Isabelle Eberhardt

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Isabelle Eberhardt
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Isabelle Eberhardt en 1895.
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 27 ans)
Aïn SefraVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Pseudonymes
Mahmoud Saadi, Nicolas PodolinskyVoir et modifier les données sur Wikidata
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signature d'Isabelle Eberhardt
Signature
Tombe Isabelle Eberhardt.jpg
Vue de la sépulture.

Isabelle Wilhelmine Marie Eberhardt, née le à Genève et morte le à Aïn-Sefra, en Algérie, est une journaliste et écrivaine née suisse de parents d'origine russe, et devenue française par son mariage.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fille illégitime, Isabelle Wilhelmine Marie Eberhardt[3] naît d'une mère issue de la noblesse russe d'origine allemande, Natalia de Moerder (née Natalia Nicolaïevna Eberhardt), exilée et mariée au général Pavel de Moerder, et d'un père né en Arménie, Alexandre Trophimowsky, ancien prêtre orthodoxe devenu anarchiste et de pensée tolstoienne[4], précepteur des enfants avant la mort du général. Elle grandit près de Genève à « la villa Neuve »[5]. Elle reçoit une éducation avant-gardiste polyglotte qui lui permet de communiquer en russe, en italien, en allemand, en français, en arabe et en turc[6].

Elle s'installe en 1897 en Algérie à Annaba (Bône) avec sa mère, qui préfère habiter les quartiers algériens plutôt que les quartiers européens qu'elle déteste[4]. Elle a eu durant son séjour bônois une relation avec Mohamed Khodja et commence à être attirée par la religion musulmane avant de finir par se convertir à l'islam. Aux côtés des Algériens, elle décide de vivre comme une musulmane et s'habille en homme algérien[7]. Elle s'installe tout d'abord à Batna dans les Aurès en 1899. Après la mort de sa mère, elle vit plusieurs mois en nomade entre Batna, Bni Mzab[4] et Oued Souf et rencontre Slimane Ehnni, musulman de nationalité française, sous-officier de Spahis et fils d'un inspecteur de police, soupçonné d'exercer des activités d'espionnage[8]. Ses écrits de plus en plus critiques vis-à-vis du système colonial et son mode de vie – elle boit, fume du kif – lui valent le courroux des autorités. « Vêtue en homme, voyageant seule et affrontant chaque jour l’immense bêtise coloniale, elle va errer à travers un Maghreb déjà promis au drame », écrit sa biographe Edmonde Charles-Roux[9].

Lors d'un passage par le village de Behima (actuellement Hassani Abdelkrim) accompagnant Si El Hachemi, chef religieux de la confrérie Qadiriyya, elle est victime d'une tentative d'assassinat le orchestrée par une confrérie soufie opposée à la sienne[8]. Elle est expulsée d'Algérie par les autorités coloniales françaises en septembre[9]. Le de la même année, elle épouse Slimane à Marseille[10], et obtient ainsi la nationalité française[11].

Son mariage lui permet de revenir en Algérie, où elle collabore au journal arabophile El Akhbar dirigé par Victor Barrucand. Elle est envoyée à Aïn Sefra comme reporter de guerre pendant les troubles près de la frontière marocaine. Elle côtoie Maxime Noiré qu'elle qualifie de « peintre des horizons en feu et des amandiers en pleurs ». En , à Beni Ounif, elle fait la connaissance du général Lyautey qui apprécie sa compréhension de l'Afrique et son sens de la liberté, disant d'elle : « elle était ce qui m’attire le plus au monde : une réfractaire. Trouver quelqu’un qui est vraiment soi, qui est hors de tout préjugé, de toute inféodation, de tout cliché et qui passe à travers la vie, aussi libérée de tout que l’oiseau dans l’espace, quel régal ! »[12].

Slimane Ehnni
Slimane Ehnni.

Le , à Aïn Sefra, l'oued se transforme en torrent furieux et la ville basse, où elle résidait seulement depuis la veille — après une hospitalisation d'un mois pour cause de paludisme dans l'hôpital situé sur les hauteurs de la localité[13] —, est en partie submergée. Slimane est retrouvé vivant, mais Isabelle périt dans la maison effondrée, et son corps n'y est retrouvé que le [14]. Elle repose dans le petit cimetière musulman Sidi Boudjemaâ à Aïn Sefra[15]. Son époux, Slimane Ehnni, meurt en 1907.

Ses récits ont été publiés après sa mort et présentent la réalité quotidienne de la société algérienne au temps de la colonisation française. Ses carnets de voyage et ses journaliers rassemblent ses impressions de voyage nomade dans le Sahara. Certains de ses écrits ont été publiés sous les pseudonymes Nicolas Podolinsky ou Mahmoud Saadi[16].

La maison de l’écrivaine, située à Zmala, quartier populaire de la ville de Batna, juste en face du Sidi Merzoug[17] où elle a habité après le décès de son père et le suicide de son frère et dans laquelle elle a composé quelques-unes de ses œuvres, est transformée en dépotoir. C'est la raison pour laquelle des Batnéens tentent de se rassembler pour tenter de sauver ce patrimoine algérien et européen[18],[19],[20].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Amours nomades[modifier | modifier le code]

Isabelle Eberhardt en costume berbère, vers 1900.

Amours nomades[21] est un recueil de 12 nouvelles écrites entre 1900 et 1904 et éditées par Marie Odile Delacour et Jean René Huleu à partir d'archives conservées à Aix-en-Provence. Le recueil est publié en 2003 aux éditions Joëlle Losfeld.

Le recueil débute par la nouvelle Amara le forçat[21]. Cette nouvelle raconte l’histoire d’Amara. L’autrice Isabelle Eberhardt le rencontre sur un bateau à destination de l’Algérie. Elle se rend alors à Constantine pour assister au jugement d’un homme qui a tenté de l’assassiner. De son côté, Amara a été condamné à 8 ans de prison parce qu'il a assassiné un homme qui lui avait volé sa jument. Originaire du douar des Ouled Ali, sa famille a beaucoup de troupeaux, des chevaux et des champs qu’ils ensemencent d’orge et de blé. Comme il est fils unique, son père lui donne une jument, Mabrouka. Un jour, sa jument disparaît et il découvre qu’elle a été volée par un berger d’Ouled Hassene. Puis, Amara découvre que la jument a été égorgée par le voleur. Il décide alors de tuer ce dernier. Après le meurtre, il s’enfuit mais est retrouvé par les gendarmes et les juges qui le condamnent à 8 ans de prison. Il échappe à la peine de mort en raison de sa jeunesse. Lorsqu'il raconte son histoire à Isabelle Eberhardt, il est désormais libre et sur le chemin du retour dans son village.

La nouvelle suivante est Zaouïa[21]. L’histoire a lieu à la zaouïa Sidi Abd er Rahman qui était un établissement religieux à Alger. L’auteure Isabelle Eberhardt avait l’habitude de venir à la zaouia à l’heure de la prière tous les matins, et elle y était devenue amie avec un maraîcher qui était un habitant de M’zab. Dans cette nouvelle, l'auteure décrit les routes différentes qu’elle utilisait pour arriver à la zaouïa en décrivant les beaux paysages, les routes et les habitants. Isabelle Eberhardt parle d’Ahmed qui était musulman. Elle avait l’habitude de s’asseoir avec lui sous le porche de la zaouïa, de fumer et de lui parler à propos de ses pensées, ses doutes et ses séductions.

La troisième nouvelle est intitulée Portrait de l’Ouled Naïl[21]. C’est l’histoire d’une femme, Achoura ben Saïd, qui est encore racontée au fond des gourbis bédouins. Achoura est issue de la race farouche des Chaouïyas de l’Aurès. Son histoire est une épopée d’amour arabe. Achoura était la fille d’un bûcheron. Elle a été mariée trop jeune et vivait une vie très triste et ennuyeuse en travaillant comme esclave. Elle fut ensuite répudiée, puis remarquée par Si Mohammed el Arbi dont le père était titulaire d’un aghalik, charge occupée par l’agha. Si Mohammed et Achoura sont tombés amoureux, mais en raison de la jalousie de Si Mohammed envers Achoura, leur histoire ne dura pas longtemps. Bien que Si Mohammed l'ait quittée et soit parti au village, Achoura ne l’oublia jamais et continua de l’aimer.

Liste des œuvres selon la BnF[modifier | modifier le code]

La BNF recense les œuvres d'Isabelle Eberhardt comme suit[22]:

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Yasmina (1902)
  • Sud Oranais, 1905, J. Losfeld, Paris, 2003
  • Isabelle Eberhardt (préf. Victor Barrucand), Notes de route : Maroc – Algérie – Tunisie, Paris, Charpentier et Fasquelle, , 354 p. (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
  • Pages d'Islam, Fasquelle, 1932, préface de Victor Barrucand, lire en ligne, rééd. Grasset, 2018
  • Trimardeur, 1922«»
  • Dans l'ombre chaude de l'Islam, par Isabelle Eberhardt et Victor Barrucand Fasquelle, 1921.lire en ligne
  • Mes Journaliers, 1923
  • Amara le forçat, l'Anarchiste, 1923
  • Au Pays des sables (1re édition sous le titre Contes et souvenirs, 1925 ; 2e édition établie et préfacée par René-Louis Doyon à Paris chez Fernand Sorlot en 1944.Lire en ligne) ; et J. Losfeld, Paris, 2002
  • Ses œuvres complètes ont été éditées à la fin des années 1980 :
    • Lettres et journaliers, présenté et commenté par Eglal Errera, Arles, éd. Actes Sud, 1987.
    • Écrits sur le sable, édité par Marie-Odile Delacour et Jean-René Huleu, Paris, éd. Grasset, 1988-1989. Dans la dune, extrait
  • Une réédition de l'œuvre majeure datant de 2004 à l'occasion du centenaire de sa mort (21 oct. 1904) :
    • Journaliers, éditions Joëlle Losfeld
    • Amours nomades, éditions Joëlle Losfeld
    • Sud Oranais, éditions Joëlle Losfeld
  • Rakhil, un roman inédit, La boite à documents, 1996.
  • Écrits intimes, lettres aux trois hommes les plus aimés, Petite Bibliothèque Payot, 2003, 435 p.  Édition établie par Marie-Odile Delacour et Jean-René Huleu (ISBN 978-2-228-89745-7)
  • Note : Dans l'ombre chaude de l'Islam a été réimprimé en 1908 avec des illustrations.

Mentions[modifier | modifier le code]

Mémorial en hommage à Isabelle Eberhard à Genève.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « https://twitter.com/Georgele2etexte/status/1183260006013165568 » (consulté le )
  2. « http://anom.archivesnationales.culture.gouv.fr/ark:/61561/wz818xusqrt » (consulté le )
  3. Commune de Genève, Acte de naissance no 188, sur Base Adhémar des Archives d'État de Genève, (consulté le ), vue 144
  4. a b et c Edmonde Charles-Roux, Isabelle du désert, Grasset, 2003.
  5. Chancellerie d'État du canton de Genève, « Isabelle Eberhardt : Genevoises et Genevois connus et moins connus – promenades dans les rues de Genève » [PDF], sur Canton de Genève, (consulté le ).
  6. Edmonde Charles Roux, Un désir d'Orient : la jeunesse d'Isabelle Eberhardt, Paris, Editions Grasset & Fasquelle, , p. 388
  7. « Isabelle Eberhardt, la M'wadra!* », Al HuffPost Maghreb,‎ (lire en ligne, consulté le )
  8. a et b http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2008/03/25/article.php?sid=66102&cid=34
  9. a et b Latifa Madani, « Isabelle Eberhardt, « celle qui nous a toutes précédées » », sur L'Humanité,
  10. Acte de mariage no 218 du 17 octobre 1901 sur le site des archives départementales des Bouches-du-Rhône.
  11. Barstad 2002, p. 265
  12. Isabelle Eberhardt, une Harraga?
  13. Eberhardt 1908, p. 24.
  14. « La catastrophe d'Aïn-Sefra », sur Gallica, L'Univers, Paris, (consulté le ), p. 4.
  15. https://www.vitaminedz.com/fr/Algerie/biographie-d-isabelle-eberhardt-1550-Articles-0-520-1.html
  16. Myriam Marcil-Bergeron, « Échapper à la « machine sociale ». Le vagabondage chez Isabelle Eberhardt », Postures, no Dossier « Déviances », n°18,‎ , p. 83-91 (lire en ligne).
  17. (fr) La maison d’Isabelle Eberhard à Batna transformée en un dépotoir
  18. (fr) « La maison d'Isabelle Eberhardt », sur Algérie (consulté le )
  19. (fr) « Yasmina par Isabelle Eberhardt » (consulté le )
  20. (fr) « La maison d'Isabelle Eberhardt convoitée par les requins de l'immobilier », sur Le soir d'Algérie (consulté le )
  21. a b c et d Eberhardt, Isabelle, 1877-1904., Amours nomades : Nouvelles choisies, Paris, Gallimard, , 138 p. (ISBN 978-2-07-034909-8 et 2070349098, OCLC 213376410, lire en ligne)
  22. Données BNF
  23. Nom géographiques du canton de Genève
  24. « Jardins de l’Avenue-Foch », sur paris.fr (consulté le ).
  25. « Délibération du Conseil de Paris »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

  • Bibliothèque numérique romande. La Bibliothèque numérique romande (BNR) a publié les œuvres d'Isabelle Eberhardt en 2012-2013. Elle a mis en ligne (ebooks) les versions parues après son décès (éditions établies par Victor Barrucand et par René-Louis Doyon).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Sylvie Savary, « Russe, Genevoise, ou Algérienne? », Passé simple, no 70,‎ , p. 3-13.
  • Tiffany Tavernier, Isabelle Eberhardt. Un destin dans l'islam, Tallandier, 2016
  • Patricia Bourcillier, Isabelle Eberhardt : Une femme en route vers l'islam, Flying Publisher, 2012 - Téléchargement gratuit (PDF, 288 pages)
  • Françoise d'Aubonne, La Couronne de sable : Vie d'Isabelle Eberhardt, Paris, éditions Flammarion, 1967
  • Roland Lebel, Etudes de littérature coloniale, Peyronnet, 1928 (un chapitre)
  • Marie-Odile Delacour et Jean-René Huleu, Sables, ou le roman de la vie d'Isabelle Eberhardt, éd. Liana Levi, 1986
  • Robert Randau, Isabelle Eberhardt : Notes et Souvenirs, Paris, Charlot, 1945.
  • Edmonde Charles-Roux, Un désir d'Orient : Jeunesse d'Isabelle Eberhardt, 1877-1899, Paris, éditions Grasset, 1988
  • Edmonde Charles-Roux, Nomade j'étais : Les Années africaines d'Isabelle Eberhardt:, 1899 - 1904, Paris, éditions Grasset, 1995
  • Algérie un reve de Fraternité, 2001, collectif par Guy Dugas, Éditions Omnibus, (ISBN 2-258-04578-9)
  • Catherine Sauvat, Isabelle ou le Rêve du désert, Paris, éd. Le Chêne, 2004, photographies de Jean-Luc Manaud.
  • Catherine Stoll-Simon, Si Mahmoud ou la Renaissance d’Isabelle Eberhardt, éd. Emina Soleil (en France) et Alpha éditions (en Algérie)
  • Marie-Odile Delacour et Jean-René Huleu, Le Voyage soufi d'Isabelle Eberhardt, éd. Joelle Losfeld, 2008
  • Hanan Mounib, préface Guy Dugas, Isabelle Eberhardt, la Suspecte, éd. alfAbarre, 2008
  • [PDF] Guri Ellen Barstad, « Isabelle Eberhardt ou l’invention de soi », Romansk Forum,‎ , p. 265-269 (lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Leïla Sebbar, Isabelle l’Algérien : Un portrait d’Isabelle Eberhardt, dessins de Sébastien Pignon, Al Manar-Alain Gorius, 2005
  • Leila Louise Hadouche Dris, « L'œuvre algérienne d’Isabelle Eberhardt, une écriture à revisiter », Insaniyat, Oran, CRASC, no 46,‎ (lire en ligne, consulté le )
  • Latifa Benjelloun-Laroui (bibliothécaire marocaine), « Eberhardt Isabelle », dans Les Voyageuses occidentales au Maroc : 1860-1956, Casablanca, La Croisée des chemins, , 261 p. (ISBN 9789954104552 et 9954104550, OCLC 882200317), p. 168-174
  • Paul Vigné d'Octon, La Louise Michel du Sahara, Isabelle Eberhardt. Sa vie, son œuvre (1877/1904), La Revue anarchiste, no 7, , [lire en ligne].

Cinéma[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]