Raï

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Raï
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Affiches de 8 cassettes des jeunes chebs du raï des années 80, au milieu de la sélection on voit une figure emblématique du raï, Cheikha Remitti.

Origines culturelles Début du XXe siècle dans l'Oranie en Drapeau de l'Algérie Algérie[1]
Instruments typiques Bendir, derbouka, nay, accordéon, synthétiseur, violon, guitare électrique, guitare basse, boîte à rythmes.
Popularité Musique populaire en Algérie
Scènes régionales Oran, Saïda, Sidi-bel-Abbès, Aïn Témouchent, Mascara ainsi que toute l'Algérie.
Voir aussi Musique algérienne

Genres dérivés

Raï'n'B,

Le raï est un genre musical algérien né probablement au début du XXe siècle dans la région de l'Oranie (Oran, Sidi-bel-Abbès et Aïn Témouchent). Les origines géographiques exactes et historiques du raï sont toujours sujettes à controverses et provoquent des débats enflammés[2]. Cette musique s'est, depuis les années 1990, internationalisée.

Origine du terme raï[modifier | modifier le code]

Cheikh Hamada (1889-1968). Maître de la chanson bedoui qui est l'ancêtre de la musique raï.

Le mot raï signifie en arabe « opinion » voire « conseil »[3]. Selon le journaliste Mohamed Balhi[4], qui, le premier, a étudié ce genre musical alors officiellement prohibé et popularisé dans les médias, ce nom viendrait de l’époque où le cheikh (maître), où les poètes de tradition melhoun du style bedoui et plus précisément sa variante le wahrani, prodiguaient sagesse et conseils sous forme de poésies chantées en darija. Le melhoun aurait en effet eu ses prémices à l’époque almohade durant laquelle de nombreuses productions maghrébines et andalouses du zadjal ont vu le jour selon Ibn Khaldoun. La forme première du melhoun, véhiculée par les maddahin, s’accommodait en effet très bien avec la mission de diffusion d’information que s’étaient assigné les premiers Almohades.

Une autre explication au nom donné à cette musique d'improvisation est l'interjection Ya Raï (Va, dis ! ) utilisée pour relancer l'inspiration des musiciens et des chanteurs dans les fêtes rituelles[5].

Histoire[modifier | modifier le code]

Débuts[modifier | modifier le code]

Cheikha Remitti (1923-2006), chanteuse de raï traditionnel et de bedoui, considérée comme la mère spirituelle du Raï tous les styles, générations et sexes confondues. En 2014 sa digne héritière est Cheikha Rabia.
Les frères Rachid et Fethi, les premiers qui ont modernisé profondément à l'occidental la musique raï et propulsé plusieurs chebs sur la scène artistique comme : Anouar, Khaled, Houari Benchenet et Sahraoui.
Cheb Hasni (1968-1994), mort assassiné. Surnommé le Rossignol du Raï et considéré comme le roi du raï sentimental.
Festival de la chanson Raï en France (1986), de gauche à droite : Cheb Mami, Cheb Khaled, Ctheb Hamid, Cheb Sahraoui
Le groupe mythique Raïna Raï, formé en 1980, qui se démarque de tout ce qui se fait à l’époque sur la scène musicale algérienne et très célèbre à l'étranger.

Depuis les années 1920, les maîtres et maîtresses du melhoun traditionnel de l'Ouest algérien tels Cheikh Khaldi, Cheikh Hamada ou Cheikha Remitti, représentent la culture guerrière traditionnelle. Leur répertoire est double. Le registre officiel célèbre la religion, l'amour et les valeurs morales lors des fêtes des saints des tribus, les mariages ou les circoncisions. Le registre irrévérencieux (une échappatoire aux rigueurs de la morale islamique) est interdit et chanté essentiellement dans les souks et les tavernes. Danseuses et musiciens ambulants y parlent de l'alcool et des plaisirs de la chair. Ces deux formes sont à l’origine du raï moderne[6]. Le registre irrévérencieux est aujourd'hui remis au goût du jour à travers notamment l'héritage des medahates dont Cheb Abdou a été le précurseur dans les années 1990, Houari Sghir plus récemment.

Dans les années 1930, on chante le wahrani, adaptation du melhoun accompagnée à l’oud, à l’accordéon, au banjo ou au piano. Cette musique se mélange aux autres influences musicales arabes, mais aussi espagnoles, françaises et latino-américaines. C’est ainsi que, vers les années 1950, avec Cheikha Remitti (Charak gataâ), cette musique qui, à l’origine, ne rassemble que quelques chanteurs, finit par s’étendre, après l’indépendance, à l’ensemble de l’Algérie. Les instruments traditionnels du raï (nay, derbouka, zoukra et bendir) s’accommodent de la guitare électrique et sa pédale wah wah comme chez Mohamed Zargui ou de la trompette et du saxophone comme chez Bellemou Messaoud.

Cheikha Remitti, considérée comme la mère du raï moderne donne déjà des concerts très discrets à l'époque de la colonistaion française. Le raï a « un goût de soufre ». Dans les années 1950, Belkacem Bouteldja, puis Boutïba Saïdi et Messaoud Bellemou introduisent des instruments modernes dans le raï traditionnel[5].

Dans les années 1960 apparaissent deux orchestres qui font bouger la ville d'Oran : l'orchestre « Les Adam's », et l'orchestre « Les Student's ». À cela il faut ajouter, les influences des populations judéo-algériennes, européennes d'Algérie, et d'artistes berbères sur cette musique[7]. celle-ci incorporera aussi du châabi. Entre les années 1960 et la fin des années 1980, le raï traditionnel subit encore de nombreuses transformations avant d'arriver à sa première forme connue en France, forme qui permettra le début de son internationalisation.

Modernisation et popularisation[modifier | modifier le code]

Dans les années 1960, le raï se modernise grance à Boutaiba Sghir, ce chanteur est considéré comme l'un des pères du raï moderne, il y a introduit dans les années 60 la guitare électrique et cuivre, pour ce qu'on a appelé le «Pop Raï».

Au début des années 1980, les synthétiseurs et les boîtes à rythmes font leur apparition, le raï s’imprègne des styles rock, pop, funk, reggae et disco avec notamment le duo Rachid et Fethi qui développent la production raï[8],[5]. C'est seulement à partir du milieu des années 1980 que le raï est véritablement catapulté au rang de musique nationale avec l'arrivée de nouveaux chanteurs, les Chebs (« jeune », féminin cheba). Ensuite le raï se développe avec les Cheba Fadila (You Are Mine "Nebghik Ya Aîniya", 1988), Cheb Khaled (Kutche, 1989), Cheb Mami (Let Me Rai, 1990), Cheb Sahraoui, Chaba Zahouania, Cherb Hamid, Gana Maghnaoui, Cheb kader, etc. Il existe également des groupes comme Raïna Raï (Hakda, Zina), très populaire en Algérie, qui colore ses morceaux avec d'autres genres musicaux. Il existe également plusieurs artistes féminines de raï (qui viennent souvent de Meddahates) telles que Cheikha Rabia Chaba Zahouania, Chaba Fadela ou Cheikha el djennia[5].

Cette nouvelle musique mélange instruments traditionnels, synthétiseurs, batterie électronique et basse, remettant au goût du jour de vieilles mélodies. Le premier Festival Raï a lieu à Oran en 1985. Face à l’engouement des jeunes algériens, le gouvernement reconnait officiellement le raï.

Internationalisation et naissance d'autres variantes[modifier | modifier le code]

Au début des années 1980, Mohamed Balhi fait écouter de la musique raï au journaliste français Jean-Louis Hurst de Libération, qui lui consacre des articles. Le Festival de Raï de Bobigny organisé à la MC93 pendant quatre jours avec Cheb Khaled, Cheb Sahraoui, le groupe Raïna Raï, Cheb Mami, Cheb Hamid crée un emballement médiatique[9]. Deux ans plus tard sort l' album "Kutche" de Cheb Khaled et Safy Boutella produit par Martin Meissonnier. Arrivé en France à la fin des années 1980, le raï y atteint une forte popularité dans les années 1990 grâce d'une part à son enrichissement et son perfectionnement au contact des artistes et studios d'enregistrement français et d'autre part au soutien des jeunes issus de l'immigration maghrébine à la recherche d'une musique leur ressemblant. Les artistes les plus connus en France sont Khaled (Didi un tube qui fit le tour du monde), Rachid Taha (reprise de Ya Rayah, musique chaâbi de Dahmane El Harrachi), Faudel (Tellement n'bghick) et Cheb Mami (Parisien du Nord).

Son succès s'étend et se renforce lorsque des compositeurs de styles différents se joignent au mouvement (Jean-Jacques Goldman écrit Aïcha pour Khaled) et beaucoup de chansons sont interprétées en français. Le raï en profite pour se mélanger à d’autres formes de musique comme le rap, le reggae, le rock, ou la musique techno. Puis l'été 2004, émerge une nouvelle vague musicale qui conjugue raï et rhythm and blues, grâce à la compilation Raï'n'B Fever qui a réuni des grands noms des deux genres musicaux.

C'est donc au contact de l'Occident (à Marseille principalement) que le raï, né dans sa forme première à Oran, gagne ses lettres de noblesse et d'où naîtront de nouvelles variantes. Citons par exemple le RAÏ-RnB du chanteur algérien Mohamed Lamine ou de la chanteuse Leslie. D'autant qu'en Algérie, la guerre civile entre le gouvernement et divers groupes islamiques crée une tension sur la société, y compris sur la vie culturelle. En 1994, le roi du raï sentimental Cheb Hasni est assassiné à Oran, au coin de la rue où il vivait. Un mois plus tôt, au Festival Musicolor de Montreuil, le chanteur Cheb Sahraoui, qui s'y produit, indique à un journaliste du journal Le Monde : « Le raï est peut-être provocant, mais les intégristes, qui recrutent leur clientèle chez les jeunes des quartiers populaires, exactement comme nous, ne peuvent toucher ni au raï, ni au sport ». « Pour combien de temps ? », complète alors sa compagne la chanteuse Chaba Fadela[10]. Le rôle prépondérant de la France dans cette période (collaborations et influences d'artistes, studios d'orchestration, public…) explique pourquoi les chanteurs de raï parmi les plus connus à travers le monde ont fait leur révolution ou leur début en France[11].

Toutefois, le terme raï est parfois généralisé à des musiques arabes ou orientales occidentalisées et modernisées d'origine non algérienne : citons le cas de la chanteuse égypto-belge Natacha Atlas, le groupe ALABINA, la chanson Salama ya Salama de la chanteuse italo-égyptienne Dalida ou encore les tubes de chanteurs turco-allemands. Avec d'autres courants musicaux arabo-musulmans, le raï participe au succès en Occident du métissage musical Orient-Occident[12].

Le raï d'aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Des nouveaux chanteurs ont émergé et ont repris les titres des anciens. Ce qui a bouleversé le raï moderne c'est l'apparition de l'auto-tune, aussi la dominance des boîtes à rythmes dans les chansons. Quelques chanteurs d'aujourd'hui : Cheb Bilal Sghir,Cheb Houssem, Cheb Bilal, Cheb Mourad, Mohamed Benchenet, Cheb Nadir, Houari Dauphin, Houari Manar ....

Proposition d'inscription du raï à la liste du patrimoine mondial[modifier | modifier le code]

Le centre national de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques (CNRPAH) algérien a annoncé 29 aout 2016 avoir déposé en mars dernier un dossier de candidature à l’Unesco pour classer le « Raï, chant populaire algérien ». Cette démarche est une volonté de classer ce genre musical, le rai, et ses textes de poésie tels qu’ils avaient existé au début du siècle dernier comme « forme d’expression musicale et poétique féminine », a expliqué, pour sa part, Abdelkader Bendameche, président du Conseil des arts et des lettres[13].

Ses interprètes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Algérie 2011 Par Jean-Paul Labourdette, Dominique Auzias, p. 119
  2. El W. 2011, El Watan.
  3. Labourdette et Auzias 2011, p. 119.
  4. Balhi 1980, Algérie-Actualités.
  5. a, b, c et d LM (octobre) 1994, Le Monde.
  6. Virolle-Souibès 1995, p. 22.
  7. Tenaille 2002, p. 46.
  8. Tenaille 2002, p. 79.
  9. Lieuze 2006, Radio France internationale.
  10. La rédaction du Monde (octobre) 1994, Le Monde.
  11. LM 1994, Le Monde.
  12. Tenaille 2002, p. 123.
  13. Hamadi 2016, Tout sur l'Algérie.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Mohamed Balhi, « Dis-moi mon sort », Algérie-Actualité,‎ .
  • Rédaction LM, « Le raï, roi des banlieues », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  • Rédaction LM (octobre), « Algérie clés. Le raï », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  • Marie Virolle-Souibès, La chanson raï: de l'Algérie profonde à la scène internationale, Éditions Karthala, (lire en ligne).
  • Nidam Abdi et Bouziane Daoudi, « Un pionnier du raï tué à Oran », Libération,‎ (lire en ligne).
  • La rédaction du Monde (octobre), « Cheb Hasni : le champion du raï sentimental », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  • Frank Tenaille, Le raï: de la bâtardise à la reconnaissance internationale, Cité de la musique, .
  • Daniel Lieuze, « Vingt ans de raï en France », Radio France internationale,‎ (lire en ligne).
  • Jean-Paul Labourdette et Dominique Auzias, Algérie, (lire en ligne), p. 119.
  • Rédaction El W., « Origine du Raï. Oran, Saida, Sidi Bel Abbès ? Querelle de clochettes », El Watan,‎ (lire en ligne).
  • Riyad Hamadi, L’Algérie veut inscrire le Raï au patrimoine mondial de l’humanité, (lire en ligne).

Filmographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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