype du « pédophile confondu avec l'assassin violeur ». De cette manière, le baron meurtrier devient « l'incarnation d'une structure perverse intemporelle n'ayant plus qu'un lointain rapport avec la triple accusation médiévale de rébellion, de pacte avec le Diable et de rapports contre-nature », selon le médiéviste Jacques Chiffoleau.

Au fil du XXe siècle, l'innocence de Gilles de Rais est proclamée dans quelques essais, rédigés généralement par des non-professionnels de l'histoire, comme l'écrivain Gilbert Prouteau. En 1992, sous son impulsion, une « cour arbitrale » autoproclamée procède à une « révision » non officielle des procès ecclésiastique et séculier de 1440, en arguant dans les médias qu'une machination judiciaire a été ourdie par le duc de Bretagne et l'évêque de Nantes pour s'emparer des biens de l'accusé. Les historiens critiquent cette thèse complotiste et font part de leurs objections méthodologiques devant les erreurs et manipulations propres à une pareille « histoire-spectacle ».

Divers chercheurs, à l'image du chartiste Matei Cazacu et du médiéviste Jacques Heers, ne remettent pas en cause la culpabilité du condamné. Loin de vouloir disculper ce dernier ou reconstituer une quelconque vérité judiciaire, d'autres historiens se gardent néanmoins de lire au pied de la lettre les actes du double procès nantais tenu à l'automne 1440. Les médiévistes Jacques Chiffoleau et Claude Gauvard insistent ainsi sur la nécessité de contextualiser les documents historiques en étudiant la procédure inquisitoriale employée. Ils questionnent donc les aveux à l'aune des attentes et conceptions des juges, tout en s'interrogeant sur le rôle de la rumeur dans l'élaboration de la fama (renommée) de Gilles de Rais[7]. Pour autant, ces historiens ne font pas abstraction de quelques témoignages détaillés concernant des disparitions d'enfants, ou de certains aveux décrivant des rituels meurtriers et sadiques sans équivalent dans les archives judiciaires du temps.

Biographie[modifier | modifier le code]

Maison[modifier | modifier le code]

Contexte géopolitique[modifier | modifier le code]

Situation du pays de Retz dans le duché de Bretagne, au sud du pays nantais.

Au XIVe siècle, la guerre de Succession de Bretagne voit les maisons de Montfort et de Penthièvre s'affronter pour recueillir la succession du duché de Bretagne. Durant vingt-trois années, ce conflit s'insère dans le cadre global de la guerre de Cent Ans. Ainsi, la famille de Montfort bénéficie du soutien du royaume d'Angleterre tandis que les Penthièvre reçoivent l'appui des rois de France. En 1365, la maison de Montfort obtient finalement la couronne ducale lorsque le premier traité de Guérande établit Jean de Monfort comme duc sous le nom de Jean IV de Bretagne. La « victoire à l'arraché » de ce dernier « contribue largement à forger un nouvel état d'esprit moins féodal chez [les ducs Monfort] portés à affirmer la nécessaire autonomie (voire l'indépendance) du duché vis-à-vis de la France », souligne l'historien médiéviste Jean-Christophe Cassard. Le traité de Guérande ne règle donc pas pour autant le contentieux franco-breton, qui perdure sous le règne de Charles V, roi de France[8]. Durant la guerre de Cent ans, les périodes d'affaiblissement de la monarchie française facilitent par ailleurs le renforcement continuel de la souveraineté du duché de Bretagne, qui possède « tous les rouages d'une principauté indépendante, avec ses institutions autonomes, ses impôts, sa monnaie, son armée, son duc couronné et ses ambassadeurs », énumère l'historien Joël Cornette[9].

Détenteur du domaine ducal (le terme « domaine » désigne simultanément les terres ainsi que les droits et les revenus seigneuriaux qui s'y rattachent)[10], Jean IV entend que sa suzeraineté soit reconnue par ses vassaux tant laïcs qu'ecclésiastiques. En pratique, le duc de Bretagne doit pourtant composer avec le pouvoir des « seigneurs hauts justiciers, qui disposent d'une assise territoriale assez vaste », tels les barons de Retz, les barons d'Ancenis et les vicomtes de Largouët[11]. Leurs grandes seigneuries laïques constituent de « puissants contrepoids à l'autorité ducale », explique le médiéviste Brice Rabot[12].

Blason de la baronnie de Retz (d'or à la croix de sable).

Comptant parmi les six baronnies considérées comme les plus anciennes et prestigieuses de Bretagne (avec Vitré, Léon, Châteaubriant, la Roche-Bernard et Ancenis), la baronnie de Retz procure à ses détenteurs des revenus importants et une position géographique frontalière fort avantageuse[13]. Les barons de Retz (toponyme orthographié « Rais », « Rays » ou « Raiz » au Moyen Âge)[14] « disposent de prérogatives étendues et entretiennent des rapports étroits avec le duc de Bretagne et le roi de France[13]. » Or, en 1371, la maison de Rais s'éteint à la mort du dernier titulaire de la baronnie, Girard V Chabot[15]. Son héritage est recueilli par sa sœur, Jeanne Chabot dite « la Sage » ( 1407)[15] mais la succession est également convoitée par le duc Jean IV de Bretagne, qui compte profiter des difficultés financières et conjugales de la légataire[16]. À l'instar des rois et princes de ce temps, le duc de Bretagne poursuit une politique de « centralisation personnelle » en acquérant des terres appartenant à ses vassaux ou voisins afin d'agrandir ses propres domaines[n 2]. Pour sécuriser Nantes, il lui importe de s'assurer la mainmise sur des terres et forteresses sises au sud de la Loire[16]. Précisément, la clef de voûte de toute la baronnie de Rais est le château de Machecoul[17], citadelle d'une ville considérée, de par sa position limitrophe dans les marches de Bretagne et du Poitou, comme l'une des « entrées et yssues du duché de Bretagne[18]. »

Soucieux de contrer les ambitions territoriales du prince breton, le roi Charles V confie la garde du « pays [de] la dame de Rays » à un proche parent de Jeanne Chabot, Guy « Brumor » de Montmorency-Laval[19],[n 3]. Toutefois, la mort de celui-ci, postérieurement à l'année 1375, laisse la dame de Rais sans défenseur énergique à ses côtés[21]. Après de vaines tentatives d'accommodements[16], Jean IV de Bretagne exige de Jeanne qu'elle lui cède ses domaines. Devant son refus, le duc la séquestre et fait occuper militairement les places fortes de la baronnie de Rais[22], dont le château de Machecoul. S'ensuivent de longues procédures judiciaires entre Jean IV et Jeanne Chabot[22] jusqu'à ce que les pressions conjuguées des ducs Philippe de Bourgogne et Jean de Berry, oncles paternels du roi de France, permettent de régler le litige. Confronté à des difficultés militaires et politiques croissantes, désireux d'assurer une succession sans heurt à son fils et héritier en apaisant ses propres relations avec la noblesse bretonne, le duc Jean IV de Bretagne accepte pragmatiquement le compromis, quelques mois avant sa mort survenue le [23]. Jeanne Chabot, dame de Rais, reprend possession de ses domaines et châteaux en [23] tandis que l'influent duc Philippe de Bourgogne, devenu le tuteur du jeune duc Jean V de Bretagne, finalise l'arbitrage le [24].

Ascendance familiale[modifier | modifier le code]

Sceau de Guy de Laval-Rais, vers 1405-1407[25].

Le , Jeanne Chabot, restée sans enfant et désireuse de régler sa succession, désigne comme son héritier le fils de Guy Brumor, Guy de Montmorency-Laval († 1415), à la condition que ce dernier relève le nom et les armes de Rais[26],[22]. Toutefois, Jeanne Chabot se ravise en consentant finalement à une dévolution en faveur d'un autre de ses parents, Jean de Craon (vers 1355 – , fils de Pierre), seigneur de La Suze et de Champtocé[26],[27]. Cette volte-face entraîne d'importants procès entre Guy de Laval et Jean de Craon avant que les deux parties ne parviennent à un compromis et scellent leur entente par un projet de mariage entre Guy et la fille de Jean de Craon, Marie ( avant octobre 1415)[28]. Deux actes datés des 5 et précisent notamment les conditions du mariage, subordonnant celui-ci à l'approbation préalable de l'accord par le parlement de Paris[29],[30],[31]. Les 24 et , Jean de Craon et Guy de Laval constituent à cet effet des procureurs chargés de soumettre leur convention à la cour souveraine de justice[32], qui homologue l'accord le . Enfin, Jeanne Chabot « la Sage » cède quatre seigneuries à Guy de Laval, moyennant une rente viagère, le [22]. Vraisemblablement à une date postérieure à la finalisation de ces formalités, Marie de Craon s'unit à Guy de Laval, qui s'intitule « à présent sire de Rais »[20]. Le couple s'installe au château de Machecoul, où il vit en compagnie de Jeanne Chabot jusqu'au trépas de l'aïeule en 1407[33].

Fils aîné de Marie de Craon et de Guy de Laval-Rais, Gilles de Rais descend donc de diverses grandes maisons féodales[n 4]. Par sa mère, il se rattache à la maison de Craon, riche famille de l'Ouest, et par son père aux Laval[35], l'un des deux plus importants lignages bretons au XVe siècle[36]. Les Laval comptent parmi leurs ancêtres, par alliance, les barons de Retz[35] — « doyens des barons du duché de Bretagne[37] » —, ainsi que la prestigieuse maison de Montmorency[35], quoique affaiblie provisoirement à cette époque[38].

Jeunesse[modifier | modifier le code]

La tour éventrée du château de Champtocé.

Gilles de Rais voit le jour « en une chambre appelée la Tour Noire » au château de Champtocé[n 5],[37], à une date inconnue. Sa naissance a été située de manière variable entre 1396 et 1407, et plus fréquemment vers la fin de l'année 1404. Toutefois, compte tenu des délais causés par les procédures juridiques qui conditionnèrent le mariage de ses parents, le chartiste Matei Cazacu déduit que le baron de Rais voit vraisemblablement le jour « au plus tôt en 1405 ». D'autre part, il lui est donné plus précisément l'âge « de 14 à 15 ans » en dans un document d'archives étudié par la médiéviste Marcelle-Renée Reynaud[n 6].

Le choix du nom de baptême « Gilles » s'explique peut-être par un hypothétique pèlerinage effectué par Guy de Laval et Marie de Craon à Saint-Gilles mais il ne s'agit que d'une conjecture basée sur une croyance médiévale relative à Gilles l'Ermite[n 7]. Matei Cazacu suggère que la date de naissance ou de baptême de Gilles de Rais pourrait éventuellement coïncider avec la fête de saint Gilles le 1er septembre, d'où son prénom[61].

René, frère cadet de Gilles, naît probablement durant l'année 1414[62],[63]. Postérieurement à la mort de son grand-père Jean de Craon survenue en 1432, il obtient la seigneurie de La Suze lorsque son frère aîné Gilles lui assigne sa part d'héritage le devant la cour ducale à Nantes[n 8]. Le puîné est dès lors désigné comme René de La Suze, relevant ainsi le nom porté par la branche cadette des Craon[65],[66],[67].

Consécutivement aux décès de leur mère Marie de Craon à une date inconnue[n 9] puis de leur père Guy de Laval-Rais fin à Machecoul[n 10],[82],[83], les jeunes frères Gilles et René sont élevés par leur grand-père maternel, Jean de Craon, seigneur de La Suze et de Champtocé. La perte de son fils Amaury à Azincourt en , bataille où périssent plusieurs membres de sa maison en sus de son unique successeur mâle[84], incite précisément Jean de Craon à prendre en charge et à gérer les biens des orphelins Gilles et René, devenus ses seuls héritiers[85],[86]. Dans son testament, Guy de Laval-Rais désignait pourtant son beau-frère, Jean II Tournemine de la Hunaudaye, comme « gardien, tuteur, protecteur, défenseur et administrateur légitime » de ses deux fils[87],[88].

Projets matrimoniaux[modifier | modifier le code]

Parents au 4e degré, Gilles de Rais et son épouse Catherine de Thouars descendent, respectivement par branches maternelle et paternelle, d'Amaury III de Craon.
Tableau généalogique établi par Lucien Merlet[89],[90].

Le , Jean de Craon fiance son petit-fils Gilles à une riche héritière de Normandie, Jeanne Paynel, fille de Foulques VI Paynel, seigneur de Hambye et de Bricquebec. Toutefois, le Parlement de Paris interdit le mariage jusqu'à ce que Jeanne Paynel ait atteint sa majorité[91],[92],[93],[94]. Ce projet matrimonial n'aboutit pas[n 11].

Après quoi le seigneur de La Suze fiance le jeune baron à Béatrice de Rohan, fille d'Alain IX de Rohan et de Marguerite de Bretagne, et nièce du duc Jean V de Bretagne[99],[100]. Le contrat, daté de Vannes le , n'a pas de suite pour une raison indéterminée[101],[102],[n 12].

Gilles de Rais finit par se fiancer avec sa cousine Catherine de Thouars[109], fille de Miles II de Thouars[n 13] et de Béatrice de Montjean. Outre l'obstacle posé par la consanguinité de Gilles et Catherine, parents au 4e degré[89],[90], des litiges opposent alors la maison de Craon à Miles II de Thouars, seigneur de Pouzauges et de Tiffauges[n 14]. Négligeant ces contraintes et sans attendre de dispense ecclésiastique, Gilles enlève Catherine[n 15] puis l'épouse dans une chapelle sise en dehors de son église paroissiale, sans publier de bans[n 16]. En dépit d'un contrat de mariage établi le [n 17], les deux jeunes gens voient leur union annulée et déclarée incestueuse par l'Église[119].

Postérieurement au décès de Miles II de Thouars, des alliances matrimoniales finissent par rapprocher les maisons de Craon et de Thouars[n 18], contribuant ainsi à régulariser la situation de Gilles de Rais et Catherine de Thouars[118]. Le , le légat pontifical s'adresse à Hardouin de Bueil, évêque d'Angers, afin que ce dernier prononce une sentence de séparation à l'encontre de Gilles et Catherine, leur impose une pénitence avant de les absoudre du crime d'inceste et de permettre leur mariage en bonne et due forme[120]. Après avoir diligenté une enquête, Hardouin de Bueil marie en grande pompe Gilles et Catherine le [n 19] au château de Chalonnes-sur-Loire. Cette union renforce la position poitevine de Gilles de Rais en « l'apparent[an]t à la maison des vicomtes de Thouars qui dominait le bas Poitou jusqu'à l'Atlantique[126]. »

Catherine de Thouars donne à son époux une fille unique, Marie de Rais (vers 1433 ou 1434 - )[127], qui se mariera à l'amiral Prigent de Coëtivy puis au maréchal André de Lohéac, et qui succèdera à son père en tant que baronne de Retz.

Litiges familiaux[modifier | modifier le code]

Reconstitution du château de Tiffauges et de son enceinte, par Georges Balleyguier, 1886.

Monnaie courante chez les lignées nobles de l'époque, les chicanes successorales occasionnent parfois d'interminables et violents conflits pouvant « déchirer les familles au point de rendre irréversible l'étendue des haines », indique la médiéviste Valérie Toureille[128].

Conformément aux clauses du contrat de mariage de sa fille Catherine de Thouars, Béatrice de Montjean conserve en douaire un certain nombre de possessions de feu Miles II de Thouars, dont les châteaux de Tiffauges et Pouzauges. Jean de Craon et Gilles de Rais escomptent récupérer ultérieurement l'héritage constitué par l'ensemble des châteaux poitevins de Béatrice[129],[130]. Cependant, Béatrice de Montjean se remarie avec Jacques Meschin de la Roche-Aireault, ancien écuyer de feu Miles II de Thouars et chambellan du roi Charles VII. Cette union compromet les projets du seigneur de La Suze et de son petit-fils. En conséquence, les deux compères chargent leur acolyte Jean de la Noe (ou la Noue), capitaine de Tiffauges, d'enlever Béatrice. Jean de la Noe profite de l'occasion pour s'emparer également de la sœur cadette de Jacques Meschin[129],[n 20]. Béatrice de Montjean est emprisonnée au Loroux-Bottereau, puis à Champtocé. Son beau-fils Gilles de Rais et Jean de Craon menacent de la coudre dans un sac avant de la jeter dans une rivière si elle ne renonce pas à son douaire[129],[130].

Vue actuelle des ruines du château de Champtocé.

Afin de libérer sa femme et sa sœur, le chambellan Jacques Meschin de la Roche-Aireault fait assigner Jean de Craon et Gilles de Rais à plusieurs reprises devant le parlement de Paris[n 21], en pure perte. Jacques Meschin dépêche un huissier à Champtocé avant d'y déléguer son propre frère, Gilles Meschin, placé à la tête de ses envoyés. Jean de Craon jette en prison tous les porteurs de l'assignation, Gilles Meschin inclus[129]. Le seigneur de La Suze consent néanmoins à relâcher Béatrice de Montjean à la prière de son épouse Anne de Sillé, cette dernière étant de surcroît la propre mère de la prisonnière. Les autres otages finissent par être libérés moyennant rançon mais Gilles Meschin meurt quelques jours plus tard, vraisemblablement éprouvé par les conditions de sa détention champtocéenne. La sœur cadette de Jacques Meschin, envoyée en Bretagne, est contrainte d'épouser Girard de la Noe, le fils du capitaine de Tiffauges[129],[130].

Poursuivis judiciairement devant le parlement de Paris par Jacques Meschin, Jean de Craon et son petit-fils transigent avec leur adversaire. Dans le cadre d'une transaction entérinée par le parlement, le chambellan choisit de garder Pouzauges tandis que Gilles de Rais conserve Tiffauges. Craon et Rais n'en extorquent pas moins Pouzauges à Jacques Meschin sous prétexte que Catherine de Thouars, la femme de Gilles, « porte le nom [de Pouzauges] dans le monde. » Alors qu'il se rend à Pouzauges pour y superviser l'exécution de la transaction, Adam de Cambrai, premier président du parlement de Paris, est molesté et détroussé par des hommes à la solde des deux complices. Les multiples condamnations qui frappent ensuite Jean de Craon et Gilles de Rais restent lettre morte[129].

Titres, domaines et fortune[modifier | modifier le code]

Titulaire de la baronnie de Retz, réputée parmi les six plus anciennes baronnies du duché de Bretagne[134], Gilles de Montmorency-Laval est l'un des plus importants seigneurs de l'ouest de la France, notamment grâce à ses nombreux domaines répartis entre la Bretagne, l'Anjou, le Poitou, le Maine et l'Angoumois[135],[n 22]. L'historien médiéviste Philippe Contamine souligne que Gilles de Rais est « tout à la fois, en raison de ses fiefs, Breton, Poitevin et Angevin[137]. ». De plus, l'historien Georges Peyronnet précise que son « réseau de parentés familiales et féodales » (incluant les maisons de Laval et Craon) couvre une grande partie des marches de l'Ouest, régions frontières difficiles d'accès en raison de l'humidité du climat océanique caractérisant ces pays de bocages et le Marais breton, d'où l'importance « comme voies de transport plus dégagées, [d]es vallées de la Loire et de la Sèvre Nantaise, (...) contrôlées par d'énormes forteresses » à l'exemple du château de Champtocé qui vit naître Gilles de Rais[35]. La position de carrefour occupée par la baronnie « constitue un atout indéniable pour le commerce et permet aux sires de Retz de contrôler les flux sur l'axe majeur de la Loire pour l'économie bretonne et celle de l'ouest de la France de manière plus générale », affirme l'historien Brice Rabot[134].

Comme son père Jean IV de Bretagne lors des démêlés avec Jeanne Chabot au siècle précédent[138], le duc Jean V de Bretagne reste particulièrement attentif à l'intérêt géostratégique des domaines de son vassal, que l'historien François Macé pointe ainsi : « Au sud de la Loire, des marais de Bourgneuf au lac de Grand-Lieu, la baronnie de Rais contrôlait une partie de la frontière poitevine, l'autre partie, la baronnie de Clisson, venant de rentrer dans le domaine ducal. À l'est, Champtocé, extérieur au duché, couvrait la frontière angevine. Maître de Châteauceaux et de Champtocé, le duc [serait en mesure de verrouiller] la route de France[139]. »

À « l'extrême sud du duché de Bretagne »[35], la baronnie de Retz se compose donc à l'époque d'un « vaste ensemble d'une quarantaine de paroisses qui s'étend entre la Loire et les Marches communes au Poitou et à la Bretagne[140]. » Gilles de Rais détient Machecoul — « tête de la baronnie »[n 23] — de même que les châtellenies du Coutumier, Bourgneuf, Prigny et la moitié de l'Île de Bouin, domaines qui encadrent la baie de Bourgneuf[139]. Au surplus, il dispose des châtellenies de Princé, Vue, Pornic, Touvois, Saint-Michel-Chef-Chef, Saint-Étienne-de-Mer-Morte, d'une rente sur la forêt de Paimpont, de l'hôtel nantais de La Suze et de la seigneurie de La Bénate « qui englobe 26 paroisses des Marches (13 de Bretagne et 13 du Poitou) », entre autres[n 24].

Enluminure représentant les travaux de fenaison dans les champs d'un seigneur. Bibliothèque de l'Arsenal, Ms-5064, fo 198 vo, 3e quart du XVe siècle.

Les sires de Rais jouissent des traditionnels revenus terriens provenant de l'exploitation de leurs riches prairies baronniales[139], profits dont l'importance se devine à l'aune de l'étendue de la baronnie de Retz. Le baron fixe la quotité de ses revenus fonciers issus des droits payés par les tenanciers de fiefs roturiers, en espèces ou en nature (soit le prélèvement d'une part de bétail ou de la production céréalière). Ses « revenus casuels dépend[e]nt de la vie économique de la seigneurie et particulièrement des transactions commerciales terrestres et maritimes », comme le paiement de droits liés à la vente de bétail, à la tenue de foires et marchés ainsi qu'aux activités navales dans la baie de Bourgneuf, dont les marais salant lui assurent vraisemblablement une part non négligeable de recettes supplémentaires[143],[139]. Cependant, il reste difficile d'évaluer précisément l'importance du commerce local de l'« or blanc » — condiment conservateur des aliments et « seule richesse de la baie » — ainsi que les divers bénéfices (rentes, dîmes, sauf-conduits, etc.) qu'en retire Gilles de Rais[144]. Celui-ci s'accommode d'autres « droits seigneuriaux de nature fiscale », telles les banalités relatives à l'usage commun du four banal ou du moulin[145]. En outre, le , un arrêt du duc de Bretagne le maintient dans ses droits de bris et naufrages « sur tout le territoire de Retz, en la mer et en la rivière de Loire », malgré une tentative du lieutenant général de Bretagne et du capitaine de Nantes visant à l'en déposséder[146].

Cachet en cire reproduisant l'un des sceaux de Gilles de Rais, en l'occurrence le sceau de juridiction relatif aux contrats pour le domaine de Tiffauges, qu'il tenait du chef de son épouse Catherine de Thouars[147].

Dans le duché d'Anjou, il hérite de l'éminente seigneurie de Champtocé et d'Ingrandes, source d'importants revenus issus du « trafic » (commerce de marchandises) de Loire[139],[n 25], ainsi que des seigneuries de Blaison et de Chemellier, de la baronnie de Briolay, des seigneuries de Fontaine-Milon, Grez et Grattecuisse. Dans le Poitou, il détient les seigneuries de Cheneché, de la Voûte, de Sigon, de Cloué, de Chabanais et la terre du Breuil-Mingot, en sus d'acquérir par mariage et extorsion la baronnie de Pouzauges et la seigneurie de Tiffauges[n 26]. Dans le Maine, le sire de Rais possède les seigneuries de La Suze, d'Ambrières et de Saint-Aubin-Fosse-Louvain ainsi que la terre de Précigné[152]. En Angoumois, les seigneuries de Confolens, de Loubert et de Château Morant[153],[n 27].

Toutefois, ce recensement n'envisage schématiquement Gilles de Rais qu'au sommet de sa prospérité domaniale, après son mariage avec Catherine de Thouars (1422) et au lendemain de la mort de son grand-père (1432)[153]. En prime des aliénations plus ou moins importantes auxquelles il procède en amenuisant graduellement son patrimoine, certaines terres appartiennent à son épouse, d'autres ne lui sont léguées qu'au décès de Jean de Craon, sans compter celles qu'il cède à son frère René de Rais en lui assignant sa part d'héritage en 1434. De surcroît, ses domaines ne se révèlent pas toujours d'un bon rapport puisque le revenu qui s'y rattache peut être grevé de diverses manières : aliénations parfois irrévocables consenties par les précédents barons de Retz en faveur de l'Église[155] ou de vassaux[156] ; veuves jouissant d'un douaire conformément au droit coutumier[n 28] ; prémices présumées du déclin commercial des salines de la baie de Bourgneuf[157],[158],[159] ; annexions ou ravages causés par la guerre[n 29], dont la menace constante nécessite d'entretenir des dispositifs défensifs et de solder des hommes d'armes[154],[160]... Outre une mauvaise gestion de ses ressources, plusieurs autres facteurs doivent donc être pris en compte pour expliquer ses graves difficultés financières[161].

En tout état de cause, du fait d'archives fragmentaires ou imprécises[162],[163], il n'est guère aisé d'estimer exactement ses biens[164], et notamment le rendement de ses domaines malgré leur étendue[159], sujet de désaccord entre les historiens Jacques Heers et Matei Cazacu. Minimisant la fortune et la condition sociale du maréchal[165], Heers lui dénie le qualificatif de « grand seigneur »[166] en alléguant que le présenter « comme l'« un des plus riches seigneurs de France » n'est que figure de style, facilité de plume qui ne correspond à rien[167]. » En revanche, Matei Cazacu conteste cette interprétation[168] pour réaffirmer le rang de Gilles de Rais en qualité de grand seigneur, puissant et fastueux. Le chercheur se réfère en particulier à un mémoire rédigé par les héritiers du baron, document qui attribue à ce dernier des revenus annuels atteignant 50 000 livres tournois, dont environ 30 000 tirés de ses domaines[n 30] et près de 20 000 procurés par son office de maréchal de France, source de « grands gages et pensions du Roy. » Si ce montant reste en deçà des revenus des grands princes contemporains (tels les ducs d'Orléans, de Bourgogne et de Berry), il situe néanmoins Gilles de Rais dans une tranche haute, inaccessible à l'immense majorité des seigneurs bretons du XVe siècle[171]. Quelle qu'en soit l'estimation retenue, sa fortune se révèle insuffisante à soutenir son opulent train de vie en l'espace de quelques années[172].

Carrière militaire[modifier | modifier le code]

Premières armes durant la guerre civile bretonne ?[modifier | modifier le code]

Enluminure représentant la fin du siège de Champtoceaux. Pierre Le Baud, Compillation des Cronicques et ystores des Bretons, ms. Français 8266, fo 344 vo, XVe siècle, Paris, BnF.
Statue de bois polychrome représentant un duc de Bretagne traditionnellement identifié à Jean V, chapelle Saint-Fiacre du Faouët, vers 1400[173].

Depuis la fin de la guerre de Succession de Bretagne en 1365, les princes issus de la maison de Montfort — Jean IV de Bretagne puis son fils et successeur Jean V — règnent comme ducs de Bretagne. Or les chefs de la maison de Penthièvre — descendants du candidat malheureux à la couronne ducale — fomentent une embuscade qui aboutit à l'emprisonnement du duc Jean V au château de Champtoceaux en . Les auteurs du guet-apens, Marguerite de Clisson et ses deux fils, Olivier, comte de Penthièvre et Jean de L'Aigle, bénéficient du soutien du futur roi de France, le dauphin Charles[174],[175].

La guerre civile embrase de nouveau le duché de Bretagne. À l'appel de la duchesse Jeanne, épouse de Jean V, la noblesse bretonne se rassemble autour de la dynastie de Montfort, y compris d'anciens partisans de la lignée des Penthièvre tel Jean de Craon. Le , ce dernier se rend auprès de sa suzeraine afin de jurer, avec les autres seigneurs présents, de la protéger et de délivrer le duc[176]. En représailles, les bandes armées des Penthièvre assaillent les fiefs du seigneur de La Suze et de son petit-fils Gilles de Rais, détruisant notamment le château de La Mothe-Achard[177],[178].

Le , le dauphin Charles approuve l'attentat commis par les Penthièvre sur la personne du duc mais il se rétracte le en ordonnant aux frères Olivier de Blois et Jean de L'Aigle de lui remettre Jean V[179],[175] puisque le sort des armes est favorable à la maison de Montfort, les places bretonnes des Penthièvre tombant l'une après l'autre. Sis dans les marches d'Anjou et de Bretagne, le château de Champtoceaux est à son tour assiégé par l'armée ducale le 8 ou . Sentant la nécessité d'un commandant unique et incontesté durant le siège, les seigneurs bretons sollicitent les Anglais de libérer un prisonnier de marque : le comte Arthur de Richemont, frère cadet de Jean V de Bretagne. En fin de compte, les Penthièvre relâchent le duc puis abandonnent Champtoceaux en y laissant des documents compromettant le dauphin. À l'issue du conflit, la forteresse est rasée[180].

Expansion du domaine ducal breton de 1400 à 1428, durant le règne de Jean V.

Le médiéviste Michael Jones souligne que « nul autre événement dans la Bretagne du XVe siècle (…) n'eut de si graves et de si larges conséquences politiques et sociales. Il permit à Jean V et à ses successeurs de poursuivre la construction d'un État indépendant qui était déjà bien avancée, d'augmenter considérablement le domaine ducal et de récompenser généreusement leurs partisans » en octroyant à ces derniers des terres confisquées aux Penthièvre[181]. Par conséquent, une fois rentré triomphalement à Nantes le , le duc Jean V remercie Jean de Craon ainsi que « son [petit-]fils de Rays » « de leurs bons et notables services » en les dédommageant de leurs pertes par l'attribution de domaines saisis sur les prétendants vaincus. Le jeune Gilles accomplit peut-être ses premiers faits d'armes en prenant part au dernier grand conflit résiduel de la guerre de Succession de Bretagne mais cet engagement hypothétique est discuté[n 31]. Il est également possible que Jean de Craon et son petit-fils entrent alors dans la clientèle du prince breton Arthur de Richemont, récemment libéré de sa captivité en Angleterre[n 32].

Batailles et opérations majeures en France entre 1415 et 1453.

Entre-temps, en proie à la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons ainsi qu'à la guerre étrangère contre la monarchie anglaise des Lancastre, le royaume de France traverse une succession de désastres politiques et militaires durant la seconde phase de la guerre de Cent Ans[199]. Le roi Henri V d'Angleterre parvient finalement à s'imposer comme gendre et héritier du roi Charles VI de France grâce à la ratification du traité de Troyes en . Pour sa part, instruit des compromissions du dauphin avec ses ravisseurs Penthièvre, Jean V de Bretagne n'en louvoie pas moins entre les Armagnacs et la couronne anglaise afin de préserver l'indépendance de son duché. Cette politique de bascule n'empêche pas le duc breton de souscrire en à la « paix finale et générale » conclue par le traité de Troyes[200],[201].

Or la mort du roi Henri V d'Angleterre survient inopinément le , près de deux mois avant celle de son beau-père malade, Charles VI « le Fou », le . Dès lors, la dynastie des Lancastre revendique « l'union des deux couronnes » en la personne d'un nourrisson âgé de moins d'un an : Henri VI, roi de France et d'Angleterre. Dans le cadre de cette « double monarchie », le duc Jean de Bedford, frère cadet d'Henri V, devient le régent du royaume de France durant la minorité d'Henri VI. Concurremment, le dauphin Charles, unique fils survivant de Charles VI, se proclame roi de France sous le nom de Charles VII. Résolu à recouvrer l'ensemble du domaine royal, le jeune souverain Valois poursuit la guerre contre les Anglais[202]. Au cours de ces troubles dynastiques, Jean de Craon et Gilles de Rais prennent peut-être part à la victoire de la Gravelle le , puis à la bataille de Verneuil le . Bien qu'aucune source ne la confirme, le chartiste Matei Cazacu émet cette hypothèse en avançant trois arguments : le rang important de Craon et de son petit-fils en tant que vassaux du duc Louis III d'Anjou, le souci de la défense de leurs biens angevins face aux Anglais ainsi que la présence attestée à la bataille de Verneuil de plusieurs proches des deux hommes[203]. Quoi qu'il en soit, la défaite sanglante des troupes de Charles VII à Verneuil change la donne politique en parachevant le désastre militaire d'Azincourt survenu près de dix ans plus tôt[204].

Alliance franco-bretonne par l'entremise de la maison d'Anjou[modifier | modifier le code]

Yolande d'Aragon, duchesse d'Anjou. Verrière (registre inférieur) du bras nord du transept de la cathédrale Saint-Julien du Mans.

Désormais en position de faiblesse à la suite de l'anéantissement de son armée à Verneuil, Charles VII se voit contraint de chercher de nouveaux soutiens[204]. Or la belle-mère du souverain se trouve être Yolande d'Aragon[n 33], dirigeante de la maison d'Anjou, une branche cadette de la dynastie royale des Valois. Soucieuse des intérêts de sa maison qui rejoignent, « non sans nuance », ceux de son beau-fils[206],[207], Yolande œuvre depuis 1423 au rapprochement de la France et de la Bretagne, avec l'aide de son vassal Jean de Craon[208],[204]. Bien que le grand-père de Gilles de Rais soit un important seigneur angevin, fortuné et détenteur de maints domaines manceaux, angevins et bretons, son influence à la cour ducale d'Anjou ne semble débuter qu'en 1423-1424. Auparavant, Jean de Craon séjournait plus volontiers en Bretagne et avait même connu des différents juridiques avec les ducs d'Anjou au sujet du comté de Brienne et des terres de la famille de Roucy[209].

Arthur, comte de Richemont, connétable de France. Dessin aquarellé, Paris, BnF, collection Gaignières.

En , la politique angevine promeut finalement Arthur de Richemont, frère cadet du duc Jean V de Bretagne, à la dignité de connétable de France[210], c'est-à-dire de « chef des armées après le souverain[211]. » Le roi entérine ainsi la ligne prônée par les maisons alliées d'Anjou et de Bretagne, à savoir le rapprochement diplomatique de la couronne avec les duchés de Bourgogne et de Bretagne en vue de ramener la concorde entre les princes, faire entrer les grands feudataires au Conseil royal et poursuivre la guerre contre les Anglais. Entre autres concessions, Charles VII écarte de son Conseil ses fidèles accusés d'implication dans le meurtre de Montereau commis en 1419 et le complot des Penthièvre ourdi en 1420[204]. Courant , Charles VII envoie Jean de Craon et d'autres ambassadeurs auprès du duc de Bretagne afin de l'informer officiellement du renvoi des anciens conseillers royaux. Après avoir consulté ses États, Jean V accepte de rencontrer le souverain « sur la rivière de Loire, entre Angers et Tours[212]. » En , accompagné par de nombreux seigneurs — dont Gilles de Rais —, le duc se rend à Saumur[213], en territoire angevin[214]. Flanqué du connétable de Richemont, Charles VII parvient à son tour dans cette ville afin d'y signer un traité d'alliance avec Jean V, le , en présence de la duchesse douairière d'Anjou[215],[216]. La première rencontre attestée entre Gilles de Rais et le roi de France se place à l'occasion des fêtes et conciliabules saumurois[217],[218]. Cependant, le jeune baron est gratifié d'un don royal de 200 livres dès le  ; partant, il paraît peut-être à la cour itinérante de Charles VII avant la signature du traité de Saumur[219]. Le , tout en confirmant le don de la seigneurie de Parthenay à Arthur de Richemont, le souverain demande à son connétable de restituer certaines terres bretonnes au sire de Rais[n 34].

En , le connétable de Richemont essuie un revers cuisant face aux Anglais sous les murs de Saint-James de Beuvron[221],[222]. Mentionnée par certains chercheurs, la présence de Gilles de Rais lors de cette bataille n'est corroborée par aucune source[n 35]. À l'issue du combat se place un épisode diversement interprété : l'enlèvement par Richemont de l'évêque Jean de Malestroit, chancelier du duc Jean V de Bretagne. D'après Guillaume Gruel, chroniqueur au service du connétable de France, Richemont s'empare du chancelier breton au motif que celui-ci, prétendument acheté par les Anglais, aurait retardé le paiement de la solde des hommes d'armes, contribuant ainsi à la défaite de Saint-James de Beuvron[226],[227]. Mais il s'agit peut-être d'une confusion commise par le chroniqueur[n 36], doublée d'une calomnie de Richemont visant à masquer ses propres insuffisances martiales[204]. Quoi qu'il en soit, cet épisode permet en 1905 à Salomon Reinach, partisan de l'innocence de Gilles de Rais, de noircir l'évêque Jean de Malestroit en mettant en exergue les accusations de traîtrise et d'anglophilie portées à l'encontre du futur juge du baron[228]. L'archéologue dreyfusard façonne en conséquence l'image d'un héros de guerre français devenu la victime d'un tribunal armoricain présidé par un évêque félon nourrissant « les plus noirs desseins et les plus longs ressentiments[229]. » À l'opposé, l'historien Noël Valois affirme qu'imaginer une haine réciproque entre Jean de Malestroit et le sire de Rais relève de la « fantaisie pure » : outre la présence incertaine de Gilles au sein des troupes de Richemont à Saint-James, il est douteux que l'évêque de Nantes ait particulièrement gardé rancune au jeune baron parmi tous les autres seigneurs bretons commandés par le connétable en cette occasion[224]. Au surplus, « forte personnalité[230] » attentive à l'autonomie et à la souveraineté du duché de Bretagne[231],[232], le chancelier Malestroit demeure « l'instrument de la politique ducale » ; dans l'affaire Gilles de Rais comme tout le reste, l'évêque se concerte avec son maître Jean V, souligne Noël Valois[224].

En , le connétable de Richemont échoue encore face aux Anglais lors d'une escarmouche devant le Mont-Saint-Michel[233]. Le , le duc de Bedford, régent du royaume de France au nom d'Henri VI d'Angleterre, déclare la guerre au duc de Bretagne. Les chefs de guerre anglais Talbot et Warwick assiègent la ville normande de Pontorson, fortifiée et occupée par les hommes d'armes bretons du connétable de Richemont[234]. La reddition de Pontorson a lieu le [235], sans que le duc Jean V de Bretagne et son frère Richemont n'aient secouru les assiégés[236].

Guérilla contre les garnisons anglaises aux confins du Maine[modifier | modifier le code]

Blason de La Trémoille, « d'or, au chevron de gueules, accompagné de trois alérions d'azur armés et becquetés de gueules »[237],[238],[239].

En , Georges Ier de La Trémoille, seigneur de Sully, devient le grand chambellan du roi Charles VII[204],[240]. Lointain cousin de Gilles de Rais par la branche des Craon, le seigneur de Sully prend l'ascendant au sein du conseil royal tandis que le connétable Arthur de Richemont tombe en disgrâce à la suite de ses échecs tant militaires[210] que politiques, faute de résultats découlant de l'alliance avec le duc de Bretagne[233]. Brouillé avec le roi, Richemont conserve l'office de connétable mais quitte la cour. Sans s'allier aux Anglais, il entre en conflit armé avec le grand chambellan. Jean V de Bretagne, lui-même en butte aux assauts anglais, négocie en avec le duc de Bedford, régent du royaume de France. Le , le duc de Bretagne procède à un nouveau revirement d'alliance en reconnaissant le traité de Troyes et en ordonnant à ses vassaux de cesser la lutte contre les troupes anglaises[241],[240]. En compagnie de ses parents du lignage Laval ainsi que du vicomte Alain de Rohan et de l'évêque de Saint-Malo, Gilles de Rais est l'un des plus notables seigneurs bretons à désobéir à son suzerain en demeurant fidèle au roi de France[n 37].

Gisants représentant probablement Jean de Craon (à droite) et Béatrice de Rochefort.
Tombe autrefois située dans la chapelle Saint-Jean-Baptiste des Cordeliers d'Angers[244].

Parallèlement à la redistribution des cartes à la cour de Charles VII, les Anglais menacent de nouveau les frontières du duché d'Anjou dans la continuité de leur conquête du comté du Maine[n 38]. Les domaines des maisons de Laval et Craon — d'où Gilles de Rais est issu[34] — sont ainsi directement exposés aux raids des « Godons ». Le , Yolande d'Aragon établit son conseiller Jean de Craon lieutenant général en Anjou et dans le Maine[248],[n 39]. Probablement à cette occasion, le seigneur de La Suze dote son petit-fils d'un mentor militaire en la personne de Guillaume de la Jumellière, seigneur de Martigné-Briant[250], également conseiller de Yolande d'Aragon à la cour ducale d'Anjou. L'influence curiale de sa famille paraît consolider l'engagement de Gilles dans la guerre contre les Anglais aux lisières du Maine, entraînant la nomination du jeune baron comme capitaine de la place de Sablé au nom du duc d'Anjou[251].

Le sire de Rais commence vraisemblablement à disposer de sa fortune dès son émancipation, ses vingt ans accomplis, soldant des troupes et des « espies » (à savoir des éclaireurs[252]) afin de contrer l'avancée anglaise[253]. Les chroniques mentionnent le nom du jeune baron, conjointement avec ceux d'autres capitaines du roi, à compter de la seconde moitié de l'année 1427[241]. Du reste, les dépenses de nature militaire seront dénoncées par les héritiers de Gilles plusieurs années après sa fin infamante[254].

En compagnie de son parent Jacques de Dinan, seigneur de Beaumanoir, et du chevalier Ambroise de Loré, Gilles de Rais mène une « guerre guerréante[n 40] » — autrement dit une guérilla — aux confins du comté du Maine[193],[256]. Cette tactique de harcèlement contre les troupes anglaises permet aux capitaines français d'emporter d'assaut la forteresse de Ramefort à Gennes[n 41]. Dès qu'ils se sont rendus maîtres de la place forte mancelle, le sire de Rais et les autres capitaines respectent leur promesse d'épargner la garnison anglaise mais font pendre les hommes « de la langue française » qu'ils y trouvent[262], possible manifestation d'un « fort sentiment national[263] » à l'encontre de combattants considérés comme des « Français reniés[n 42] ». À la suite d'un autre coup de main, les seigneurs de Rais, de Loré et de Beaumanoir reprennent aux Anglais le château de Malicorne[265],[n 43]. Comme lors de la prise de Ramefort, les capitaines font exécuter les assiégés parlant français[267],[263].

La chronologie confuse des chroniques médiévales ne permet pas toujours de dater avec certitude les prises des places fortes[n 44]. De surcroît, les forteresses peuvent être successivement enlevées d'assaut, perdues puis reconquises en raison de la faiblesse de leurs garnisons ou « des revirements sans fin des seigneurs locaux qui appartenaient souvent à des réseaux concurrents », note l'historien médiéviste Boris Bove[270]. Les reconquêtes de Ramefort et Malicorne par les capitaines tenant pour Charles VII prennent peut-être place en , lors du siège anglais de la cité normande de Pontorson, autrement dit avant même la nomination officielle de Jean de Craon comme lieutenant général en Anjou et dans le Maine[n 45]. Vraisemblablement à une date ultérieure, Gilles de Rais et ses compagnons d'armes s'emparent du château du Lude. Le commandant de la garnison, un capitaine anglais dénommé William Blackburn[274], est tué ou fait prisonnier[n 46].

Au printemps 1428, le sire de Rais participe à hauteur de mille écus d'or au paiement de l'énorme rançon de son cousin[296],[297] André de Lohéac, pris par les Anglais le lors du siège de Laval. En la personne de Guy XIV, Anne et Jeanne, respectivement frère, mère et grand-mère du jeune captif, la famille de Laval s'engage à rembourser les « très chiers et amés cousins et grands amis » qui ont contribué à délivrer le seigneur de Lohéac[298],[299].

En , de nouvelles troupes anglaises débarquent dans le royaume de France puis assiègent Orléans à partir d'octobre[300].

Alliance avec le grand chambellan Georges de La Trémoille[modifier | modifier le code]

Sceau de « sauf-conduit » de Gilles de Rais. Il s'agit peut-être d'un faux fabriqué au XIXe siècle[301], reconstitution hypothétique à partir de certains éléments authentiques tels le diamètre et la présence d'un cygne[302]. Toutefois, l'authenticité de cette représentation est défendue par ailleurs[303].

Probablement en date du , Jeanne d'Arc arrive à Chinon en provenance de Vaucouleurs afin de s'entretenir avec le roi[304]. Gilles de Rais est alors présent au château de Chinon[305] à l'instar des autres capitaines qui composent l'entourage de Charles VII durant ces temps de guerre[306],[307]. Un mois plus tard, par lettre datée du , signée de sa main et munie de son sceau, le jeune baron noue une alliance avec son cousin Georges Ier de La Trémoille, s'engageant à le servir de toute sa puissance « jusques à mort et à vie, envers tous et contre tous seigneurs et autres, sans nul excepté[n 47]…, dans la bonne grâce et amour du roi[309],[310],[311]. » Le grand chambellan poursuit ainsi sa stratégie d'alliances bilatérales contractées avec des membres de la noblesse[n 48] en vue de « stabiliser sa politique », de maintenir sa situation fragile auprès du roi[312] et de se prémunir contre les complots fomentés par le connétable de Richemont et ses alliés[n 49].

Le royaume de France en 1429.

À l'aune de l'image essentiellement négative de La Trémoille dans l'historiographie johannique[316],[317],[318],[319],[320],[321], l'alliance entre le baron de Rais et le grand chambellan est longtemps interprétée défavorablement puisque perçue à travers le prisme exclusif de la mission de Jeanne d'Arc. Le seigneur de Tiffauges est ainsi portraituré ordinairement comme « l'homme[322] » de l'influent La Trémoille, bien davantage que comme le compagnon d'armes de la Pucelle[323],[47],[324],[325],[326]. De plus, même après sa disgrâce, le grand chambellan se serait vu reprocher en 1435 de manipuler le maréchal, son cousin prodigue et ingénu ; ce à quoi La Trémoille aurait répondu qu'« il était bon d'avancer [le baron de Rais] à estre méchant[327] », mot cynique qui exprimerait l'emprise exercée par l'« ambitieux intrigant » sur Gilles, instrument dénué de sens politique[328],[329].

S'interroger à propos de la « fidélité absolue ou [la] trahison, [le] dévouement ou [l']indifférence » de Gilles à l'égard de Jeanne d'Arc revient à poser « un faux problème », énonce l'historien Jacques Heers : « L'important n'est pas de chercher à sonder quels furent les véritables sentiments, penchants et intentions du sire de Rais, maréchal de France, un des capitaines de l'armée du roi ; cela ressort forcément de la spéculation […] » puisque Gilles, toujours « dans le sillage des favoris », ne se situerait pas au plus haut niveau de décision[330].

Cependant, l'historien chartiste Matei Cazacu exprime son désaccord avec les interprétations visant à réduire Gilles de Rais au rôle de créature subordonnée à La Trémoille. Le chercheur rappelle que le contrat entre les deux hommes se rattache au réseau d'alliances mis en place par le grand chambellan pour défendre sa position politique contre les complots fomentés par Louis d'Amboise, entre autres périls. Partant, Cazacu estime que Gilles se placerait vis-à-vis de La Trémoille dans une position comparable à celle des grands seigneurs Alençon, Clermont et Foix, autres alliés du sire de Sully[331].

Certaines thèses hostiles au grand chambellan — opposition systématique à Jeanne d'Arc, double jeu en raison de ses liens familiaux et des négociations conduites avec les Bourguignons... — ont été réfutées ou nuancées par les médiévistes Philippe Contamine et Olivier Bouzy[n 50],[332],[333]. En tout état de cause et malgré son importance, le rôle politique de La Trémoille demeure mal connu faute d'études spécifiques sur le personnage[334], travaux qui permettraient de contextualiser davantage l'action de la Pucelle[n 51] ou celle de Gilles de Rais[336].

Compagnonnage d'armes avec Jeanne d'Arc[modifier | modifier le code]

Les troupes françaises lèvent le siège d'Orléans. Enluminure du manuscrit Les Vigiles de Charles VII de Martial d'Auvergne, Paris, BnF, département des manuscrits, fin du XVe siècle.

Dans le cadre d'une tentative de rapprochement diplomatique franco-breton probablement appuyée par La Trémoille[n 52], Gilles de Rais écrit en au duc Jean V de Bretagne pour l'inciter à renforcer l'armée qui se constitue à Blois en vue de porter secours à la ville d'Orléans assiégée par les Anglais[337],[338]. Parallèlement, après avoir subi un interrogatoire par des docteurs en théologie à Chinon puis à Poitiers, Jeanne d'Arc reçoit l'autorisation d'accompagner l'armée de secours réunie à Blois[339]. Le , la Pucelle se rend dans cette ville pour y trouver prêts un convoi de vivres, d'armes et de munitions ainsi qu'une escorte de plusieurs dizaines d'hommes d'armes et de trait, commandée par Gilles de Rais et Jean de Brosse, maréchal de Boussac. L'escorte inclut une compagnie d'Angevins et de Manceaux soldés par le sire de Rais[n 53], qui « apparaît bien ici au cœur du dispositif, d'ailleurs [...] modeste[308]. »

Le convoi s'ébranle le , longeant la Loire sur la rive gauche[341]. Apprenant sa venue, le bâtard d'Orléans — membre du Conseil royal[342] et chef de facto de la maison d'Orléans, branche cadette de la dynastie royale des Valois[343] — quitte la ville assiégée en traversant la Loire en barque pour se porter au-devant de Jeanne durant la nuit du 28 au . En dépit des objurgations de la Pucelle, désireuse d'attaquer les Anglais sur l'heure, le bâtard la convainc d'entrer dans Orléans avec le ravitaillement et deux cents « lances » (c'est-à-dire deux cents hommes d'armes[n 54]) tandis que le reste de l'escorte, dont ses chefs Jean de Brosse et Gilles de Rais, s'en retourne vers Blois[345]. Le au matin, Gilles de Rais et l'amiral Louis de Culant reviennent à Orléans avec le reste des troupes réunies à Blois[346]. Le baron de Rais contribue ainsi à la levée du siège de la ville par les Anglais[347]. Conjointement à d'autres « chevaliers, écuyers et gens de guerre », il accompagne la Pucelle lorsque celle-ci rend compte au roi de la levée du siège[348],[349],[350].

Sacre de Charles VII à Reims, en présence d'hommes d'armes et de Jeanne d'Arc, revêtus de leur armure. Chronique abrégée des rois de France, BnF, département des manuscrits, NAF 4811, fo 55 vo, XVe siècle.

Sur l'insistance de Jeanne d'Arc, Charles VII finit par consentir à se rendre à Reims afin d'y être sacré roi. Par conséquent, une armée importante — estimée entre 5 000 et 8 000 combattants — est réunie à Selles-sur-Cher en vue de reprendre les places de la Loire, conquises par les Anglais durant l'été 1428. Le prestige de la Pucelle renforce la position de Charles, qui voit nombre de ses vassaux se presser de lui rendre leurs devoirs militaires. Sans avoir été convoqués, les cousins Laval de Gilles de Rais, Guy XIV et André de Lohéac, se rendent ainsi à Loches le . Ils y rencontrent le jeune dauphin Louis puis s'entretiennent le lendemain à Saint-Aignan avec le roi Charles, qui les remercie de leur venue. Les deux frères Laval parviennent le lundi à Selles où la Pucelle les accueille chaleureusement. Gilles de Rais ne tarde pas à rejoindre ses cousins ce même lundi et d'autres combattants affluent les jours suivants[351],[352]. Charles VII confie le commandement de l'armée de la Loire à un prince du sang, le duc Jean d'Alençon[n 55].

Blason de Gilles de Rais à partir de  : d'or à la croix de sable (qui est de Retz), à la bordure d'azur semé de fleurs de lis d'or (qui est de France).

Le baron de Rais participe ensuite avec Jeanne à la « campagne de la Loire », qui vise la reconquête des villes occupées par les Anglais dans la région. Il est ainsi présent à la prise de Jargeau le [354] puis à la victoire de Patay le [355]. Durant le trajet vers Reims, Gilles de Rais et Jean de Brosse, maréchal de Boussac, commandent l'avant-garde de l'armée royale. Les troupes de Charles VII réduisent à l'obéissance Troyes ainsi que d'autres villes et de nombreux châteaux[356]. Le , lors du sacre royal, Gilles est chargé avec trois autres seigneurs d'apporter la Sainte Ampoule de la basilique Saint-Remi de Reims à l'église métropolitaine[n 56],[360]. Ce même jour, le jeune baron de Rais est élevé à la dignité de maréchal de France[361] en reconnaissance de son engagement guerrier ou en raison de l'appui politique du grand chambellan[n 57]. En outre, Gilles de Rais commence à siéger au Conseil royal à partir de l'année 1429[366] mais il n'y apparait qu'épisodiquement, retenu ailleurs par ses obligations militaires ou pour d'autres raisons[367]. Son titre de conseiller du roi n'a peut-être qu'un caractère honorifique[368]. Gilles est également qualifié de chambellan de Charles VII bien que les sources ne précisent pas si cette faveur a été accordée avant ou après le sacre royal[369],[370].

Le lundi , les troupes royales et anglo-bourguignonnes se font face à Montépilloy. Charles VII confie les ailes de son armée à ses deux maréchaux, Jean de Boussac et Gilles de Rais[371]. Le , lors du siège de Paris, Jeanne d'Arc souhaite avoir le maréchal de Rais et Raoul de Gaucourt à ses côtés lors de l'assaut donné à la porte Saint-Honoré[372],[373]. Gilles se tient toute la journée auprès de la Pucelle, parmi de nombreux gens d'armes, tentant en vain d'atteindre et de franchir l'enceinte parisienne[374] depuis un arrière-fossé[375]. À la tombée du jour, Jeanne est blessée à la jambe par un vireton d'arbalète[374]. Le siège de Paris est rapidement levé, l'armée royale se replie vers la Loire avant d'être licenciée à Gien le [376]. Le même mois, Charles VII honore derechef Gilles pour ses « recommandables services » en confirmant son titre de maréchal et en lui octroyant le privilège d'ajouter à son blason une bordure aux armes de France (« fleurs de liz d'or semées sur champ d'azur »), faveur royale partagée uniquement avec la Pucelle[377],[365].

Conflit franco-anglais entrecoupé des guerres civiles entre La Trémoille et les alliés de Richemont[modifier | modifier le code]

Parallèlement à la lutte menée contre les Anglo-Bourguignons, Georges de la Trémoille poursuit sa « guerre privée[207] » contre le connétable Arthur de Richemont soutenu par la maison d'Anjou. Dans le cadre de ce conflit, le seigneur de Tiffauges appuie le grand chambellan, son cousin et allié. Ligués avec Richemont, Louis d'Amboise et ses complices tentent à deux reprises de s'emparer de La Trémoille et du roi en 1430. Déjà coupable d'une pareille entreprise l'année précédente, le seigneur d'Amboise est condamné à la peine de mort pour crime de lèse-majesté[378] mais il voit sa peine commuée en prison perpétuelle avec confiscation des biens[379].

Des tentatives de rapprochements s'insèrent entre ces querelles intestines : après une nette crispation diplomatique entre les maisons de Bretagne et d'Anjou[380],[381], les vues politiques de Yolande d'Aragon et de La Trémoille finissent par s'accorder sur la nécessité d'une réconciliation entre le royaume de France et le duché de Bretagne[382]. Précédemment associé à une tractation matrimoniale analogue entre les lignées angevine et bretonne en 1425[381], Jean de Craon met le château de Champtocé à disposition du grand chambellan afin d'organiser une rencontre avec le duc Jean V du 22 au [383]. S'ensuivent un serment et un mariage qui renforcent les liens entre les deux lignages, avec l'approbation de Charles VII. Le souverain n'en refuse pas moins de voir Arthur de Richemont revenir aux affaires, bien qu'il consente à un compromis visant à aplanir les différends entre le grand chambellan et le connétable[384],[385],[386].

Enluminure représentant des gens de guerre au pied de la ville fictive de Crathor (en réalité Sablé) dans un manuscrit du Jouvencel de Jean de Bueil (ms. Français 192, fo 36, Paris, BnF, 4e quart du XVe siècle).

Le nom du seigneur de Tiffauges apparaît succinctement le , lorsque le roi fait diffuser une circulaire à ses bonnes villes afin d'atténuer l'impact négatif de la défaite de Bulgnéville, bataille qui voit les Bourguignons déconfire les troupes de René d'Anjou, fils de Yolande d'Aragon et partisan des Français. Parmi les mesures militaires qu'il annonce, Charles VII glisse une allusion sibylline à Jean, duc d'Alençon, Louis Ier de Bourbon-Vendôme, Gilles de Rais et autres capitaines, « envoyés en certaines marches et contrées avec l'espoir d'exécuter une entreprise dont, au plaisir de Dieu, le Roi espère avoir bonnes et promptes nouvelles ». Quelle que soit la nature de cette « entreprise », le duc Philippe de Bourgogne signe une trêve avec le roi de France peu de temps après, le [387].

Jean de Bueil, enluminure sur parchemin, Armorial de Gilles Le Bouvier, dit Berry, héraut d'armes du roi Charles VII, ms. 4985, fo 33 ro, XVe siècle, BnF[388].
Levée du siège de Lagny (). Enluminure des Vigiles de Charles VII, Paris, BnF, fin du XVe siècle.

Graduellement, en dépit des politiques similaires menées envers les duchés de Bretagne et de Bourgogne par la maison d'Anjou d'une part et La Trémoille d'autre part, le grand chambellan finit par servir de « repoussoir » en « fédérant contre lui les différentes composantes de la cour, (…) facilita[nt] paradoxalement l'avènement de Charles d'Anjou et le renforcement des Angevins à la cour de France[389]. » Le jeune Charles d'Anjou, futur homme fort du Conseil royal[390], siège au sein de cet organe de gouvernement depuis le par la grâce de sa mère Yolande d'Aragon. Le , en tant que lieutenant général du roi en Anjou et Maine, Charles d'Anjou institue Jean de Bueil capitaine des gens d'armes et de trait de la garnison du château et de la ville de Sablé[386], place préalablement commandée par le capitaine Gilles de Rais[251] et le gouverneur royal Jacques de Dinan, seigneur de Beaumanoir[271].

La guerre civile renaît en septembre 1431 lorsque La Trémoille lance le capitaine Rodrigue de Villandrando sur l'Anjou. En 1432, Jean de Bueil, capitaine de Charles d'Anjou, parvient à vaincre le mercenaire espagnol ; en retour, ce dernier ravage les terres tourangelles de Bueil[391],[392]. À en croire le récit romancé du Jouvencel, Gilles de Rais — désireux de s'emparer de Château-l'Hermitage — emprisonne Jean de Bueil à Sablé à une date indéterminée, durant les dissensions de 1431-1432 ou lors d'une période antérieure[393],[n 58]. Bien que Bueil soit un parent par alliance de Rais et La Trémoille[n 59] ainsi qu'un ancien compagnon d'armes[n 60], il demeure un allié des maisons d'Anjou et d'Amboise, ennemies du grand chambellan[402]. Toujours selon Le Jouvencel, Bueil parvient à se libérer puis à s'emparer de Sablé[395],[396],[393] mais le baron de Rais reprend la ville à l'occasion d'une attaque nocturne[397],[400]. De surcroît, à une date également imprécise, la garnison du château de Champtocé s'attaque à la suite de Yolande d'Aragon alors que celle-ci se rend en Bretagne. Les hommes d'armes de Gilles de Rais et de Jean de Craon dépouillent le convoi de nombreux chevaux et bagages[n 61].

Par ailleurs, la guerre contre la maison de Lancastre se poursuit autour de Paris. En , Gilles de Rais contribue à la levée du siège de Lagny par les Anglais, sans doute l'un de ses plus notoires faits d'armes avec la levée du siège d'Orléans[408],[n 62]. Assisté du capitaine mercenaire Rodrigue de Villandrando, le seigneur de Machecoul traverse la Marne « en amont, avant La Ferté-sous-Jouarre » tandis que d'autres troupes françaises menées par Raoul de Gaucourt et le bâtard d'Orléans parviennent à pénétrer dans Lagny par un endroit mal surveillé. La médiéviste Françoise Michaud-Fréjaville note que par ce « double mouvement de troupes », la ville « fut délivrée pratiquement sans livrer bataille. […] Devant la menace, les Anglais abandonnèrent les bastilles et le pont qu'ils tenaient en aval de Lagny, laissant sur place une bonne partie de leur équipement. » À propos de cet épisode militaire, l'historienne renvoie au « récit, pas toujours très sûr[394] », du chroniqueur Jean Chartier[410]. En outre, la chronique de ce dernier mentionne la présence de Gilles de Sillé, cousin de Gilles de Rais, au sein des troupes françaises menant des escarmouches lors des lendemains de la levée du siège de Lagny. Toujours d'après Jean Chartier, Gilles de Sillé est fait prisonnier à cette occasion[410], à moins que le chroniqueur ne le confonde avec Michel de Sillé, autre membre de cette vieille maison rattachée par des liens de parenté à Gilles de Rais[n 63]. Huit années plus tard, durant le procès du maréchal, les témoignages des familles des enfants disparus ainsi que les aveux des accusés éclabousseront sérieusement Gilles de Sillé, alors en fuite. De plus, d'après certains témoins du procès, une rumeur aurait été diffusée par des serviteurs de Michel de Sillé pour tenter d'expliquer les disparitions d'enfants : les Anglais auraient censément exigé vingt-quatre jeunes otages dans le cadre de la rançon « dudit sire Michel[413] », prétexte jugé « absurde » et « invraisemblable » par les médiévistes Noël Valois et Olivier Bouzy en vertu des usages relatifs aux prisonniers de guerre à l'époque[411],[414].

Mort de Jean de Craon, disgrâce de La Trémoille et espacement des engagements militaires[modifier | modifier le code]

Le connétable Arthur de Richemont, enluminure sur parchemin, Armorial de Gilles Le Bouvier, dit Berry, héraut d'armes du roi Charles VII, ms. 4985, fo 17 vo, XVe siècle, BnF[415].

Jean de Craon, le grand-père de Gilles de Rais, meurt au mois de [407].

Un énième complot est ourdi contre Georges de la Trémoille, vraisemblablement sous les auspices du connétable de Richemont et de Yolande d'Aragon. Fin , à Chinon, le grand chambellan est assailli dans sa chambre par Pierre d'Amboise (seigneur de Chaumont et cousin de l'ancien conjuré Louis d'Amboise), Jean de Bueil, Prigent de Coëtivy et Pierre de Brézé. Conduit par Jean de Bueil au château de Montrésor, La Trémoille s'engage à libérer Louis d'Amboise et à payer une rançon de 6 000 écus à son geôlier. Lors des états généraux tenus à Tours en , Charles VII entérine la chute de son ancien grand chambellan. La maison d'Anjou retrouve toute son influence à la cour, le jeune Charles d'Anjou devient l'homme clef du Conseil royal et les complices de l'enlèvement de La Trémoille — dont Jean de Bueil, ennemi de Gilles de Rais — acquièrent « grand gouvernement et autorité » auprès du souverain[416]. Gilbert Motier de La Fayette reprend son titre de maréchal après l'avoir perdu en 1429 au profit de Gilles de Rais, destitution probablement voulue à l'époque par La Trémoille[n 64].

En février 1434, les Anglais menacent la ville de Sillé dans le Maine, siège du fief d'Anne de Sillé, veuve de Jean de Craon. En réaction, les chefs de la maison de Laval — les frères Guy XIV de Laval et André de Lohéac — ainsi que leur cousin Gilles de Rais prennent part à une expédition militaire commandée par le connétable Arthur de Richemont. L'avant-garde de l'armée est placée sous les ordres des maréchaux de Rieux et de Rais. Ce dernier, bien que doté de troupes fastueuses, apparaît isolé au sein des seigneurs présents — le connétable au premier chef ainsi que Prigent de Coëtivy, Jean de Bueil, Charles d'Anjou et le duc Jean d'Alençon — qui appartiennent majoritairement à la coalition d'ennemis de La Trémoille. La compagnie arrive devant Sillé, fait face aux Anglais mais les deux armées se séparent sans combattre[418],[419],[420],[421].

Vers le milieu de l'année 1434, en dépit de son éloignement forcé de la cour, La Trémoille exhorte toujours Gilles de Rais à poursuivre la guerre contre les Bourguignons. Or, vraisemblablement déjà ruiné par ses dépenses, le baron de Rais ne tente guère d'empêcher les troupes du duc Philippe de Bourgogne de s'emparer de Grancey. Après la chute de cette ville en , le roi Charles VII convoque son maréchal et menace de lui retirer sa charge[n 65].

Le , Charles VII proclame la mise sous interdit du baron de Rais consécutivement aux plaintes formulées par la famille de celui-ci[425],[426],[427], à savoir son frère René et les Laval : Anne, André et Louis[428].

Dilapidation du patrimoine[modifier | modifier le code]

Enluminure représentant des nobles déposant ou retirant une bourse de pièces d'or chez un banquier. À droite, la femme du banquier compte les pièces. Bibliothèque de l'Arsenal, ms. 5070, fo 276 vo, XVe siècle[429].

Les informations relatives à la dilapidation des biens de Gilles de Rais proviennent en majeure partie d'un mémoire[426] de 70 folios[430], rédigé vers 1461-1462 par ses héritiers, version augmentée d'un premier mémoire à l'origine de la mise sous interdit du maréchal en 1435[426]. Les médiévistes ne s'accordent pas tous quant à la fiabilité de cette source. Ainsi, Jacques Heers en minore la portée, estimant le document trop à charge puisque sa finalité vise à annuler les ventes passées des biens fonciers de Gilles de Rais en arguant la folle prodigalité de ce dernier[n 66]. « À la fois tendancieux et instructif » selon Philippe Contamine[433], le mémoire n'en est pas moins exploité de manière critique par les historiens[56]. En sus des actes des procès, Matei Cazacu regarde ce texte comme « le plus important document connu à ce jour sur Gilles de Rais (…), formidable effort de reconstitution des écarts d'une vie et d'une personnalité[426]. »

De surcroît, les pièces comptables relatives à la gestion du patrimoine et aux dépenses du baron de Rais ne subsistent guère qu'à l'état d'épaves[434]. Ces lacunes documentaires compliquent toute étude comparative qui permettrait de vérifier précisément les accusations lancées par les héritiers dans leur mémoire. Partant, l'historien François Macé remarque que le mémoire a beau être « toujours la base indispensable à toute description de [la] fortune [de Gilles de Rais] (…), de nombreux auteurs se contentent de reprendre ce document » sans se référer aux études de l'abbé Bourdeaut et de René Blanchard qui fournissent « les matériaux d'une analyse plus poussée[435]. » François Macé lui-même présente « une seigneurie nantaise au XVe siècle » en se basant sur des comptes postérieurs à la mort du maréchal de Rais[n 67] ou antérieurs à sa majorité[n 68]. Admettant par conséquent que son étude est « loin, très loin d'épuiser les problèmes liés à la fortune de Gilles de Rais », le chercheur considère la possibilité d'étudier l'évolution de la seigneurie tout au long du XVe siècle grâce à des éléments trouvés dans d'autres propriétés du baron. Cependant, l'historien demeure « conscient que les interrogations restent toujours aussi nombreuses[164]. »

Étudiant une autre source primaire, à savoir le minutier du clerc Jean de Recouin, notaire-juré du Châtelet d'Orléans durant les années 1430, la chercheuse Élodie Martin constate que l'état de conservation des premières et dernières pages du registre rend impossible la lecture des actes correspondants. Qui plus est, elle signale des pages découpées ou manquantes, presque toutes relatives à Gilles de Rais, notant que ces pertes remontent déjà au XIXe siècle[436]. Ce constat effectué, elle dénombre finalement quatre-vingt-dix-huit actes se rapportant aux dépenses effectuées durant le séjour de Gilles à Orléans, de à . Élodie Martin ajoute :

« Bossard estime, suivant en cela les héritiers, que les factures étaient surestimées, mais des comparaisons demeurent difficilement faisables. L'analyse précise [des] opérations orléanaises [de Gilles de Rais] reste à faire[437]. »

Dépenses militaires[modifier | modifier le code]

Dans le mémoire rédigé vers 1461-1462 à la demande des héritiers, ces derniers incriminent les « folles dépenses » commises par Gilles de Rais dès que celui-ci eut atteint l'âge de 20 ans, avant même le décès de son aïeul Jean de Craon. Le document mentionne ainsi l'entretien d'une troupe de deux cents hommes à cheval comme l'une des prodigalités du maréchal défunt, sans trop insister sur ce point[42],[254]. Matei Cazacu pense que ce laconisme s'explique par la prudence des héritiers, désireux de ne pas heurter Charles VII en formulant trop de reproches visant les dépenses militaires de Gilles, gages de sa participation à la guerre menée contre les Anglo-Bourguignons[438]. Compte tenu de l'impécuniosité du Trésor royal à l'époque, le souverain était d'autant plus enclin à accepter l'engagement d'un sire de Rais capable d'assumer les frais d'entretien de ses troupes, notamment en avril 1429 lors de la constitution de l'escorte du convoi d'armes et de vivres destinés à Orléans assiégée[340],[334].

Selon l'abbé Arthur Bourdeaut, les premières aliénations des domaines de Gilles de Rais concordent avec ses premières campagnes militaires. Après quelques ventes négligeables, le baron cède Blaison pour 5 000 écus à son conseiller martial Guillaume de la Jumellière, seigneur de Martigné-Briant. La transaction est conclue en 1429, année de lourdes dépenses occasionnées par les expéditions guerrières consécutives à la levée du siège d'Orléans. La perte de Blaison, terre patrimoniale du père de Gilles, suscite la colère de Jean de Craon[439].

Dépenses somptuaires[modifier | modifier le code]

Représentation du massacre des Innocents, XVe siècle, Paris, musée du Louvre.

Rais est également accusé de traîner à sa suite plus de cinquante individus, chapelains, enfants de chœur, musiciens, pages et serviteurs. Dédiée aux Saints Innocents, sa chapelle est tapissée de drap d'or et de soie. Les ornements, les vases sacrés sont d'or et enrichis de pierreries. Il a aussi un jeu d'orgues qu'il fait toujours porter devant lui. Ses chapelains, habillés d'écarlate doublé de menu vair et de petit gris, portent les titres de doyen, de chantre, d'archidiacre, et même d'évêque, et il a de plus député au pape pour obtenir la permission de se faire précéder par un porte-croix.

Dépenses festives[modifier | modifier le code]

Représentation d'une farce médiévale.
Gravure du XIXe siècle.

Le mémoire des héritiers accuse le maréchal de donner à grands frais des divertissements, et notamment des représentations théâtrales :

« Item, faisait foire jeux, farces, morisques, jouer mystères à la Pentecôte et à l’Ascension, sur de hauts eschaffaux, sous lesquels estoit hypocras et autres forts vins comme en une cave. Qu'il se tenait en villes comme Angers, Orléans et autres, auquel lieu Orléans il demeura un an sans cause et y dépensa quatre-vingts à cent mille écus, empruntant de qui lui voulait prêter, engageant les bagues et joyaux pour moins qu'ils ne valaient, puis les rachetant bien cher, vendant et engageant ses terres, et donnant blancs signés et procure sans en prendre connaissance[42],[440],[441],[442]. »

Les chercheurs rapprochent ce passage du mémoire des héritiers de deux documents d'archives conservés à Orléans.

Probablement célébrés dès 1429, les commémorations orléanaises de la levée du siège comportent des mises en scène, entre autres spectacles[443]. Or, dix ans après l'intervention de Jeanne d'Arc, un registre des comptes de la ville d'Orléans pour l'année 1439 mentionne que la cité ligérienne acquiert pour sept livres tournois « un estendard et bannière qui furent à Monseigneur de Reys [Rais] pour faire la manière de l'assault comment les Tourelles furent prinses sur les Anglois le huitième jour de may[444]. » En outre, le minutier du notaire-juré Jean de Recouin atteste du séjour de Gilles de Rais à Orléans de à [436], confirmant ainsi partiellement certaines indications — géographique et temporelle — du mémoire des héritiers[445].

Heures d'Étienne Chevalier enluminées par Jean Fouquet, musée Condé, Chantilly, XVe siècle.
Côtoyant certains comédiens dans les échafauds, des spectateurs assistent à un mystère consacré au martyre de sainte Apolline.

Partant, plusieurs chercheurs — du philologue romaniste François Guessard en 1862 au chartiste Matei Cazacu en 2005 — déduisent qu'un spectacle monumental aurait été joué dans la ville : le Mystère du siège d'Orléans[446],[444], œuvre dont ils attribuent tour à tour la commande ou le parrainage, voire la composition partielle, à Gilles de Rais[447],[448],[449],[450],[451],[452],[453]. Celui-ci a été décrit à l'avenant comme un interprète (de son propre rôle ou d'un autre) durant la représentation du mystère[454],[455]. Ces diverses thèses n'en demeurent pas moins contestées[456],[457],[458].

Dans le Mystère du siège d'Orléans, le personnage du « mareschal de Rais », également dénommé « le sire de Rais » ou simplement « Rais », est dépeint comme un fidèle compagnon d'armes de Jeanne d'Arc, à l'instar des autres capitaines entourant l'héroïne. En témoignent certains vers déclamés par le personnage de Charles VII ; tout en pourvoyant la Pucelle de vivres destinées à Orléans ainsi que d'« artillerie » et d'or, le souverain lui annonce qu'il « commande exprès » au maréchal de Rais et à Ambroise de Loré » de « conduire [ses] gens » où elle le voudra[459].

Or le pendant théâtral de Gilles de Rais ne tient qu'un rôle « mineur[460] » si l'on jauge les neuf répliques (76 vers) du personnage[458] au regard des 20 538 vers que compte l'œuvre[461],[462],[463]. Auteur d'études sur le théâtre médiéval, Michel Rousse[464] suggère que « Rais » pourrait symboliser, par sa seule présence, l'armée royale combattant aux côtés de Jeanne d'Arc[465]. Toutefois, cette interprétation d'une valeur « symbolique » du personnage est contredite par Vincent Petitjean, docteur en littérature comparée, pour qui le « sire de Rais » n'a pas d'« importance particulière » dans la pièce puisqu'il y « occupe essentiellement une fonction de « passeur » » chargé de convoyer la Pucelle à Orléans, caractéristique préalablement relevée par Gérard Gros, professeur de Lettres médiévales[466]. De même, pour le médiéviste Jean-Christophe Cassard, les personnages des « capitaines jouent les utilités, (...) ils accompagnent la progression de la pièce : ils sont là pour opiner au cours des conseils de guerre en appuyant le choix majoritaire (c’est l'essentiel de la tâche dévolue au maréchal de Rays quand il s'agit d'établir l'itinéraire de l'armée de secours vers Orléans (...), une discrétion qui ne va pas dans le sens de l'hypothèse voulant voir dans Gilles de Rais le mécène à l’origine de l'écriture d’au moins cette version du mystère[458] !). »

D'autre part, Gérard Gros conjecture que la ville d'Orléans aurait cessé de mettre en scène l'œuvre théâtrale après l'année 1440 en raison de la réputation infamante acquise par le maréchal à la suite de sa pendaison. Pour la même raison, Gros estime que le texte définitif du mystère — établi postérieurement à l'année 1440, selon toute vraisemblance — minimiserait le rôle actif joué par Gilles de Rais lors de la levée du siège en 1429[467]. A contrario, Vicki L. Hamblin, professeur de français à l'université Western Washington, considère que le personnage du « sire de Rais » se conforme de manière adéquate au rôle historique de son modèle, accompagnant Jeanne d'Arc de Blois à Orléans et participant à la délivrance de la ville, d'où il ressort que « le fatiste qui reprenait la narration des chroniques et les témoignages des procès de la Pucelle ne se préoccupait pas du sort de cet individu[468]. » De surcroît, Vicki L. Hamblin avance que le Mystère du siège d'Orléans ne semble ni être antérieur à 1450, ni avoir été joué sur scène[456],[469]. Le médiéviste Philippe Contamine envisage que certaines composantes de cette œuvre puissent vraisemblablement « remont[er] à la décennie 1430 » avant d'avoir été intégrées « à partir du milieu du XVe siècle dans des développements plus amples », aboutissant ainsi vers 1500 au texte final, « le seul connu[445]. » Somme toute, l'historien résume les questions soulevées par les diverses sources :

« Gilles de Rais exerça-t-il ses fonctions de généreux mécène précisément à Orléans, lors de son séjour ? Parmi les mystères et moralités joués et mis en scène à son initiative et à ses frais, y eut-il un mystère relatif à l'histoire de Jeanne d'Arc et du siège d'Orléans ? La mention du compte de la ville en 1435 a-t-elle un lien quelconque avec cet éventuel mystère ? Enfin, le Mystère du siège d'Orléans est-il le même, en tout ou en partie, que celui qui aurait été commandité par Gilles ? À la première question, on peut répondre que, s'il est un lieu où Gilles put monter ses spectacles, compte tenu de ce que nous savons de ses déplacements et de ses séjours dans la décennie 1430, c'est bien Orléans. En revanche, aucun élément positif ne permet de dire que le siège d'Orléans ait suscité une œuvre théâtrale de sa part, rien ne permet de mettre en rapport les mentions du compte de 1435 et l'activité de Gilles[457]. »

Aliénation des domaines[modifier | modifier le code]

Tout cela occasionne des frais énormes qui l'obligent, en 1434, à vendre au duc Jean V de Bretagne les places de Mauléon, de Saint-Étienne-de-Mer-Morte, du Loroux-Bottereau, de Pornic et de Champtocé-sur-Loire.

De façon à pourvoir à ses dépenses somptuaires, Gilles de Rais aliène une partie de ses terres. Parmi les acheteurs, on compte les bourgeois d'Angers et « les manieurs d'argent de la cour bretonne », l'évêque-chancelier Jean de Malestroit et Geoffroy Le Ferron, futur trésorier général[470].

Les difficultés financières du baron de Rais prennent un tour dramatique. Face à cela, sa famille (son frère cadet René de La Suze en tête) lui intente un procès afin d'interdire à quiconque d'acheter des terres lui appartenant[471]. Elle obtient un arrêt du parlement de Paris qui défend au maréchal d'aliéner ses domaines. Le roi ne voulant pas approuver les ventes déjà faites, le duc Jean V de Bretagne s'oppose à la publication de ces défenses et refuse d'en donner de semblables dans ses États.

René de La Suze, frère de Gilles, et ses cousins André de Lohéac et Guy XIV de Laval, irrités de ce refus, s'efforcent de conserver ces places dans leur famille et résistent au duc Jean V ; mais ce dernier les reprend et enlève à son gendre Guy XIV de Laval, cousin de Gilles, la lieutenance générale de Bretagne pour la confier à Gilles de Rais lui-même, avec lequel il consomme tous ses marchés en 1437.

En 1438, le baron de Rais intervient, en tant que lieutenant général du duché, contre Jean de Hardepenne, sire de Montaignu et de Belleville. Ce dernier est apparenté aux Penthièvre, ennemis jurés du duc Jean V[472].

Crimes[modifier | modifier le code]

Coup de force de Saint-Étienne-de-Mer-Morte[modifier | modifier le code]

Le clocher isolé, dernier vestige de l'église romane de Saint-Étienne-de-Mer-Morte.

Après avoir confié la châtellenie de Saint-Étienne-de-Mer-Morte à son frère René de la Suze en 1434, Gilles de Rais se ravise et récupère le château par un coup de force. Le maréchal conserve son bien en s'accordant avec son cadet à Nantes le [473].

Gilles aliène de nouveau Saint-Étienne-de-Mer-Morte à la suite d'une transaction avec Geoffroy Le Ferron, trésorier et homme de confiance du duc Jean V de Bretagne. L'officier ducal confie l'administration de la châtellenie à son frère Jean Le Ferron, clerc tonsuré. Cependant, le baron de Rais tente derechef de se réapproprier le château, cette fois pour le revendre à son cousin, le sire de Vieillevigne. Jean Le Ferron s'y oppose[474].

Plaque du clocher de Saint-Étienne-de-Mer-Morte, commémorant l'attentat commis par Gilles de Rais le 15 ou le .

En représailles, le jour de la Pentecôte ou au lendemain de cette fête religieuse, le 15 ou le , Gilles de Rais place en embuscade une troupe de cinquante à soixante hommes dans un bois voisin de Saint-Étienne-de-Mer-Morte. Le maréchal pénètre en armes dans l'église paroissiale et interrompt la grand-messe de l'officiant Jean Le Ferron, injuriant ce dernier et menaçant de le tuer avec une guisarme s'il ne sort pas du sanctuaire[n 69]. Effrayé, le clerc tonsuré s'exécute en emboîtant le pas du marquis Lenano de Ceva, capitaine piémontais au service de Gilles. Après avoir ouvert les portes du château de Saint-Étienne-de-Mer-Morte à ses agresseurs, Jean Le Ferron y est incarcéré avec un receveur et Jean Rousseau, sergent général du duché de Bretagne[476],[477],[478],[n 70].

De la sorte, Gilles de Rais porte simultanément atteinte aux majestés divine et ducale. D'une part, il commet un sacrilège en violant les immunités ecclésiastiques[480]. D'autre part, il porte la main sur des serviteurs ducaux dans le diocèse même de l'évêque de Nantes, Jean de Malestroit, l'influent chancelier de Jean V de Bretagne[n 71].

Le duc breton condamne son vassal à rendre la place forte à Jean Le Ferron sous peine d'avoir à payer une amende de 50 000 écus d'or[481]. Gilles de Rais fait alors conduire son prisonnier à Tiffauges, forteresse sise hors de la juridiction bretonne[482] car relevant du comté de Poitou[483]. En , le baron de Rais se rend à Josselin afin d'y rencontrer son suzerain Jean V de Bretagne mais la teneur de leurs propos demeure inconnue[n 72].

Enquêtes ecclésiastique et séculière[modifier | modifier le code]

Maquette représentant Nantes enserrée dans ses fortifications à la fin du Moyen Âge, musée d'histoire de Nantes.

Probablement peu de temps après l'attentat de Saint-Étienne-de-Mer-Morte, une enquête secrète — l’inquisitio infamiae — est ouverte par la justice ecclésiastique[485]. Cette procédure inquisitoire débute par une phase d'information visant à recueillir des témoignages sur la fama d'un individu[486], autrement dit sur sa réputation établie par la rumeur[487],[486] dans un cadre juridique[488]. Par conséquent, Jean de Malestroit accomplit une visite pastorale dans son diocèse de Nantes, à commencer par la paroisse Notre-Dame où se trouve l'hôtel de la Suze, lieu de résidence de Gilles de Rais[485]. L'évêque cherche ainsi à se renseigner à propos des bruits infamants qui courent sur des disparitions d'enfants[n 73] aux alentours des demeures du baron.

Les résultats de l'enquête ecclésiastique sont publiés le sous forme de lettres patentes par Malestroit : Rais est accusé par la rumeur publique de viols et meurtres commis sur de nombreux enfants ainsi que d'invocations et pactes démoniaques[490]. Parallèlement, la justice séculière procède à l'audition des mêmes témoins[491] dans le cadre de l'enquête conduite par le clerc Jean de Touscheronde au nom de Pierre de L'Hôpital, juge universel de Bretagne[492].

Le , le duc Jean V de Bretagne s'entretient à Vannes avec son frère, le connétable de France Arthur de Richemont. Compromis dans la Praguerie contre le roi Charles VII au , Jean V souhaite obtenir de Richemont, grand officier royal, une promesse d'assistance mutuelle. Pour ce faire, le duc octroie notamment au connétable la terre de Bourgneuf-en-Retz, bien de Gilles de Rais[493],[494]. Richemont retourne ensuite dans le domaine royal et s'empare de Tiffauges, libérant l'otage Jean Le Ferron[495].

Le sire de Rais est cité à comparaître devant le tribunal ecclésiastique de Nantes, sous les accusations de « meurtres d'enfants, de sodomie, d'invocations de démons, d'offense à la Majesté divine et d'hérésie[491] ». Deux jours plus tard, le , le baron est arrêté en son château de Machecoul par Jean Labbé, capitaine d'armes au service du duc de Bretagne[492],[n 74]. Parmi les prévenus figurent le clerc Francesco Prelati, le prêtre Eustache Blanchet, les serviteurs Henriet Griart et Étienne Corillaut, dit « Poitou » ainsi que Tiphaine Branchu et Perrine Martin, dite « la Meffraye », deux femmes accusées d'être des pourvoyeuses d'enfants[492]. Probablement déjà en fuite, Gilles de Sillé et Roger de Briqueville ne sont pas appréhendés.

Le maréchal est emprisonné dans le château de Nantes[499].

Procès[modifier | modifier le code]

Premières audiences[modifier | modifier le code]
Dessin de la tombe de Jean de Malestroit « en cuivre jaune devant le crucifix au milieu de la nef de l'église cathédrale de Saint-Pierre de Nantes ». Anonyme (Louis Boudan ?), 1695, BnF.

À la suite de son arrestation le , Gilles de Rais comparaît à une date inconnue devant la cour séculière de Nantes, présidée par Pierre de L'Hôpital, président et juge universel de Bretagne, grand officier du duc Jean V[500],[n 75]. Le baron doit répondre des chefs d'accusation relatifs aux assassinats d'enfants et à l'attentat de l'église de Saint-Étienne-de-Mer-Morte suivi de l'occupation du château du même lieu. Cependant, la relation officieuse de cette première audience ne mentionne que la réponse de Gilles aux juges civils à propos de l'affaire de Saint-Étienne-de-Mer-Morte, sans aucune référence aux meurtres[500]. Le , dans le cadre du procès séculier, le clerc Jean de Touscheronde commence à recueillir les témoignages des parents des enfants disparus[502].

Le , dans la grande salle supérieure du château de la Tour Neuve, Gilles de Rais comparaît pour la première fois devant l'officialité de Nantes, autrement dit le tribunal ecclésiastique présidé par Jean de Malestroit, tout à la fois évêque de Nantes, président de la Chambre des comptes de Bretagne et chancelier du duc Jean V. Cette dernière charge fait de Malestroit « le supérieur hiérarchique de toute l'administration judiciaire, y compris celui de Pierre de L'Hôpital, président et juge universel[503]. »

Le « promoteur [autrement dit le procureur] aux causes de la foi » Guillaume Chapeillon accuse le baron d'avoir commis l'« hérésie doctrinale ». Il l'assigne donc à comparaître le 28 du mois devant le représentant de l'Inquisition pour la ville et le diocèse de Nantes : le dominicain Jean Blouyn, vicaire de l'inquisiteur du royaume de France Guillaume Merici[504]. Bien que traditionnellement vouée à combattre l'hérésie, l'Inquisition — juridiction déléguée par le pape — ne se substitue pas au pouvoir des évêques, princes et rois ; lors d'un procès visant la défense de l'orthodoxie, la présence d'un inquisiteur aux côtés de l'évêque reste habituelle et appropriée, sinon indispensable[505]. À cette époque, l'activité de l'Inquisition demeure faible en Bretagne[506].

Durant cette première audience, la justice épiscopale n'évoque apparemment pas les chefs d'accusation relatifs aux meurtres d'enfants, à l'instar de la cour séculière[504]. Quoi qu'il en soit, Gilles de Rais consent à comparaître devant ses deux juges, l'évêque-chancelier et le vice-inquisiteur, à la date convenue par le tribunal de l'Église[504].

Par conséquent, Jacques Chiffoleau, historien de la religion et des institutions médiévales, estime :

« que l'on devrait parler des procès. Si l'évêque de Nantes engage l'affaire par l'intermédiaire de son juge — l'official — il s'adjoint bientôt le représentant de l'Inquisiteur de France — ce qui transforme la cause et lui donne les traits d'une procédure inquisitoriale typique —, et il est relayé ou doublé par le juge du duc, pour un jugement typiquement séculier, laïc. Ce caractère double ou triple du procès pose le problème, capital à l'époque de Jean V et de Charles VII, des rapports entre le religieux et le politique, de la nature théologico-politique du pouvoir[507]. »

Selon la conceptualisation de la souveraineté au XVe siècle, la tenue de ces « procès jumeaux, jumelés, presque mixtes » se justifie par la double nature — temporelle et éternelle — d'un « crime irrémissible » de lèse-majesté ducale et divine[508].

Témoignages des parents[modifier | modifier le code]
Une princesse distribuant du pain aux pauvres, dont un jeune garçon (Bruxelles, KBR, ms. 9296, fo 1, vers 1468). D'après les aveux des serviteurs de Gilles de Rais, ce même type d'œuvres charitables permet au baron ou à ses complices de choisir des victimes parmi les enfants demandant l'aumône à proximité ou à l'intérieur de ses châteaux[509],[510].

La cour ecclésiastique consacre finalement la séance du à écouter dix plaignants hors de la présence de Gilles de Rais, la comparution du baron étant ajournée au [511]. Parallèlement, du au , Jean de Touscheronde poursuit l'audition de nombreux parents d'enfants disparus, dans le cadre de l'enquête civile[512]. Parmi la trentaine de parents qui déposent à Nantes, huit résident dans la capitale ducale, neuf proviennent de ses environs, sept arrivent de Machecoul tandis que nous ignorons l'origine de trois d'entre eux. Ils sont généralement accompagnés par des témoins de moralité dont le nombre varie suivant le rang social du plaignant. Ces témoins confirment que la plainte relative à la disparition d'enfants « n'est pas fallacieuse, et sont prêts à supporter avec le plaignant toutes les conséquences qu'entraînerait un faux témoignage », précise Olivier Bouzy[513].

La fama de l'accusé, telle que certains parents la rapportent, peut se fonder sur des on-dit véhiculant partiellement des éléments mythologiques comme les « attributs de l'ogre », selon Jacques Chiffoleau[486]. Un cordonnier machecoulais du nom d'André Barbe, témoin du procès civil, déclare ainsi que lors d'un de ses voyages, il s'était arrêté à Saint-Jean-d'Angély où il lia conversation avec des habitants locaux qui lui demandèrent d'où il venait. En entendant le nom de Machecoul, les Angériens s'exclamèrent « qu'on y mangeoit les petits enfants[514]. » Ces réactions attestent que « même de son vivant, Gilles de Rais était assimilé à un ogre », d'après Matei Cazacu[515].

Les témoignages des parents peuvent se répartir en trois catégories. En premier lieu, certaines dépositions évasives concernent des disparitions inexpliquées, sans aucun élément concret permettant d'impliquer le seigneur de Machecoul. Par ailleurs, d'autres plaintes établissent que des enfants se sont volatilisés autour des résidences de Gilles de Rais, là encore sans prouver son implication. Enfin, des témoignages mettent explicitement en cause l'accusé ou son entourage, notamment Gilles de Sillé[516], sans les accuser spécifiquement de viols ou meurtres pédophiles[517]. Ces dépositions-là dépassent donc le statut de rumeur[518] puisqu'elles citent nominalement des enfants et adolescents disparus après avoir été engagés comme serviteurs dans les demeures du baron de Rais, contrairement aux plaintes relatives à des disparitions qui relèvent « presque du mythe » en raison des circonstances indéterminées et de l'anonymat des enfants, souligne Jacques Chiffoleau[519].

Accumulation des charges[modifier | modifier le code]
Miniature représentant le procès de Gilles de Rais (XVIIe siècle). Armes du président Bouhier, manuscrit à peinture, latin 17663, Paris, BnF.
Tour dite du « Vieux Donjon », Château des ducs de Bretagne, Nantes.

Le samedi , dans la salle basse du château de la Tour Neuve, les dix plaignants de la séance du sont entendus de nouveau par la cour ecclésiastique. Le même jour, dans une grande salle supérieure du château, le seigneur de Tiffauges comparaît de nouveau devant cette même cour, composée cette fois de l'évêque Malestroit et de l'inquisiteur dominicain Jean Blouyn, assistés de notaires publics et de scribes. Le « président de Bretagne » Pierre de L'Hôpital, responsable de la cour séculière, est également présent. Le « promoteur aux causes de la foi » Guillaume Chapeillon expose oralement les articles de l'accusation, dévoilant l'ensemble des délits et crimes reprochés à Gilles de Rais.

Le médiéviste Jacques Chiffoleau rappelle que « (…) les accusations lancées contre le maréchal forment en réalité un triptyque obligé dont l'origine est très ancienne et qui unit très étroitement :
1º) la rébellion, c'est-à-dire le refus intériorisé de l'ordre légitime ;
2º) le pacte avec le diable, qui donne des pouvoirs magiques ;
3º) les actes contre nature, [telle] la sodomie[520] »
.

Cependant, Chiffoleau précise qu'en « insistant sur le poids de la procédure et sur les modèles très forts qui gouvernent alors les juges », il ne prétend pas — en tant qu'historien — délivrer une vérité judiciaire sur les procès[521]. A contrario, Matei Cazacu se dit convaincu de la culpabilité du baron de Rais[168],[522] car, selon l'archiviste paléographe, la pratique de l'alchimie et du satanisme est avérée chez le maréchal, outre le fait que soient connus les noms exacts de huit enfants violés et assassinés, leurs parents apportant des témoignages impliquant précisément l'entourage du seigneur de Tiffauges[523]. De même, pour la médiéviste Valérie Toureille, malgré les intérêts matériels du duc Jean V et de l'évêque Jean de Malestroit, les nombreux témoignages des parents interdisent de « tabler sur l'innocence de Gilles de Rais[524]. » La médiéviste Claude Gauvard souligne également que « l'historien (...) n'est pas un juge. Il peut seulement relever certaines contradictions dans le procès, des transformations entre les dépositions initiales des témoins et les chefs d'accusation développés par les juges, mais il doit aussi affirmer que les faits sont têtus. Étant donné les premiers récits des témoins qui ont servi de base à l'enquête, les enlèvements d'enfants mâles ne sont pas une simple rumeur. En revanche, leur nombre relève sans doute du fantasme[518]. » La médiéviste ajoute que « l'historien ne trempe pas non plus dans la thèse complotiste qui voudrait voir dans ces deux procès une machination » orchestrée par le duc Jean V et son chancelier Jean de Malestroit[518].

Face aux accusations, le sire de Rais souhaite récuser ses juges. Jean de Malestroit et le frère Blouyn rejettent aussitôt son appel, considéré comme « frivole », au motif qu'il n'est pas présenté par écrit. Le baron nie « la vérité desdits articles » et conteste qu'il y ait matière à procès, tout en s'affirmant comme « vrai chrétien ». Le promoteur jure alors de dire la vérité puis il prie Gilles de prêter le même serment, en vain. Malestroit et Blouyn somment Gilles de jurer, le menaçant d'excommunication, mais l'accusé persiste dans son refus et ses dénégations. En réaction, l'évêque de Nantes et le vicaire de l'inquisiteur assignent le promoteur Guillaume Chapeillon et le maréchal de Rais à comparaître le mardi [525]. Le jour dit, Malestroit et Blouyn ajournent la comparution de Gilles de Rais au surlendemain. Ils entendent de nouveau, en la salle basse du château de la Tour Neuve, les plaintes et les lamentations des parents des victimes, qui supplient l'évêque et le vice-inquisiteur « de pourvoir à la justice nécessaire et opportune[526]. »

Le jeudi à 9 heures du matin, en la grande salle supérieure du château, en présence de Malestroit, Blouyn, L'Hôpital et de personnalités nantaises, le promoteur Guillaume Chapeillon lit l'acte d'accusation de quarante-neuf articles devant Gilles de Rais. Interrogé à ce sujet par l'évêque et le vice-inquisiteur, le seigneur de Tiffauges refuse de reconnaître l'autorité de ses juges et les traite de « simoniaques » et de « ribauds », ce qui entraîne en réaction son excommunication[527].

Lors de la reprise du procès le samedi , « un renversement décisif se produit[528] » puisque Gilles reconnaît Malestroit et Blouyn comme ses « juges compétents », avoue avoir « commis et méchamment perpétré les crimes et délits énoncés dans leur juridiction » puis demande en pleurant le pardon de l'évêque, du vice-inquisiteur et des autres ecclésiastiques pour les paroles offensantes tenues à leur encontre, ce que ses juges lui accordent[529].

Excommunication et aveux[modifier | modifier le code]
Scène judiciaire de la fin du XVe siècle. Enluminure ornant un manuscrit du Style du droit français de Jean Masuyer, vers 1483-1485, ms. Français 4367, fo 55 vo, Paris, BnF.

Sa première « confession » (terme désignant l'aveu au Moyen Âge)[530], dite « confession hors jugement[n 76] » est prononcée « volontairement, librement et douloureusement » le dans la « chambre haute » du château nantais de la Tour Neuve, où il est emprisonné[531]. L'accusé répète, en l'assortissant de nouvelles précisions, cette confession à l'audience du [532].

Bien que frappants de réalisme, les aveux de Gilles de Rais et de ses complices ne constituent pas un compte rendu sténographique fidèle, énonce Jacques Chiffoleau, mais une reconstruction écrite après coup selon la méthode inquisitoriale qui recourt à des « interrogatoires très réglés, composés de questions élaborées à l'avance, [transcrivant les dépositions orales conformément] à l'écrit classificatoire et scolastique des notaires et des juges, l'usage éventuel de la torture pour aller jusqu'à une confession qui n'est le plus souvent qu'une homologation de ce que l'accusation propose[533]. » De même, Claude Gauvard souligne que les témoignages sont façonnés par les attentes des juges, dont l'imaginaire s'imprègne de la « crainte d'une épidémie démonologique » contemporaine des débuts médiévaux de la chasse aux sorcières. La médiéviste estime donc « difficile, voire impossible » de « faire la part de ce qui relève du fantasme » dans ces aveux puisque « la description des faits s'ancre insidieusement dans le réel[530]. »

Toutefois, Chiffoleau reconnaît n'avoir jamais rencontré dans un autre interrogatoire inquisitorial, ni même dans aucun texte antérieur à l'œuvre écrite du marquis de Sade, l'équivalent de certains passages de la déposition d'Étienne Corrillaut en date du . Ce serviteur du baron y détaille les rituels d'assassinat[534],[n 77] : « Ledit Gilles de Rais quelque fois se vantait d'avoir une plus grande délectation à tuer et à égorger ou à faire tuer lesdits garçons et filles, à les voir languir et mourir, à couper leurs têtes et leurs membres et à voir le sang, que d'exercer la luxure sur eux[536]. (...) Après l'incision de la veine du cou et de la gorge desdits enfants ou d'autres parties du corps et lorsque le sang coulait et aussi après la décapitation, pratiquée comme il est dit ci-dessus, il s'asseyait parfois sur leur ventre et se délectait à les voir mourir ainsi et il s'asseyait de biais pour mieux voir leur fin et leur mort[537],[534]... »

Alchimie et évocations diaboliques[modifier | modifier le code]
L'Enfer, enluminure ornant Les Très Riches Heures du duc de Berry, Chantilly, musée Condé, fo 108, vers 1411-1416.

Les 16 et , le prêtre malouin Eustache Blanchet et Francesco (François) Prelati, clerc toscan originaire de Montecatini Terme près de Pistoie, comparaissent devant la cour ecclésiastique. Ces deux serviteurs du sire de Rais affirment que leur maître s'adonnait à l'alchimie en vue de trouver la pierre philosophale[n 78]. À cet effet, le baron envoyait quérir dans le royaume de France et à l'étranger « des maistres qui se entremetoient de l'art d'arquemie », accusation qui sera ultérieurement reprise par les héritiers de Gilles dans le mémoire visant à démontrer sa prodigalité[539]. Blanchet aurait ainsi recruté Prelati en 1438, lors d'un voyage à Florence[n 79].

Outre les expériences alchimiques, Prelati déclare avoir tenté d'invoquer un démon familier nommé « Barron[n 80] » au château de Tiffauges, en présence de Gilles de Rais[n 81]. Le clerc prétend également avoir interrogé Barron dans une prairie près de Josselin, par conséquent non loin du château où se tint l'entrevue de entre le duc Jean V de Bretagne et Gilles de Rais[484].

Suivant les « schèmes interprétatifs[n 82] » des juges, ces propos incriminent le seigneur de Tiffauges en associant étroitement « sa rébellion à l'égard de Dieu et du duc » et ses rapports avec le diable. Puisque des invocations démoniaques visant à accroître le pouvoir et la richesse du maréchal auraient été perpétrées, a fortiori à proximité de Jean V, ces « actes indicibles » menaceraient directement le pouvoir ducal en sus d'offenser gravement le Créateur. À ces deux accusations principales s'adjoint une troisième, les « attentats contre la nature », autrement dit la sodomie et les meurtres commis par Gilles de Rais. Ainsi se construit « un système très cohérent », mais en partie mythologique, selon le médiéviste Jacques Chiffoleau[546],[547].

Jugement et exécution de la peine[modifier | modifier le code]
Exécution de Gilles de Rais, gibet et bûcher (XVIe siècle ?). Manuscrit à peinture aux armes du président Bouhier, Paris, BnF, département des manuscrits, Ms. Français 23836.

La condamnation est prononcée le par la cour ecclésiastique dans la grande salle supérieure du château de la Tour neuve, en présence de Gilles de Rais. Ce dernier est ensuite conduit, le même jour, au château du Bouffay pour entendre le jugement du tribunal séculier présidé par le juge universel de Bretagne, Pierre de L'Hôpital[548]. Gilles de Rais a été excommunié pour « apostasie hérétique […] invocation des démons […] crime et vice contre nature avec des enfants de l'un et de l'autre sexe selon la pratique sodomite. » La sentence de la cour ecclésiastique attribue à Gilles de Rais le meurtre de « cent quarante enfants, ou plus[549] » tandis que la sentence de la cour séculière n'arrête pas de nombre exact en mentionnant l'assassinat de « plusieurs petits enfants[550] ». Gilles de Rais et ses deux valets sont condamnés à être pendus, puis brûlés. À sa demande, Pierre de l'Hôpital lui accorde trois faveurs : le jour de l'exécution, les familles des victimes pourront organiser une procession, il sera exécuté avant ses complices et son corps ne sera pas entièrement brûlé pour être inhumé en terre d'église au monastère de Notre-Dame des Carmes de Nantes[551].

Niche de Notre-Dame de Crée-Lait, vieux Nantes, carte postale.

Le lendemain matin, le mercredi , après une messe à la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes, l'exécution est accomplie en « prairie de Biesse », partie amont de l'île de Grande Biesse[n 83]. Tandis que ses valets, Poitou et Henriet, sont laissés sur le bûcher, le corps de Gilles de Rais en est retiré, avant d'être trop abîmé par les flammes[553],[554],[n 84].

Conformément à la requête qu'il avait formulée et qu'on lui avait accordée avant son exécution, son corps est enseveli dans l'église du couvent des Carmes, à Nantes. Ce couvent et le monument funéraire dédié à sa mémoire seront détruits durant la Révolution française, et son corps sans doute jeté dans la Loire[réf. nécessaire].

Afin de commémorer le supplice, un monument expiatoire — croix de pierre ou calvaire — est construit chaussée de la Madeleine près de l'actuel Hôtel-Dieu de Nantes (sis sur la place Alexis-Ricordeau[558], et non sur le lieu d'exécution lui-même qui se déroula sur la rive opposée de la Loire[n 85]). Ce monument devient un lieu de pèlerinage pour femmes enceintes[559],[560],[561],[562]. Les vestiges de ce petit monument dit de « Notre-Dame-de-Crée-Lait » sont actuellement conservés au musée archéologique de Nantes[563],[564].

Sort des acolytes[modifier | modifier le code]

Francesco Prelati et Eustache Blanchet[modifier | modifier le code]
Portrait de René d'Anjou en prière.
Heures de René d'Anjou, Angers, 1437 ? (Mss, ms. Latin 1156 A, fo 81 vo, BnF, Paris).

Condamné à la prison perpétuelle, Francesco Prelati réussit probablement à s'évader puis trouve refuge hors de la juridiction du duché de Bretagne, plus précisément à la cour du duc René d'Anjou. Ce prince, fils de Yolande d'Aragon, est devenu le roi titulaire de Sicile et le nouveau dirigeant de la maison d'Anjou consécutivement à la mort de son frère aîné Louis III. Par le truchement d'un confesseur du « bon roi René », dont la cour fastueuse et raffinée accueille nombre d'artistes et de poètes, le jeune clerc italien obtient une audience auprès du prince. Prelati parvient à valoriser ses soi-disant talents d'alchimiste, vraisemblablement grâce à des tours de prestidigitateur permettant de brandir au moment opportun un lingot d'argent dissimulé dans le creuset du « Grand œuvre », tant et si bien que l'escroc est nommé capitaine du château de La Roche-sur-Yon par le duc René[565],[566]. Adoptant désormais l'identité de François de Montcatin (d'après le nom francisé de sa commune natale)[567], l'aventurier toscan profite de sa nouvelle position pour assouvir sa vengeance sur Geoffroy Le Ferron, devenu entretemps trésorier de France[n 86].

Ruines du château de La Roche-sur-Yon, d'après une esquisse datant du XIXe siècle.

En se rendant à Taillebourg auprès de l'amiral Prigent de Coëtivy — époux de la fille de Gilles de Rais[n 87] —, Geoffroy Le Ferron passe à La Roche-sur-Yon le . Invité au château par le capitaine-alchimiste, il y est injurié par le prêtre Eustache Blanchet avant d'être emprisonné arbitrairement sur ordre de Prelati, qui lui reproche sa propre incarcération nantaise du temps du procès de Gilles de Rais. Afin d'extorquer une énorme rançon au trésorier, les deux anciens serviteurs du maréchal lui font subir de mauvais traitements durant deux mois et demi. Entre autres tortures morales et physiques, Francesco Prelati et Eustache Blanchet tentent d'effrayer Le Ferron en feignant de découvrir parmi ses papiers une lettre factice qui le compromet dans une trahison imaginaire de Prigent de Coëtivy[573].

Informés de la situation, des officiers de René d'Anjou exigent que Prelati amène Le Ferron devant le conseil ducal. Le capitaine fait mine d'obtempérer avant de reconduire le trésorier de France dans son cachot. Douze jours plus tard, le chevalier Guy d'Aussigny, seigneur de Trèves et lieutenant du roi « ès pays de Poitou, Saintonge, gouvernement de La Rochelle et Angoumois », se présente avec une compagnie de cinquante hommes de guerre devant la forteresse yonnaise. Refusant de délivrer Geoffroy Le Ferron, Francesco Prelati s'oppose à la reddition de la place et effectue une sortie avec sa propre troupe, provoquant un accrochage qui se solde par la mort d'un soldat de Guy d'Aussigny[574].

Peu après, deux officiers de René d'Anjou essayent derechef d'obtenir de Francesco Prelati qu'il leur livre Geoffroy Le Ferron. Le capitaine italien finit par y consentir après versement de la rançon du trésorier de France. Ce dernier est transféré à Angers, où il dépose vainement une plainte auprès de la chambre des comptes d'Anjou. Le Ferron parvient à être conduit sous escorte auprès du roi René d'Anjou à Nancy mais il demeure un temps en détention dans cette ville, où séjourne alors le roi de France. Charles VII a vent de l'affaire, ce qui entraîne la saisine du parlement de Paris. Le Conseil royal rend finalement un arrêt qui condamne à mort Francesco Prelati et l'écuyer Jacques Chabot[n 88], son principal complice. Vers la fin de ou au début du mois suivant, l'ex-invocateur de démons monte sur le bûcher en expiation de ses crimes[565],[576].

Renvoyé devant la cour du parlement avec plusieurs autres comparses de Prelati, Eustache Blanchet fait constamment défaut de à . Le , le parlement rend son arrêt définitif, condamnant le prêtre et ses acolytes à restituer les biens de Geoffroy Le Ferron, à faire amende honorable au roi et au trésorier de France, au paiement d'une amende ainsi qu'au bannissement perpétuel et à la confiscation de leurs biens[577].

Roger de Briqueville[modifier | modifier le code]

Revendications de la succession et extinction de la lignée[modifier | modifier le code]

André de Lohéac, second époux de Marie de Rais.
Enluminure sur parchemin, Armorial de Gilles Le Bouvier, ms. 4985, fo 19 vo, XVe siècle, BnF.

Peu de temps après la pendaison de son époux, Catherine de Thouars se remarie le avec Jean II de Vendôme, vidame de Chartres. Celui-ci adopte dès lors le titre de seigneur de Pouzauges. Le , il prête serment de fidélité au duc Jean V de Bretagne, qui le nomme chambellan. Catherine de Thouars meurt le [578],[579].

Gilles de Rais ne laisse qu'une fille comme unique héritière : Marie de Montmorency-Laval dite « Marie de Rais », qui lui succède à la tête de la baronnie de Retz. Marie de Rais se marie deux fois : le avec Prigent VII de Coëtivy (1399 – ), amiral de France, gouverneur de La Rochelle[n 89], puis en 1451 avec André de Montfort-Laval dit « André de Lohéac » (1408 – ), seigneur de Lohéac et de Montjean, amiral de France, puis maréchal de France (et cousin de Gilles de Rais). De ses deux unions, Marie de Rais n'aura aucun enfant.

C'est ensuite son oncle René de La Suze, frère cadet de Gilles de Rais, qui hérite de la baronnie de Retz. Marié à Anne de Champagne(-au-Maine), René en a une fille : Jeanne de Montmorency-Laval dite « Jeanne de Rais », qui lui succède. Jeanne se marie le à François de Chauvigny (1430 – ), vicomte de Brosse.

Par la suite, la baronnie de Retz quitte la famille de Montmorency-Laval pour passer à la famille de Chauvigny (André de Chauvigny, fils de François de Chauvigny et de Jeanne de Rais), puis aux familles de Tournemine, d'Annebault, de Clermont(-Tonnerre), de Gondi, de Blanchefort-Créquy, de Neufville-Villeroy et de Brie-Serrant, jusqu'à la Révolution française.

Postérité[modifier | modifier le code]

Barbe-Bleue[modifier | modifier le code]

La Barbe bleue, gravure sur bois de Gustave Doré ornant Les contes de Perrault, Paris, Jules Hetzel, 1862.

À l'image d'autres personnalités historiques comme le prince breton Conomor ou le roi Henri VIII d'Angleterre, Gilles de Rais a été fréquemment associé au protagoniste de La Barbe bleue[581],[582],[583] à tel point que cet amalgame est devenu « un cliché de la littérature folkloriste », pointe Catherine Velay-Vallantin, spécialiste de l'étude des contes. La chercheuse ajoute qu'il « est inutile de chercher dans ce fait divers l'origine du conte Barbe Bleue », précisant que ce dernier « existe indépendamment du fait historique de Gilles de Rais[584] ». Docteur en littérature comparée, Vincent Petitjean n'en souligne pas moins que « la confusion entre les deux personnages est effective et est appelée à faire sens[585]. »

Gilles de Rais, inspiration du conte de Charles Perrault ?[modifier | modifier le code]

Charles Perrault s'est peut-être inspiré de Gilles de Rais pour rédiger son célèbre conte mais le débat n'est pas tranché à ce propos.

La vie et les actions du baron de Rais présentent a priori un rapport assez ténu avec l'assassin d'épouses dépeint dans le conte populaire[586]. Néanmoins, Matei Cazacu considère que les circonstances de l'exécution et l'inhumation du maréchal offrent des prémisses plausibles de son assimilation à Barbe-Bleue[n 90]. En outre, le chartiste estime qu'un processus de folklorisation se met déjà en place dans les Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet, l'un des rares chroniqueurs du XVe siècle — avec Jean Chartier — à se pencher sur le sort de son contemporain Gilles de Rais, « très grand seigneur » pendu à Nantes. De fait, Monstrelet ne se contente pas d'attribuer au maréchal la confession avérée d'assassinats de « pluisuers enfanz soubz eage » mais également des meurtres de femmes enceintes[588]. Par cette inexactitude visant peut-être l'atténuation de faits indicibles, à savoir les viols d'enfants, le chroniqueur « voile [la geste raisienne] d'une aura légendaire, laquelle permettrait de garder la trace d'une figure monstrueuse », d'après Vincent Petitjean[589].

Au siècle suivant, dans son traité De la démonomanie des sorciers (1580), le théoricien politique Jean Bodin s'abstient également de parler des viols d'enfants puisqu'il emprunte à Enguerrand de Monstrelet le motif de l'assassin sacrifiant à Satan des fœtus extirpés du ventre de leurs mères. Le juriste Bodin ajoute que le baron de Rais s'apprêtait à tuer son propre fils de cette manière mais son épouse s'en avisa à temps, de sorte que son « procez luy fut faict. » Là encore, Matei Cazacu observe que ces éléments fantaisistes semblent rappeler partiellement le mythe de Barbe-Bleue[n 91]. Quoi qu'il en soit, l'historiographie paraît alors mieux s'accommoder d'un hérétique[592] — un sorcier idolâtre immolant des enfants au diable — « que d'un maniaque sexuel tuant [ses jeunes victimes] par pur plaisir », note l'écrivain Alain Jost[593].

Copie manuscrite compilant divers procès criminels, dont celui de Gilles de Rais (XVIIe siècle, BnF).

Le Grand Siècle voit la publication des Contes de ma mère l'Oye (1697) chez le libraire et imprimeur parisien Claude Barbin. Ce recueil inclut La Barbe bleue, « histoire [qui] n'est pas une invention de Charles Perrault, mais un conte populaire et une ballade qui ont circulé dans toute l'Europe bien avant 1697 sous des noms différents et dans de nombreuses variantes », indique Matei Cazacu[594]. Or, à en croire des chercheurs comme l'abbé Eugène Bossard et Matei Cazacu lui-même, la vie du seigneur de Tiffauges aurait inspiré, directement ou par ricochet, la rédaction du conte perraultien[n 92]. Ainsi, Cazacu conjecture que Perrault aurait semé dans son texte plusieurs indices permettant de remonter jusqu'à Gilles de Rais[599], à commencer par l'absence de l'habituel sous-titre « conte » dans l'édition originale imprimée en 1697, entre autres allusions sibyllines évoquant une histoire authentique plutôt qu'une fable merveilleuse. Grâce à ses études de droit, l'auteur des Contes de ma mère l'Oye aurait pu avoir accès à l'une des nombreuses transcriptions manuscrites des procès ecclésiastique et séculier du maréchal[600], copies circulant au sein des milieux juridiques sous l'Ancien Régime[601],[602],[603]. Cazacu décèle notamment des similitudes entre des thèmes du conte perraultien (chambre interdite et curiosité féminine) et les aveux des complices de Gilles de Rais, dépositions qui mentionnent non seulement une pièce verrouillée renfermant des corps ou des membres humains mais également l'indiscrétion d'une certaine dame de Jarville lorgnant, à travers une fente, les serviteurs du baron retirer du château de Machecoul les ossements des victimes de leur maître[604].

Cependant, l'hypothèse d'un Gilles de Rais ayant servi de modèle à Charles Perrault est réfutée comme trop incertaine par Vincent Petitjean[605]. Celui-ci ne discerne aucun référence, même voilée, à l'histoire du baron dans la version couchée sur le papier par l'académicien du Grand Siècle[606] : « malgré toute la science et l'habilité intellectuelle de Bossard et Cazacu[585] », il n'est pas établi que le chef de file des Modernes connaissait la vie du maréchal ou que cette connaissance ait été « déterminante dans l'écriture du conte[599] ». Petijean distingue nettement cette question relative à Perrault et ses sources d'un autre phénomène : « la confusion faite dans l'esprit populaire entre Gilles de Rais et Barbe-Bleue[585]. »

Confusion populaire entre Gilles de Rais et Barbe-Bleue[modifier | modifier le code]

Le naturaliste Édouard Richer est le premier écrivain à mentionner une confusion folklorique entre Gilles de Rais et Barbe-Bleue dans « Description de la rivière d'Erdre depuis Nantes jusqu'à Nort » (1820), première lettre du Voyage pittoresque dans le département de la Loire-Inférieure.

La trace écrite de cette confusion remonte originairement à l'année 1820, date de publication de la « Description de la rivière d'Erdre depuis Nantes jusqu'à Nort », lettre incluse ensuite dans le volume Voyage pittoresque dans le département de la Loire-Inférieure. Dans cette relation de voyage à travers l'actuel département de Loire-Atlantique, l'écrivain Édouard Richer est le premier auteur à mentionner, par le truchement d'un texte imprimé, une assimilation populaire entre Gilles de Rais et Barbe-Bleue. D'après des récits locaux, une légende s'enracinerait dans les vestiges du château de la Verrière sur les bords de l'Erdre, ruines pourtant localisées en dehors des domaines historiques du baron. Sept grands arbres s'y dresseraient comme autant de monuments expiatoires consacrés à la mémoire des épouses assassinées par le cruel seigneur du lieu[607],[608],[609].

En 1836, l'amalgame est popularisé grâce aux Notes d'un voyage dans l'ouest de la France[610],[611], rapport dans lequel Prosper Mérimée — écrivain tout autant qu'inspecteur général des monuments historiques — interprète également les traditions régionales relatives à Barbe Bleue « comme un souvenir mythifié de Gilles de Rais[612]. » L'idée est ensuite reprise par Stendhal dans ses Mémoires d'un touriste, autre récit de voyage publié en 1838[611],[613]. Prêtant au maréchal « un amour effréné pour les femmes » moyennant une anecdote fictive[614], Henri Beyle prolonge le rapprochement avec Barbe-Bleue en assimilant Gilles de Rais à Don Juan, topos du « grand seigneur séducteur[615] » ainsi que du « rebelle social, pionnier de l'individualisme radical. » Peu conforme aux sources historiques[616], cette interprétation surprenante marque peut-être « la véritable entrée de Gilles de Rais en littérature », selon Vincent Petitjean[615].

Curiosités de l'histoire de France, 2e série : Procès célèbres (1858). Les affabulations littéraires du polygraphe Paul Lacroix (dit « le Bibliophile Jacob ») vulgarisent l'amalgame entre Gilles de Rais et Barbe-Bleue, en sus d'influencer durablement l'historiographie du personnage.

Cependant, le genre romanesque tire parti plus tardivement de « l'équation Rais/Barbe Bleue »[607]. En 1858, dans ses récits romancés intitulés Curiosités de l'histoire de France, le polygraphe Paul Lacroix (dit « le Bibliophile Jacob ») affuble fictivement Gilles de Rais d'une chevelure blonde détonnant avec une barbe noire aux « reflets presque bleuâtres, qui avaient fait donner au sire de Rays le surnom de Barbe Bleue, surnom populaire en Bretagne, où son histoire s'est métamorphosée en conte fantastique[617],[612]. » Entre autres détails inventés par le « Bibliophile Jacob » et promis à une belle fortune littéraire, cette singulière pilosité faciale et ce sobriquet soi-disant prêté au maréchal de son vivant assimilent ostensiblement ce dernier au cruel mari du conte populaire[612], sans que l'auteur précise à quelle version du conte il se réfère[618]. Paul Lacroix trace ainsi la physionomie conventionnelle de Gilles de Rais dans les lettres, reprise à qui mieux mieux par d'autres romanciers tels Émilie Carpentier dans Mémoires de Barbe-Bleue (1865) et Alexandre Bessot de Lamothe dans Les Mystères de Machecoul (1871)[619]. Sur le plan historique, Jules Michelet ne mentionne initialement aucun rapprochement entre Gilles de Rais et Barbe-Bleue dans son Histoire de France (1841) mais à compter d'une réédition publiée en 1876, son ouvrage affirme que « l'histoire du Breton Retz, fort adoucie, a fourni la matière d'un conte ; de plus (pour l'honneur de la famille ou du pays ?), on a substitué à son nom celui du partisan anglais Blue barb[620],[596]. » L'écrivain Ernest d'Hervilly admet avoir « vainement cherché la trace » de cet énigmatique Anglais[621].

Pour soutenir sa thèse ès-Lettres publiée en 1885, l'abbé Bossard a glané plusieurs traditions populaires relatives à Barbe-Bleue.

De Pierre Foucher (1772-1845), beau-père de Victor Hugo, au bibliothécaire meldois Antoine-Étienne Carro, divers témoins relèvent tour à tour sur le terrain des croyances populaires qui assimilent le pendu de Nantes à Barbe-Bleue[n 93]. Toutefois, c'est principalement l'abbé Eugène Bossard[626] qui, pour soutenir sa thèse ès-Lettres en [627], recueille maintes traditions locales. Ce prêtre cite également deux textes extraits du Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle (1867) de Pierre Larousse[628],[629] : la complainte des jeunes filles de Pléeur et la légende de Blanche de l'Herminière, récits qui n'offrent aucune similitude avec le conte perraultien, bien qu'ils nomment explicitement Gilles de Rais comme assassin à la barbe azurée. L'abbé en tire la conclusion que le processus d'assimilation populaire entre le baron et Barbe-Bleue est antérieur à la publication des Contes de ma mère l'Oye[630]. Moissonnés durant son enquête folklorique, plusieurs autres « naïfs récits du foyer » ignorent le seigneur de Rais historique et intronisent à sa place Barbe-Bleue en tant que sire de Tiffauges en Vendée, maître de Machecoul en Bretagne et châtelain de Champtocé en Anjou. À travers sa collecte, Bossard entend démontrer le caractère constant et pluriséculaire d'une tradition « identique, universelle » d'origine bretonne, conservant et déformant simultanément le terrible souvenir du baron, ce qu'attesterait une vox populi incarnée par des témoins géographiquement dispersés et dépositaires d'une mémoire ancestrale, « mères, nourrices » et autres vieillards « quasi-nonagénaires »[631],[632]. De la sorte, Barbe-Bleue ne serait pas Gilles de Rais mais une représentation de celui-ci[618].

Barbe-Bleue, quadrille historique, partition musicale d'Alphonse Leduc, XIXe siècle.
Ruines du château de Barbe-Bleue (carte postale ancienne). Aujourd'hui, les ruines des forteresses de Machecoul et Tiffauges restent communément associées au personnage du conte populaire dans les indications touristiques[633],[634].

En se fondant sur les travaux de Marc Soriano et Ute Heidmann[635],[636],[637], Vincent Petitjean objecte que le conte est « un objet d'étude ingrat, puisqu'il est impossible de connaître l'état d'une version à un moment précis en raison de cette dynamique narrative qui fait qu'il s'élabore en se transmettant[585]. » Par conséquent, nous ignorons la teneur exacte du récit oral et populaire dont s'inspirerait originellement le conte perraultien qui fixe à l'écrit une version pérenne. Du reste, ce texte des Contes de ma mère l'Oye constitue une œuvre proprement littéraire qui entretient un « dialogisme intertextuel » complexe avec de multiples sources (Virgile, Apulée, Paul Scarron), sans se raccorder de manière illusoire à d'évanescentes traditions orales par nature inaptes à éclaircir le débat, explique Roger Zuber. Pour ce chercheur, c'est la littérature — le conte écrit par Perrault — qui finit par imprimer sa marque dans le folklore, et non le processus inverse[638]. De fait, les éditions des Contes de ma mère l'Oye, y compris des éditions séparées de La Barbe bleue, se succèdent presque sans discontinuité durant le XIXe siècle, période qui voit régulièrement nombre d'adaptations du conte perraultien créées à la scène (opéras, pièces de théâtre, etc.)[639]. Non exempte d'approximations[n 94], la thèse bossardienne s'en trouve dès lors fragilisée aux yeux de Vincent Petitjean : « l'histoire de Barbe-Bleue que l'on se racontait était-elle la même à l'époque de Bossard qu'à l'époque de Perrault, la même à l'époque de Perrault qu'à la mort de Gilles[641] ? » La question se pose d'autant plus qu'à compter de la seconde moitié du XIXe siècle, un véritable foisonnement littéraire s'empare des contes merveilleux — dont Barbe-Bleue — pour en offrir de multiples réécritures à rebours, voire des altérations adultes sous la plume de Jean Lorrain ou Catulle Mendès[640]. Spécialiste de la littérature décadente, Jean de Palacio en vient à suggérer que « Gilles de Rais pourrait bien être l'expression la plus efficace de la perversion du merveilleux[642]. » Vincent Petitjean entend cette « perversion » au sens où l'assimilation entre le baron et Barbe-Bleue « brise l'indétermination (époque, noms de personnes et de lieux...) si caractéristique du conte ; pire encore, elle le fait entrer dans l'histoire ». De surcroît, la réfutation même de l'amalgame entre les deux personnages conduit certains auteurs à modifier le conte perraultien, à l'exemple de Joris-Karl Huysmans dans Là-bas (1891) et d'Anatole France dans Les Sept femmes de la Barbe-Bleue et autres contes merveilleux (1909)[643].

L'historien Matei Cazacu, chartiste de formation.

La thèse bossardienne afférente au folklore popularise le rapprochement entre le baron médiéval et l'égorgeur d'épouses mais à partir de la seconde moitié du XXe siècle, les éditions successives des Contes de ma mère l'Oye ne paraissent plus s'y fier, renonçant ainsi à une vaine « quête des origines[644]. » Or Matei Cazacu appuie et actualise certaines conclusions de l'abbé Bossard[635] en soulignant la concordance cartographique entre trois types de données : « la répartition géographique des propriétés de Gilles de Rais en Bretagne, Vendée, Poitou, Anjou et Maine ; les localités d'où avaient disparu des enfants et qui sont mentionnées dans le procès de 1440 ; les localités où le conte de Barbe-Bleue a été enregistré par les folkloristes[645]. » Dans telle « région bien délimitée » identifiant le maréchal au meurtrier à la barbe bleuâtre, personnage mythique sans identité précise ni ancrage temporel, les ruines castrales des anciennes demeures de Gilles de Rais « ont contribué, par leur simple existence, à la fixation des récits sur un support matériel, véritable lieu de mémoire[646]. » Au surplus, les viols d'enfants représentent un interdit civilisationnel malaisément transmissible sur le plan mémoriel ; d'après Matei Cazacu, il n'en existe pas d'exemple dans le folklore car l'enfant y demeure un « être asexué par excellence », malgré les nombreux contes figurant des marmots diversement tués et dévorés. La mémoire collective opèrerait donc un « glissement de sens » de génération en génération, en intégrant finalement la figure historique du seigneur de Tiffauges dans une « catégorie connue », celle de l'assassin de femmes, archétype personnifié en l'occurrence par un horrible « séducteur viril (barbu) », Barbe-Bleue. Le chartiste souscrit à l'analyse du folkloriste Paul Delarue dans Le Conte populaire français, selon laquelle « il est difficile d'assimiler le conte [de Barbe-Bleue] et l'histoire [de Gilles de Rais]. Ce n'est pas la légende historique qui a inspiré le conte, mais plutôt ce dernier qui, tardivement, a prêté son nom à la légende comme il arrive souvent. » Cazacu conclut que « Gilles de Rais n'est pas Barbe-Bleue, mais la figure de ce dernier, un mythe archaïque à circulation universelle, a englobé et a occulté, pour les habitants de la France de l'Ouest, les crimes réels du maréchal et les a intégrés dans un « type » qui s'exprime dans les contes populaires et les complaintes[646]. »

Le médiéviste Olivier Bouzy, quant à lui, considère que le cas du seigneur de Tiffauges ne relève pas du processus de mythification analysé par Georges Dumézil, philologue et historien des religions. Selon Dumézil, un mythe peut devenir une histoire — à l'instar des récits des historiens de la Rome antique transfigurant une divinité indo-européenne en Horatius Coclès — mais Olivier Bouzy observe que l'assimilation hasardeuse de Gilles de Rais à Barbe-Bleue inverse le processus précité. Au demeurant, le médiéviste juge que l'égorgeur d'épouses et sa chambre interdite constituent « une simple réécriture du mythe de Pandore et de sa fameuse boîte » tandis que le baron de Rais, tueur sadique et violeur de dizaines d'enfants, ne saurait être « un avatar du bien pâlichon Barbe bleue[647]. »

Portraits fictifs[modifier | modifier le code]

Censée représenter Gilles de Rais[648],[649], cette gravure du XVIIIe siècle se contente de reproduire une enluminure peinte au XVe siècle, représentation « de type abstrait » des comtes de Laval, image d'ordre héraldique plutôt que portrait individuel[650].

Il n'existe ni description, ni portrait de Gilles de Rais réalisé de son vivant qui soit parvenu jusqu'à nous. Toutes les enluminures, gravures et toiles qui le représentent sont posthumes et imaginaires. On ignore donc tout de sa physionomie[651],[652],[653],[654].

Gilles de Laval Seigneur de Retz, planche en couleurs dans l'ouvrage de Paul Lacroix, Costumes historiques de la France d'après les monuments les plus authentiques..., t. 3, 1852.

Selon la traduction par Georges Bataille et Pierre Klossowski de la « confession en jugement » incluse dans les actes en latin des procès, le seigneur de Tiffauges déclare qu'il a « toujours été de nature délicate » durant sa jeunesse[655]. L'écrivain Michel Hérubel entend ces propos au sens de complexion physique[656],[657] mais le chartiste Matei Cazacu signale que la traduction de Bataille et Klossowski est quelque peu hâtive, l'adjectif delicatus pouvant également signifier « mignon, recherché, luxueux, efféminé, galant, licencieux[658]. »

La première description du sire de Tiffauges, « homme de bon entendement, belle personne et de bonne façon », apparaît tardivement, en 1582, dans l’Histoire de Bretaigne du juriste breton Bertrand d'Argentré[659]. L'essayiste Michel Meurger remarque que « le Gilles de Rais judiciaire, homme sans visage, insaisissable à la psychologie historique, acquiert un corps et un esprit » pour la première fois dans cet ouvrage[654], point de départ du jeu des filiations d'un siècle à l'autre.

En 1841, dans le cinquième tome de son Histoire de France, Jules Michelet cite intégralement le signalement apocryphe composé par Bertrand d'Argentré. Cependant, le célèbre professeur du Collège de France ne mentionne pas nominalement le juriste breton comme source. En se référant à quelque tradition imprécise, Michelet popularise ainsi l'image d'un seigneur aux traits séduisants : « C'était, dit-on, un seigneur « de bon entendement, belle personne et de bonne façon »[660],[661]. »

En 1863, dans le second tome de son Histoire de Charles VII, roi de France, et de son époque, 1403-1461, l'archiviste paléographe Auguste Vallet de Viriville modernise et enrichit de nouveaux détails imaginaires la description de Gilles de Rais selon d'Argentré : « C'était un beau jeune homme, gracieux, pétulant, d'un esprit vif et enjoué, mais faible et frivole[47]. »

Parallèlement aux historiens qui accréditent ainsi un portrait chimérique, la littérature complète le tableau. Dans ses Curiosités de l'histoire de France (1858), le polygraphe Paul Lacroix offre à ses lecteurs une description physique et psychologique détaillée de Gilles de Rais, copieusement agrémentée d'adjonctions fictionnelles présentées comme des informations historiques extraites des archives. Friand de ce type de canulars littéraires, le « Bibliophile Jacob » n'influence pas seulement ses collègues romanciers puisque ses fabulations contaminent également le diagnostic de psychiatres comme Richard von Krafft-Ebing[662], Albert Moll et Julien Chevalier[663] aussi bien que les biographies rédigées par l'abbé Eugène Bossard (Gilles de Rais, maréchal de France, dit « Barbe-Bleue », 1885)[282], Roland Villeneuve (Gilles de Rays, une grande figure diabolique, 1955) et Michel Bataille (Gilles de Rais, 1966)[662].

Interprétations psychopathologiques[modifier | modifier le code]

Première édition de l'ouvrage du psychiatre Richard von Krafft-Ebing, Psychopathia sexualis (1886).

Entre 1870 et 1900 environ, la psychopathologie sexuelle connaît un développement considérable en Europe à travers un foisonnement éditorial d'études s'évertuant à classifier cliniquement toutes les formes — bénignes ou criminelles — de « perversions sexuelles[664]. » La médiéviste Zrinka Stahuljak observe que les préoccupations relatives à « la criminalité, la responsabilité criminelle et le droit pénal [mettent alors] en lumière les liens entre folie et crime[665]. » L'étude la plus célèbre de l'époque demeure l'ouvrage du psychiatre germano-autrichien Richard von Krafft-Ebing, Psychopathia sexualis (1886)[664], dont le chapitre consacré au sadisme évoque Gilles de Rais[n 95],[667],[668],[669].

Vers la fin du XIXe siècle, ces recensements de cruautés, d'obsessions maniaques et de perversions contribuent au renouvellement de la perception des récidives et, au-delà, à la création d'une nouvelle catégorie criminelle annonciatrice de la dénomination « tueur en série »[670], traduction française de la locution serial killer qui s'est imposée progressivement aux États-Unis à compter des années 1970-1980 en tant que terme technique policier[671]. Or, en 1899, le criminologue français Alexandre Lacassagne distingue d'ores et déjà différentes catégories de sadiques dans son ouvrage Vacher l'éventreur et les crimes sadiques, en particulier les « grands sadiques » qui commettent des « crimes à répétition », citant à ce titre « Gilles de Retz, Jack l'Éventreur, [Joseph] Vacher[672],[673],[674]. »

Plaidant pour la possibilité d'une régénérescence physique et morale de l'espèce humaine grâce à l'hygiène publique et l'eugénisme, Alexandre Lacassagne et ses pairs de l'école médico-légale française s'opposent à la théorie atavique et déterministe du « criminel né », formulée par le criminologue italien Cesare Lombroso. En vertu de leurs conceptions médico-morales finiséculaires, le baron de Rais — qualifié de « pédéraste » et « dégénéré criminel » —, devient le symptôme d'une décadence présumée de la noblesse médiévale française, prélude d'un hypothétique relâchement des mœurs à la Renaissance[675]. Partant, Gilles de Rais et Jeanne d'Arc sont diagnostiqués respectivement comme les figures hallucinées du crime nobiliaire dépravé et du génie populaire revitalisant afin d'illustrer la théorie de la dégénérescence. Celle-ci prétend alors enserrer le peuple français au sein d'un cycle temporel de dégénérescence et régénérescence de la nation, reflet des craintes « fin de siècle » relatives au déclin et à la chute des civilisations, analyse Zrinka Stahuljak[676].

Édition d'une thèse de médecine psychiatrique consacrée à Gilles de Rais, par le docteur Robert Soueix (1906-1944).

L'historien Angus McLaren (en) note que la littérature médicale précitée se révèle fréquemment indigente sur le plan scientifique. Ainsi, il n'est pas rare que Gilles de Rais et le cannibale Antoine Léger côtoient indistinctement d'autres sadiques et meurtriers sexuels dans des compilations sommaires et fétichistes de cas cliniques résumés en courtes biographies moralisatrices[n 96]. Du reste, pour établir le diagnostic rétrospectif du baron de Rais comme exemple type de « fou moral » souffrant d'« altération du sens moral », le corps médical de l'époque puise sans recul dans les Curiosités de l'histoire de France (1858) de Paul Lacroix, volume parsemé d'inventions fantaisistes mais perçu comme une source historique fiable par Krafft-Ebing, Albert Moll et Léon-Henri Thoinot, entre autres médecins. Ceux-ci croient notamment trouver « la cause déterminante qui avait déclenché le sadisme de Gilles » dans le manuscrit fictif d'une œuvre de Suétone dépeignant les folies orgiaques d'empereurs romains décadents ; cet exemplaire, rehaussé de miniatures licencieuses, sort pourtant tout droit de l'imagination du « Bibliophile Jacob ». Par conséquent, « la fiction aida Gilles à passer du discours historique au discours médical », pointe Zrinka Stahuljak. La médiéviste ajoute que « la réussite du canular littéraire de Lacroix échappa à l'examen de l'archéologie pathologique et s'infiltra dans le discours médical » car cet écrit apocryphe fournissait opportunément à ces savants une « explication scientifique de [la] conduite[n 97] » du maréchal[680]. Dans « des excès de rhétorique et de fiction » stimulés par les fantasmes et les mystifications autour de sa sexualité, la médecine a donc « participé à la réification de la légende ultra-romantique de Gilles » en tant que personnage hors-mesure, « dégénéré supérieur » magnifié par Joris-Karl Huysmans dans le champ littéraire en érudit faustien, grand sadique, artiste et mystique flamboyant[681],[n 98].

Meurtrier de plusieurs jeunes hommes sous la République de Weimar, le tueur en série Fritz Haarmann, dit « le Boucher de Hanovre », a été comparé à Gilles de Rais par l'historien Émile Gabory[682], puis par Georges Bataille[683].

Par la suite, le rapprochement entre le cas de Gilles de Rais et la catégorie criminelle des tueurs en série sert occasionnellement à réfuter la thèse de l'innocence du pendu de la Biesse grâce à la mention d'assassins supposément comparables[n 99]. D'autre part, le chartiste Matei Cazacu reconnaît certaines caractéristiques de ces meurtriers multirécidivistes contemporains chez le seigneur de Tiffauges : âge moyen du criminel au commencement des assassinats (vers 27-31 ans), prédilection pour un même type de victimes (principalement des jeunes garçons), « actes illicites » perpétrés durant son enfance et son adolescence, agressivité et propension à la violence à l'encontre des adultes, ritualisation du crime par des mises en scène et des tortures récurrentes — commises personnellement ou par ses serviteurs — sur des personnes réduites à l'état d'objet (brève pendaison de sa victime avant de la décrocher en adoptant une attitude faussement rassurante ; cou rompu à coup de bâton ; incision de la gorge ou d'autres parties du corps ; démembrement ou décapitation avec un glaive « vulgairement appelé “braquemart” » ; viols post-mortem ou ante-mortem sur des enfants agonisants ; jouissance à la vue des organes internes après éventration ; contemplation de tête coupée...). Pour tenter de dresser un profil détaillé du maréchal comme tueur psychopathe, Matei Cazacu applique également la « grille de lecture utilisée par les profileurs du FBI » dans un rapport de 1990 ainsi que la classification proposée par le docteur Michel Bénézech, psychiatre et professeur de médecine légale à l'université de Bordeaux[686], en assumant l'anachronisme de la sorte : « Les techniques modernes, quand elles existent et permettent d'apporter quelque chose, ne doivent pas être négligées[687]. » Le chartiste reconnaît que son approche a été contestée mais il se défend toutefois de confondre les mentalités médiévales et contemporaines[688]. Au demeurant, Cazacu admet que « les abîmes de la psyché humaine restent toujours insondables et (...) Gilles de Rais a définitivement emporté son secret dans la tombe[689]. » En outre, Claude Gauvard énonce que « l'historien n'est pas (...) un psychanalyste, même si les enseignements de la psychanalyse peuvent l'aider à comprendre le contenu des aveux et leur part de délire psychotique[518]. »

En revanche, Jacques Chiffoleau estime qu'« à tout jamais [...], la psychologie de Gilles de Rais nous est fermée. À partir des maigres traces dont on dispose, on ne saura jamais, s'il fut en position d'être ou de ne pas être un serial killer[690] » malgré le caractère réaliste et détaillé de ses aveux paraissant « témoigner de ce mélange entre psychose et perversion narcissique qui est le propre de nos tueurs en série contemporains. » Les similitudes manifestes (« l'assouvissement sexuel sur les corps mutilés, leur manipulation, l'indifférence souveraine du meurtrier à l'égard de ses victimes et la manifestation d'une sorte de toute-puissance meurtrière ») ne doivent pas faire oublier pour autant le contexte particulier de la procédure inquisitoire présidant à l'élaboration des comptes rendus d'interrogatoires[533]. De surcroît, Chiffoleau précise que « la description d'une “structure perverse” quasi intemporelle » n'entretient qu'un « lointain rapport avec la triple accusation médiévale de rébellion, de pacte avec le Diable et de rapports contre-nature. » Le baron de Rais en vient parfois à être perçu comme l'archétype[691] d'une figure médiatique contemporaine de la dangerosité, caractérisée par l'historienne Anne-Claude Ambroise-Rendu comme celle du « pédophile confondu avec l'assassin violeur, un Gilles de Rais réactualisé sous la double forme du prédateur et du déséquilibré[692]. » Or une telle interprétation néglige les données historiques nécessaires pour décrypter les actes du procès du seigneur de Tiffauges, fait remarquer Chiffoleau : l'histoire de Gilles de Rais, riche d'enseignements sur « la justice politique et [les] constructions institutionnelles du XVe siècle », ne nous informe guère « sur la pédophilie médiévale ni sans doute sur les meurtres en série au temps de Jeanne d'Arc et de Charles VII[693]. » L'essayiste Michel Meurger souscrit à cette analyse en remettant en question « les démarches de légitimation » qui conduisent certains auteurs « à user de rétrospection pour assurer que les forfaits de criminels modernes éclaireraient cette cause pré-moderne[694]. »

Georges Bataille vers 1940.

Il n'en demeure pas moins que Jacques Chiffoleau admet lui-même sa perplexité devant certains aveux des serviteurs du maréchal qui décrivent des rituels meurtriers et orgastiques n'offrant aucun équivalent dans les autres interrogatoires inquisitoriaux compulsés par le médiéviste[535]. En l'occurrence, les pièces des procès ne recourent pas à la figure mythique de l'ogre mangeur d'enfants mais consignent des assassinats et jouissances sadiques jamais couchés sur le papier avant la littérature sadienne au XVIIIe siècle, la Psychopathia Sexualis de Krafft-Ebing au XIXe siècle[695] ou les travaux de Sigmund Freud, comme l'affirme Georges Bataille[696]. En 1959, cet essayiste co-dirige avec Pierre Klossowski une traduction en français moderne des actes des procès ecclésiastique et séculier, publiée au Club français du livre[697]. L'ouvrage comporte également une introduction et une longue annexe dans lesquelles Bataille retrace la vie du baron[698] et soutient que ses crimes sexuels sont « indubitables » car « les juges du XVe siècle n'auraient pas pu échafauder une intrigue aussi complexe et exacte dans sa perversité », résume l'historien Yves-Marie Bercé. Pour Bataille, comprendre un tel comportement criminel, et donc être capable de l'affabuler, demeure impossible à l'époque médiévale sans le concours ultérieur de Sade et Freud, dont les œuvres « explorent ces abîmes » et « forcent l'humanité à reconnaître cette existence, à désigner, à nommer ces virtualités », ajoute Bercé. Cet historien avance que la démarche historique de Georges Bataille se double vraisemblablement d'un « travail d'exorcisme personnel » lié à sa propre hantise de la transgression et l'horreur[699].

Rapports avec Jeanne d'Arc[modifier | modifier le code]

Lettrine historiée dite de Jeanne d'Arc à l'étendard, Paris, Archives nationales (faux peint au tournant des XIXe et XXe siècles)[700].

Le motif du criminel monstrueux côtoyant Jeanne d'Arc a fasciné de nombreux auteurs[n 100],[705], qui ont évoqué à l'envi « l'idéal céleste et l'idéal infernal[706] » côte à côte sur les champs de bataille de la Guerre de Cent Ans. L'écrivain Alain Jost résume ainsi l'attrait exercé par cette dualité thématique devenue un véritable « topos s'agissant de Gilles de Rais[705] » :

« Quand on (...) met [Jeanne d'Arc] en face du Gilles de Rais de la légende, l'effet dramatique est assuré et le symbolisme manichéen saute aux yeux. À l'époque, tous deux sont jeunes et marchent vers la gloire. Leurs destinées seront à la fois parallèles et radicalement opposées : jugés et exécutés tous deux, mais l'une gagnant l'auréole de la sainteté et l'autre les pieds fourchus du démon incarné. Le blanc et le noir, le vice et la vertu ! Gilles et Jeanne... Leurs prénoms mêmes sonnent si bien ensemble que les auteurs s'en donneront à cœur joie[707]. »

Dès lors, la littérature a brodé sur les sentiments du seigneur de Tiffauges vis-à-vis de Jeanne, en couvrant une palette allant de l'amitié à la dévotion religieuse, en passant par une fascination plus trouble. Dans le roman Là-bas de Joris-Karl Huysmans, le personnage de Durtal présume que « le mysticisme de Gilles de Rais s'est exalté » aux côtés de la Pucelle[708], point de vue repris par l'historien Matei Cazacu[n 101]. Autre récit fictif dont les interprétations ont fait florès, le roman Gilles et Jeanne de Michel Tournier est à l'origine d' « une bonne partie de la littérature pseudo-historique répandant l'idée des relations amoureuses de Jeanne d'Arc avec Gilles de Rais », observe le médiéviste Olivier Bouzy[702]. Tournier emprunte à l'essayiste Roland Villeneuve le principe d'une déchéance du baron déclenchée par la mort de la Pucelle. Toutefois, en intensifiant les sentiments de son personnage jusqu'à « l'amour déclaré », voire charnel, le romancier se démarque de sa source d'inspiration qui évoquait simplement un « amour platonique » éprouvé par Gilles de Rais, du reste sans que Villeneuve explicite le terme « platonique » ou justifie une telle interprétation[710]. Quant à l'écrivain et dramaturge Allen S. Weiss, il considère comme un fait établi la vision romanesque de Tournier, selon laquelle « Gilles de Rais s'est voulu l'inversion démoniaque de la sainteté de Jeanne d'Arc dans un scénario antinomique de mal absolu et d'autosacrifice final[711]. » Pourtant, une telle interprétation reste inopérante pour tenter de discerner la psychologie du maréchal, pointe Matei Cazacu[712].

Plusieurs chercheurs certifient que les textes du XVe siècle ne permettent pas d'établir une relation privilégiée entre les deux compagnons d'armes[713],[714],[534],[715],[716]. Les sentiments de la Pucelle vis-à-vis du baron nous échappent totalement[717]. Qui plus est, à supposer que la mort de Jeanne d'Arc représente une rupture dans la vie du maréchal, le choc pourrait être davantage « narcissique » que « sentimental », en signant la fin d'une épopée susceptible de combler ses aspirations à la gloire[718]. En tout état de cause, aucune source ne corrobore la conjecture d'un Gilles de Rais désespéré par le bûcher de Rouen au point de se retirer dans ses terres de l'Ouest et d'y cultiver le souvenir de Jeanne tout en sombrant parallèlement dans la dépression et la folie meurtrière[719]. De telles extrapolations prennent appui sur quelques faits malaisés à déchiffrer.

Les divergences d'interprétations relatives aux rapports entre la Pucelle et le seigneur de Tiffauges reflètent partiellement celles qui portent sur la relation entre le grand chambellan Georges Ier de La Trémoille et Jeanne d'Arc[720]. Ainsi, au cours du XIXe siècle, le « renouveau historiographique » de la Pucelle s'accompagne de la dépréciation de ses ennemis et rivaux, réels ou supposés. La conception républicaine et anticléricale de « la fille du peuple, trahie par son roi et brûlée par l'Église[721] », trouve notamment un écho chez l'historien populaire Henri Martin. Dans un volume de son Histoire de France... publié en 1855, Martin englobe Gilles de Rais dans son réquisitoire contre le roi Charles VII et ses conseillers censément déloyaux envers Jeanne d'Arc et sa mission. L'historien conclut que « l'on n'a point à craindre à calomnier le maréchal de Retz » en lui attribuant le fiasco du siège de Paris[323]. En 1863, le chartiste Auguste Vallet de Viriville jauge défavorablement Gilles comme « l'homme de La Trémoille », placé sur ordre auprès de la Pucelle avant de délaisser celle-ci consécutivement à l'échec du siège[47]. En 1955, Roland Villeneuve propose dans son essai la même lecture des événements[710]. A contrario, l'abbé Eugène Bossard tente de dissocier le sire de Rais de Georges de La Trémoille, félon présumé de l'épopée johannique, pour magnifier Gilles en compagnon d'armes dévoué de l'héroïne, selon le schéma binaire d'une glorieuse tranche de vie contrastant avec une seconde partie biographique bien plus sombre[722],[723],[724]. Quant à l'abbé Arthur Bourdeaut, il dépeint également le seigneur de Tiffauges comme l'homme du grand chambellan mais sans imputer à l'un et à l'autre cousin de mauvaises intentions contre Jeanne d'Arc[324].

Gilles de Retz, sculpture de George S. Stuart, photographie de Peter d'Aprix.
Cette vue d'artiste figure un Gilles de Rais imberbe, la coupe en sébile. Vêtu d'une armure recouverte d'une cotte d'armes, il tient sous le bras un bassinet à plumail.

Faisant sienne l'opinion de son prédécesseur chartiste Vallet de Viriville, l'essayiste Georges Bataille montre Gilles de Rais comme le serviteur des « intérêts de La Trémoille », notamment lorsque le baron obéit à l'ordre de retraite qui met fin au siège de Paris le [725]. Georges Bataille représente de surcroît le seigneur de Tiffauges comme un « niais » aisément manipulé par ses serviteurs et, a fortiori, par Georges de La Trémoille, politique roué[726]. Cette interprétation est reprise par l'historien Georges Peyronnet : « Gilles fut un instrument docile de cet ambitieux intrigant [La Trémoille]. (...) Gilles exécuta, sans faille, mais apparemment sans bien comprendre ce qu'on lui faisait faire, grisé sans doute par les victoires, l'auréole du sacre, le luxe et les honneurs[329]. » Peyronnet se garde de dépeindre La Trémoille comme un adversaire de la Pucelle mais il affirme que le grand chambellan n'en encadre pas moins l'héroïne par deux de ses alliés, Gilles de Rais et le duc Jean d'Alençon[727]. L'historien Jacques Heers réemploie ensuite la thèse d'une opposition curiale à Jeanne d'Arc, que mènerait au sein du Conseil royal « la faction » de La Trémoille et l'évêque Regnault de Chartres. En conséquence, le chercheur refuse de spéculer sur « les véritables sentiments, penchants et intentions du sire de Rais » vis-à-vis de la Pucelle puisque le seigneur de Tiffauges ne serait pas « en mesure de décider, (...) servant un protecteur bien plus puissant que lui. » Ainsi, Gilles ne ferait que « [suivre] un ordre de départ cautionné par le roi » en abandonnant le siège de Paris, conformément à sa position subalterne[330]. Cependant, une telle minimisation du rôle politique et militaire du maréchal est vivement contestée par l'historien chartiste Matei Cazacu[728].

Les chroniques médiévales ont beau relater des dialogues entre Jeanne d'Arc et le Bâtard d'Orléans, le duc d'Alençon et de nombreux autres contemporains, aucun texte ne rapporte un quelconque échange entre la Pucelle et Gilles de Rais. Partant, Olivier Bouzy estime probable que le seigneur de Tiffauges fasse preuve d'une « apparente réserve » lors de l'épopée johannique, bien qu'il soit « mentionné à la place qui lui est due » dans les relations de la levée du siège d'Orléans[716]. D'après la chronique de Perceval de Cagny, Jeanne d'Arc souhaite avoir Gilles de Rais et Raoul de Gaucourt à ses côtés lors de l'assaut donné à la porte Saint-Honoré le , fait d'armes dont l'échec signera la fin du siège de Paris[n 102]. Le chartiste Jules Quicherat souligne que Perceval de Cagny demeure l'un des chroniqueurs les plus dignes de foi de la geste de la Pucelle mais l'essayiste Georges Bataille tempère l'information en considérant que Jeanne d'Arc, « en un moment qu'elle croit décisif », veut le maréchal près d'elle « ce qui, de toute façon, signifie qu'elle en apprécie la valeur militaire[729]. » À l'opposé, le médiéviste Thomas A. Fudgé s'appuie sur les passages succincts des chroniques de Jean Chartier[374] et Perceval de Cagny pour se figurer Jeanne blessée appelant Gilles à son secours avant d'être transportée à l'abri par celui-ci[n 103].

Par ailleurs, la présence attestée de Gilles de Rais le à Louviers, ville sise à sept lieues (environ 28 kilomètres) de Rouen où Jeanne d'Arc était alors détenue prisonnière, a parfois été interprétée comme une velléité de libérer la Pucelle[731]. Il ne s'agit que d'une hypothèse[408],[732] et, au demeurant, une telle tentative ne semble pas avoir eu lieu[733].

Quant à l'épisode des relations de Gilles de Rais avec Jeanne des Armoises, il demeure « mal documenté et difficile à interpréter », précise Jacques Chiffoleau[734]. En 1439, le seigneur de Machecoul confie à l'écuyer gascon Jean de Siquenville « la charge et gouvernement des gens de guerre » précédemment placés sous les ordres de Jeanne (ou Claude) des Armoises. Gilles promet à Siquenville le titre de capitaine du Mans sous réserve que l'écuyer délivre cette ville tenue par les Anglais[n 104]. Arrêté ultérieurement par le dauphin Louis pour faits de pillage en pays angevin et poitevin, le Gascon s'évade de prison afin d'échapper au gibet, puis sollicite sa grâce auprès du roi Charles VII[736]. De cet épisode parvenu jusqu'à nous grâce à une lettre de rémission accordée à Jean de Siquenville en , il est délicat de conclure que Gilles de Rais ait reconnu l'imposture de la fausse Jeanne en 1439, la relevant pour ce motif de son commandement au profit de l'écuyer[737],[738],[739]. L'écrivain Alain Jost conjecture que le soutien temporaire à la mystification de la dame des Armoises pourrait s'expliquer par l'ingénuité du maréchal, voire par l'arrière-pensée de raviver sa propre gloire comme aux meilleurs temps de la geste johannique, attitude qui ne plaiderait pas pour l'hypothèse d'un attachement sincère au souvenir de la Pucelle[463].

Enfin, le Mystère du siège d'Orléans — texte élogieux vis-à-vis de Jeanne d'Arc[740] — a été régulièrement associé à Gilles de Rais par plusieurs auteurs qui qualifient alternativement le baron de mécène, inspirateur ou coauteur de cette œuvre théâtrale[n 105]. Le personnage du « mareschal de Rais » y est dépeint comme un fidèle compagnon d'armes de Jeanne d'Arc mais il ne tient pas un rôle prépondérant et ne se distingue pas particulièrement des autres capitaines entourant l'héroïne[461],[744],[463]. En l'état, l'historien Philippe Contamine constate qu'aucun élément probant ne permet d'établir un lien entre ce mystère en particulier et les activités orléanaises de Gilles de Rais en 1435[457].

Doutes relatifs à la culpabilité et tentatives de réhabilitation[modifier | modifier le code]

Siècle des Lumières[modifier | modifier le code]

Voltaire lisant « L'année littéraire de Fréron », huile sur toile de Jacques-Augustin-Catherine Pajou, 1811.

Dans son Essai sur les mœurs (1756), Voltaire évoque laconiquement Gilles de Rais comme un supplicié ayant été « accusé de magie, et d'avoir égorgé des enfants pour faire avec leur sang de prétendus enchantements[745]. » Sur la base de ce passage succinct, le philosophe a été présenté par certains partisans de l'innocence de Gilles comme leur plus fameux précurseur[746],[747]. Bien qu'il émette des réserves quant à la culpabilité du seigneur de Tiffauges, Voltaire évite toutefois de se prononcer définitivement sur la question. Sa brève mention du procès d', parmi d'autres procès médiévaux d'hérésie et de sorcellerie, lui permet essentiellement de vilipender le « fanatisme composé de superstition et d'ignorance », travers qu'il juge de tous temps mais caractérisant particulièrement sa conception d'un Moyen Âge obscurantiste en contraste avec les Lumières[748].

Dans un court passage de leur ouvrage L'art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments, depuis la naissance de Notre-Seigneur… (1784), des bénédictins de la congrégation de Saint-Maur semblent rejoindre l'opinion du philosophe en proposant également la superstition comme cause plausible du supplice de Gilles de Rais. Les érudits religieux assurent dans un premier temps que le maréchal « se déshonorait en Bretagne par des actions infâmes qui excitaient le cri du public contre lui. » Mais, abandonnant ensuite le ton affirmatif, ils emploient des termes similaires à la prose voltairienne lorsqu'ils évoquent le cortège de « prétendus devins et magiciens » possiblement à l'origine des « horreurs » imputées au seigneur de Tiffauges, « horreurs dont il n'était peut-être point coupable[749]. » À l'instar de l’Essai sur les mœurs, L'art de vérifier les dates… amalgame ici les évocations diaboliques et les meurtres d'enfants, contrairement aux aveux de Gilles qui dissociaient en pratique les deux accusations[n 106]. Distinguées des « horreurs », les « actions infâmes » alléguées de manière évasive au début du passage ne concerneraient donc pas les crimes eux-mêmes mais peut-être les pratiques sodomites. Les bénédictins laissent finalement planer le doute sur la réalité des « horreurs », sans conclure à l'innocence[748].

XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Gilles de Retz, le vampire de Bretagne, illustration de Louis Charles Bombled (1862-1927) pour l’Histoire de France de Jules Michelet.
Illustration de l'amalgame légendaire entre alchimie et magie noire[751] : Gilles de Rais recueille le sang de ses victimes dans un laboratoire empli de cornues, alambics, grimoires et athanor (gravure de Valentin Foulquier, 1862).

À deux exceptions près, les actes des procès ne mentionnent pas clairement de découvertes macabres dans les demeures et lieux de passage du maréchal, bien que l'exhumation d'importants restes humains soit évoquée erronément par certains historiens durant le XIXe siècle.

Ainsi, Pierre-Hyacinthe Audiffret, dans l'article « RETZ (Gilles de LAVAL, seigneur de) » de la Biographie universelle ancienne et moderne (1824)[752] affirme que « [p]our éliminer les traces de ses forfaits, [Gilles de Rais] faisait précipiter les cadavres dans les fosses d'aisances quand il était en voyage ; mais dans ses châteaux, il les brûlait et en jetait les cendres au vent. Malgré ces précautions, on en trouva quarante-six à Champtocé et quatre-vingts à Machecoul[753]. »

Prenant la suite de la Biographie Universelle, Jules Michelet désigne également par un pronom indéfini les auteurs de l'exhumation présumée des cendres compromettantes : « On trouva dans la tour de Chantocé une pleine tonne d'ossements calcinés, des os d'enfants en tel nombre qu'on présuma qu'il pouvait y en avoir une quarantaine. On en trouva également dans les latrines du château de la Suze, dans d'autres lieux, partout où il avait passé[754]. » Le professeur du Collège de France s'appuie sur les dépositions des chambriers Henriet Griart et Étienne Corillaut[n 107] pour alléguer cette macabre découverte champtocéenne, entre autres lieux, mais sa formulation ambiguë semble évoquer le résultat de fouilles entreprises par la justice ducale ou ecclésiastique.

Plusieurs auteurs et historiens[755],[756],[706],[757] jusqu'au Grand dictionnaire universel du XIXe siècle[629] emboiteront le pas à Jules Michelet, souvent par le biais d'une longue citation de son Histoire de France, reproduisant ainsi à l'envi cette « légende issue d'une mauvaise lecture des documents[n 108]. » Autre réminiscence micheletiste, le récit romancé de Pitre-Chevalier dans La Bretagne ancienne et moderne en vient même à évoquer la libération de jeunes filles prisonnières du sire de Rais[759], version fantaisiste réfutée notamment par l'abbé Eugène Bossard[760].

Dans la première monographie consacrée au châtelain de Tiffauges et publiée en 1885, l'abbé Bossard ne doute pas de la réalité des crimes mais il relève que le récit micheletiste n'est qu'une extrapolation due à une lecture approximative des sources primaires, voire la réminiscence de l'œuvre « d'un historien mal informé[n 109]. » De fait, selon les actes des procès, il apparaît des propos des chambriers Henriet Griart et Étienne Corillaut que les restes des victimes ont été exhumés par les propres familiers et serviteurs de Gilles de Rais : Gilles de Sillé, Hicquet de Brémont, Robin Romulart ainsi que les chambriers eux-mêmes. Ces deux derniers attestent aux procès d' que leur maître leur avait enjoint de retirer d'une tour près du château fort de Machecoul les « ossements desséchés » d'une quarantaine de victimes afin de les faire disparaître avant que René de La Suze et André de Lohéac — respectivement le frère et le cousin du baron de Rais — ne s'emparent de cette forteresse bretonne[762].

XXe siècle[modifier | modifier le code]

Salomon Reinach[modifier | modifier le code]

Salomon Reinach utilise la presse pour faire connaître ses vues au grand public. Dans le journal Le Signal du , il fait paraître une « Lettre sur Gilles de Rais, innocent », qu'il signe « Un amateur d'histoire vraie ». Dans L'Éclair du , il publie un « Exposé de la question Gilles de Rais »[764].

Louis Perceau et Fernand Fleuret[modifier | modifier le code]
Fernand Fleuret, écrivain et poète
(Agence Meurisse, 1935, Paris, BnF).
Gilbert Prouteau[modifier | modifier le code]

Le poète et écrivain Gilbert Prouteau prête à l'avocat Maurice Garçon des doutes concernant la culpabilité de Gilles de Rais ainsi que la velléité de rédiger un ouvrage plaidant la thèse de son innocence[765],[766],[n 110]. Le livre projeté n'a pas vu le jour. Postérieurement au décès de Maurice Garçon, Prouteau affirme avoir été sollicité à Nieul-sur-l'Autise par « un dignitaire de la « Région » » dans le cadre de la préparation de « la route Gilles de Rais », un circuit touristique consacré aux châteaux du maréchal. L'ouvrage de commande doit étayer la démarche des promoteurs en « remett[ant] en cause la légende » et en « éclair[ant] les zones d'ombre du procès[768],[n 111]. ».

À l'en croire, le romancier « [met] une journée à découvrir la vérité [aux Archives] »[766],[n 112] puis laisse dormir son manuscrit pendant un an par crainte du refus d'un éditeur. Il finit par présenter son texte à l'avocat Jean-Yves Goëau-Brissonnière. Celui-ci accepte de devenir « le défenseur » de Gilles de Rais[771] et de réunir une « cour arbitrale », collège composé de personnalités[n 113] chargées de se livrer à une « révision » du procès tenu en 1440. Le texte romancé de Prouteau aurait servi d'inspiration au plaidoyer attribué à Goëau-Brissonnière, que l'avocat prononce dans l'amphithéâtre de l'UNESCO en [776].

Le roman et la plaidoirie sont reproduits dans l'ouvrage Gilles de Rais ou la Gueule du loup ()[777], juxtaposition de textes narratifs, d'extraits de minutes, de lettres romancées et d'un journal fictif tenu par un Gilles de Rais présenté comme un féru d'alchimie, alcoolique et esthète apologiste de la pédophilie[n 114], sinon comme un meurtrier d'enfants[780]. Gilbert Prouteau reprend la thèse de Salomon Reinach et Fernand Fleuret en faveur de l'innocence de Gilles de Rais, à savoir une machination judiciaire orchestrée par l'évêque-chancelier Jean de Malestroit[781],[768]. Les contradicteurs de Reinach et Fleuret sont traités de « cuistres » et de « trissotins de l'histoire » tandis que les romanciers Jean-Marie Parent et Roger Facon sont qualifiés d'« historiens de grand talent[782] » en raison de leur œuvre littéraire développant également la théorie du complot judiciaire ourdi à l'encontre du maréchal[783],[784].

La « cour arbitrale » se réunit de nouveau le dans la salle Clemenceau du Palais du Luxembourg, siège du Sénat[785]. Cette « cour » n'inclut aucun historien médiéviste et ne sollicite jamais l'avis d'experts de cette discipline historique[786]. Convié à s'exprimer quelques minutes, Michel Fleury, artisan menuisier « se disant historien amateur[785] » et archiviste-bibliothécaire de la Société d'études et de recherches historiques sur le pays de Retz[787],[n 115], est fréquemment interrompu par l'avocat Henri Juramy, « président » de la « cour arbitrale[788],[n 116] » La « révision » du procès aboutit à l'acquittement du seigneur de Tiffauges[790] mais l'écrivain Alain Jost souligne que ce jugement ne peut prétendre à une valeur légale, « sa portée [étant] d'ordre moral, symbolique... et médiatique[791],[n 117]. » Michel Fleury insiste sur le fait que le « jury d'honneur », autoproclamé, n'a aucun caractère officiel[n 118].

L'historien médiéviste Jean Kerhervé, juillet 2005.

La Société des historiens médiévistes de l'enseignement supérieur public (dont son vice-président Jean Kerhervé) réagit à l'événement médiatique organisé par la « cour arbitrale » en faisant part de ses objections méthodologiques devant cette « histoire-spectacle[794],[694],[168]. » Jean Kerhervé et son confrère médiéviste Olivier Bouzy publient des comptes rendus critiques, respectivement dans le journal Le Peuple breton en [795] et dans le bulletin Connaissance de Jeanne d'Arc en [776] ; préalablement, le conseiller culturel Philippe Reliquet[796], auteur d'un ouvrage dédié au baron de Rais[797], avait effectué une mise au point dans un courrier publié par Le Monde le [798]. Malgré les accusations de Prouteau visant les précédents chercheurs, coupables selon lui d'avoir manipulé ou mal interprété les sources, Jean Kerhervé remarque que l'écrivain lui-même ne paraît ni avoir étudié les sources primaires originales (rédigées en moyen français et essentiellement en latin) ni maîtriser les compétences paléographiques nécessaires au déchiffrement de la cursive gothique du XVe siècle[n 119]. En outre, Prouteau est régulièrement pris en défaut sur ses connaissances en histoire de la religion, du droit et des institutions médiévales, notamment dans le cadre du duché de Bretagne[503]. Olivier Bouzy relève plusieurs autres erreurs et approximations, voire des inventions forgées délibérément pour les besoins de la réhabilitation[776]. Le biographe Alain Jost[801] reproche à Gilles de Rais ou la Gueule du loup de « créer la confusion la plus totale entre les éléments historiques et l'imaginaire de l'auteur[802]. » Rétrospectivement, pour Matei Cazacu, le syllogisme brandi pour disculper le seigneur de Tiffauges (« L'Inquisition a persécuté des innocents. Un des juges de Gilles de Rais était inquisiteur. Donc Gilles de Rais a été la victime innocente de l'Inquisition ») rappelle, par son absurdité, celui du logicien dans la pièce Rhinocéros d'Eugène Ionesco[803].

Par ailleurs, le médiéviste Jacques Heers blâme la couverture médiatique du « procès de révision » pour son manque de recul critique[804]. Bien que des périodiques qualifient ce « procès » de « parodie », « supercherie » et « pseudo-procès[789] », d'autres journalistes reproduisent parfois, sans vérification préalable, certains propos entendus à la séance publique du ou imprimés dans Gilles de Rais ou la Gueule du loup, « erreurs et manipulations comprises[805],[n 120] ».

Auteur de canulars et « orfèvre de fausses citations[807] », le poète Gilbert Prouteau a été qualifié de facétieux et de provocateur[808]. Ainsi, selon Jean de Raigniac, président de la Société des écrivains de Vendée, le « procès de révision » tenu en 1992 aurait été une « farce monumentale (...) mont[ée] avec des comparses de haute volée », mystification dont Prouteau se serait amusé encore plusieurs années après les faits. Toutefois, Jean de Raigniac ajoute qu'« il est légitime de se poser la question sur les motivations réelles du procès de Gilles et sur la validité des pièces, mêmes officielles[809]. »

Évocations culturelles[modifier | modifier le code]

Teintés d'érotisme, les fascicules illustrés de la série littéraire Les Messes noires exploitent la fascination de la « Belle Époque » pour l'occultisme et le satanisme, à grand renfort de femmes fatales, projections astrales et caresses fluidiques[810].
Roland Brévannes, L'expiation, Paris, Librairie des publications populaires, s.d. (1906 ?). Couverture de Bluck, représentant le supplice de Gilles de Rais.

Au cours de la seconde moitié du XVe siècle, Gilles de Rais se manifeste en littérature comme un cadavre pendu, consumé par un bûcher infernal et tourmenté par ses jeunes victimes vengeresses dans le poème Le Temple de Boccace (vers 1465) de l'historiographe Georges Chastelain[811]. Il apparaît subséquemment en tant que compagnon d'armes de Jeanne d'Arc dans le Mystère du siège d'Orléans, œuvre théâtrale composée vers 1450-1500[459]. Le seigneur de Tiffauges subit ensuite une longue éclipse dans les représentations culturelles[812].

Les chroniques médiévales ne s'attardent généralement pas sur son existence, de même que les historiens régionaux de l'époque moderne. Sous l'Ancien Régime, le classicisme n'est pas porté sur ce type de personnage[635] tandis que la littérature de colportage, pourtant friande de faits-divers et historiettes criminelles édifiantes, délaisse le supplicié de Nantes. Au Siècle des Lumières, il est mentionné succinctement par Voltaire, qui présente le maréchal en victime de la superstition et du fanatisme religieux[813]. Pendant la Révolution française, le marquis de Sade le cite en exemple dans La Philosophie dans le boudoir (1795), sans ériger pour autant le grand seigneur pervers du pays de Retz en figure importante de son système philosophique[635]. Du reste, les pamphlets révolutionnaires vilipendent bien plus fréquemment le « divin marquis » que le sanglant baron médiéval comme incarnation licencieuse d'une noblesse despotique abusant de ses privilèges[814].

Gilles de Rais (Philippe Hériat) à genoux devant Jeanne d'Arc (Simone Genevois).
Photographie du film La Merveilleuse Vie de Jeanne d'Arc, fille de Lorraine, 1929.

Le cas de Gilles de Rais commence à être commenté plus fréquemment à compter du XIXe siècle[815], lorsque les récits folkloriques consignent sa transfiguration en Barbe bleue tandis que la littérature offre désormais un genre propice à son usage comme protagoniste, malgré le caractère indicible de ses crimes. L'essayiste Michel Meurger souligne que « le Gilles de Rais fictionnel est un produit du romantisme[812] » car le personnage s'inscrit dans la continuité littéraire d'une sinistre lignée de seigneurs-brigands libertins dépeints par le roman gothique anglais. Les cruels châtelains du « genre frénétique » sont également brossés au prisme du climat politique français, prodigue en polémiques anti-nobiliaires avivées par les auteurs républicains du temps. Les forteresses du romantisme noir, truffées d'oubliettes et de chambres de torture, se dressent ainsi comme autant de lieux de plaisirs dépravés pour des surhommes malfaisants qui y violentent leurs innocentes victimes. Cet imaginaire de l'horreur préfigure les topographies romanesques des châteaux de Machecoul et Tiffauges[816], dont l'hôte va « accéder au rang de paradigme du Méchant Seigneur[817]. »

Ce sont sur ces bases que les Lettres raniment en premier lieu le pendu de la Biesse avant d'en proposer successivement diverses facettes, depuis le maréchal à la barbe bleuâtre portraituré dans des ouvrages mineurs d'écrivains sacrifiant aux poncifs moyenâgeux du romantisme noir (tels Raiz d'Hippolyte Bonnellier en 1834, Mémoires de Barbe-Bleue d'Émilie Carpentier en 1865 et Les Mystères de Machecoul d'Alexandre Bessot de Lamothe en 1871), en passant par l'être double — « fauve » et « esthète décadent » — dépeint en 1891 dans le roman « fin de siècle » Là-bas de Joris-Karl Huysmans, jusqu'au « monstre sacré » exposé dans l'essai de Georges Bataille (1959)[818] et l'ogre ambivalent de l'œuvre romanesque de Michel Tournier[819]. Gilles de Rais n'accède pas pour autant au rang de mythe littéraire car il demeure « un peu comme les victimes de Barbe-bleue : caché dans une chambre interdite, morbide et sombre, et visité de temps en temps par un auteur téméraire et curieux », selon Vincent Petitjean[820].

Quant au septième art, il privilégie la figure du chevalier combattant aux côtés de Jeanne d'Arc dans les films consacrés à la Pucelle. Les assassinats de Gilles de Rais sont donc rarement représentés à l'écran, bien que son caractère sinistre soit diversement suggéré[821],[822],[823],[824]. Par ailleurs, le cinéma de genre espagnol « fantaterror (es) » met en vedette l'acteur Paul Naschy dans des films fantastico-horrifiques vaguement basés sur la vie criminelle du seigneur de Tiffauges[825],[826].

Enfin, la bande dessinée — notamment la série historique franco-belge Jhen[827] —, le manga[828],[829] et la « japanimation » — en particulier les œuvres dérivées Fate/Zero et Fate/Apocrypha de la franchise Fate[830],[831],[832],[833] — illustrent à leur tour des visions contemporaines du maréchal sanguinaire.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L'abbé Eugène Bossard (1853-1905) affirme que la graphie actuelle « Retz » a été adoptée au XVIe siècle, postérieurement à la mort de Gilles de Rais[3]. De surcroît, l'abbé estime que « Rais » est « l'orthographe exacte du temps de Gilles », opinion contestée par Jules Hébert (1812-1897), vice-président de la Société académique de Brest, qui préfère la forme « Rays » au motif que Gilles signait de la sorte[4]. Archiviste et conservateur-adjoint à la bibliothèque de Nantes, René Blanchard (1846-1920) confirme l'anachronisme de la graphie « Retz » au XVe siècle mais à la différence des deux auteurs susmentionnés, il insiste sur l'orthographe fluctuante du nom au Moyen Âge[5]. Plus récemment, le chartiste Matei Cazacu corrobore ce jugement, en indiquant qu'on trouve la forme « Rayz » et, moins fréquemment, « Raiz », « Rais » ou « Rayx » dans les textes médiévaux. En définitive, Cazacu préfère employer la graphie archaïque « Rais » communément associée au personnage[6].
  2. Suivant l'expression de l'historien Bernard Guenée, les rois et les princes mènent depuis le XIIIe siècle une politique de « centralisation personnelle » visant à étendre leurs domaines respectifs par une succession d'acquisitions et de réunions de terres appartenant à leurs vassaux ou leurs voisins. Les « appétits territoriaux des ducs bretons » se manifestent à nouveau avec les Monforts, Jean IV de Bretagne et son fils Jean V[10].
  3. Issu de la famille Chabot par sa mère Jeanne Chabot, dite « la folle », Guy « Brumor » de Montmorency-Laval épouse en secondes noces Tiphaine Husson, fille de Clémence Du Guesclin, elle-même sœur de Bertrand du Guesclin. De par l'union contractée par son grand-père paternel « Brumor », Gilles de Rais est donc l'arrière-petit-neveu du fameux connétable du roi Charles V le Sage[20].
  4. Dans le « mémoire (intendits) des héritiers de Gilles de Rais » (vers 1461-1462), Gilles est qualifié de « noble et puissant seigneur, né et extraict de grandes et anciennes lignées et maisons, comme des maisons de Laval, de Roucy, de Montmorency, de Rays et de Craon, qui sont très grandes, nobles et anciennes maisons yssues et descendues des plus grandes maisons du royaulme de France »[34].
  5. Dans son article consacré à « la jeunesse de Gilles de Rais », le chanoine Ambroise Ledru (1849-1935), prêtre du diocèse du Mans et président de la Société historique de la province du Maine, reproduit en annexe des témoignages collectés dans le cadre d'une enquête judiciaire effectuée à Angers en 1461-1462 à la demande de René de Rais, le frère cadet de Gilles. De nombreux témoins attestent que le baron pendu à Nantes était né à Champtocé[39].
    Cependant, l'abbé Eugène Bossard lui assigne faussement le château de Machecoul pour berceau[40].
  6. Dans un article de la Biographie universelle ancienne et moderne (1824), le polygraphe Pierre-Hyacinthe Audiffret (1773-1841) fait naître Gilles de Rais vers 1396[41].
    Or le notable et érudit vendéen Charles Mourain de Sourdeval constate que Pierre-Hyacinthe Audiffret suppute faussement cette année de naissance en se basant sur le mémoire des héritiers de Gilles de Rais (document édité par Dom Hyacinthe Morice en 1744 dans ses Mémoires pour servir de preuves à l'histoire ecclésiastique et civile de Bretagne…[42]). Audiffret déduit d'après ce texte que Gilles accomplit ses vingt ans en 1416, censément l'année du décès de son père. Mourain de Sourdeval a beau interpréter de la même façon le mémoire des héritiers, l'érudit vendéen souligne que cette information ne cadre pas avec l'année du mariage de Guy de Laval et de Marie de Craon, en 1404[43].
    Cette lecture incorrecte du mémoire par les deux auteurs est due à la formulation ambiguë d'un passage : « Led. M. Gilles après le décès de ſondit pere, venu à l'âge de 20. ans, prit l'adminiſtration de tout ſon bien, & en uſa deſlors à ſon plaiſir, ſans prendre le conſeil de Meſſire Jehan de Craon ſon ayeul, ſous le gouvernement duquel ſondit bien eſtoit en bail. » De fait, les héritiers n'associent pas l'année du décès de Guy de Laval-Rais à celle de la majorité de son fils ; ils signalent uniquement que Gilles de Rais dispose (fort mal) de son patrimoine dès ses vingt ans, postérieurement au décès de son père et indépendamment de l'avis de son grand-père maternel[44]. Nonobstant, l'interprétation erronée relative à l'année 1396 a été reprise plus récemment par Gérard Gros, professeur de Lettres médiévales[45],[46].
    Par ailleurs, le paléographe Auguste Vallet de Viriville avance (sans citer ses sources) que Gilles voit le jour « probablement en 1406[47],[48] ».
    Eugène Bossard rappelle que le frère dominicain Augustin du Paz fixe au la date du mariage des parents de Gilles de Rais[49]. Se basant ensuite sur la durée d'une grossesse, l'abbé Bossard calcule que le fils aîné de Guy de Laval et Marie de Craon « vint au monde vraisemblablement vers le mois de septembre ou d'octobre de la même année[40] ».
    Vice-président de la Société académique de Brest, le docteur Jules Hébert souscrit à l'interprétation de Bossard, tout en élargissant le cadre temporel : « C'est donc aux derniers mois de cette année 1404, ou au commencement de l'année suivante, qu'il faut faire remonter la naissance de Gilles de Rays dont aucun historien n'a indiqué exactement la date[50] ».
    Dans son article sur « la jeunesse » du seigneur de Champtocé, le chanoine Ambroise Ledru (1849-1935), président de la Société historique de la province du Maine, reproduit plusieurs témoignages recueillis lors d'une enquête judiciaire effectuée à Angers en 1461-1462 à la demande de René de Rais. On peut y lire notamment les déclarations de deux champtocéens : un nautonier appelé Jean Rousseau ainsi qu'un sergent et garennier dénommé Michel Guiot. Le premier témoin assure avoir assisté, environ 52 ans auparavant (vers 1409 ou 1410), au baptême de Gilles de Rais à l'église paroissiale de Saint-Père de Champtocé tandis que le second témoin affirme que le seigneur de Rais naquit « il [y] a [55] ans ou environ », vers 1406 ou 1407[51].
    Selon la même enquête angevine, les épousailles de Guy de Laval et Marie de Craon sont célébrées par Jean du Bellay, abbé de Saint-Florent de Saumur ; or ce dernier ne devient abbé dudit lieu qu'en 1405, relève Arthur Bourdeaut[52],[53].
    Dans son édition du Cartulaire des sires de Rays, le paléographe René Blanchard (1846-1920) insiste sur le fait que les actes datés des 5 et « parlent constamment du mariage au futur et ne laisse aucun doute sur ce point » ; conséquemment, « Gilles naquit au plus tôt à la fin de 1404. » Supposant que le baron de Rais n'aurait pu commencer trop jeune sa carrière militaire avant d'accéder « bientôt aux plus hauts grades », Blanchard ajoute qu'« il ne semble pas qu'on puisse reculer de beaucoup plus d'un an après l'union de ses parents la venue au monde de Gilles. » L'éditeur scientifique du Cartulaire… juge l'année 1407 trop tardive, ne prêtant aucune foi au témoignage de Michel Guiot au motif que le sergent champtocéen date erronément le décès de Jean de Craon[54].
    Le chartiste Matei Cazacu s'appuie sur les remarques de René Blanchard mais précise de surcroît que Jean de Craon et Guy de Laval devaient soumettre l'acte de leur accord au parlement de Paris préalablement au mariage. L'homologation a eu lieu le , procédure qui a retardé d'autant les noces de Guy de Laval et Marie de Craon, reportant ainsi la naissance de leur premier enfant « au plus tôt en 1405[29] ». À la suite de Cazacu, le médiéviste Olivier Bouzy indique 1405 comme année de naissance dans la notice consacrée à Gilles de Rais au sein de l'ouvrage collectif Jeanne d'Arc : histoire et dictionnaire[55]. De même, tout en soulignant que la date de naissance est « douteuse », la médiéviste Claude Gauvard la situe « sans doute le [56] ».
    Enfin, la médiéviste Marcelle-Renée Reynaud exhume un document d'archives mentionnant que Gilles de Rais « est en l'aage de XIIII à XV ans » en , renseignements communiqués dans le cadre d'un droit de relief touchant la châtellenie d'Ambrières, l'une de ses propriétés du Maine dont il cède, en tant que vassal, les deux tiers des revenus à sa suzeraine Yolande d'Aragon[57].
  7. L'abbé Arthur Bourdeaut formule l'hypothèse en évoquant la coutume médiévale des pèlerins qui se rendaient à Saint-Gilles afin de demander à « l'ermite de Septimanie » de leur donner un héritier[58].
    Sans citer Bourdeaut, l'historien Jacques Heers reprend cette hypothèse et la transforme erronément en affirmation[59], comme le signale le chartiste Matei Cazacu[60].
  8. L'abbé Bourdeaut et Matei Cazacu supposent que René de Rais reçoit sa part d'héritage à l'occasion de sa majorité[64],[65].
  9. Sans citer ses sources, Charles Mourain de Sourdeval affirme que Guy de Laval-Rais décède avant son épouse Marie de Craon, cette dernière convolant ensuite avec Charles d'Estouville, seigneur de Villebon[68]. L'abbé Bossard reprend cette affirmation à son compte[69].
    Cependant, l'archiviste paléographe Bertrand de Broussillon précise qu'il s'agit d'une erreur d'homonymie : Charles d'Estouville épouse effectivement une Marie de Craon mais cette dernière n'appartient pas à la branche cadette de La Suze[70].
    En réalité, la mère de Gilles de Rais précède son époux dans la tombe, comme l'atteste le testament de Guy de Laval-Rais. Dans cet acte daté du 28 ou , le seigneur de Laval-Rais déclare vouloir être enterré à Notre-Dame de Buzay « près de la tombe de ma dite très chère épouse Marie de Craon » (« juxta sepulturam dicte carissime deffuncte uxoris mee Marie de Credonio[71] ».
    Matei Cazacu suggère que Marie de Craon décède « probablement en donnant naissance à son second enfant, René, en [63] ».
    La date exacte de sa mort demeure inconnue.
  10. La date du testament de Guy de Laval-Rais, 28 ou , est donnée par Matei Cazacu comme étant celle de la mort du père de Gilles de Rais[63]. L'abbé Bourdeaut date erronément du les dernières volontés du père de Gilles[72], erreur reprise par Georges Bataille[73] puis Jacques Heers[74].
    Dans son testament, Guy de Laval-Rais déclare être « atteint d'une grave infirmité corporelle » (« infirmitate gravi detentus corpore »), sans plus de précision. Matei Cazacu émet prudemment l'hypothèse d'une atteinte de malaria, maladie sévissant à l'époque en Vendée, comme cause du décès[63].
    Dans un récit de fiction, le journaliste et romancier Pierre La Mazière (1879-1947) dépeint le père de Gilles éventré par un sanglier au cours d'un accident de chasse[75], mort spectaculaire reprise dans un roman de Marc Dubu[76] puis dans un essai de Georges Meunier[77]. Dès lors, cette version romancée est successivement prise pour argent comptant par Roland Villeneuve[78], Michel Bataille[79], Alain Jost[80] et Jacques Boislève[81].
  11. À titre anecdotique et sans citer leurs sources, Roland Villeneuve puis Matei Cazacu rapportent qu'Edward Paisnel (1925-1994), délinquant sexuel surnommé la « Bête de Jersey », aurait prétendu être un lointain descendant de Gilles de Rais et Jeanne Paynel[95],[96]. S'appuyant sur les mémoires de l'épouse du criminel, Michel Meurger évoque l'obsession entretenue par Edward Paisnel vis-à-vis du seigneur de Tiffauges[97]. De fait, Joan Paisnel raconte que son mari possédait plusieurs ouvrages traitant de la magie noire. Après avoir lu un passage relatif aux fiançailles entre Jeanne Paynel et Gilles de Rais dans un livre de Tennille Dix, The Black Baron : The Strange Life of Gilles De Rais (1930), Edward Paisnel aurait fièrement proclamé appartenir à une famille issue d'« une ville française », d'après le témoignage de l'officier de police Sergeant Lang[98].
  12. L'abbé Eugène Bossard explique l'échec des deux premiers projets matrimoniaux par les décès successifs de Jeanne Paynel et Béatrice de Rohan[103]. Toutefois, cette précision biographique relative à Jeanne Paynel ne relève « que du roman » ainsi que l'affirme l'abbé Bourdeaut[104] en s'appuyant sur les pièces justificatives publiées par Siméon Luce. Ce chartiste pense que Jeanne Paynel a dû prononcer ses vœux et entrer dans un cloître à l'âge de dix-sept ans, vers 1430 ou 1431, puis devenir abbesse de Notre-Dame de Lisieux en 1449 avant de mourir en novembre 1457[105].
    Émile Gabory puis Georges Meunier suggèrent qu'une rétractation de Jean de Craon pourrait expliquer l'inexécution du contrat de mariage avec Béatrice de Rohan : le seigneur de La Suze aurait ainsi fixé son choix sur Catherine de Thouars dont les attrayants domaines poitevins étaient limitrophes de ceux que Gilles de Rais devait recueillir ultérieurement[106],[107]. Roland Villeneuve conjecture en outre que la reprise de la guerre entre les Monfort et les Penthièvre pourrait avoir interrompu les tractations matrimoniales[108] tandis que Matei Cazacu s'en tient au décès prématuré de Béatrice de Rohan comme explication plausible, au motif que la nièce du duc de Bretagne n'a « laiss[é] aucune trace dans la généalogie de sa famille[96]. »
  13. Matei Cazacu note que l'abbé Bourdeaut et Jacques Heers emploient à tort la graphie « Milet » de Thouars[110].
  14. Il s'agit de revenus perçus dans l'Île de Bouin, que se disputent Catherine de Machecoul (la mère de Jean de Craon) et Miles II de Thouars[111],[112],[113],[114].
  15. Étudiant les archives judiciaires relatives à ce type de rapt visant à épouser de force une femme convoitée, l'historienne Henriette Benveniste constate que ces enlèvements n'impliquent pas des inconnus mais « des individus appartenant à la famille ou à la même classe sociale » de la victime, avec « toujours en arrière-plan une question de succession, de patrimoine, un désir de s'établir au moyen d'un bon « mariage » ». La médiéviste ajoute que ces « enlèvements activent un réseau de parents et de serviteurs qui se font les complices d'une opération dont le procédé nous rappelle le rituel de vengeance dans les guerres privées : l'avertissement préalable, la nuit, les complices, sont des éléments importants de l'opération[115]. »
  16. Cette union clandestine est mentionnée dans la missive du légat papal Jourdain, évêque d'Albano, adressée à son homologue d'Angers, Hardouin de Bueil. Voir la pièce justificative I (en latin) du , publiée à la suite de l'article de Lucien Merlet[116].
  17. Acte considéré comme perdu[117],[118].
  18. Survenue le , la mort de Béatrice de Rochefort permet à son veuf, Jean de Craon, d'épouser Anne de Sillé, femme de feu Jean de Montjean (décédé en avril 1418).
    Du mariage d'Anne de Sillé et de Jean de Montjean étaient nées Jeanne de Montjean (qui épousa Jean V de Bueil, dit le Jouvencel, compagnon d'armes puis ennemi du sire de Rais) et Béatrice de Montjean, épouse de Miles II de Thouars et mère de la propre femme de Gilles de Rais, Catherine de Thouars.
    En somme, le grand-père maternel de Gilles de Rais s'unit à la grand-mère maternelle de Catherine de Thouars[118].
  19. Lucien Merlet cite comme source l'original d'un parchemin conservé dans les archives d'Eure-et-Loir[121].
    Probablement en raison d'une confusion avec la missive du légat Jourdain[116], la date du est retenue comme étant celle du mariage par l'abbé Bourdeaut[119], suivi par Georges Bataille[122] et Jacques Heers[123], ce dernier s'appuyant sur Louis François La Bessière[124].
    Matei Cazacu rejoint quant à lui l'opinion de Lucien Merlet en optant pour le [125].
  20. À la suite d'une lecture erronée d'une étude de l'abbé Bourdeaut ou d'Émile Gabory, la demoiselle enlevée devient, sous la plume de Georges Bataille, la sœur cadette de Béatrice de Montjean et non plus celle du chambellan Jacques Meschin[122].
    L'erreur de l'essayiste a été reproduite à deux reprises dans les Cahiers Gilles de Rais[131],[132].
  21. Du temps des démêlés judiciaires de Jacques Meschin de la Roche-Aireault avec Jean de Craon et Gilles de Rais, le parlement royal siège à Poitiers consécutivement à la mainmise des Bourguignons sur Paris en 1418[133].
  22. Dans son étude sur la Bretagne méridionale aux XIVe – XVIe siècles, le médiéviste Brice Rabot souligne que « les plus grands seigneurs, les barons, ont pour sphère d'influence la sphère ducale en Bretagne et, pour la plupart, une sphère beaucoup plus large qui est celle de la France voisine », à l'exemple du baron Gilles de Rais. Par ailleurs, l'historien relève qu'on ne trouve pas le terme « barons » dans les sources des XIVe et XVe siècles, contrairement au terme « baronnie ». Ainsi, « pour désigner le détenteur d'une baronnie, les rédacteurs de la fin du Moyen Âge emploient les mots « sire » ou « seigneur »[136] ».
  23. La châtellenie de Machecoul comprend un domaine intrinsèquement assez limité, surtout composé de prairies ; « par contre, toutes les terres du pays de Rais relèvent directement ou indirectement d'elle. »
    Quant au château de Machecoul, « centre de la châtellenie et aussi de toute la baronnie », il demeure la « principale forteresse au sud-ouest de Nantes », puissante place militaire frontalière généralement confiée à la garde d'un capitaine. En 1435, cette charge est exercée par Michel de Sillé, frère de Gilles de Sillé, l'un des complices impliqués dans les meurtres de Gilles de Rais[141].
  24. Parmi les possessions bretonnes de Gilles de Rais, on compte également les seigneuries des Jamonnières, de Souché, du Loroux-Bottereau, de Savenay[142]...
  25. Située entre Angers et la frontière bretonne, la châtellenie angevine de Champtocé « s'étend d'Épiré (...) à Ingrandes ». Longtemps détenue par la famille de Craon, la seigneurie de Champtocé (alors « la première d'Anjou ») passe aux mains de Gilles de Rais à la mort de son grand-père. Ce domaine lui assure un revenu brut estimé entre 5 000 et 6 000 livres tournois en 1438, dont plus de la moitié provient d'un péage sur la Loire[148]. Les usagers du fleuve doivent s'en acquitter auprès des receveurs, ce qui ne manque pas de susciter des conflits entre riverains contestataires et officiers des bénéficiaires péagers. L'histoire des exactions et violences liées au péage est notamment marquée par un procès confrontant Jean de Craon et des marchands de la Loire en 1412-1414[149].
  26. Le douaire de Catherine de Thouars comportera, après le supplice de son époux, les seigneuries de La Mothe-Achard, de La Maurière, des Chênes, de Fief-Macqueau et de Falleron[150],[151].
  27. À l'époque, Gilles de Rais se proclamait également comte de Brienne. L'historien François Macé explique qu'au XVe siècle, « Brienne ne fait pas partie des domaines des seigneurs de Rais. […] le nouveau maréchal de France, en route pour Reims, espérait certainement profiter de cette marche victorieuse pour récupérer des rançons, des terres prises aux « collaborateurs » […]. Ne se proclamait-il pas comte de Brienne en  ? Mais ces rêves furent rapidement brisés[154]. »
  28. Ainsi, Anne de Sillé, deuxième épouse de Jean de Craon, dispose encore en 1462 de l'usufruit de la seigneurie de La Bénate[153].
  29. En 1420, lors de la guerre civile bretonne, les partisans des Penthièvre détruisent son château de La Mothe-Achard. Par la suite, la guerre contre la maison de Lancastre entraîne des pertes plus importantes puisqu'en 1423, les Anglais annexent ses terres mancelles : Ambrières et Saint-Aubin-Fosse-Louvain[154].
  30. D'après le mémoire des héritiers, ces revenus estimés approximativement à 30 000 livres de rentes se décomposent ainsi : 10 à 12 000 livres provenant de la succession de Guy de Rais, 13 à 14 000 livres héritées de Jean de Craon, 6 à 7 000 livres apportées par le mariage avec Catherine de Thouars[169]. Plusieurs années après l'exécution de Gilles de Rais, les plaidoiries des avocats du duc François II de Bretagne s'efforcent de minimiser les montants précités mais Matei Cazacu soutient que leurs chicanes s'expliquent aisément du fait que le duc breton « fut (...) contraint de rendre les biens du défunt à ses héritiers et de verser une indemnité correspondant aux sommes perçues en tant que propriétaire de ces domaines. » Le chartiste conclut que sur ce point, le mémoire des héritiers est probablement « sincère et tient compte du redémarrage de la rente féodale, constaté depuis 1420[170]. »
  31. L'abbé Eugène Bossard allègue les faits d'armes de Gilles de Rais durant la guerre civile bretonne de 1420[182], suivi par l'essayiste Roland Villeneuve[183].
    A contrario, l'abbé Arthur Bourdeaut[184], Émile Gabory[185] et Georges Bataille[186] estiment peu vraisemblable la participation du jeune Gilles à ce conflit, signalant qu'aucun document ne l'atteste.
    Plus récemment, Matei Cazacu[187] rejoint l'opinion de Bossard en s'appuyant sur les actes du duc et de la duchesse de Bretagne, documents publiés par René Blanchard, qui font état des récompenses reçues par Jean de Craon et Gilles de Rais[188],[189],[190],[191],[192].
  32. Sans citer ses sources, l'abbé Bourdeaut voit en Arthur de Richemont « le premier protecteur » de Gilles de Rais[193].
    Plaçant délibérément le sire de Rais « dans le sillage des favoris [du roi] », le médiéviste Jacques Heers reprend presque mot à mot la formule de Bourdeaut en qualifiant le frère cadet du duc Jean V de « premier maître de Gilles ». En outre, Heers affirme que Jean de Craon et Gilles de Rais seraient « restés hommes de Richemont » depuis 1420, année de leur contribution à l'échec du complot des Penthièvre et à la délivrance de leur suzerain, le duc Jean V de Bretagne. Toutefois, à l'instar de Bourdeaut, Heers ne fournit pas de référence et ne précise pas davantage la relation de clientélisme — basée sur l'activité militaire ? — qui lierait Richemont et le baron de Rais[194].
    S'appuyant sur Jacques Heers, le médiéviste Olivier Bouzy place à son tour le seigneur de Machecoul dans la clientèle d'Arthur de Richemont dès le début de la décennie 1420[195].
    Quant à Matei Cazacu, il n'établit aucun lien particulier entre Richemont et Rais. Du reste, si le chartiste reconnaît que « l'arrivée de Richemont et des nobles bretons à la cour de Charles VII [donne] un nouvel élan à la guerre », il affirme que « Gilles de Rais n'avait pas attendu ce moment [la nomination de Richemont comme connétable le ] pour participer aux hostilités[196]. »
    Le chercheur Christophe Piel propose une présentation générale de la notion complexe de clientèle[197] ainsi qu'une étude spécifique d'une clientèle nobiliaire à la fin du Moyen Âge[198].
  33. En 1422, le dauphin Charles épouse Marie d'Anjou, fille du duc Louis II d'Anjou et de Yolande d'Aragon[205].
  34. Détenues par Richemont, ces « terres estans au pays de Bretaigne » appartenaient à feu Miles de Thouars, père de l'épouse de Gilles de Rais. L'abbé Bourdeaut fournit ce détail « pour indiquer les rapports de Richemont et de Gilles de Rays », illustrant selon lui la défense des intérêts du baron par les agents de Charles VII[220].
  35. Sans citer de référence, l'abbé Eugène Bossard affirme que « Gilles combattit pour la première fois pour la France » devant Saint-James de Beuvron[223].
    Noël Valois relève qu'en dépit des « déclamations » d'Eugène Bossard à ce sujet, les preuves manquent[224]. L'abbé Bourdeaut conteste également l'assertion de Bossard, bien qu'il reconnaisse « qu'un contingent manceau combattit à Saint-James[184]. »
    Plus récemment, Matei Cazacu juge plausible la participation de Gilles de Rais à l'affrontement. Selon le chartiste, l'absence du nom de Rais dans les chroniques relatant certaines batailles pourrait signifier que le baron ne s'y est pas particulièrement distingué, a contrario des récits de ses exploits relatifs à la prise du Lude, de Rainefort et de Malicorne[225].
  36. Le médiéviste Olivier Bouzy observe qu'en sus de leur chronologie souvent incertaine, les chroniques médiévales confondent parfois les événements et les titulaires successifs des charges de chambellan ou de chancelier.
    Ainsi, Perceval de Cagny, chroniqueur du duc Jean d'Alençon, allègue que Jean de Malestroit aurait été enlevé en 1418 par les hommes du dauphin Charles, ce qui paraît contradictoire avec les affirmations de Guillaume Gruel et du Religieux de Saint-Denis, ces deux chroniqueurs prêtant à Malestroit des penchants armagnacs à l'époque.
    Par ailleurs, le chancelier Malestroit aurait été (encore ?) enlevé en 1431, cette fois par le duc Jean d'Alençon désireux de faire pression sur son oncle Jean V de Bretagne afin d'obtenir les fonds nécessaires à la reconquête de son duché[204].
  37. Dans une lettre datée du , Charles VII loue la loyauté à la couronne française de quelques vassaux du duc breton, dont Gilles de Rais[242].
    L'abbé Bourdeaut en vient à juger le sire de Rais « moins Breton qu'Angevin[243] ».
  38. Établis en Normandie depuis 1419, les Anglais se lancent à l'assaut du comté du Maine en 1424 et en achèvent la conquête l'année suivante[245],[246].
    Le duc Jean de Bedford, régent du royaume de France, se fait donner le duché d'Anjou et le comté du Maine par un acte daté du et confirmé à Rouen par le jeune roi Henri VI d'Angleterre le [247].
  39. L'abbé Arthur Bourdeaut observe que la nomination de Jean de Craon en juin 1427 à la lieutenance générale en Anjou coïncide presque exactement avec l'ascension de Georges Ier de La Trémoille — lui-même issu de la maison de Craon — au titre de grand chambellan de Charles VII[249].
    Georges Bataille conjecture que Craon aurait peut-être favorisé, grâce à sa dignité de lieutenant général et en raison de leur parenté, l'ascendant de La Trémoille à la cour royale[218].
  40. Le médiéviste Philippe Contamine souligne qu'à l'opposé des grandes batailles rangées comme Crécy ou Azincourt, la « guerre guerréante » désigne une guérilla « faite d'escarmouches, de surprises et de coups de main[255]. »
  41. Aujourd'hui détruit, le château de Ramefort (anciennement Rainefort, Rennefort, Ramessort ou Romfort suivant l'orthographe fluctuante du temps) se dressait à Gennes, actuellement Gennes-sur-Glaize, dans le canton de Bierné en Mayenne[257],[258],[259],[260],[261].
  42. Outre l'appellation injurieuse « Français reniés » que l'on retrouve dans certaines sources, le Journal du siège d'Orléans dénomme « faux Français » les « Français partisans de l'union des deux couronnes[264]. ».
  43. Témoignage (recueilli en 1461 ou 1462) de l'écuyer Jean, seigneur d'Alencé : « (…) il [Jean d'Alencé] fut en la guerre en la compaignie dudit feu sire de Rays et à aider à prandre les places et forteresees de Rameffort, de Malicorne et Le Lude, qui lors estoient detenues et occupées par les Anglois, anxiens ennemys de ce royaume[266]. »
  44. Tout en évoquant la prise anglaise du château du Lude en 1425, d'après la datation établie par René Planchenault[268], le médiéviste Michel Le Mené observe que « la chronologie des événements militaires des années 1425-1426 est particulièrement floue[269]. »
  45. Au gré des interprétations de chaque auteur, Ramefort et Malicorne sont reconquises avant ou après le château du Lude.
    L'abbé Arthur Bourdeaut assigne la nomination de Jean de Craon au titre de lieutenant général en Anjou et dans le Maine (juin 1427) comme point de départ de l'engagement militaire de Gilles de Rais en pays manceau[184]. L'abbé se réfère ensuite aux chroniques de Jean Chartier et de Jean de Bourdigné afin de préciser que les places fortes de Ramefort, Malicorne et du Lude sont chronologiquement « conquises sous le gouvernement de La Trémoille », ce dernier devenant grand chambellan du roi en juin 1427[271].
    Toutefois, d'après un mandement du roi Henri VI en date du , Warwick dépêche John Fastolf dans le comté du Maine lors du mois d'avril 1427 afin de secourir la garnison anglaise du château de Malicorne. Le chef de guerre anglais prélève en conséquence un certain nombre de lances et d'archers parmi les troupes qui assiègent alors Pontorson[272]. Selon le chartiste René Planchenault (1897-1976), le siège de Malicorne mentionné dans ce mandement se rapporte à celui mené par Gilles de Rais et ses compagnons d'armes ; en outre, l'archiviste-paléographe soutient que la conquête de Ramefort précède celle de la forteresse malicornaise, avant même la reddition de Pontorson le [273].
  46. Le chroniqueur Jean Chartier mentionne succinctement la mort du capitaine « Blacquebourne » lors de la prise du château du Lude, sans en préciser les circonstances[275].
    Dans Le Jouvencel, traité d'art militaire et récit semi-biographique inspiré de la vie de Jean V de Bueil, il est spécifié a contrario que « Blaqueborne » eut la vie sauve grâce à Henri de Villebranche, seigneur de Broons[276],[277].
    Dans la chronique d'Édouard Hall, The Union of the Two Noble and Illustre Families of Lancastre and Yorke (1542), il est reporté que Blackburn fut mis à rançon et tous ses soldats massacrés[278] ; bien que tardive, la chronique de Hall intègre certaines informations provenant probablement de Pierre Basset, contemporain du roi Henri V d'Angleterre[279].
    Au XIXe siècle, le polygraphe Paul Lacroix (alias « le bibliophile Jacob ») prétend dans l'un de ses récits historiques romancés que Gilles de Rais aurait tué de sa propre main le capitaine Blackburn lors de l'assaut[280]. Prenant pour argent comptant cette affirmation fantaisiste, l'abbé Bossard se représente de surcroît le baron à la tête des assaillants qui escaladèrent les remparts ludois[281].
    Émile Gabory reproche généralement à Bossard de par trop subir l'influence de Lacroix[282]. Le « bibliophile Jacob » puis l'abbé n'en inaugurent pas moins une tradition erronée que plusieurs auteurs (dont Gabory lui-même, en l'occurrence) perpétueront[283],[284],[285],[286],[287],[288],[289],[290], voire accentueront par l'adjonction d'une prouesse imaginaire : Gilles de Rais aurait fendu Blackburn en deux[291],[292].
    Rappelant les versions contradictoires du Jouvencel et de la chronique de Jean Chartier, Maurice Termeau juge « douteux » le fait d'armes du baron[293]. Matei Cazacu s'en tient au Jouvencel, considérant ce récit comme un témoignage fiable au motif que Jean de Bueil compta parmi les assiégeants du château du Lude[294]. Or, sans se référer spécifiquement au sort du capitaine Blackburn, l'historien médiéviste Philippe Contamine insiste sur le caractère idéalisé de la guerre dépeinte dans Le Jouvencel : « une guerre fraîche et joyeuse, une guerre propre, le contraire même de la « sale guerre », une guerre courtoise et chevaleresque. On n'a pas le droit de mettre un ennemi à la question (la torture) pour le faire avouer. Il faut à tout prix respecter les sauf-conduits[295]. »
  47. D'après Philippe Contamine, le passage « sans nul excepté » fait allusion au duc Jean V de Bretagne et à Yolande d'Aragon, entre autres[308].
  48. Préalablement à son contrat avec Gilles de Rais, La Trémoille a tissé un réseau d'alliances avec le duc Jean d'Alençon, le comte Jean de Foix et le comte Charles de Clermont[312].
    Selon l'historien Boris Bove, « ces contrats se présentaient sous forme de lettres patentes publiques qui engageaient réciproquement les partenaires à la fidélité, à déclarer leurs alliés et ennemis communs, à se prêter aide et conseil, ainsi qu'à protéger leur personne et leurs biens leur vie durant. »
    Le développement de ce type de contrat s'explique à l'aune des défaillances du régime féodal et de l'État monarchique mis à mal par les guerres civile et étrangère. Par souci de protection, la haute et moyenne noblesse accroît et renforce des liens de fidélité par le biais de tels contrats, en incluant plus fréquemment une clause relative à la prévention des complots qu'une clause de fidélité au roi, ce qui souligne l'impuissance du pouvoir central « à réguler les rapports de force au sein de la société politique[313]. ».
  49. Au début de l'année 1429, alors que les Anglais poursuivent le siège d'Orléans, un complot est ourdi par Louis d'Amboise, Antoine de Vivonne et André de Beaumont, seigneur de Lezay — tous les trois alliés du connétable de Richemont — en vue d'éliminer le grand chambellan Georges de La Trémoille, s'assurer de la personne de Charles VII et renouveler le Conseil royal. Éventée, la conspiration échoue. Le , André de Beaumont et Antoine de Vivonne obtiennent des lettres d'amnistie délivrées par le Conseil royal[314],[315].
  50. Philippe Contamine précise qu'« en fait, Jeanne d'Arc ne put s'introduire et s'imposer [à la cour de Charles VII] qu'avec l'aval de Georges de La Trémoille et de Regnault de Chartres, suivis par le fidèle Raoul de Gaucourt, tous anti-bourguignons mais jusqu'à un certain point seulement, car tous pensaient qu'un jour ou l’autre il faudrait bien traiter ; la « trahison » de La Trémoille, un personnage certes très peu sympathique, est une fable, inventée postérieurement[207]. »
  51. Philippe Contamine constate « [qu'on] y verrait plus clair si l'on disposait de biographies un peu poussées sur des personnages tels Robert Le Maçon, Raoul de Gaucourt, Regnault de Chartres et surtout Georges de La Trémoille (l'étude systématique de leurs réseaux serait des plus éclairantes[335].). »
  52. Philippe Contamine suppose que le sire de Rais était probablement « l'homme de La Trémoille. » L'historien n'en estime pas moins que Gilles « compta sans doute parmi les partisans les plus déterminés — et les plus actifs — du rapprochement France-Bretagne » à cette période[322].
  53. Dans ses commentaires du Jouvencel, rédigés plusieurs décennies après les événements[137], Guillaume Tringant note que « [Jeanne d'Arc] fut esseyée à mettre les vivres dedans Orleans pour secourir la ville qui en avoit neccessité, où nul ne se osoit entremettre de ce faire. Monseigneur de Dunoys conduisoit le faict de la ville : Lahire saillit aux champs et mon maistre avec luy ; et vint le sire de Raiz, qui amena une belle compagnie d'Anjou et du Maine pour accompagner la Pucelle[340]. »
  54. Parmi l'usage d'armes offensives caractérisant communément les gens d'armes, l'historien médiéviste Philippe Contamine souligne celui de l'épée et « surtout [celui de] la lance en bois, d'environ trois mètres de long, terminée par un fer. Ceci explique que, surtout dans la seconde moitié du XIVe siècle, « homme d'armes » ait eu comme équivalent normal, tant dans les sources archivistiques que narratives, « lance » ou « glaive[344]. » »
  55. Passant en revue les différents capitaines de Charles VII susceptibles de commander l'armée royale, l'historien médiéviste Xavier Hélary estime que le Bâtard d'Orléans ne peut prétendre au même rang que le duc Jean d'Alençon, précisément à cause de sa condition d'enfant naturel issu d'un rameau des Valois. Quant à Gilles de Rais, il n'aurait pas été choisi en raison de sa jeunesse[353].
  56. Le chroniqueur Jean Chartier mentionne uniquement le sire de Rais[357] Cependant, une lettre adressée à Yolande d'Aragon par des gentilshommes angevins mentionne les trois autres « otages », terme désignant les chevaliers chargés de la garde de la sainte ampoule : le sire Jean de Graville, l'amiral Louis de Culant et Jean de Brosse, maréchal de Boussac[358],[359].
  57. Trois fidèles de Charles VII portent à l'époque le titre de maréchal de France. Le jour du sacre, Gilbert III Motier, seigneur de La Fayette, se voit retirer son titre au profit de Gilles de Rais. Sa disgrâce est peut-être motivée par la rancune de La Trémoille puisque cinq ans plus tôt, en 1424, La Fayette avait saisi, sur ordre du roi, des positions auvergnates occupées par le futur grand chambellan. Il est également possible que Charles VII ait voulu sanctionner Gilbert III Motier eu égard à son rôle lors de l'humiliante défaite de la « journée des Harengs » le [362],[363].
    L'abbé Bourdeaut conclut que l'« élévation [de Gilles de Rais] au maréchalat fut l'effet de la faveur[364]. » Matei Cazacu l'interprète comme une récompense royale pour services rendus à la guerre, soulignant que des lettres patentes de Charles VII brossent en septembre 1429 « un véritable panégyrique de l'action militaire de Gilles[365]. »
  58. Dans Le Jouvencel, « Crathor » est une place fictive servant à désigner différentes villes réelles (Orléans, Lagny-sur-Marne…) selon les aventures décrites[394]. En l'occurrence, « Crathor » s'applique à Sablé. Bien que Le Jouvencel mentionne des ennemis indistincts en cette circonstance, Guillaume Tringant — serviteur de Jean de Bueil — explicite dans ses commentaires les aventures romancées de son maître, dénonçant spécifiquement Gilles de Rais comme le geôlier du futur amiral de France.
    Dans l'« Introduction biographique et littéraire » de l'édition du Jouvencel annotée par Léon Lecestre, Camille Favre situe le conflit sablosien opposant Gilles de Rais et Jean de Bueil entre et en raison d'une pièce datée du . Dans celle-ci, Jean de Bueil s'intitule capitaine de Sablé, nommé à ce poste par Yolande d'Aragon et son fils Charles d'Anjou. Selon Camille Favre et Léon Lecestre, Jean de Bueil s'est donc emparé de la place de Sablé — tenue militairement par Gilles de Rais — à une date antérieure au mois d'octobre 1430[395],[396].
    L'abbé Bourdeaut admet qu'il ne peut dater la reprise nocturne de la ville par Gilles de Rais mais il mentionne des lettres datées du qui attestent d'un « passage récent » du maréchal à Sablé[397],[398].
    Georges Bataille puis Matei Cazacu situent également la discorde entre Rais et Bueil durant l'hiver 1429-1430[399],[400] tandis que le médiéviste Olivier Bouzy préfère placer cet affrontement dans le contexte de la guerre civile de 1432[401].
  59. Jean de Bueil est l'époux de Jeanne de Montjean, sœur de Béatrice de Montjean. Cette dernière est la mère de Catherine de Thouars, femme de Gilles de Rais[118]. De surcroît, Jean de Bueil est l'oncle par alliance de Georges de la Trémoille puisque Catherine de L'Isle Bouchard, seconde femme du grand chambellan, est issue de l'union entre Jean de L'Isle Bouchard et Jeanne, sœur de Jean de Bueil[402].
  60. Jean de Bueil a combattu lors des campagnes angevines et mancelles de 1427[403],[404] ainsi que lors du siège d'Orléans en 1428-1429[405].
  61. Des années plus tard, en 1451, la cour des comptes d'Angers évoque la responsabilité de Gilles de Rais et de son grand-père Jean de Craon dans ce pillage[406], survenu par conséquent avant novembre 1432, date du décès du seigneur de La Suze[407].
  62. Témoignage de Rappiot, représentant de Georges de La Trémoille, lors d'un procès opposant en 1445 l'ancien grand chambellan à Prigent de Coëtivy, gendre du défunt baron de Rais, dans le cadre de l'héritage conflictuel des biens du défunt : « [Gilles de Rais] fist en son temps de grans vaillances, comme d'avoir esté principal de lever les sièges d'Orléans et de Laigny (…)[409]. »
  63. L'historien Noël Valois émet l'hypothèse que Michel de Sillé tombe aux mains des Anglais lors des combats livrés autour du château de Sillé vers 1432-1433[411]. L'historien Michel Termeau situe plutôt cette capture lors du siège de Lagny en 1432, tout en suggérant un quiproquo commis par Jean Chartier au sujet des frères Gilles de Sillé et Michel de Sillé[412].
  64. On compte toujours trois maréchaux de France en 1433 puisque Gilles de Rais conserve son titre tandis que Gilbert Motier de La Fayette récupère le sien à l'occasion du décès du maréchal de Boussac, survenu la même année que le renvoi de Georges de La Trémoille[417].
  65. D'après une plaidoirie du dans le cadre d'un procès entre Georges de la Trémoille et Prigent de Coëtivy[409],[422],[423].
    Philippe Contamine suppose que Gilles de Rais « fut sans doute remplacé par André de Laval-Lohéac[424]. »
  66. Jacques Heers souligne l'imprécision du Mémoire, « manière de réquisitoire » à la tonalité véhémente[431] » ; « (…) de par sa nature même et son but avoué, ce Mémoire ne peut être que suspect, entaché d'exagérations, alourdi de fables[432]. »
  67. Un compte de la baronnie de Rais de 1474, deux comptes de la châtellenie de Machecoul de 1461-1464 et 1497-1498, les comptes de la châtellenie de Champtocé en 1448, etc.
  68. Les démêlés judiciaires entre Jean de Craon et des marchands de la Loire en 1414.
  69. « Ha, ribault, tu as batu mes hommes, et leur as fait extorsion ; viens dehors de l'église ou je te tueroy tout mort ! », propos tenus par Gilles de Rais selon la déposition de Lenano, marquis de Ceva[475].
  70. Dépositions de Jean Rousseau, homme d'armes du duc de Bretagne ; de Lenano, marquis de Ceva, capitaine au service de Gilles de Rais ; de Bertrand Poulein, homme d'armes au service de Gilles de Rais (procédure ecclésiastique, 19 octobre 1440)[479].
  71. L'église de Saint-Étienne-de-Mer-Morte se situe dans le diocèse de l'évêque Jean de Malestroit.
  72. D'après la déposition de Francesco Prelati faite le au cours du procès de son maître, Gilles de Rais souhaitait garantir sa liberté avant de risquer une entrevue avec le duc Jean V. Ainsi, le seigneur de Tiffauges aurait préalablement prié l'Italien d'évoquer à plusieurs reprises le « diable nommé Barron » dans une prairie près de Josselin en vue d'interroger l'esprit malin sur les intentions ducales[484].
  73. À l'époque, « les rapts et les meurtres d'enfants sont [...] étroitement associés aux crimes des gens de guerre », observe la médiéviste Claude Gauvard[489].
  74. S'appuyant sur le récit romancé du polygraphe Paul Lacroix[496], l'abbé Eugène Bossard prétend que Gilles de Rais aurait plaisanté en se référant au nom du capitaine Labbé : « J'avais toujours eu le dessein, dit [Gilles de Rais] en se tournant vers ses gens inquiets, comme pour les rassurer par la tranquillité apparente de son âme, j'avais toujours eu le dessein de me faire moine ; or, voici venir l'abbé, sous lequel je dois m'engager[497]. » Néanmoins, l'historien Émile Gabory précise que ce trait d'esprit n'est qu'une « invention amusante, qu'aucun texte sérieux ne corrobore[498]. » Les circonstances exactes de l'arrestation du seigneur de Machecoul demeurent inconnues.
  75. Certains éléments du procès civil ne sont pas connus avec exactitude, notamment la date de la première comparution de Gilles de Rais devant le tribunal présidé par Pierre de L'Hôpital. Au demeurant, cette première audience n'est guère mentionnée par les biographes de Gilles de Rais, Georges Bataille excepté.
    La disparition vraisemblable des pièces originales du procès civil explique peut-être ces imprécisions. L'historien Olivier Bouzy remarque que certaines copies du procès civil parvenues jusqu'à nous se rapportent sans doute à des « résumé[s] composé[s] de morceaux choisis » car établis à des fins judiciaires en vue de contestations portant sur des fiefs et des douaires[501].
  76. « (…) c'est-à-dire indépendante de la procédure ecclésiastique comme de la procédure séculière[531]. ».
  77. Après avoir cité ces passages, Jacques Chiffoleau déclare : « Je n'ai jamais rencontré ça dans aucun interrogatoire inquisitorial que je connaisse. Cette description complètement sadienne... Je ne connais pas avant Sade des textes de ce genre. Quand on tombe là-dessus, on est dans un état de perplexité extrême. Est-ce que c'est inventé ou pas ? On est forcément obligé de suspendre son jugement, je dirais presque, même quand on est persuadé que la procédure, par ailleurs, a été plus que bricolée et tend à faire avouer des choses inavouables. On reste absolument perplexe[535]. »
  78. Dépositions de François Prelati et Eustache Blanchet devant la cour ecclésiastique, respectivement les 16 et 17 octobre 1440[538].
  79. Dépositions de François Prelati et Eustache Blanchet devant la cour ecclésiastique, respectivement les 16 et 17 octobre 1440[540].
  80. Dans un manuscrit anonyme anglais du XVe siècle, le médiéviste Jean-Patrice Boudet repère « une conjuration adressée à Baron, (…) démon anthropomorphe de belle prestance, ce qui correspond d'ailleurs au signalement qu'en donne Prelati lors de sa déposition au procès de Gilles de Rais[541]. ». Par ailleurs, un codex florentin du XVIe siècle dépeint Barron comme un démon « spécialisé dans la découverte des trésors cachés[542] ».
  81. Déposition de François Prelati devant la cour ecclésiastique le 16 octobre 1440[543].
  82. Jacques Chiffoleau emploie ces termes à propos des juges du procès de condamnation de Jeanne d'Arc[544], au sens du dictionnaire Larousse (« schème : ensemble de concepts permettant de se faire une image de la réalité en résumant les éléments disparates de cette réalité à l'aide d'instruments fournis par la raison[545]. »).
  83. « Un pré situé au-dessus des ponts de Nantes », selon Matei Cazacu[552]. L'île de Grande Biesse est désormais incorporée à l'actuelle île de Nantes et cette prairie correspond aux abords de ce qui est aujourd'hui le boulevard Vincent-Gâche.
  84. Selon une citation (sans source) reproduite dans le Grand Larousse de 1867, des reliques du seigneur de Rais auraient été prélevées à la suite de son exécution : « Aucunes [dames et damoiselles de son lignage] furent prendre des ossements du bon sire et les conservèrent pieusement, en souvenir de son grant repentir[555]. »
    L'abbé Eugène Bossard attribue la citation à Jean Chartier[556] mais ce passage n'apparaît nulle part dans la Chronique de Charles VII, roi de France suivant l'édition établie par Auguste Vallet de Viriville en 1858.
    Quoi qu'il en soit, Émile Gabory juge la conservation de telles reliques bien peu vraisemblable puisque le cadavre fut préservé du feu pour être inhumé en terre chrétienne[557].
  85. Cependant, la plupart des anciennes îles de la Loire dépendaient à cette époque du prieuré de la Madeleine qui se trouvait quai Magellan (anciennement « quai de la Madeleine ») au niveau du pont Général-Audibert (anciennement « pont de la Madeleine »).
  86. De 1439 à 1441, Geoffroy Le Ferron exerce les fonctions de trésorier et receveur général du duc Jean V de Bretagne, « après l'avoir puissamment aidé à dépouiller Gilles de Retz[568]. » Le Ferron acquiert ainsi Saint-Étienne-de-Mer-Morte, terre que Gilles tente ensuite de se réapproprier par la force en commettant le sacrilège de la mi-mai 1440[474].
    En 1443, Le Ferron fait carrière à la cour royale comme trésorier de France et conseiller du roi Charles VII[569].
  87. En 1441, l'amiral Prigent de Coëtivy épouse Marie de Rais, fille unique de Gilles[570],[571]. Devenu le nouveau baron de Retz, Coëtivy soutient plusieurs procès afin de revendiquer l'héritage de sa femme, autrement dit les terres ayant appartenu à feu son beau-père[572].
  88. L'écuyer Jacques Chabot, seigneur de Pressigny, avait également trempé dans d'autres crimes[575].
  89. Consécutivement au mariage entre Marie de Rais et Prigent VII, le chartrier de Rais est transféré à Taillebourg. L'amiral de France fait alors transcrire le manuscrit du « cartulaire des sires de Rays », publié par l'archiviste René Blanchard en 1898-1899[580].
  90. Pour Matei Cazacu, le transport du cercueil de Gilles de Rais par plusieurs nobles dames et demoiselles avant son inhumation en terre chrétienne aurait vraisemblablement impressionné la foule nantaise. À l'avenant, sa pendaison aurait pu marquer l'esprit des petits enfants probablement fouettés le même jour suivant la coutume consistant à les châtier corporellement lors de l'exécution d'un criminel « afin qu'il leur en souvint », selon les termes de François Rabelais attestant d'une telle pratique dans Pantagruel[579]. Cette pratique du fouet comme méthode d'édification morale des enfants à l'occasion d'exécutions judiciaires est non seulement mentionnée dans le roman de Rabelais mais également dépeinte dans l'estampe Supplicium Sceleri Fraenum de la série iconographique Les Supplices gravée par Jacques Callot[587].
  91. En sus d'inventer l'intention homicide du baron de Rais envers Catherine de Thouars ainsi que la dénonciation du criminel par sa femme, Jean Bodin prête huit victimes au maréchal, probablement en raison d'une mauvaise lecture des Chroniques où Monstrelet évoque le chiffre de « huit vingt [autrement dit : cent soixante] ou plus[590],[591]. »
  92. En 1845, Charles Mourain de Sourdeval affirme que Perrault aurait « modelé » son personnage d'après Gilles de Rais, tout en s'inspirant de la vie conjugale d'Henri VIII pour atténuer l'horreur des crimes et rendre l'histoire plus « convenable[595],[596]. » En 1885, l'abbé Eugène Bossard soutient que l'académicien aurait recueilli la matière première de son conte dans des traditions orales bretonnes qui transfigurent le baron sanglant en Barbe-Bleue[597],[598].
  93. En visitant le château de Champtocé en 1862, Antoine-Étienne Carro, bibliothécaire de la ville de Meaux, constate que Barbe-Bleue a supplanté Gilles de Rais dans les récits locaux[622].
    En outre, dans ses mémoires publiés posthumément en 1929, Pierre Foucher (1772-1845), beau-père de Victor Hugo, se remémore les bourgeois nantais mentionnant le « château de Barbe-Bleue » lors de leurs balades du dimanche au château de Tiffauges[623],[624]. D'après Matei Cazacu, les souvenirs de Pierre Foucher (qui confond Charles Perrault avec Antoine Galland) remontent aux années 1778-1790 ; le chartiste considère donc qu'il s'agit de la plus ancienne constatation relative au « processus d'amalgame » entre le sire de Rais et Barbe-Bleue, précédant même la publication de l'ouvrage de Pierre Richer, Description de la rivière d'Erdre depuis Nantes jusqu'à Nort (1820)[625].
  94. À l'instar d'Édouard Richer dans sa Description de la rivière d'Erdre depuis Nantes jusqu'à Nort (1820), l'abbé Bossard prête sept femmes à Barbe-Bleue, chiffre pourtant absent du conte perraultien[640].
  95. Maître de conférences en histoire médiévale, Pierre Savy note que la Psychopathia sexualis exerça « une forte influence (...) sur de nombreux auteurs d'études consacrées » au baron de Rais, et notamment sur Georges Bataille[666].
  96. Entre autres textes relevant de cette approche jugée superficielle, Angus McLaren (en) cite Vampirisme, nécrophilie, nécrosadisme, nécrophagie (1901)[677], ouvrage du docteur Alexis Épaulard, collègue d'Alexandre Lacassagne[678].
  97. Selon les termes du docteur Maurice Hamblin-Smith, pionnier de la psychiatrie judiciaire et préfacier d'un ouvrage anglais sur le maréchal, publié en 1926[679].
  98. Du point de vue de la littérature, la notion de sadisme, « popularisée dans les années 1880 et 1890, exprimait initialement un mépris élitiste envers les classes moyennes et la société de masse », selon Angus McLaren (en). À travers le prisme des Lettres, « le pervers était personnifié par des nobles libertins comme Gilles de Rais, Sade et Des Esseintes » mais « ironiquement », les individus médicalement caractérisés comme criminels sadiques, tel Joseph Vacher, se rencontraient plutôt dans ces classes populaires si redoutées par les romanciers du mouvement décadent. L'historien canadien souligne que « les “véritables” sadiques, loin de correspondre à l'image [fictionnelle] de puissants surhommes sexuels, étaient les esclaves de leur propre comportement compulsif[678]. »
  99. Dans une biographie publiée en 1926, l'historien Émile Gabory rappelle la réalité des « meurtres sadiques ou rituels » afin de réfuter un argument en faveur de l'innocence du baron de Rais. Pour ce faire, il mentionne à titre d'exemple « l'histoire du boucher hanovrien Haarmann qui, l'année dernière, tua vingt-huit jeunes gens (...)[682]. » Ce tueur en série allemand est également cité par l'écrivain Georges Bataille lors d'une conférence tenue le à Fontenay-le-Comte : « Gilles de Rais fut une sorte de boucher de Haarman (sic) mais en grand[683],[684]. » De manière analogue, l'historien médiéviste Olivier Bouzy évoque Andreï Tchikatilo comme « un Gilles de Rais au petit pied[685]. »
  100. Parmi les œuvres littéraires et pièces de théâtre illustrant ce thème : Georg Kaiser, Gilles und Jeanne (1923)[701] ; Philippe Dumond, Jacques Rougeon et Yan Philip, La passion de Jeanne d'Arc selon Gilles de Rais (1979) ; Michel Tournier, Gilles et Jeanne (1983)[702] ; Hubert Lampo, Le diable et la pucelle (2002) ; Michel Ragon, Un amour de Jeanne (2003)[703] ; Tom Lanoye, Sang et roses. Le chant de Jeanne et Gilles (2011)[704]...
  101. Matei Cazacu conjecture que « Gilles de Rais a sans doute été ébranlé » par les accusations portées par le tribunal de Rouen contre la Pucelle, censément hérétique et invocatrice de démons. En outre, le chartiste estime que « nul n'a mieux décrit [l]a crise de conscience [de Gilles] que Huysmans dans son roman, Là-bas[709]. »
  102. « La Pucelle, le mareschal de Rais, le sire de Gaucourt, par l'ordonnance d'elle apellé ce qui bon lui sembla, alèrent donner l'assault à la porte de Saint Honnouré[372]. »
  103. Thomas A. Fudgé affirme également que Gilles de Rais aurait déjà secouru Jeanne d'Arc blessée durant le siège d'Orléans, entre autres exemples corroborant la thèse d'une « étroite collaboration » entre les deux compagnons d'armes, d'après le médiéviste[730].
  104. Le Mans ne sera reprise aux Anglais qu'en 1448[735].
  105. Matei Cazacu croit discerner dans le Mystère du siège d'Orléans le reflet de la rivalité entre le capitaine anglais John Fastolf et Gilles de Rais[741]. Par contre, Jacques Chiffoleau conteste le lien entre ce mystère et Gilles de Rais, en s'appuyant sur la communication de Vicki L. Hamblin au colloque « Jeanne d'Arc : Histoire et mythes » tenu à Orléans les 9-[742],[743].
  106. Dans sa « confession hors jugement », indépendante des procédures ecclésiastique et séculière, Gilles de Rais affirme avoir commis ses crimes « suivant son imagination et sa pensée, sans le conseil de personne, et selon son propre sens, seulement pour son plaisir et sa délectation charnelle, et non pour quelque autre intention ou quelque autre fin[750]. »
  107. Jules Michelet orthographie « Étienne Corillant[754]. »
  108. « Barbe Bleue à La Suze », Histoire du canton de La Suze sur Sarthe, Association pour l'étude du patrimoine sarthois, [lire en ligne].
    Cet article relève également la confusion commise par certains auteurs, dans la continuité de Michelet, entre le château de La Suze (dénommé à tort « château de Barbe-bleue ») et l'hôtel de La Suze sis à Nantes. Aujourd'hui disparu, l'hôtel nantais appartenait à Jean de Craon, seigneur de La Suze, qui lui laissa son nom[758]. Gilles de Rais hérita de ce bien et en fit supposément le théâtre de certains crimes.
  109. « (...) on voit qu[e Jules Michelet] a été induit en erreur, ou par une lecture trop rapide du manuscrit, ou, ce qui est plus probable, par le récit d'un historien mal informé[761]. »
  110. Dans leur étude sur le diable parue en 1926, l'avocat Maurice Garçon et le psychiatre Jean Vinchon ne mettent pourtant pas en doute les crimes du baron de Rais. Les deux auteurs évoquent « le culte de Satan » comme « une création lente mais précise et habile » des démonologues. « Ainsi s'est formée une doctrine méthodique du sacrilège. Quelques crimes de fous comme Gilles de Rais, quelques examens de malades qui présentaient des déséquilibres sexuels plus ou moins caractérisés, confirmaient les travaux des érudits[767]. »
  111. Ultérieurement, Prouteau ne fait plus allusion à cette commande, se contentant d'évoquer le biologiste Henri Laborit comme source d'inspiration du procès de réhabilitation[769].
  112. Prouteau évoque ses recherches « aux Archives de Nantes[766] » mais l'historien Jean Kerhervé pointe le fait que le poète confond constamment les archives de la Loire-Atlantique (où les actes des procès sont conservés) et la médiathèque de Nantes, où ne sont conservées que des copies[770].
  113. Gérard Larcher, vice-président du Sénat[772] ainsi que le « bâtonnier Albert Brunois, un ex-ministre de la justice (Michel Crépeau), un ex-ministre de la culture (Jean-Philippe Lecat), le biologiste Henri Laborit, un parlementaire, des juristes[773]... » En font également partie André Chandernagor[774] et le médecin Pierre Simon[775].
  114. Imaginant un plaidoyer pro domo de Gilles de Rais, Gilbert Prouteau prête à son personnage des propos fictifs qui tentent de justifier ses pratiques pédophiles[778]. Employé dans le cadre de la réhabilitation du baron, ce procédé littéraire indigne l'écrivain Alain Jost : « Voilà Gilles de Rais mué en chantre lyrique (et moderne) de la pédophilie. D'autres auteurs ont tenté de justifier de cette façon les abus sexuels commis sur les enfants. (...) Que viennent faire ici ces arguments d'une révoltante mauvaise foi ? »[779]
  115. Michel Fleury, membre de la Société d'études et de recherches historiques sur le pays de Retz, ne doit pas être confondu avec son homonyme Michel Fleury, historien, archéologue et vice-président de la Commission du Vieux Paris.
  116. « Quant à la composition de la « Cour » [...], elle était édifiante : évidemment pas un seul spécialiste de l'histoire du Moyen Âge, uniquement quelques amis comparses. On n'a pas pris la peine d'entendre un seul historien. On s'est contenté de m'octroyer quelques minutes, discours sans cesse interrompu par les sarcasmes d'un président furieux[789]. »
  117. Le quotidien Libération s'interroge sur la nature promotionnelle de l'audience du 9 novembre 1992 eu égard à la parution de l'ouvrage de Prouteau[792].
    Michel Fleury évoque une « farce médiatico-parisienne » : « La vraie nature de l'opération a en fait été dévoilée à l'issue du spectacle [du 9 novembre 1992] : cocktails, petits fours et distribution du livre de M. Prouteau aux journalistes et invités présents. Ce n'était donc qu'une opération publicitaire et promotionnelle pour un ouvrage. Dont acte[789]. »
    Dans son livre d'entretiens avec Gilbert Prouteau, Xavier Armange fait notamment remarquer au poète qu'en « prenant le contrepied de l'Histoire, en dédouanant le sire de Rais, [il était] sûr de réussir un "hénaurme" coup médiatique. » Armange demande ensuite à Prouteau si sa lettre ouverte au président François Mitterrand en vue d'obtenir la réhabilitation de Gilles n'était pas « destinée à relancer les ventes » de son ouvrage Gilles de Rais ou la gueule du loup, ce à quoi l'écrivain répond également de manière « dilatoire[793]. »
  118. « Cette séance tenue au Sénat le 9 novembre 1992 a pu s'y dérouler pour la seule et unique raison qu'elle bénéficiait du parrainage d'un sénateur qui, évidemment, ne représentait que lui-même dans cette affaire. L'or des palais nationaux ne conférait à cette manifestation aucun caractère officiel[789] », précise Michel Fleury.
    Gilbert Prouteau affirme que Gérard Larcher, alors vice-président du Sénat, siégeait parmi les personnalités[772].
  119. Outre la confusion commise par Gilbert Prouteau entre les archives de la Loire-Atlantique et la médiathèque de Nantes, Jean Kerhervé souligne que le poète qualifie les archives en moyen français de « galimatias[799] » en sus de « déforme[r] allègrement les genres et les cas » lorsqu'il recopie des formules latines[800],[770].
  120. Préalablement à sa parution, Gilles de Rais ou la Gueule du loup (annoncé sous le titre L'Ombre d'un doute) a bénéficié d'une couverture médiatique grâce à un article du Nouvel Observateur, où le journaliste François Caviglioli reprend la trame de l'ouvrage de Prouteau tout en qualifiant ce dernier d'« historien[806] ».

Références[modifier | modifier le code]

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