Ahmed Gaïd Salah

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Ahmed Gaïd Salah
Ahmed Gaïd Salah
Ahmed Gaïd Salah en 2006.

Naissance (79 ans)
Aïn Yagout (Algérie)
Origine Algérie
Allégeance Drapeau de l'Algérie Algérie
Arme Armée nationale populaire
Grade Général de corps d'armée
Années de service 1957-
Commandement Chef d'État-Major
depuis le 3 août 2004
Conflits Guerre d'Algérie
Guerre des Sables
Guerre civile algérienne
Autres fonctions Vice-ministre de la Défense nationale (depuis 2013)
Famille Abdelghani Zaalane (gendre)

Ahmed Gaïd Salah (en arabe : أحمد قايد صالح, en berbère : ⴰⵃⵎⴷ ⵇⴰⵉⴷ ⵚⴰⵍⵃ), né le à Aïn Yagout dans l'actuelle wilaya de Batna, est un officier général de l'armée nationale populaire algérienne.

Il occupe depuis 2004 la fonction de chef d'État-Major au sein de l'Armée nationale populaire. Depuis 2013, il est aussi vice-ministre de la Défense nationale.

En 2019, à la suite de manifestations de masse contre le régime, il pousse à la démission le président Abdelaziz Bouteflika, dont il était jusqu'ici un proche. Il est à son tour appelé à quitter le pouvoir, dont il a de facto hérité d'une grande partie.

Biographie[modifier | modifier le code]

Formation[modifier | modifier le code]

Ahmed Gaïd Salah est né le à Aïn Yagout, dans l'actuelle wilaya de Batna, en Algérie française, dans les Aurès[1],[2].

Il est maquisard à l'âge de 17 ans dans les rangs de l'ALN[3],[2] et est diplômé de l'Académie militaire d'artillerie Vystrel (URSS)[3].

Carrière[modifier | modifier le code]

Ascension[modifier | modifier le code]

Son parcours militaire comporte peu de faits d'armes glorieux : en tant que maquisard comme en tant que chef militaire (les régions sous son commandement militaire lors de la lutte contre le terrorisme islamiste sont des zones calmes). Il progresse cependant peu à peu dans la hiérarchie militaire et est considéré comme proche des troupes auxquelles il rend fréquemment visite[4],[2].

En 1994, pendant la guerre civile, il est nommé commandant des Forces terrestres[2].

Présidence de Bouteflika[modifier | modifier le code]

Bouteflika le maintient en 2003 dans ses fonctions de commandant alors qu'il allait être mis à la retraite par le général Lamari[5]. Le 3 août 2004, il est nommé chef d'État-Major de l'armée[6]. Sa nomination au poste de chef d'État-Major par le président Bouteflika vise à remplacer Mohamed Lamari qui possède une forte influence et n'est pas proche de Bouteflika[4],[2]. En 2013, Gaïd Salah est nommé vice-ministre de la Défense[2], en remplacement d'Abdelmalek Guenaizia.

En accord avec la famille Bouteflika, il fait partie de ceux qui obtiennent en 2015 la mise à la retraite du dirigeant du puissant Département du renseignement et de la sécurité (DRS) Mohamed Mediène[7],[2]. Plus largement, Gaïd Salah supervise la transformation de l'armée, qui était indépendante du pouvoir politique et arbitre du jeu politique, en une armée plus en retrait sur les questions politiques et sous le contrôle du pouvoir politique civil[8].

Manifestations de 2019[modifier | modifier le code]

Présenté comme un proche de Saïd Bouteflika[3] ou encore comme faisant preuve « d’une fidélité sans faille au président »[6], il a soutenu la réélection d'Abdelaziz Bouteflika en 2014[3]. Avec la maladie de Bouteflika, il devient l'acteur principal du régime et son représentant dans les médias[4]. Il soutient dans un premier temps la candidature à un cinquième mandat du président sortant, avant d'adopter un discours conciliant, annonçant le soutien de l'armée au peuple algérien[2], dans le contexte de manifestations qui se déroulent en Algérie en 2019.

Son gendre Abdelghani Zaalane est ministre des Transports de mai 2017 à mars 2019. Pendant la crise liée à la candidature d'Abdelaziz Bouteflika en vue de l'élection présidentielle de 2019, Zaalane est nommé début mars directeur de campagne de Bouteflika[9].

Le 26 mars 2019, Gaïd Salah « suggère » au Conseil constitutionnel de déclarer l'empêchement de Bouteflika pour raison de santé à travers l'article 102 de la constitution[2],[10]. Cette déclaration est analysée comme une rupture nette entre les chefs de l'Armée nationale populaire et le « clan Bouteflika »[11],[12].

Moins d'une semaine après cette annonce de Gaïd Salah, la présidence annonce le 1er avril la future démission de Abdelaziz Bouteflika. Ce dernier démissionne le lendemain, 2 avril[13]. Quelques heures avant l'annonce officielle de la démission du président, Gaïd Salah avait demandé que soit « appliquée immédiatement » la procédure constitutionnelle permettant d'écarter le chef de l'État[13],[2]. Il est dès lors considéré comme étant l'homme fort du pays[14], et des observateurs estiment qu'il ambitionne d'être élu président[15].

Au nom d'une opération « mains propres », Ahmed Gaïd Salah justifie l'arrestation d'oligarques et membres du clan Bouteflika, dont Saïd Bouteflika, Rédha Kouninef et ses frères ou encore Ali Haddad, des généraux Mohamed Mediène et Athmane Tartag mais aussi de certains des opposants du régime comme l'homme d'affaires Issad Rebrab, dirigeant du groupe Cevital et mécène de la presse d'opposition avec les quotidiens Liberté et El Khabar, arrêté dans le cadre d'une enquête des douanes[16]. Le 19 juin, il exhorte les manifestants à ne pas hisser le drapeau berbère, ajoutant que les forces de sécurité ont reçu des ordres visant à les en empêcher[17].

Le 30 juillet, Gaïd Salah, appelant à ne pas « perdre davantage de temps », rejette les mesures d'apaisement consenties par le chef de l'État par intérim, Abdelkader Bensalah, les qualifiant de « diktats » et d'« idées empoisonnées », de même que l'allégement du dispositif sécuritaire[18]. Comme les fois précédentes, Gaïd Salah suggère que les appels à son départ, à celui de Bensalah et Bedoui, ainsi que la mise en place d'une assemblée constituante et le drapeau berbère sont des idées véhiculées par la « bande » déchue[19]. Le 26 août, il s'en prend aux partisans d'une transition, et rejette l'idée de convoquer des législatives anticipées pour amender la Constitution[20].

Son gendre Zaalane est placé le 5 août en détention provisoire pour une affaire de corruption[21].

Le 2 septembre, il appelle à convoquer le corps électoral le 15 septembre. Il rejette une modification totale de la loi électorale[22] et s’en prend aux opposants de sa proposition, en fustigeant la « conspiration de certains partis contre la patrie et le peuple », et dénonce la « critique et le dénigrement »[23]. La semaine suivante, il affirme que le scrutin se déroulerait dans les « délais impartis »[24] puis qualifie les opposants de « hordes »[25].

Le 15 septembre, comme le lui a demandé le chef de l'armée, Bensalah convoque le scrutin, fixant sa date au 12 décembre[26]. Le 18 septembre, Gaïd Salah appelle à bloquer les entrées de la capitale aux autres provinces[27].

Synthèse de son parcours[modifier | modifier le code]

  • 11 septembre 2013 : nommé vice-ministre de la Défense
  • 2006 : promu général de corps d'armée
  • 3 août 2004 : nommé chef d'État-Major de l'Armée nationale populaire
  • 1994 : nommé commandant des forces terrestres
  • 1993 : promu général major
  • Commandant de la 2e région militaire
  • Commandant de la 3e région militaire
  • Commandant adjoint de la 5e région militaire
  • Commandant du secteur opérationnel sud de Tindouf en 3e région militaire
  • Commandant de l'École de formation des officiers de réserve (Blida, première région militaire)
  • Commandant du secteur opérationnel Centre (Bordj Lotfi, 3e région militaire)
  • Commandant de brigade
  • Commandant de groupe d'artillerie

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Biographie du chef d'État-Major
  2. a b c d e f g h i et j Le Point magazine, « Algérie: le général Gaïd Salah, personnage clé et ancien fidèle », sur Le Point, (consulté le 3 avril 2019)
  3. a b c et d Algérie : Gaïd Salah, Amar Saadani et la succession de Bouteflika, Farid Alilat, jeuneafrique.com, 16 juin 2015
  4. a b et c Madjid Zerrouky, « Le général Gaïd Salah, homme du sérail, voix et visage du pouvoir algérien », sur Le Monde.fr (consulté le 19 mars 2019)
  5. « Dix choses à savoir sur Ahmed Gaïd Salah, chef de l’état-major de l’armée algérienne », sur JeuneAfrique.com, (consulté le 20 avril 2019)
  6. a et b Algérie : Ahmed Gaïd Salah, un fidèle du président, Farid Alilat, jeuneafrique.com, 14 mars 2016
  7. Algérie : le courant ne passe plus entre Tartag et Gaïd Salah, Louise Dimitrakis, mondafrique.com, 5 février 2016
  8. « Algérie : l’armée soutiendra-t-elle Bouteflika, ou basculera-t-elle du côté des manifestants ? », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 3 avril 2019)
  9. Michaël Béchir Ayari, « En Algérie, la rue met le pouvoir face à ses contradictions », International Crisis Group,
  10. « Algérie: le chef d'état-major de l'armée demande de déclarer Bouteflika inapte », sur L'Orient-Le Jour (consulté le 26 mars 2019)
  11. « En Algérie, une rupture franche entre l’armée et Abdelaziz Bouteflika », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 3 avril 2019)
  12. « Algérie : l’armée réitère son appel à déclarer Bouteflika inapte », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 3 avril 2019)
  13. a et b « Algérie : le président Abdelaziz Bouteflika a officiellement remis sa démission », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 3 avril 2019)
  14. « Analyse. Jusqu’où ira Gaïd Salah, le nouvel homme fort en Algérie ? », sur Courrier international (consulté le 8 avril 2019)
  15. « Algérie: la contestation fait sa rentrée pour un 29e vendredi de manifestation », sur TV5MONDE (consulté le 7 septembre 2019)
  16. Atmane Tazaghart, « Algérie : l'étrange purge du général Salah », sur marianne.net, (consulté le 6 mai 2019)
  17. « Drapeau berbère: Gaïd Salah joue avec le feu », sur Al HuffPost Maghreb (consulté le 20 juin 2019)
  18. Le Point, magazine, « Algérie: l'armée rejette "catégoriquement" toute exigence "préalable" au dialogue », sur Le Point, lepoint.fr, (consulté le 30 juillet 2019).
  19. « Gaïd Salah torpille l’action de l’instance nationale de dialogue », sur Al HuffPost Maghreb, (consulté le 31 juillet 2019).
  20. « En Algérie, violente charge du général Gaïd Salah contre les partisans d’une transition démocratique », sur Le Monde.fr, Le Monde, (ISSN 1950-6244, consulté le 27 août 2019).
  21. « Algérie: deux anciens ministres placés en détention préventive », sur FIGARO (ISSN 0182-5852, consulté le 5 août 2019).
  22. Le Point, magazine, « Algérie: la date de la présidentielle devra être annoncée le 15 septembre (armée) », sur Le Point, lepoint.fr, (consulté le 3 septembre 2019).
  23. « Algérie: l'armée veut une élection présidentielle avant la fin de l'année », sur RTBF Info, (consulté le 3 septembre 2019).
  24. « Gaid Salah garde le cap sur la Présidentielle et charge les contradicteurs de ce choix », sur Al HuffPost Maghreb (consulté le 12 septembre 2019)
  25. « Après l’arrestation de Karim Tabbou, la pression s’accroît sur les figures de l’opposition en Algérie », sur Le Monde.fr (consulté le 14 septembre 2019)
  26. Le Point, magazine, « La présidentielle en Algérie fixée au 12 décembre », sur Le Point (consulté le 15 septembre 2019)
  27. Le Point, magazine, « Algérie: après l'annonce d'une élection, l'armée durcit le ton », sur Le Point (consulté le 19 septembre 2019)