Duché de Bouillon

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Duché de Bouillon

1456-1794

Blason
Description de l'image Buillon.jpg.
Informations générales
Statut Duché au sein du Saint-Empire
Capitale Bouillon
Démographie
Population 2 500 en 1789
Superficie
Superficie 230 km2
Histoire et événements
1415 Bouillon échoit à la maison de La Marck.
1456 Bouillon élevée au rang de duché.
1676 Indépendance reconnue par la France.
Proclamation de la République bouillonnaise

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Le duché de Bouillon était une entité politique centrée sur la ville de Bouillon, aujourd'hui en Belgique. D'abord seigneurie relevant de la principauté de Liège, Bouillon fut élevé en duché en 1456, puis acquit une autonomie croissante, avec le soutien de la France. Le duché accède à l'indépendance en 1676 et est annexé par la France en 1795.

Histoire[modifier | modifier le code]

Moyen âge : la seigneurie[modifier | modifier le code]

Bouillon occupe une région frontalière et stratégique, naturellement marquée par la Semois, qui fut longtemps l'objet de transactions, disputes et revendications, en particulier entre les La Marck, la principauté de Liège et la France. La seigneurie de Bouillon relevait de la principauté de Liège et se composait, comme de coutume dans le contexte féodal, d'un ensemble complexe et mouvant de droits et de territoires.

XVe siècle : un duché[modifier | modifier le code]

En 1415, la seigneurie de Bouillon échoit à la maison de La Marck et la principauté de Liège l'élève au rang de duché en 1456 pour Robert Ier de La Marck.

Ce duché reste toutefois dépendant[1] de la principauté et entretient avec elle des relations confuses et tendues durant deux siècles — en dépit de différents traités tentant d'éclaircir et de consolider les droits de chaque partie : traité de Tongres (1484), traité de Cambrai (1521), paix du Cateau-Cambrésis (1559), …

XVIe siècle : influence française[modifier | modifier le code]

Au début du XVIe siècle, le duché de Bouillon relève toujours de la principauté de Liège dans le Saint-Empire, mais appartient au patrimoine d'une famille française, par ailleurs propriétaire de Sedan et se trouve placé sous la protection du roi de France. Les conflits ne cessent donc pas. D'accord en conflit, l'engagement et implication de la France dans la gestion de cette région stratégique est croissante.

Peu après 1506, Robert III de La Marck reprend le château de Bouillon à la principauté[2], avec l'aide des troupes de François Ier. Bouillon est prise en 1552 par Henri II de France, qui la rend à Robert IV de La Marck.

Parallèlement, les intérêts des ducs de Bouillons sont orientés vers la France. Les La Marck sont seigneurs de Sedan depuis la fin du XVe siècle ; Robert III de La Marck combat en Italie pour l'armée française ; Robert IV de La Marck est nommé maréchal de France en 1547, Henri-Robert de La Marck était par sa mère, le petit-fils de Diane de Poitiers. Enfin, avec l'appui d'Henri IV, c'est Henri de La Tour d'Auvergne, descendant des ducs d'Aquitaine, maréchal de France, prince de Sedan et vicomte de Turenne qui épouse Charlotte de La Marck en 1591, unique héritière du titre de duc de Bouillon.

XVIIe siècle[modifier | modifier le code]

La carte qui illustre cet article tout en haut à droite est extraite de l'Atlas Maior de Johannes Blaeu, publié en 1665. Elle donne une idée de l'étendue géographique du duché à cette époque : on peut y lire les noms des communes de Bouillon, Bagimont, Siny, Monseau, Elle, Priory, Han, Chiers, Sore, Bellevaul, Plainvaul, Offais, Bertry, Vres, Belle Fontaine, Palixeul, Moulin, Buss, Loitgrand, Houdrimot, Loitpetit, Grève, Opont, Be, Our, Pagères[3].

La France intervient militairement à Bouillon en 1676 pour l'occuper et la restituer à Godefroy-Maurice de La Tour d'Auvergne, duc de Bouillon en titre. Le duché de Bouillon deviendra alors un duché souverain, relevant en principe du Saint-Empire, mais constituant dans les faits un protectorat français — situation entérinée en 1678 par le traité de Nimègue.

XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

1787 : en rouge foncé le duché de Bouillon, en gris foncé la principauté de Liège, en gris clair les Pays-Bas autrichiens.

La carte de Ferraris donne une idée de l'extension territoriale du duché de Bouillon en 1777. De l'extension seulement, car seul le contour du duché est marqué, la carte ne couvrant que le territoire français et attestant ainsi de l'indépendance du duché. En longeant la frontière sur la carte, on peut noter les communes incluses ou exclues du duché à ce moment : Acremont, Glaumont, Alle, Rocheaut, Frahan, Poupan, Anloy, Carsbourg, Opont, Oizy (enclave), Oure[4].

Par un édit du , le duc (Godefroy III) marque son intérêt pour les idées de la Révolution française et apporte son soutien à son Assemblée générale, qui tient lieu de Parlement, quand elle décide d'abolir les droits seigneuriaux et féodaux en mai 1790.

Par une constitution du , le duché de Bouillon affirme son statut de monarchie constitutionnelle, mais le territoire est occupé par les troupes françaises[pourquoi ?] de la garnison de Sedan le 16 novembre suivant.

L'indépendance du duché en fit un territoire ouvert à l'édition et en particulier à la presse clandestine. On y imprima entre autres le Journal Encyclopédique de Pierre Rousseau.

République bouillonnaise (avril 1794 à octobre 1795)[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : République bouillonnaise et République sœur.

Jacques-Léopold de La Tour d'Auvergne, duc de Bouillon et chef de l'État indépendant, mais néanmoins citoyen de la jeune République française, est arrêté par les officiers de la Terreur le . Constatant l'impossibilité de régner de son souverain, l'Assemblée générale (le Parlement) du duché aurait décrété la république le 24 avril 1794. Les sources et les historiens restent indécis sur la portée exacte de ce texte et donc sur l'existence juridique officielle d'une république bouillonnaise. Le duché reste, quoi qu'il en soit, sous protectorat français et le duc meurt en 1802 en tant que citoyen Léopold La Tour d'Auvergne.

Annexion à la France (1795)[modifier | modifier le code]

Le territoire est annexé le 26 octobre 1795 (4 brumaire an IV)[5], malgré les protestations publiques de l'Assemblée générale bouillonnaise. La loi française du 3 vendémiaire an V () portant distribution définitive des communes qui formoient le ci-devant duché de Bouillon, entre les départements des Ardennes, des Forêts et de Sambre-et-Meuse offre un aperçu des territoires qui composaient le duché au moment de son annexion[6].

Du XIXe siècle à nos jours[modifier | modifier le code]

Le duché dissout, la région, désormais française mais toujours frontalière, fera encore l'objet de diverses tractations internationales entre la France, le grand-duché de Luxembourg, les Pays-Bas et la Belgique[9] Les territoires qui relevaient du duché de Bouillon ont été rattachés à la Belgique par le traité de Londres, du  ; ils relèvent actuellement (2016) de la Région wallonne et de la province de Luxembourg.

Le titre de duc de Bouillon est néanmoins rétabli par le congrès de Vienne (1815), qui l'octroie héréditairement aux Rohan, descendant de Marie-Louise de La Tour d'Auvergne.

Géographie[10][modifier | modifier le code]

Le duché a inclus, outre les communes déjà citées, l'avouerie de l'abbaye de Saint-Hubert et les terres au sud de Bouillon relevant anciennement du monastère de Mouzon et tenue en fief de l'archevêché de Reims.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. En ce sens, ce duché n'est pas l'état indépendant qui fait l'objet de cet article. L'homonymie de la ville, du château, de la seigneurie, du duché, du titre et de l'état indépendant est particulièrement déroutante car leurs histoires ne sont pas aussi liées que l'on pourrait s'y attendre.
  2. Alors qu'il l'avait lui même offert à la principauté à titre de remerciement pour la nomination de son frère en tant qu'évêque de Liège.
  3. Les communes de Rumelle, Bertrain, Cugnon, Herbeumont, Sainte-Cécile, Ochamps, Auloy, Missine, Malvesy, Wellin, Mable, Bouhain, Linchamps, … se trouvent en revanche hors du territoire.
  4. Les communes suivantes sont en revanche situées hors du territoire du duché : Bertrix, Neuvillers, Glaireux, Ochamps, Maissin, Villance, Naomé, Graide, Bièvre, Monceau, Baillamont, Porcheresse, Cugnon, Mortehan, prieuré de Conques.
  5. Décret du 4 brumaire an IV qui réunit à la France le ci-devant duché de Bouillon et ses dépendances. Voir : Jean Baptiste Duvergier, 1835. Collection complète des lois, décrets, ordonnances, règlemens, avis du Conseil d'État. Tome 8. Guyot et Scribe, Paris, p. 443.
  6. En particulier les articles art. 2 à 5. Lire en ligne.
  7. La Loi du 3 vendémiaire est complétée à son sujet par un Arrêté du 19 pluviôse an IV portant rectification de la division du département de Sambre-et-Meuse.
  8. Alleu ?
  9. Voir le traité de Paris du , de Vienne du , le deuxième traité de Paris du , puis la déclaration de Guillaume Ier des Pays-Bas du  : « Art. 2. — Les cantons de Walcourt, Florennes, Beauraing et Gedinne avec le pays de Couvin, Marienbourg et Philippeville, tels qu'ils étaient formés sous le gouvernement français, continueront d'appartenir à la province de Namur ». Le recez général de la commission territoriale de Francfort, du , assigna définitivement au roi des Pays-Bas, grand-duc de Luxembourg, la partie du duché enlevée à la France par le deuxième traité de Paris, mais sans déclarer si cette partie serait considérée comme réunie au grand-duché ou au royaume proprement dit.
  10. Ces indications géographiques présenterait tout leur intérêt si l'on pouvait déterminer à quelle époque elles correspondent. D'où le bandeau à recycler.
  • Cet article comprend des extraits du Dictionnaire Bouillet. Il est possible de supprimer cette indication, si le texte reflète le savoir actuel sur ce thème, si les sources sont citées, s'il satisfait aux exigences linguistiques actuelles et s'il ne contient pas de propos qui vont à l'encontre des règles de neutralité de Wikipédia.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Histoire politique[modifier | modifier le code]

  • Pierre Bodard, La formation territoriale du duché de Bouillon, Bouillon, 1993.
  • Édouard Poncelet, Les droits souverains de la principauté de Liège sur le duché de Bouillon, Bulletin de la Commission royale d'histoire, 1943, 58:127-267.
  • Documents relatifs au duché de Bouillon, Heraldica (lire en ligne).
  • Adelin Vermer, La révolution Bouillonnaise et ses lendemains : contribution à l'histoire des révolutions de la fin du XVIIIe siécle, Uga, , 354 p.
  • Michel-Jean-François Ozeray, Histoire des pays, château et ville de Bouillon depuis l'origine du duché jusqu'à la Révolution de 1789, Luxembourg, Imprimerie J. Lamort, 1827, in-8°, 348 p. (lire en ligne).
  • Pierre Bodard, Histoire de la Cour souveraine du duché de Bouillon sous les La Tour d'Auvergne, Bruxelles, 1967.
  • André Uyttlebroeck, « Une confédération et trois principautés » dans La Wallonie, le Pays et les Hommes, Bruxelles, La Renaissance du livre, 1975, p. 215-244.
  • Jacques Marsollier, Histoire du maréchal duc de Bouillon ; où l'on trouve ce qui s'est passé de plus remarquable sous les regnes de François II, Charles IX, Henry III, Henry IV, la minorité & les premières années du regne de Louis XIII, 1726, 3 vol (lire en ligne : vol. 1, vol. 2, vol. 3).
  • Karl Salomo Zachariä von Lingenthal, De iure succedendi in ducatum Bullonii mortuo Jacobo Leopoldo Carolo duce stirpis suae ultimo, Heidelberg, 1818.

Recueils législatifs[modifier | modifier le code]

  • Mathieu Lambert Polain, Recueil des ordonnances du Duché de Bouillon, 1240-1795, Bruxelles, Gobbaerts, 1868, V, 486 p. (lire en ligne).
  • Pierre Bodard, Recueil des ordonnances du duché de Bouillon. Tome II, Ordonnances et autres actes juridiques concernant le duché de Bouillon (1559-1790), Bruxelles, 1977.
  • Léon Le Febve de Vivy, Recueil des ordonnances du duché de Bouillon : supplément, avec une carte du duché, Bulletin de la Commission royale des anciennes lois et ordonnances de Belgique, XII, 1er fascicule, Bruxelles, Goemaere, 1925, p. 11-64 et 89-173 (lire en ligne).

Histoire de l'édition à Bouillon au XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

  • Guy Biart, « Promenade à travers l'édition bouillonnaise du XVIIIème siècle », La Nouvelle Revue des Livres anciens (ISSN 2103-3285), 2010, n° 4, p. 23-26.
  • Jérôme Vercruysse, « Les livres clandestins de Bouillon », Studies on Voltaire and the Eighteenth century, 1980 (vol. 4), p. 1840 et sq.

Liens externes[modifier | modifier le code]