Isabelle Eberhardt

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour le film, voir Isabelle Eberhardt (film).
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Eberhardt.
Isabelle Eberhardt
Isabelle Eberhardt.jpg
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 27 ans)
Aïn SefraVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Pseudonymes
Mahmoud Saadi
Nicolas PodolinskyVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Autres informations
Religion

Isabelle Wilhelmine Marie Eberhardt[1] née le à Genève et morte, le à Aïn-Sefra, en Algérie est une écrivaine suisse, de parents d'origine russe, devenue française par mariage.

Biographie[modifier | modifier le code]

Isabelle Eberhardt en costume berbère , vers 1900.

Fille illégitime, née d'une mère issue de la noblesse russe d'origine allemande, Natalia de Moerder (née Natalia Nicolaïevna Eberhardt), exilée et mariée au général Pavel de Moerder, et d'un père né en Arménie, Alexandre Trophimowsky, anarchiste et de pensée tolstoienne[2], qui était le précepteur des enfants avant la mort du général. Elle est née et a grandi près de Genève à « la villa Neuve », où elle reçoit une éducation avant-gardiste polyglotte qui lui permet de communiquer en russe, en italien, en allemand, en français, en arabe et en turc[3].

Elle s'installe en 1897 en Algérie à Annaba (Bône) avec sa mère qui préfère habiter les quartiers algériens plutôt que les quartiers européens qu'elle déteste[2]. Elle a eu durant son séjour bônois une relation avec Mohamed Khodja et commence à être attirée par la religion musulmane avant de finir par se convertir à l'Islam. Aux côtés des Algériens, elle décide de vivre comme une musulmane et s'habille en homme algérien[4]. Elle s'installe tout d'abord à Batna dans les Aurès en 1899. Après la mort de sa mère, elle vit plusieurs mois en nomade entre Batna, bni Mzab [2] et Oued Souf et rencontre Slimane Ehnni, musulman de nationalité française, sous-officier de spahi, soupçonné d'exercer des activités d'espionnage[5]. Lors d'un passage par le village de Behima (actuellement Hassani Abdelkrim) accompagnant Si El Hachemi, chef religieux de la confrérie des Kadiryas, elle est victime d'une tentative d'assassinat le orchestrée par une confrérie soufie opposée à la sienne[5]. Le 17 octobre de la même année, elle épouse Slimane à Marseille[6] (après avoir été contrainte en 1900 et par les autorités coloniales de quitter l'Algérie), et obtient ainsi la nationalité française[7].

Slimane Ehnni
Slimane Ehnni

Son mariage lui permet de revenir en Algérie, où elle collabore au journal arabophile El Akhbar dirigé par Victor Barrucand. Elle est envoyée à Aïn Sefra comme reporter de guerre pendant les troubles près de la frontière marocaine. Elle côtoie Maxime Noiré qu'elle qualifie de « peintre des horizons en feu et des amandiers en pleurs ». En novembre 1903, à Beni Ounif, elle fait la connaissance du général Lyautey qui apprécie sa compréhension de l'Afrique et son sens de la liberté, disant d'elle : « elle était ce qui m’attire le plus au monde : une réfractaire. Trouver quelqu’un qui est vraiment soi, qui est hors de tout préjugé, de toute inféodation, de tout cliché et qui passe à travers la vie, aussi libérée de tout que l’oiseau dans l’espace, quel régal ! »[8].

Le , à Aïn Sefra, l'oued se transforme en torrent furieux et la ville basse, où elle résidait seulement depuis la veille, est en partie submergée. Slimane est retrouvé vivant, mais Isabelle périt dans la maison effondrée, et son corps n'y est retrouvé que le 27 octobre[9]. Elle repose dans le petit cimetière musulman Sidi Boudjemaâ à Aïn Sefra[10].

Tombe d'Isabelle Eberhardt

Ses récits ont été publiés après sa mort et présentent la réalité quotidienne de la société algérienne au temps de la colonisation française. Ses carnets de voyage et ses journaliers rassemblent ses impressions de voyage nomade dans le Sahara. Certains de ses écrits ont été publiés sous les pseudonymes Nicolas Podolinsky ou Mahmoud Saadi[11].

La maison de l’écrivaine, située à Zmala, quartier populaire de la ville de Batna, juste en face du Sidi Merzoug[12] où elle a habité après le décès de son père et le suicide de son frère et dans laquelle elle a composé quelques-unes de ses œuvres, est transformée en dépotoir[précision nécessaire]. C'est la raison pour laquelle des Batnéens tentent de se rassembler pour tenter de sauver ce patrimoine algérien et européen[13],[14],[15]

Œuvres[modifier | modifier le code]

Amours nomades[modifier | modifier le code]

Amours nomades[16] est un recueil de 12 nouvelles écrites entre 1900 et 1904 et éditées par Marie Odile Delacour et Jean René Huleu à partir d'archives conservées à Aix-en-Provence. Le recueil est publié en 2003 aux éditions Joëlle Losfeld.

Le recueil débute par la nouvelle Amara le forçat[16]. Cette nouvelle raconte l’histoire d’Amara. L’auteure Isabelle Eberhardt le rencontre sur un bateau à destination de l’Algérie. Elle se rend alors à Constantine pour assister au jugement d’un homme qui a tenté de l’assassiner. De son côté, Amara a été condamné à 8 ans de prison parce qu'il a assassiné un homme qui lui avait volé sa jument. Originaire du douar des Ouled Ali, sa famille a beaucoup de troupeaux, des chevaux et des champs qu’ils ensemencent d’orge et de blé. Comme il est fils unique, son père lui donne une jument, Mabrouka. Un jour, sa jument disparaît et il découvre qu’elle a été volée par un berger d’Ouled Hassene. Puis, Amara découvre que la jument a été égorgée par le voleur. Il décide alors de tuer ce dernier. Après le meurtre, il s’enfuit mais est retrouvé par les gendarmes et les juges qui le condamnent à 8 ans de prison. Il échappe à la peine de mort en raison de sa jeunesse. Lorsqu'il raconte son histoire à Isabelle Eberhardt, il est désormais libre et sur le chemin du retour dans son village.

La nouvelle suivante est Zaouïa[16]. L’histoire a lieu à la zaouïa Sidi Abd er Rahman qui était un établissement religieux à Alger. L’auteure Isabelle Eberhardt avait l’habitude de venir à la zaouia à l’heure de la prière tous les matins, et elle y était devenue amie avec un maraîcher qui était un habitant de M’zab. Dans cette nouvelle, l'auteure décrit les routes différentes qu’elle utilisait pour arriver à la zaouïa en décrivant les beaux paysages, les routes et les habitants. Isabelle Eberhardt parle d’Ahmed qui était musulman. Elle avait l’habitude de s’asseoir avec lui sous le porche de la zaouïa, de fumer et de lui parler à propos de ses pensées, ses doutes et ses séductions.

La troisième nouvelle est intitulée Portrait de l’Ouled Naïl[16]. C’est l’histoire d’une femme, Achoura ben Saïd, qui est encore racontée au fond des gourbis bédouins. Achoura est issue de la race farouche des Chaouïyas de l’Aurès. Son histoire est une épopée d’amour arabe. Achoura était la fille d’un bûcheron. Elle a été mariée trop jeune et vivait une vie très triste et ennuyeuse en travaillant comme esclave. Elle fut ensuite répudiée, puis remarquée par Si Mohammed el Arbi dont le père était titulaire d’un aghalik, charge occupée par l’agha. Si Mohammed et Achoura sont tombés amoureux, mais en raison de la jalousie de Si Mohammed envers Achoura, leur histoire ne dura pas longtemps. Bien que Si Mohammed l'ait quittée et soit parti au village, Achoura ne l’oublia jamais et continua de l’aimer.

Liste des œuvres selon la BNF[modifier | modifier le code]

La BNF recense les œuvres d'Isabelle Eberhart comme suit[17]:

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Yasmina (1902)
  • Sud Oranais, 1905, J. Losfeld, Paris, 2003
  • Notes de route Maroc, Algérie, Tunisie Fasquelle, 1908. Préface de Victor Barrucand.lire en ligne
  • Pages d'Islam, Fasquelle, 1932, préface de Victor Barrucand, lire en ligne, rééd. Grasset, 2018
  • Trimardeur, 1922«»
  • Dans l'ombre chaude de l'Islam, par Isabelle Eberhardt et Victor Barrucand Fasquelle, 1921.lire en ligne
  • Mes Journaliers, 1923
  • Amara le forçat, l'Anarchiste, 1923
  • Au Pays des sables (1re édition sous le titre Contes et souvenirs, 1925 ; 2e édition établie et préfacée par René-Louis Doyon à Paris chez Fernand Sorlot en 1944.Lire en ligne) ; et J. Losfeld, Paris, 2002
  • Ses œuvres complètes ont été éditées à la fin des années 1980 :
    • Lettres et journaliers, présenté et commenté par Eglal Errera, Arles, éd. Actes Sud, 1987.
    • Écrits sur le sable, édité par Marie-Odile Delacour et Jean-René Huleu, Paris, éd. Grasset, 1988-1989. Dans la dune, extrait
  • Une réédition de l'œuvre majeure datant de 2004 à l'occasion du centenaire de sa mort (21 oct. 1904) :
    • Journaliers, éditions Joëlle Losfeld
    • Amours nomades, éditions Joëlle Losfeld
    • Sud Oranais, éditions Joëlle Losfeld
  • Rakhil, un roman inédit, La boite à documents, 1996.
  • Écrits intimes, lettres aux trois hommes les plus aimés, Petite Bibliothèque Payot, 2003, 435 p.  Édition établie par Marie-Odile Delacour et Jean-René Huleu (ISBN 978-2-228-89745-7)
  • Note : Dans l'ombre chaude de l'Islam a été réimprimé en 1908 avec des illustrations.

Mentions[modifier | modifier le code]

Mémorial Isabelle Eberhard à Genève 03
  • Une rue de Genève porte son nom, dans le quartier des Grottes où elle est née[18].
  • Le personnage d'Isabelle Eberhardt apparaît dans une bande dessinée de Jacques Ferrandez : Les fils du Sud, troisième volume de la série Carnets d'Orient, édité en 1992 (p. 34-37, 46, 51).
  • Une pièces de théâtre, Isabelle aux 100 visages, écrite par Aurélie Namur, raconte son histoire. Cette pièce a été présentée au Festival Off d'Avignon en juillet 2015.
  • Un jardin de Paris porte son nom, situé avenue Foch, dans le 16e arrondissement de la capitale française[19].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Acte de naissance no 188 du 20 février 1877, base de données Adhémar des archives de l'État de Genève.
  2. a b et c Edmonde Charles-Roux, Isabelle du désert, Grasset, 2003.
  3. Edmonde Charles Roux, Un Désir d'Orient: la jeunesse d'Isabelle Eberhardt, Paris, Editions Grasset & Fasquelle, , p. 388
  4. « Isabelle Eberhardt, la M'wadra!* », Al HuffPost Maghreb,‎ (lire en ligne, consulté le 22 août 2018)
  5. a et b http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2008/03/25/article.php?sid=66102&cid=34
  6. Acte de mariage no 218 du 17 octobre 1901 sur le site des archives départementales des Bouches-du-Rhône.
  7. Barstad 2002, p. 265
  8. Isabelle Eberhardt, une Harraga?
  9. « La catastrophe d'Aïn-Sefra », sur Gallica, L'Univers, Paris, (consulté le 17 mai 2019), p. 4.
  10. http://www.vitaminedz.com/biographie-d-isabelle-eberhardt/Articles_520_1550_45_1.html
  11. Myriam Marcil-Bergeron, « Échapper à la « machine sociale ». Le vagabondage chez Isabelle Eberhardt », Postures, no Dossier « Déviances », n°18,‎ , p. 83-91 (lire en ligne)
  12. (fr) La maison d’Isabelle Eberhard à Batna transformée en un dépotoir
  13. (fr) « La maison d'Isabelle Eberhardt », sur Algérie (consulté le 11 mars 2010)
  14. (fr) « Yasmina par Isabelle Eberhardt » (consulté le 11 mars 2010)
  15. (fr) « La maison d'Isabelle Eberhardt convoitée par les requins de l'immobilier », sur Le soir d'Algérie (consulté le 11 mars 2010)
  16. a b c et d Eberhardt, Isabelle, 1877-1904., Amours nomades : Nouvelles choisies, Gallimard, (ISBN 9782070349098 et 2070349098, OCLC 213376410, lire en ligne)
  17. Données BNF
  18. Nom géographiques du canton de Genève
  19. « Délibération du Conseil de Paris »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Tiffany Tavernier, Isabelle Eberhardt. Un destin dans l'islam, Tallandier, 2016
  • Patricia Bourcillier, Isabelle Eberhardt : Une femme en route vers l'islam, Flying Publisher, 2012 - Téléchargement gratuit (PDF, 288 pages)
  • Françoise d'Aubonne, La Couronne de sable : Vie d'Isabelle Eberhardt, Paris, éditions Flammarion, 1967
  • Roland Lebel, Etudes de littérature coloniale, Peyronnet, 1928 (un chapitre)
  • Marie-Odile Delacour et Jean-René Huleu, Sables, ou le roman de la vie d'Isabelle Eberhardt, éd. Liana Levi, 1986
  • Robert Randau, Isabelle Eberhardt : Notes et Souvenirs, Paris, Charlot, 1945.
  • Edmonde Charles-Roux, Un désir d'Orient : Jeunesse d'Isabelle Eberhardt, 1877-1899, Paris, éditions Grasset, 1988
  • Edmonde Charles-Roux, Nomade j'étais : Les Années africaines d'Isabelle Eberhardt:, 1899 - 1904, Paris, éditions Grasset, 1995
  • Algérie un reve de Fraternité, 2001, collectif par Guy Dugas, Éditions Omnibus, (ISBN 2-258-04578-9)
  • Catherine Sauvat, Isabelle ou le Rêve du désert, Paris, éd. Le Chêne, 2004, photographies de Jean-Luc Manaud.
  • Catherine Stoll-Simon, Si Mahmoud ou la Renaissance d’Isabelle Eberhardt, éd. Emina Soleil (en France) et Alpha éditions (en Algérie)
  • Marie-Odile Delacour et Jean-René Huleu, Le Voyage soufi d'Isabelle Eberhardt, éd. Joelle Losfeld, 2008
  • Hanan Mounib, préface Guy Dugas, Isabelle Eberhardt, la Suspecte, éd. alfAbarre, 2008
  • [PDF] Guri Ellen Barstad, « Isabelle Eberhardt ou l’invention de soi », Romansk Forum,‎ , p. 265-269 (lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Leïla Sebbar, Isabelle l’Algérien : Un portrait d’Isabelle Eberhardt, dessins de Sébastien Pignon, Al Manar-Alain Gorius, 2005
  • Leila Louise Hadouche Dris, « L'œuvre algérienne d’Isabelle Eberhardt, une écriture à revisiter », Insaniyat, Oran, CRASC, no 46,‎ (lire en ligne, consulté le 20 février 2015)
  • Latifa Benjelloun-Laroui (bibliothécaire marocaine), « Eberhardt Isabelle », dans Les Voyageuses occidentales au Maroc : 1860-1956, Casablanca, La Croisée des chemins, , 261 p. (ISBN 9789954104552 et 9954104550, OCLC 882200317), p. 168-174
  • Paul Vigné d'Octon, La Louise Michel du Sahara, Isabelle Eberhardt. Sa vie, son œuvre (1877/1904), La Revue anarchiste, n°7, juillet 1922, [lire en ligne].

Cinéma[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]