Massinissa

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Massinissa (homonymie).
Ce modèle est-il pertinent ? Cliquez pour en voir d'autres.
Cet article ne cite pas suffisamment ses sources (mars 2008).

Si vous disposez d'ouvrages ou d'articles de référence ou si vous connaissez des sites web de qualité traitant du thème abordé ici, merci de compléter l'article en donnant les références utiles à sa vérifiabilité et en les liant à la section « Notes et références » (modifier l'article, comment ajouter mes sources ?).

image illustrant l’histoire image illustrant les Berbères image illustrant l’Algérie
Cet article est une ébauche concernant l’histoire, les Berbères et l’Algérie.

Vous pouvez partager vos connaissances en l’améliorant (comment ?) selon les recommandations des projets correspondants.

Consultez la liste des tâches à accomplir en page de discussion.

Massinissa / Massensen
Image illustrative de l'article Massinissa
Titre
Roi de Numidie Unifiée [1]
av. J.-C. – av. J.-C. (~ 54 ans)
Prédécesseur Gaïa
Successeur Micipsa, Gulussa et Mastanabal
Biographie
Nom de naissance ⵎⴰⵙⵙ ⵏ ⵙⴻⵏ (MASS N SEN)
Date de naissance v. 238 av. J.-C.
Lieu de naissance Mascula (Khenchela)
Date de décès av. J.-C.
Lieu de décès Cirta (constantine)
Père Gaïa
Conjoint Sophonisbe
Enfants Micipsa, Gulussa, Mastanabal, Mikusan, Masucan
Portrait du roi Massinissa. Son nom berbère est écrit dessous en tifinagh et en latin. (MASNSEN)

Massinissa, ou Masensen (en amazigh : ⵎⵙⵏⵙⵏ MSNSN, ou ⵎⴵⵏⴵⵏ en ancien libyque, en arabe : ماسينيسا Masinisa), né vers 238 av. J.-C. et mort en janvier 148 av. J.-C., était un roi berbère, fils du roi Gaïa, petit-fils de Zelalsan et arrière-petit-fils d'Ilès. Il fut le premier roi de la Numidie unifiée.

Massinissa, s'alliant à Rome après la mort de Gaïa, contribue en 204 av. J.-C. à la défaite de Syphax, roi des Massaesyles, et à sa capture par le commandant romain Gaius Laelius. Syphax, envoyé à Rome comme prisonnier, y meurt en 203 ou 202 av. J.-C. En remerciement de son aide, les Romains accordent le royaume de Syphax à Massinissa.

À la tête de sa fameuse cavalerie numide, celui-ci contribue largement à la victoire de Rome sur Carthage lors de la bataille de Zama [2].

Son nom a été retrouvé dans son tombeau à Cirta (actuelle Constantine), sous la forme consonantique MSNSN, en écriture libyque : ⵎⴵⵏⴵⵏ[3]. En amazigh, « MSNSN » serait la forme consonantique de « mas n sen » qui voudrait dire « Leur Seigneur » : mass « seigneur », n sen « à eux ».

Biographie[modifier | modifier le code]

Période de la Deuxième guerre punique[modifier | modifier le code]

Carte de la Numidie en rose sous l'occupation romaine
La Numidie des Massyles et des Massaesyles avant l'unification par le roi Massinissa

Durant la Deuxième guerre punique, Rome cherche à se faire des alliés en Afrique du Nord tandis que Syphax, roi des Massaessyles en Numidie occidentale, revendique les territoires de la Numidie orientale, dirigée par Gaïa, roi des Massyles.

Syphax accepte trois centuries romaines et se tourne contre Carthage qui prend le parti de Gaïa, en échange de cinq mille cavaliers numides. Ceux-ci sont placés sous le commandement du jeune Massinissa, âgé de vingt-cinq ans, à partir de 212 ou 211 av. J.-C. ; avec son ami Laminius, Massinissa rejoint les troupes carthaginoises en Espagne jusqu'à l'automne 206 av. J.-C.. Il remporte une victoire décisive contre Syphax et mène avec succès une campagne de guérilla contre les Romains en Ibérie.

Les Carthaginois, battus à Ilipa, finissent par perdre leurs possessions en Méditerranée. Scipion l'Africain, commandant l'armée romaine en Espagne, songeant à porter la guerre en Afrique et à s'assurer le soutien des royaumes numides, gagne l'amitié de Massinissa à partir de 206 av. J.-C., avec lequel il passe un accord secret, puis il débarque en Afrique pour tenter de convaincre Syphax de rester au sein de l'alliance romaine. Mais celui-ci, ayant eu connaissance de l'accord avec Massinissa, préfère se rapprocher de Carthage.

Accession au trône[modifier | modifier le code]

À la mort de Gaïa en 206 av. J.-C., son frère Oezalces (Oulzacen) lui succède. Marié à une Carthaginoise, nièce d'Hannibal, il bénéficie de l'appui des Carthaginois contre ses voisins et ses vassaux turbulents. Mais Oezalces meurt et Capussa monte sur le trône.

Capussa est immédiatement contesté par Meztul, son cousin, issu de la fraction rivale de la branche régnante. Meztul obtient des armes et des renforts de Syphax et s'attaque aux forces de Capussa. Le combat entre les deux clans donne la victoire à Meztul. Capussa étant mort en pleine bataille, Meztul s'empare du pouvoir pour placer sur le trône Lacumazes, alors que, selon la tradition, le trône revenait à Massinissa.

Carthage, approuvant cette usurpation, scelle son alliance avec Meztul et lui donne pour épouse la veuve d'Oezalces.

Massinissa apprend ces évènements alors qu'il est en Espagne ; il décide de quitter Gadès pour la Maurétanie (-206), et craignant les représailles de Syphax, allié de son cousin, il demande l'aide de Baga, roi des Maures. Celui-ci lui offre une escorte de 4 000 hommes, qui l'accompagne jusqu'aux limites de ses terres. Après avoir rassemblé 500 cavaliers parmi les siens et les fidèles partisans de la famille, il s'attaque à ses adversaires.

Lacumazes, quittant Thapsus (actuelle Tunisie), siège de son gouvernement, pour se rendre à Cirta afin de présenter ses hommages à Syphax, est attaqué par Massinissa dans un défilé non loin de la ville. Vaincu dans cette embuscade, Lacumazes parvient à prendre la fuite et à rejoindre Cirta. Cette victoire vaut à Massinissa un afflux de partisans qui lui permettent de consolider sa position. Lacumazes et Maztul rassemblent des hommes de leur clan, obtiennent l'aide de Syphax et reviennent à la charge avec 15 000 fantassins et 10 000 cavaliers. Malgré un nombre d'hommes bien moindre, Massinissa est de nouveau victorieux. Battus, abandonnés par les leurs, Lacumazes et Meztul se réfugient à Carthage, chez leurs beaux-parents.

Massinissa occupe alors Thapsus, qui devient la capitale des Massyles. Afin de consolider son pouvoir, il mène une lutte efficace contre Carthage et prône l'union de tous les Numides. Il offre à Lacumazes et Meztul de leur rendre leur bien et la considération due à leur rang s'ils reviennent dans leur patrie. Ceux-ci, rassurés quant à la sincérité de leur cousin, quittent Carthage et le rejoignent

Ce regroupement des forces numides inquiète les suffètes qui dépêchent alors Hasdrubal Gisco auprès de Syphax pour le persuader du danger que représente désormais un tel voisin. Syphax prétexte alors une vieille querelle concernant des territoires qu'il avait autrefois disputés à Gaïa, pour attaquer Massinissa et le contraindre à épuiser ses faibles moyens. Massinissa accepte le combat, son armée est mise en déroute et Syphax s'approprie alors une partie du royaume massyle.

Réfugié dans les montagnes avec une poignée de fidèles, Massinissa connaît une vie de proscrit. Il n'en continue pas moins de harceler ses ennemis par des raids organisés contre les campagnes carthaginoises. Les hommes de Syphax ne réussissent pas à venir à bout de lui. L'insécurité qu'il fait peser sur les colons, et sa popularité grandissante en Numidie, inquiètent fortement les suffètes carthaginois. Des expéditions contre Massinissa sont envoyées, un moment on le croit mort. Mais, une fois ses plaies cicatrisées, Massinissa revient à la charge et marche une fois de plus contre Syphax. Peu à peu, ses compatriotes le reconnaissent, l'assurent de leur allégeance et lui offrent les moyens dont il manque.

Son royaume récupéré, Massinissa s'attaque aux territoires voisins. Les colons carthaginois, pour se défendre, se lient avec les Massaesyles et rassemblent une grande armée contre les Massyles. Syphax est à la tête d'un vaste royaume et sa guerre contre Massinissa lui procure un supplément de prestige. Satisfait de sa victoire, Syphax accorde en dot à son mariage avec la belle Sophonisbe, les territoires qu'il a pris à Gaïa. Tout cela se déroule en 205 av. J.-C., moins d'un an après le retour d'Espagne de Massinissa.

Intervention romaine en Afrique[modifier | modifier le code]

Massinissa

Scipion, décidé à en finir avec Carthage, débarque en Afrique. Le rusé Romain essaye une nouvelle fois d'attirer Syphax qui rejette une nouvelle fois l'alliance proposée. Il se tourne alors vers Massinissa avec qui il remporte les premiers combats. Les nouveaux alliés, encouragés par leurs succès, s'attaquent à Utique, place forte carthaginoise, mais l'intervention de Syphax les oblige à se retirer. Ils prennent leurs quartiers d'hiver et Scipion entre de nouveau en contact avec Syphax. Faute de pouvoir le détacher des Carthaginois, il lui demande d'intervenir pour mettre fin au conflit entre Rome et Carthage. Syphax propose que les Carthaginois évacuent l'Italie, où ils sont en campagne, en échange de quoi les Romains quitteraient l'Afrique. Si le général Asdrubal, qui commande les Carthaginois, accepte l'offre, Scipion, qui veut en fait la reddition pure et simple de la cité punique, la rejette.

Massinissa et Scipion l'Africain reprennent leurs attaques, obligeant cette fois-ci les troupes puniques à se replier sur Carthage. Syphax, lui, ne voulant pas perdre plus d'hommes, se retire dans son royaume. Les Carthaginois, comprenant que les Romains ne leur laisseront pas de répit, décident, après avoir adopté une attitude défensive, de passer à l'offensive. Ils lèvent une forte armée de mercenaires qui, rejointe par celle de Syphax, tente de débloquer la cité. C'est la bataille des Grandes Plaines (avril 203 av. J.-C.) qui s'achève par la victoire des forces coalisées de Massinissa et de Scipion.

Vient un répit au cours duquel chaque camp reconstitue ses troupes, puis la guerre reprend. Un combat s'engage entre Massinissa et Syphax, et ce dernier, entouré par de nombreux soldats, est sur le point de l'emporter, quand l'armée romaine intervient. Jeté à terre, Syphax est capturé. On l'enchaîne et on le conduit sous les murs de Cirta qui, voyant son roi en piteux état, décide de se rendre. Massinissa, après plusieurs années d'errance, peut ainsi reprendre le royaume de ses pères. Il se rend aussitôt au palais où il retrouve Sophonisbe, épouse de Syphax et fille d'Hasdrubal Gisco (qui, d'après Appien, lui avait été auparavant promise) et l'épouse sur le champ. Mais Scipion désapprouve ce mariage hâtif, et Massinissa se résout à faire parvenir du poison à la reine afin de lui éviter le déshonneur de la captivité (il est cependant difficile d'établir la réalité historique de ces faits).

Carthage, vaincue, est obligée de signer une paix qui la prive d'une grande partie de ses territoires et de sa flotte. Le retour d'Hannibal, qui a mis fin à la campagne d'Italie, suscite les espoirs de la cité. Un incident rompt bientôt la paix et la guerre reprend.

Guerre contre Hannibal[modifier | modifier le code]

Hannibal s'allie à Vermina, le fils et successeur de Syphax et, ensemble, ils envahissent le royaume des Massyles. Massinissa et Scipion les affrontent à Zama et une grande bataille s'engage (202 av. J.-C.). Le choc est rude et il y a de nombreuses pertes des deux côtés, puis la bataille tourne à l'avantage de Massinissa et de Scipion. Carthage est de nouveau contrainte à négocier. Mais le précédent traité est révisé et la cité punique doit restituer à Massinissa tous les territoires qui avaient été arrachés à ses ancêtres. Hannibal se révolte et essaye de s'opposer au traité mais, menacé d'être livré aux Romains, il s'enfuit en Syrie où il se suicidera en 183 av. J.-C..

Le personnage et l'œuvre[modifier | modifier le code]

Appien dit de lui:

« qu'il était beau dans sa jeunesse et de taille élevée. Il garda, jusqu'à l'âge le plus avancé, une étonnante vigueur. Il pouvait rester une journée entière debout ou à cheval; octogénaire, il sautait sur sa monture sans aucune aide et, comme les autres Numides, il dédaignait l'usage de la selle. Il bravait tête nue le froid et la pluie. À 88 ans, il commanda son armée dans une grande bataille contre les Carthaginois; le lendemain, Scipion Emilien le trouva sur pied devant sa tente, tenant un morceau de galette sec qui constituait tout son repas. »

Massinissa eut plusieurs épouses et un nombre considérable d'enfants dont quarante-trois garçons ; parmi ses nombreuses filles, plusieurs furent mariées à des nobles carthaginois. La plupart des enfants de Massinissa disparurent avant lui mais il en resta, à sa mort, une dizaine (Mikusan dit Micipsa, Gulussa, Mastanabal, Masucan...). Massinissa adorait les enfants et il garda durant plusieurs années auprès de lui certains de ses petits-enfants. À des marchands grecs, venus acheter des singes en Numidie, pour distraire des riches oisifs, il aurait dit: « Les femmes de votre pays, ne vous donnent-elles donc pas d'enfants ? »

Massinissa, qui était un rude guerrier, encouragea la littérature et les arts, envoya ses enfants étudier en Grèce et reçut à sa cour de nombreux écrivains et artistes étrangers. Ce fut un homme courageux et un roi généreux (pardon accordé à Lacumazes et Meztul, protection accordée à Sophonisbe).

Après la bataille de Zama, Massinissa vécut encore de nombreuses années. Il garda sa vie durant l'amitié de Rome sans jamais être son vassal et, contre ses appétits impérialistes, déclara, dans une formule restée célèbre : « l'Afrique appartient aux Africains ». Il récupéra non seulement les territoires que lui accordait le traité passé avec Carthage mais aussi de nombreuses villes et régions sous l'autorité des Carthaginois ou de Vermina, le fils de Syphax. De 174 à 172, il occupa soixante-dix villes et forts.

Si Massinissa combattit les Carthaginois, il ne dédaigna pas pour autant la civilisation carthaginoise, dont il sut tirer avantage. La langue punique fut d'usage courant dans sa capitale où l'on parlait également, en plus du berbère, les langues grecque et latine. Il savait aussi se comporter en souverain raffiné, portant de riches vêtements et une couronne sur la tête, donnant, dans son palais de Cirta, des banquets où les tables étaient chargées de vaisselle d'or et d'argent et où se produisaient les musiciens venus de Grèce.

L'œuvre sociale et politique de Massinissa fut aussi grande que son œuvre militaire. Il sédentarisa les Numides, édifia un État puissant et le dota d'institutions, inspirées de celles de Rome et de Carthage. Il fit frapper une monnaie nationale et entretint une armée régulière et une flotte qu'il mit parfois au service de ses alliés romains. Ce fut un grand souverain qui s'efforça toute sa vie, de faire de la Numidie un pays unifié et indépendant.

La fin de Massinissa[modifier | modifier le code]

Tombeau de Massinissa à El Khroub (dit : Soumâa El Khroub) près de Constantine

Massinissa fut célèbre dans tous les pays de la Méditerranée et l'île de Délos, en Grèce, lui éleva trois statues.

Vers la fin de sa vie, il projeta de s'emparer de Carthage pour en faire sa capitale. Les Romains, qui redoutaient qu'il n'acquière une puissance encore plus grande que celle des Carthaginois et qu'il ne se retourne contre eux, étaient opposés à ce dessein.

Ce fut de nouveau la guerre en Afrique et, après d'âpres combats, Carthage fut livrée aux flammes, puis au pillage. Les survivants furent réduits en esclavage et la ville fut entièrement rasée (146 av. J.-C.). Massinissa, mort quelque temps plus tôt, n'assista pas à la chute de la ville convoitée. Ses sujets, qui l'aimaient, lui dressèrent un mausolée, non loin de Cirta, aujourd'hui Constantine (Algérie), sa capitale, et un temple à Thougga, l'actuelle Dougga, en Tunisie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.univ-mascara.dz/almawaqif/articles/10/bakhouche.pdf
  2. Cécile Colonna, L'Algérie au temps des royaumes numides, Somogy, Paris, 2003 (ISBN 2-85056-652-7)
  3. « Encyclopédie Berbère »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Roland Elissa-Rhais, Massinissa, le "Maître des cités" : épopée africaine, Alger, Entreprise algérienne de presse, 1988
  • Marie-France Briselance, Massinissa le berbère, Alger, Éd. Marinoor N. Benferhat ; et Paris, la Table ronde, 1990; ماسينيسا, traduction arabe, Alger, ENAG, 2000 (ISBN 9961-72-052-0); Massinissa Alger, Espace Libre, 2009 (ISBN 978-9961-874-51-6); Massinissa le Berbère, Béjaïa, Talantikit, 2012 (ISBN 978-9931-343-54-7)
  • Ahmed Slimani, Massinissa et Yughurtha et leur influence sur l'histoire, trad. de l'arabe par Madani Guesseri, Alger, Dahlab, 1994
  • (de) Elfriede Storm, Massinissa : Numidien im Aufbruch, Stuttgart, F. Steiner, 2001
  • Messaoud Nedjahi, Massinissa, le seigneur des coquelicots : en quête d'une identité, Paris, Publibook, 2005
  • Houaria Kadra-Hadjadji, Massinissa le grand Africain, Paris, éditions Karthala, 2013.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]