Dihya (reine)

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La Kahena

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Dihya (Kahina)
Titre
Reine des Berbères[1]
702-703
Prédécesseur Koceila
Biographie
Nom de naissance Dihya
Date de naissance ≈ 7ième siècle
Lieu de naissance Aurès
Origine Romano-berbère
Date de décès 703
Lieu de décès Khenchela, Baghaï
Nature du décès Tuée au combat
Père Tabeta Aït Tifan (Tabeta fils de Tifan)
Enfants Bagay, Khanchla
Résidence Aurès

Dihya (en berbère : ⴷⵉⵀⵢⴰ Dihya, en arabe : ديهيا) nommée Tadmayt ou Tadmut, aussi connue sous le nom de Kahina ou Kahena est une reine guerrière berbère zénète des Aurès qui a combattu les omeyyades lors de la conquête musulmane du Maghreb au VIIe siècle, elle meurt vers 703, à Khenchela.

De nombreuses romancières et essayistes féministes se sont approprié la figure de la Kahina pour sa charge symbolique, la décrivant comme l’une des premières féministes de l’Histoire[2].

Cette icône de l'amazighité est la fille de Thabet, le chef de la tribu des Idjerawen. Elle est également une figure historique et identitaire majeure des Aurès ainsi que des Amazigh en Algérie.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Son nom personnel est l'une de ces variations: Daya, Dehiya, Dihya (ⴷⵉⵀⵢⴰ), Dahya ou Damya (il est difficile de distinguer ces variantes à cause de l'orthographe arabe). Son titre d'après des sources arabe était al-Kāhina (la prêtresse divine)[3]. Surnom donné par ses adversaires musulmans en raison de sa capacité à prévoir l'avenir.

Les écrivains en langue arabe du Moyen Âge utilisent le nom de Dihya et le surnom de Kahina, à l'exemple d'Ibn Khaldoun. La plupart des écrits historiques ou littéraires qui la mentionnent, la désignent par le surnom Kahena ou Kahina.

M'hamed Hassine Fantar quant a lui, a avancé que le nom de la Kahena serait d’origine punique (Kahena = khn, Kohenet en punique, c’est-à-dire prêtresse)[4].

Contexte[modifier | modifier le code]

Article principal : Conquête musulmane du Maghreb.

Dans un contexte général de guerres arabo-byzantines, la conquête de l'Afrique du Nord est décidée par le chef de la dynastie omeyyadeMuawiya Ier, premier calife omeyyade, et continuée par son fils, le second calife omeyyade, Yazīd Ier. Oqba Ibn Nafi est le général arabe désigné pour conquérir la totalité de l'Afrique du Nord et y propager l'islam. Il gouverne l'Ifriqiya de 663 à 675, puis de 682 à sa mort. Vers 670, les arabo-musulmans fondent le poste militaire de Kairouan, dans le but d'en faire un point d'appui dans leur campagne de conquête du Maghreb.

Cette conquête musulmane du Maghreb se heurte à la résistance des populations locales et des puissances installées : l'Empire byzantin, implanté essentiellement sur les côtes et en particulier à Carthage et Septum, et les Berbères. L'Exarchat de Carthage est une province excentrée de l'Empire byzantin

Au début de la conquête musulmane du Maghreb, l'unité politique et administrative de la Berbérie orientale et centrale (les Aurès, l'est de l'Algérie) est en grande partie réalisée par Koceila. Ce chef berbère prend la tête de la résistance berbéro-byzantine, de 670 à 690, à la conquête musulmane du Maghreb. Il s'oppose aux armées omeyyades, particulièrement au général Oqba Ibn Nafi. En 686, Oqba est tué lors d'une embuscade à Vescera par Koceila.

Les Omeyyades perdent temporairement plusieurs points côtiers, ce qui leur vaut la perte de la suprématie maritime et l'abandon de Rhodes et de la Crète.

Koceila prend Kairouan et dirige tout le Maghreb. Il meurt vers 688 ou 690 face aux omeyyades lors de bataille de Mamma, près de Kairouan, qui redevient arabe.

À Constantinople, à Constantin IV (668-685) succède Justinien II (685-695, puis 705-711). À Damas, les califes se succèdent : Muʿawiya II (683-684), Marwān Ier (684-685), ʿAbd Al-Malik (685-705). Le gouverneur de l'Ifriqiya est désormais Hassan Ibn Numan, au moins de 692 à sa mort, vers 700

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

D'après plusieurs historiens, notamment Émile Gautier[5], Charles-André Julien[6], ou Mohamed Talbi[7], il est probable que Kahina était d'origine métissée, byzantine, et berbère, expliquant ainsi la popularité et l'ascendance qu'elle a pu avoir tant sur les byzantins, que les berbères[8].

Conflit[modifier | modifier le code]

L'empire de la reine Kahina (en violet), axé sur les Aurès.

Kahina a succédé à Caecilius comme chef de guerre des tribus berbères dans les années 680, contre les armées omeyyades. .

Hassan Ibn Numan a quitté l'Égypte et a capturé Carthage en 698, et d'autres villes (voir la conquête musulmane du Maghreb). Cherchant a éliminer tout ennemi potentiel, on lui a dit que le monarque le plus puissant d'Afrique du Nord était « la reine des Berbères » (en arabe: malikat al-barbar), Dihyā, il est donc allé en Numidie.

Les armées berbères et arabes se sont rencontrées près de Meskiana dans l'actuelle province d'Oum el-Bouaghi, en Algérie. Dans la vallée déserte et asséchée, Dihya dissimule son armée pendant la nuit, en partie dans la montagne, en partie derrière, sa cavalerie et ses troupeaux de chameaux, pour prendre en embuscade les troupes d'Hassan. Lorsque les Arabes attaquent, ils sont accueillis par une pluie de flèches tirées entre les jambes des chameaux des Berbères. Une fois les Arabes battus, les Aurésiens les poursuivent jusqu’à Gabès[9]. Cette prestigieuse victoire appelée bataille des chameaux, permet d'expulser les omeyyades d'ifriqyia. Ceux ci prirent la fuite, et se réfugient en Tripolitaine pendant près de 5 ans. Ils surnommèrent le lieu de la bataille Nahr Al Bala (littéralement, rivière des souffrances)[10]. Les berbères firent un grand nombre de prisonniers, Kahina leur rendit la liberté, à l'exception d'un neveu de Hassan, nommé Yazid ibn Khaled[11].

Consciente que l'ennemi était trop puissant, et forcé de revenir, Dihya aurait pratiquer la politique de la terre brûlée en vue de dissuader l’envahisseur de s’approprier les terres, s’aliénant par là une partie de son peuple[12]. Cette politique a eu peu d'impact sur la montagne et les tribus du désert, mais elle aurait perdu le soutien crucial des sédentaires et des habitants des oasis. Au lieu de décourager les armées arabes, cette décision désespérée a accéléré sa défaite[13].

Hassan Ibn Numan demande des renforts au calife Abd Al-Malik qui lui accorde plusieurs milliers de guerriers avec pour but de reconquérir l'ifriqyia.

Mort[modifier | modifier le code]

L'amphithéâtre d'El Jem, en Tunisie, lieu de décès de la Kahina.

Dihya s'engage une dernière fois face aux omeyyade à Tabarka. Le combat est acharné et les pertes lourdes des deux côtés.

Finalement son armée est vaincue par celles de l'émir Moussa Ibn Noçaïr. Elle se réfugie dans l'amphithéâtre romain d'El Jem mais est tuée après un combat près d'un puits qui porte toujours son nom, Bir al Kahina, et sa tête est envoyée au calife. La défaite de ses troupes est en parti du a la trahison de Khalid, jeune captif arabe que Kahina avait épargné à l'Oued Ninni, celui ci aurait tenu une correspondance secrète avec Hassan pour le tenir au courant des mouvement des troupes berbères[14]. Prévoyant la déroute de son armée, elle avait envoyé au préalable ses deux fils à l'armée arabo-musulmane sous la garde de son fils adoptif[15].

Selon les sources, elle serait soit morte au combat, l'épée en main, soit morte par suicide, en engloutissant du poison, afin de ne pas être capturée par l'ennemi[16]. Cet événement s'est produit dans les années 690 ou 700, 703 est l'année retenue[17].

À la suite de cette victoire, Hassan accorda la paix (aman) aux berbères en échange d'un contingent 12 000 cavaliers pour conquérir la péninsule ibérique. Moussa Ibn Noçaïr nomme Tariq ibn Ziyad à la tête de l'armée zénète, et des autres berbères[18]. Les fils de Kahina, Bagay et Khanchla se sont converti à l'islam et ont mené un contingent de 6 000 berbères, l'un d'entre eux deviendra gouverneur de la région des Aurès et par la suite, sa tribu exercera un pouvoir sur les Zirides dans les Aurès[19].

La perte de la province d'Afrique est lourde pour l'Empire byzantin. Après la perte de l'Égypte en 642, il perd son second grenier à blé.

Généalogie[modifier | modifier le code]

Ibn Ḵẖaldoun lui attribue une généalogie remontant jusqu’à sept générations en arrière : elle aurait été « fille de Tabeta (ou Mâtiya), fils de Tifan (ou Nîcan), fils de Baoura, fils de Mes-Kesri, fils d’Afred, fils d’Ousîla, fils de Guerao ». Cette famille aurait dirigé les Djeraoua, tribu alors à la tête des Botr, deux ethnonymes jusque-là jamais mis en relation avec la résistance berbère[20].

Récits médiévaux[modifier | modifier le code]

Kahena est réputée user de pouvoirs magiques : « Hassan accorda au fils de la Khahina le commandement en chef des Djerawa et le gouvernement du Mont Awres, il faut savoir que d'après les conseils de cette femme, conseils dictés par les connaissances surnaturelles que ses démons familiers lui avaient enseignées, ses deux fils s'étaient rendus aux Arabes avant la dernière bataille »[21]. Selon Ibn Khaldoun, elle été âgée de 127 ans le jour de sa mort

Parmi les tribus berbères, Ibn Khaldoun distingue :

  • les Idjerawen (ou Djerawa), tribu qui habitait les Aurès et à laquelle appartenait Kahena ;
  • les Nefousas (ou Nefzaouas), des berbères de l'Ifriqiya ;
  • les Fendelaoua, les Medîouna, les Behloula, les Ghiata et les Fazaz, Berbères du Maghreb-el-acsa (nom arabe correspondant au Maroc).

Parmi ces tribus originaires de l'actuelle Tunisie, des Aurès, de l'actuelle Algérie et de l'actuel Maroc, la tribu des Djerawa est une des plus puissantes de la confédération des Zénètes[22].

Mais, selon Gabriel Camps, les deux tribus berbères citées, Djerawa et Nefzaouas, seraient de confession chrétienne avant l’arrivée de l’Islam.

Selon Al Darisi, Dihya commande la tribu des Djerawas pendant soixante-cinq ans, vit cent vingt sept ans et gouverne l'Ifriqiya pendant cinq ans[22].

Selon d'autres, elle prend la direction de la résistance à 22 ans.

Divergences historiques[modifier | modifier le code]

Le rôle joué par Dihya a constitué un enjeu considérable pour ses commentateurs. Les sources que nous avons sur Dihya, symbole de la résistance à l'expansion musulmane, proviennent en grande partie des historiens musulmans. C'est donc pour certains d'entre eux, sur des arrière-pensées et vues politiques que sont fondées leurs affirmations. Cela est d'autant plus difficile à vérifier que les sources diverses sont rares.

Religion[modifier | modifier le code]

La question de la religion de Kahina a été traitée par plusieurs historiens du Moyen Âge ou contemporains. Plusieurs hypothèses ont été émises, selon lesquelles elle aurait été juive ou chrétienne, mais une autre hypothèse, plus logique, consiste à dire qu'elle pratiquait uniquement les rituels de l'époque, relatifs aux croyances berbères. En effet, Dihya aurait invoqué avant chaque combat la puissance de dieux berbères tels que le dieu Agurzil et la déesse Ifri, largement adorés durant cette époque, et toujours consultés par les berbères polythéistes avant de prendre des décisions.

Selon l'historien Gabriel Camps, spécialiste du Maghreb, les tribus zénètes n'étaient pas juives mais chrétiennes. Toutefois, pour Paul Sebag « c'est aller à l'encontre des textes, difficilement récusables[23] », la Kahena serait juive, et plus exactement membre d'une tribu berbère judaïsée. Plusieurs auteurs la considèrent comme juive[24],[25], d'autres la considère comme chrétienne[26],

Ibn Khaldoun ne cite nullement la religion de Dihya et réfute les thèses selon lesquelles les Zénètes descendent de Goliath (en arabe Djallut). En citant ses sources[Lesquelles ?], il approuve la version d'Ibn Hazm, qui lui semble la plus logique. Selon celle-ci, Dihya descend des Zénètes et a comme ancêtre Medghassen[27],[28]. Ibn Khaldoun ajoute, en citant les propos des Zénètes, qu'ils avaient un prophète du nom de Moussa Ibn Salih. Toutefois, selon Ibn Khaldoun, à la veille de la conquête musulmane du Maghreb, plusieurs tribus berbères pratiquent le judaïsme[22].

Cependant, au moment de l'époque romaine et byzantine, certains Zénètes étaient chrétiens. Certains (comme Gabriel Camps, dans son livre Berbères - Aux marges de l'histoire) pensent que Dihya était chrétienne, parce qu'elle était la fille de Matya lui-même fils de Tifan. Ces noms seraient les déformations de Matthieu (comme l'Apôtre) et Théophane (repris par de nombreux Saints chrétiens). Le christianisme était en outre largement répandu, une grande partie des populations berbères du nord ayant été christianisés sous l'empire romain.

Les Zénètes et le reste des Berbères (plusieurs tribus non Zénètes comme les Houaras ou les Awraba)[29] ont fait partie des troupes de la Kahina qui ont combattu les musulmans[27]. Ibn Khaldoun nomme pour source Hani b. Bakur Ad Darisi. Celui-ci donne les renseignements sur la vie de Dihya, affirmant notamment qu'elle avait des démons qui lui dictaient des prédictions[30].

La Kahina était considérée par les arabes comme une sorcière ou possédée[31],[32].

Selon l'historien et géographe français Émile-Félix Gautier : « Les Djeraouas ne sont plus des chrétiens comme les Aurébas, mais bien des juifs ». Strabon avait déjà témoigné à l'époque romaine que les juifs étaient nombreux en Afrique du Nord. Selon [Qui ?], certains y étaient venus librement au fil des siècles avec les Phéniciens, dès le temps des Carthaginois, tandis que d'autres y avaient été déportés par Trajan, après avoir tenu tête en Cyrénaïque aux légions romaines. Ainsi avaient-ils participé à la conversion de nombreuses tribus berbères.[réf. nécessaire]

D'autres [Qui ?] laissent entendre que Dihya aurait pu être animiste, sans pouvoir pour autant préciser de quel culte il s'agirait, les Berbères ayant été païens avant l'arrivée du christianisme. La signification prêtresse et être pur du nom Kahena correspondrait ainsi à une tradition animiste d'Afrique du Nord, selon laquelle les prêtresses subissaient un rituel de purification. (La reine touareg Tin Hinan, que l'on supposait, de la même manière, chrétienne, était sans doute animiste, comme le laisse penser son tombeau récemment découvert[33].

Selon certains historiens[Lesquels ?], elle aurait été juive, issue de la tribu des Djerawa. Selon les dernières recherches[citation nécessaire] effectuées notamment à l'université de Cambridge autour des manuscrits découverts à la Guenizah du Caire (découverts au début du XXe siècle et analysés depuis l'an 2000), le père de la reine Kahena s'appelait Maatia, dérivatif de Mattathias, nom du prêtre juif, père de Judas Macchabée, qui avait expulsé les Séleucides de Judée en -165.

Il convient de considérer les diverses hypothèses en se référant au contexte historique. Avant l'expansion islamique en Afrique du Nord, l'Ifriqiya n'est pas musulmane. Après la fondation du camp fortifié de Kairouan et de la préfiguration de la Grande Mosquée de Kairouan, en 670, l'Islam s'installe durablement en Ifriqiya. L'expansion de l'islam, à cette époque, n'est pas seulement militaire, l'étape suivant l'islamisation du Maghreb, Al-Andalus (711-1492), en est le meilleur témoignage. Kairouan est devenue alors, progressivement, un foyer de haute culture, qui commence par la décision califale d'y faire venir d'Égypte un nombre important de coptes et ou de juifs, réputés pour leurs savoirs techniques. Ainsi débute la longue histoire des Juifs à Kairouan (670-1270).

Politique de la terre brûlée[modifier | modifier le code]

L'historiographie a également mis l'accent sur la politique de la terre brûlée qui aurait été pratiquée sous la Kahena, d'après Ibn Khaldoun[réf. nécessaire], E.F Gautier, Ibn El Athir et Le Bayan, ce qui aurait motivé le mécontentement des cultivateurs de la côte. Cette version est contestée par certains selon lesquels, il se serait agi, pour les historiens musulmans, de discréditer la reine berbère hostile à l'expansion musulmane : des villes et des villages auraient certes effectivement été brûlés, mais cela s'expliquerait non par l'invasion arabe, mais par le fait que l'Afrique du Nord, depuis la chute de l'empire romain d'Occident, était le théâtre d'affrontements entre Byzantins et autochtones, voire entre Berbères nomades et sédentaires.

Archéologie[modifier | modifier le code]

En Algérie, dans la région des Aurès, aucune étude sérieuse n'a été entreprise à ce jour[34]. Mais depuis 2006, les autorités algériennes affirment entreprendre des recherches[35].

En Tunisie, le seul endroit qui témoigne de l'existence de la Kahena est l'amphithéâtre d'El Djem[36].

La ville antique de Baghaï (dans la wilaya de Khenchela), où est supposé se trouver le château de la Kahena (si elle a habité un palais, ce que ne démontre aucune étude archéologique[37]), pourtant classée monument du patrimoine national, est en péril, ce que déplorent les spécialistes algériens sur place[38].

Postérité[modifier | modifier le code]

Statue de la reine Dihya à Khenchela en Algérie.

Elle est citée par des auteurs arabes[Lesquels ?], après l'invasion de Baghaï, comme une femme d'une incroyable beauté, possédant une poigne de fer, tout en étant une redoutable combattante[réf. nécessaire].

Dihya est la seule femme connue de l'histoire à combattre l'empire omeyyade[39]. Les Omeyyades demandent aux Zénètes de leur fournir 12 000 combattants pour la conquête de l'Andalousie comme condition à la cessation de la guerre[40].

Une statue a été construite au Maghreb à la mémoire de la Kahena : à l’initiative de l’association Aurès El Kahina, elle a été érigée au centre ville de Baghaï, wilaya de Khenchela (Algérie), et inaugurée en 2003 par le président de la République Abdelaziz Bouteflika, lors de sa visite dans la wilaya. La statue, réalisée en acier Corten, est l'œuvre de l’artiste sculpteur Ali Boukhalfa, qui s’est inspiré des anciennes pièces de monnaie à l’effigie de la reine[41],[42].

Dans les siècles suivants sa mort, la légende de Dilhya a été utilisée pour soutenir les revendications des Berbères à Al-Andalus contre les prétentions suprématistes arabes - au début des années modernes, elle était utilisée par les colons français, les nationalistes berbères, les nationalistes arabes, les juifs nord-africains, les Africains du Nord, les féministes et les nationalistes maghrébins pour leurs propres fins didactiques.

Tradition orale[modifier | modifier le code]

Entre l'antique Thevest romaine (aujourd'hui Tebessa) et l'agglomération de Bir El Ater se trouve un puits appelé « Bir el kahina » (le puits de la kahina), en référence ou en souvenir du lieu où elle aurait été tuée. À Baghaï, petit village à une vingtaine de kilomètres de Khenchela, les habitants désignent certaines ruines anciennes comme les ruines du « palais de la Kahina ».

Le nom de la rivière Meskian, où Kahina remporta sa première victoire contre le général Ibn Numan, ainsi que celui du village de Meskiana qu'elle traverse, viendrait des mots berbères Mis n Kahina qui signifie « les fils de Kahina ».

Certains berbères chaouis des Aurès disent qu'ils ont le « nez de la Kahina », un nez particulier d'une grande beauté. Le nez dont il est question, veut dire le Khanchouch, c'est-à-dire la fierté.

Dans toute la région des Aurès, le nom Diyya est assez courant chez les chaouis. Aussi, le personnage historique de Dihya est devenu de nos jours un symbole, aux côtés de Massinissa, de Jugurtha, etc.

La tradition orale des chaouis ne donne pas beaucoup de renseignements précis sur tout le parcours historique de la Kahina. Mais elle reste la reine des chaouis.

Littérature moderne[modifier | modifier le code]

Littérature non algérienne[modifier | modifier le code]

Plusieurs femmes ont évoqué la Kahina, comme Gisèle Halimi dans son livre La Kahina ou Baya Jurquet-Bouhoune dans son livre Femmes algériennes : de la Kahina au Code de la Famille, où elle dénonce le code de la famille adopté le 9 juin 1984 en Algérie.

Gisèle Halimi a déclaré pour sa part :

« J’ai voulu clore ce cycle par la Kahina. Dans son contexte historique, je l’ai fait vivre, aimer, guerroyer, mourir. Comme mon père, Édouard le Magnifique, l’aurait peut-être imaginée. La Kahina était-elle son ancêtre ? Peut-être. L’ai-je aimée en la faisant revivre. Oui. Passionnément[43]. »

Littérature algérienne[modifier | modifier le code]

Berthe Bénichou-Aboulker est la première femmes de lettres à la célébrer dans une pièce de théâtre en 1933.

Dans la littérature algérienne contemporaine, Kahena est évoquée dans les œuvres de Kateb Yacine ainsi que beaucoup d'autres écrivains.

« L’originalité de Kateb, suivant l’essayiste, est d’avoir fait de Kahina une païenne au sens non idolâtre ou polythéiste, mais dont le paganisme s’apparente à un matérialisme moderne. Dans la «femme sauvage» Kateb présente la Kahina comme une adoratrice de la terre, seule divinité qu’elle reconnaisse. Cette passion pour la terre est synonyme de patriotisme. (p. 108). Kahina prend alors l’image de “la vierge aux abois” nommée la “Numidie”, abandonnée mourante par “Jugurtha”, comme l’évoque Rachid dans son roman Nedjma en se disant : « Et c’est moi, Rachid, nomade en résidence forcée, d’entrevoir l’irrésistible forme de la vierge aux abois (Kahina), mon sang et mon pays; à moi de voir grandir sous son premier nom arabe la Numidie que Jugurtha laissa pour morte. » (p. 41).

Mohammed Khaïr-Eddine : « Khaïr-Eddine, selon Zemmouri, évoque Kahina dans ses textes comme une ancêtre emblématique (…). Dans Agadir le héros reconnaît comme divinité la «Déesse Sudique Rutilante» qui semble désigner à la fois Kahina et la terre du sud (…). L’histoire devient alors mythe. Mais alors que Farès et Kateb exaltent et célèbrent en elle la femme qui symbolise la résistance aux envahisseurs arabo-musulmans, Khaïr-Eddine, lui, préfère voir en elle le symbole de la révolte (contre l’ordre établi). » – Op.cit., p. 106. Dans ce même roman Kahina proclame: “ Je suis Kahina La Berbère. Les roumis m’appellent la Reine Serpent de Barbarie. Mais je suis communiste …” (p. 57)[44]. »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://encyclopedieberbere.revues.org/1190?lang=en
  2. Baya Jurquet-Bouhoune, Jacques Jurquet, Femmes algériennes: de la Kahina au Code de la famille : guerres-traditions, , p. 26
  3. Mohammed El Fasi, L'Afrique du VIIe au XIe siècle, Unesco, , 962 p., p. 265
  4. J.-M. Lassère, Encyclopédie berbère, Éditions Peeters, (ISBN 274490452X, lire en ligne), p. 3939–3951
  5. Émile-Félix Gautier, Le passé de l'Afrique du Nord : les siècles obscurs, Paris, Payot, , 457 p., p. 255-265
  6. Charles-André Julien, Livre II : De la conquête arabe à 1830 », Payot & Rivages, p. 20-23
  7. M. Talbi, Kahina (al), Encyclopédie de l’Islam, , 2e éd., p. 440-442 :

    « une de ces Berbères de sang mêlé »

  8. Jacques Thiry, Le Sahara libyen dans l'Afrique du nord médiévale, Peeters Publishers, , 604 p. (ISBN 978-90-6831-739-8, lire en ligne), p. 119
  9. Gisèle Halimi, La Kahina, Plon, , 260 p. (ISBN 9782259203142), p. 125-126
  10. Mohamed Talbi, دراسات في تاريخ افريقيا في الحضارة الاسلامية في العصر الوسيط, Manshūraāt al-Jāmiʻah al-Tūnisīyah,‎ , 648 p., p. 150
  11. Alain Bertrand, L'Archémythe des Amazones, Lulu.com, 436 p. (ISBN 978-1326110642), p. 133
  12. Bernard Werber, Nouvelle encyclopédie du savoir relatif et absolu, Albin Michel, , 592 p. (ISBN 9782226222084), p. 131
  13. Les récits arabes sont considérés comme extrêmement exagérés. Voir Talbi (1971) et Modéran (2005). Une chose certaine est que Dihyâ aimait l'ornithologie.
  14. Le Sahara libyen dans l'Afrique du nord médiévale (1995), p. 120.
  15. L'historien Ibn al-Athîr indique qu'ils sont morts avec leur mère.
  16. Charles André Julien et Roger Le Tourneau, Histoire de L'Afrique du Nord, Praeger, , 446 p., p. 13
  17. Les auteurs arabes ont tous situé l’histoire de la reine entre deux dates : Ibn Abd al-Hakam parle ainsi de 692-93 et 695-96, Ibn al-Râqîq (suivi plus tard par Ibn Khaldoun) de 688-689 et 693-694, et Al-Mâlikî de 688-89 et 691-92 ; Al-Bakrî, qui ne cite que la première bataille, la place en juillet-août 687, tandis que Ibn al-Aṯẖîr retient 693-94 et 698-99. Après lui, on trouve encore 697-98 et 702-703 chez Ibn Iḏẖârî, et même 688-89 et 701 chez Ubayd Allâh ibn Sâliẖ. Dès le Moyen Âge, cette imprécision était un fait admis, sur lequel certains préféraient reconnaître leur ignorance : « L’ordre chronologique des campagnes de Hassan... n’est pas bien déterminé, non plus que la conquête de Carthage et de Tunis et la mort de la Kahena », notait ainsi Ibn Iḏẖârî. Le point de référence le plus solide pourrait être la prise de Carthage, que toutes les sources arabes qui la citent considèrent comme antérieure aux combats contre la Kahena, et que les sources grecques évoquent en deux temps : une première prise en 696 ou 697, une réoccupation byzantine éphémère, et une chute définitive de la ville en 698. Si l’on admet que les auteurs arabes n’ont retenu que la victoire finale, l’aventure de la Kahena devrait donc se placer entre 698 et 702-703. Cette chronologie n’est cependant pas celle habituellement retenue par l’historiographie moderne, qui préfère insérer la défaite de Hassan contre les Berbères après la première prise de Carthage, et sa victoire définitive après la reprise de la ville, ce qui conduit donc à retenir les années 696-698 ou 699. En fait, aucun texte arabe ne justifie ce choix, et on ne voit pas réellement ce qui s’oppose aux dates données par Elie Bar-Sinaya, 698 et 702-703. (dans Opus chronologicum, éditeur//traduction. E. W. Brooks, CSCO, Script. Syr., 3e série, t. 7, Rome-Paris-Leipzig, p. 74 ; traduction française par L. J. Delaporte sous le titre Chronographie, Paris, 1910, p. 95 et 97).
  18. Mouloud Gaid, Les Berbères dans l'histoire, volume 4, 1996, p. 182
  19. Mouloud Gaïd, Les Berbers dans l'histoire : De Ziri á Hammad, 1990, p. 94
  20. Y. Modéran, Encyclopédie berbère, Éditions Peeters, (ISBN 2744905380, lire en ligne), p. 4102–4111
  21. Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l'Afrique septentrionale, traduction de William McGuckin de Slane, éd. Berti, Alger, 2003, version complète, p. 161. (ISBN 9961-69-027-7) édité erroné
  22. a, b et c Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l'Afrique septentrionale, traduction de William McGuckin de Slane, éd. Paul Geuthner, Paris, 1978, tome 1, p. 208-209
  23. Histoire des Juifs de Tunisie: des origines à nos jours, L'Harmattan, 1991, p.44
  24. Joseph Tolédano, Les Juifs maghrébins, Brepols, 1989, p. 14.
  25. André Chouraqui, Les Juifs d'Afrique du Nord, Presses universitaires de France, 1952, p. 47.
  26. Gabriel Camps, Berbères, mémoire et identité, p. 136, éditions Babel.
  27. a et b Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères, partie des Zénètes, traduit par Slane, édition Berti, Alger 2003
  28. Tribus berbères d'après E. M. Albarnossé tirées du livre d'Ibn Khaldoun
  29. L'Imamat de Tahart : premier état musulman du Maghreb (144/296 de l'hégire), Par Brahim Zérouki, L'Harmattan, 1987, p. 58
  30. voir la partie Zénètes d'Ibn Khaldoun
  31. Femmes d'Algérie: légendes, traditions, histoire, littérature, par Jean Déjeux, 1987, p. 88
  32. Le Ciseleur d'écho, Volume 1, Mokhtar Sellal, 2002, p. 37
  33. Infobatna, article sur la Kahina, écrit par la rédaction
  34. Le soir d'Algérie
  35. « Khenchela, Hommage à El Kahina », Le Soir d'Algérie.
  36. « Inscriptions de l'Amphithéâtre d'El-Djem (1), (Tunisie) », Revue Africaine, Octobre 1856 - No 01.
  37. (fr) « Qui dit mieux ? », sur Infobatna, la rédaction d'info Batna (consulté le 2 mai 2010)
  38. Khenchela Kasr El-Kahina en péril
  39. Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères
  40. Jazya: princesse berbère, 1998, p. 165
  41. http://www.lemidi-dz.com/index.php?operation=voir_article&id_article=reportage@art1@2010-08-09
  42. http://www.babelmed.net/cultura-e-societa/98-algeria/13092-algerie-la-kahina-la-femme-quils-naiment-pas.html
  43. lemague, Semmar Abderrahmane
  44. La berbéritude païenne du roman maghrébin de langue française. La berbéritude païenne du roman maghrébin de langue française contestée, dans l’essai doctoral de Mohammed-Saâd Zemmouri, Par: SOSSE ALAOUI MOHAMMED,(lire en ligne) 2006

Cartes repères[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères (traduit de l'arabe par le Baron de Slane), Tome I, Alger, 1852-1856, p. 208.

Essais, romans, théâtre[modifier | modifier le code]

Recherches historiques actuelles[modifier | modifier le code]

  • A. Hannoum, « Historiography, mythology and memory in modern North Africa : The story of the Kahina », Studia islamica, 1997, 85, p. 85-130.
  • A. Hannoum, « Historiographie et légende au Maghreb : la Kahina ou la production d’une mémoire », Annales, 1999, 54, 3, p. 667-686 lire en ligne.
  • Y. Modéran, « Kahena », Encyclopédie berbère, t. XXVII, Aix, 2005, p. 4102-4111.
  • Y. Modéran, « De Masties à la Kahina », Aouras, 3, 2006 (Actes de la première journée d’études sur l’Aurès organisée par l’Université de Khenchéla et la société Aouras), p. 159-183.
  • B. Lugan, Histoire des Berbères, Lugan, 2012.