Ahmed Bey

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Ahmed Bey
Gouverneur de la Régence d'Alger
Image illustrative de l’article Ahmed Bey
Biographie
Nom de naissance Ahmed ben Mohamed Chérif
Surnom Hadj Ahmed Bey
Nom arabe الحاج أحمد باي
Origine Kouloughli
Date de naissance
Lieu de naissance Constantine, Régence d'Alger
Date de décès
Lieu de décès Alger, Algérie
Fonction
Titre Drapeau Ahmed Bey de Constantine.jpg Bey de Constantine
Règne 1826 - 1848
Prédécesseur Mohamed Menamenni Bey ben Khan

Ahmed Ben Mohammed Chérif, aussi connu comme Ahmed Bey ou Hadj Ahmed Bey (arabe : الحاج أحمد باي), né en 1786, à Constantine, et mort le , à Alger, est le dernier bey de Constantine dans la régence d'Alger, de 1826 à 1848[1]. Il était le successeur de Mohamed Menamenni Bey ben Khan.

Durant son règne au Constantinois, il est connu pour avoir dirigé, avec la population locale, une résistance farouche contre l'expansion française en Algérie[2]. En 1837, son territoire a été annexé par la France, qui l'ont rétabli en tant que dirigeant de la région. Il resta à cette position jusqu'en 1848, lorsque la région devint une partie de la colonie d'Alger, et qu'il fit sa reddition.

Sa résistance à l'occupation française inspira les nationalistes et révolutionnaires algériens[3].

Biographie[modifier | modifier le code]

Dar oum noun, lieu de naissance d'Ahmed Bey.

Origines[modifier | modifier le code]

Ahmed est le fils de Mohammed Chérif, un Kouloughli ayant occupé de hautes fonctions dans le beylik de l'Est[4], et de El Hadja Rékia, fille de Ben Ganah[5], originaire de petite Kabylie[6].

Son grand-père paternel était le Bey Ahmed El Kolli, qui régna à Constantine de 1756 à 1771[7].

Débuts[modifier | modifier le code]

Il reçut une éducation assez variée. En 1805, alors qu'il est à peine âgé de 18 ans, Abdallah Bey lui concède le titre de Caïd (chef) des tribus Haraktas avec pour titre Caid el Aouassi (titre honorifique et notable), pour ses qualités de cavalier et son courage. Il avait sous ses ordres, un corps de cavalerie de 300 hommes, appelés Derras, et plusieurs agents qui l'aidaient dans l'exercice de ses fonctions[7].

À l'assassinat de Abdallah Bey, Ahmed se démit de ses fonctions, et se retira de la province, jusque l'arrivée de Naaman Bey, qui le renomma Caid el Aouassi. Naaman, assassiné à son tour, est remplacé par Tchikar Bey, qui avait épousé une tante d'Ahmed. Sous ce bey, et pendant deux ans encore, Ahmed continua ses fonctions de Caid el Aouassi[7].

Il entreprend son pèlerinage à La Mecque qui dure 15 mois, il rencontre en Égypte plusieurs personnages célèbres, notamment Méhémet Ali, son fils Ibrahim Pacha et Toussoun Pacha. Il apprend la mort de plusieurs membres de sa famille, et s’empressa de retourner dans sa province[8].

En 1818, grâce à l’appui de Hussein Dey, Ahmed est élevé au grade de khalifa (officier) du bey Ahmed El Mamelouk - il conserva cette fonction à l’avènement des beys suivants : Mohamed El Mili, et Braham El Gharbi - et l'année suivante, chargé de porter à Alger le tribut du bey[8].

Devenu un personnage important dans le Beylik, Ahmed en vint à gérer les affaires au lieu et place de son bey. Cela lui valut des jalousies, et des inimitiés. Menacé de mort, il quitte Constantine, pour se réfugier à Alger. Il fut remplacé dans sa fonction par Mahmoud, fils de Tchaker Bey, qui deviendra l’un de ses plus farouches ennemis. Entre 1819 et 1826, Ahmed s’installe à Alger, bénéficiant de la protection du Dey Hussein[8].

Le , a lieu un tremblement de terre dans la région de Blida, la ville et sa population fut totalement détruite ; sur une population de 15 000 habitants, 800 échappèrent au désastre[9].

Le dey l'envoya à Houna el Kadous, aux environs d'Alger, et lui donne la jouissance de l'haouch Ouled Baba. En cette période, Ahmed Bey se livre à ses passions, comme l'agriculture, la chasse et l'élevage des chevaux[9], tout en prenant part aux expéditions qui avaient lieu de temps à autre contre les tribus des environs. À deux reprises, il sauva l'armée turc qui s'était maladroitement engagée en Kabylie, chez les Béni-Menad, puis chez les Béni-Djenad[9].

Ces deux actions lui concilièrent l'affection du dey, qui, pensa à lui pour le remplacement du bey en place, Hamza, dont il était mécontent[10].

Bey de Constantine (1826-1837)[modifier | modifier le code]

Le Palais d'Ahmed Bey, à Constantine.

En , Ahmed est nommé bey de Constantine, puis s'installe à Dar El bey, bâtiment affecté à la résidence officielle des gouverneurs de la province[10]. Durant les premières années de son gouvernement, Constantine s'embellit, et se voit agrandie de plusieurs grandes constructions, dont son palais, commencé en 1828, et terminé en 1832[11].

En , Ahmed Bey arrive à Alger avec le tribut annuel de sa province (lezma), et en même temps, a lieu l'expédition d'Alger dirigée par le général de Bourmont. Dans ses Mémoires, il indique[11] :

« En 1830, je m'étais rendu à Alger pour accomplir la visite obligée (desnouch) que chaque bey rendait au pacha tous les trois ans. J'étais bey de Constantine depuis quatre ans, et c'était la deuxième fois que je m'acquittais de ce devoir. Je n'étais nullement préparé à combattre les Français. Le Dey Hussein m'avait pourtant fait connaître leurs projets, par une dépêche où il me mandait en même temps à n'avoir à m'occuper que de Bône, ne me manifestant aucune inquiétude ni pour sa capitale, ni pour lui-même. Je me présentai donc , comme en temps ordinaire, apportant la lezma. J'avais, comme escorte , environ 400 cavaliers, plutôt plus que moins. Les principaux chefs qui m'accompagnaient, étaient Ouled-Mokran, Ben-Mamelaoui-Agha, le cheik des Righas, le caïd Smala, El-Arbi-Caïd-Ben-Achour et le cheik Bou-Ghenan. Me présentant à Hussein, il me dit aussitôt : "Vous n'avez que le temps de vous porter à la rencontre des Français , qui vont débarquer à Sidi-Ferruch. Je connais le point où ils doivent débarquer ; je le connais, et par des lettres de leur pays , et par un écrit imprimé en France, que m'ont fait passer mes agents de Malte et de Gibraltar". Je sortis promptement d'Alger, et me portai sur le point où l'armée s'était rassemblée. L'on y tint un conseil, ayant pour objet les mesures à prendre pour la défense du pays. Ce conseil se composait.des personnages suivants : L'agha Braham, beau-fils du.dey ; le bey de Titteri, Mustapha; le khodja El-Kheid, le khalifa du bey de l'Ouest. Les conférences eurent lieu près de Sidi-Ferruch. »

Ahmed Bey, qui se trouvait sur le champ de bataille, avait proposé à Hussein Dey une stratégie : laisser les troupes françaises débarquer sur les plages, et avancer à l’intérieur du pays, pour ensuite les prendre en tenaille entre les forces algériennes déployées à l’intérieur du pays, et celles qui s’infiltreraient à l’arrière des soldats français, afin de couper leurs liaisons avec les bateaux de débarquement. Cette stratégie visait à battre les troupes françaises débarquées sans possibilité pour les bateaux d’intervenir[12]. Mais le Dey d’Alger avait préféré s’en tenir aux avis de son gendre, l’Agha Ibrahim, et combattre sur les plages l’armée française, mieux équipée expérimentée, d’où une défaire cuisante en huit jours. Il s’ensuit, toujours dans ses Mémoires :

« Le débarquement des Français eut lieu ; et, après qu'ils eurent ainsi triomphé de notre résistance, nous résolûmes de les attendre dans la plaine de Staouëli, qu'on garnit de quelques canons. Le pacha avait fait distribuer des canons à tous ceux qui avaient des commandements dans l'armée, ou qui, comme moi, étaient venus de points éloignés. Ces canons furent pris par les Français, dans le combat livré à Staouëli. Le mien avait eu le même sort ; mais, ayant réuni mes cavaliers, je fus assez heureux pour le reprendre. Ce ne fut cependant pas sans faire de grandes pertes, car je perdis plus de deux cents hommes. Je n'en rendis pas moins grâce à Dieu , qui m'avait permis de conserver ce qui m'avait été confié par mon souverain. »

Les troupes françaises ayant triomphé de l'armée algérienne à la bataille de Staoueli, se portèrent sur le Bordj Mouley Hassan (le fort l'Empereur), qu'elles attaquèrent. Une capitulation fut alors signée entre le dey et le général Bourmont, et, le lendemain, les Français entrèrent dans Alger[13].

Ahmed Bey, à l'attaque du fort, était à l'Ouled el kélaï ; il s'avança en suite jusqu'à Aïn Rebat, il était toujours accompagné des siens, auxquels étaient venus se joindre tous les fuyards de la ville, au nombre de 1 500 à 1 600. Le lendemain de l'entrée des Français dans la ville, Ahmed campait au pont d'El-Kantara, de l'autre côté de la rivière. Le lendemain, au matin, il se dirigeait vers le Khamis, et, le soir, il campait au Fondouk (Sel-Fenadek)[13].

Le lendemain, Ahmed poursuit sa marche dans l'est, en se portant sur les Ouled Zetoun, où il reçut une dépêche du général Bourmont, qui l'engageait a venir demander l'aman : il y répondit en continuant sa marche. Il s'approchait de Constantine lorsqu'on vint lui annoncer que, pendant son absence, un autre bey avait été proclamé à sa place : il s'en défit facilement, aidé, par son officier, Ali ben Aïssa[13].

Dès son retour à Constantine, en 1831, Ahmed Bey et sa communauté se considèrent en guerre sainte (djihad) contre les Français[2].

Modernisation de l'armée et résistance[modifier | modifier le code]

Il réorganise l'armée sur le modèle égyptien d'abord, il détruit le corps de janissaires, avec l'aide de tous les habitants de la province, puis se concentre sur une force permanente de 2 000 zouaoua (Kabyles) à pied, et 1 500 cavaliers arabes[13]. Il crée divers ministères, et plaça à la tête du principale d'entre eux, Mustapha Saheb Ettabaa. Il s'attache en même temps, à se concilier l'amitié de ses oncles maternels dont l'influence dans le Sahara pouvait lui apporter du soutien en cas d'attaque française[13].

En 1832, il confie à son lieutenant, Ali ben Aïssa, le soin de soumettre la population de Bône, dont les habitants repoussaient l'autorité du bey, et sollicitaient la protection de la France[14].

En 1835, le choléra, qui venait d'affliger Alger, se porta sur Constantine, où il régna avec force pendant 17 jours. Ahmed en fut atteint lui-même. Il raconte, dans ses Mémoires, comme témoignant de l'intensité de l'épidémie[15].

Premier siège de Constantine[modifier | modifier le code]

Article connexe : Siège de Constantine (1836).
Retraite de l'armée française à Constantine, en .

En 1836, l’armée française, composée de 8 800 hommes, commandée par le Maréchal Clauzel, gouverneur général de l’Algérie, secondé par l’un des fils du roi de France, le Duc de Nemours, quitta Bône le , pour se présenter devant Constantine le dans l’après-midi. L’armée constantinoise, composée de deux corps distincts, l’un assurant la défense en ville (2 400 hommes dirigés par Ali ben Aïssa et Mohamed Belebdjaoui), l’autre battant la campagne sous la barrière d'Ahmed Bey (5 000 cavaliers et 1 500 fantassins), laissa venir à elle l’ennemi, pour l’enfermer entre l’attaque et la défense. La stratégie constantinoise s’avéra payante, et l’armée française, contrairement à ses espérances, dût livrer bataille et essuyer une lourde défaite qui eut un profond retentissement tant en France, qu’au niveau international[15].

Poursuite de la lutte[modifier | modifier le code]

Article connexe : Siège de Constantine (1837).
La prise de Constantine. , par Horace Vernet.

En 1837, fort de son premier succès, Hadj Ahmed Bey adopta la même stratégie pour affronter l’ennemi dans sa nouvelle tentative. Le général Damrémont, nouveau gouverneur général de l’Algérie, tirant les leçons de la précédente bataille, mit au point un nouveau plan pour assiéger Constantine. Cette nouvelle stratégie, et les erreurs et contradictions du commandement constantinois permirent aux troupes françaises d’entrer en ville le [15].

Depuis deux jours déjà, Constantine était au pouvoir de la France, qu'Ahmed était encore dans ses environs. Le troisième, après avoir rallié tous les siens, il se dirige dans le sud, d'après les conseils que lui en avait donnés son plus proche parent, Bou-Aziz-Ben-Gannah. Ahmed était à El Asnam lorsqu'il reçut, du général Valée, une dépêche par laquelle il l'invitait à venir demander l'aman. Trois jours après cette dépêche, il en recevait une nouvelle, qu'il laissa sans réponse, comme la première. Il continua sa marche pour se rendre a Bouacif, aux confins du Tell. Dans cette marche il est arrêté par Ferraht-Ben-Saïd, qui s'était engagé a le capturer, et à le livrer à la France. Un combat s'engage entre ces deux chefs : Ferraht y perd environ 300 hommes, et s'enfuit ensuite à Souf, au-delà des Zibans[15].

Ahmed Bey écrit au sultan ottoman Mahmoud II, qui, depuis longtemps, lui faisait espérer des secours pour pouvoir se maintenir dans son indépendance contre la France.

Bou-Aziz accompagnait Ahmed depuis son départ de Constantine : ils se séparèrent à Bouacif, après quelques différend survenus entre eux. Ahmed passa alors chez les Haraktas, où il resta deux mois.

En 1839[15], l'armée française franchit les portes de fer, sous le commandement du duc d'Orléans[15]. Cette même année, une colonne, partie de Constantine, s'approcha du camp d'Ahmed ; et il reçut une dépêche qui devait être suivie d'une attaque, s'il n'y faisait pas une réponse dans le sens désiré : il leva aussitôt son camp, et se porta vers le Dhir, où il passa l'hiver[16].

Gravure de Constantine en 1840.

Au printemps une nouvelle colonne marcha sur les Haraktas, probablement à cause de leurs relations avec Ahmed. Ceux-ci, aussitôt, appelèrent Ahmed à leur secours : il s'y rendit. Après quoi, Ahmed rentra dans le Dhir, ou il fixa sa demeure. Il y était depuis 2 ans lorsqu'il passa chez les Hanenchas, où il ne séjourna que deux mois. Il se porta alors dans les Aurès, avec l'intention d'y réunir sa famille, ainsi que tous les objets qu'il y avait fait passer après la perte de sa capitale[16].

Après un an de séjour dans l'Aurès, Ahmed en sortit avec les Ouled-Djerradj, qui étaient venus lui demander de se rendre avec eux dans le Hodna. Toutefois, avant d'obtempérer à leur demande, il se porta avec eux contre Ahmed-bel-Adj, officier de l'émir Abdelkader, qui occupait Biskra. Un combat s'étant engagé entre ces deux chefs, le dernier perdit 40 hommes et 30 fusils, et se renferma d'y rester longtemps aussitôt dans la ville, où Ahmed ne put pénétrer[16].

Celui ci prit alors la route de l'Hodna, avec les Ouled-Djerradj, et s'y établit, dans l'intention d'y rester longtemps. Mais il n'était plus dans la destinée du bey déchu de pouvoir compter encore sur quelques jours de repos. Et, en effet, informé bientôt après, par le cheikh des Righa, qu'une colonne française, sortie de Sétif, marchait sur lui, il part pour se rendre auprès de ce même chef, afin de se concerter avec lui sur la défense. Chemin faisant, une rencontre a lieu entre son goum et la colonne : le goum perd 6 hommes et 9 chevaux, et Ahmed ne va pas plus loin. Il rentra alors dans l'Hodna, où il séjourna encore quatre mois. Après quoi, il se rendit chez les Ouled Soltane, avec lesquels il vécut pendant un an et demi. Une colonne, partie de Sétif, s'étant portée contre ces montagnards, Ahmed les rassembla pour marcher sur la colonne, mais il ne put que les accompagner de ses vœux, retenu, bientôt après, par une maladie grave[16].

Les Ouled Soltane ayant rencontré la colonne, les français se battirent pendant deux jours, mais sans aucun résultat, ni d'un côté, ni de l'autre. 8 jours après, la même colonne reparaissait sur le même point, et ils se battirent de nouveau. Aucun résultat définitif n'eut encore lieu cette fois. Le duc d'Aumale, alors commandant supérieur de la province, venait d'accomplir son expédition des Ziban (1844). Après quelques jours de repos, à Constantine, il marcha sur Ahmed, avec les Tellia et toutes les tribus nomades. Les forces d'Ahmed se composaient seulement de 700 hommes, tant cavaliers que fantassins et des Ouled Soltane, tribu assez nombreuse. Les deux colonnes en viennent aux mains, et le combat dure deux jours et une nuit[16]. Ahmed fût des plus vifs. Voici, du reste, ce qu'en dit Ahmed, dans ses Mémoires :

« Nous combattions pendant deux jours avec une ardeur et un acharnement tel, que je puis dire que c’est le combat le plus sanglant auquel j’ai assisté. Dieu m’est témoin que depuis mon enfance j’ai entendu la poudre parler bien des fois »[17].

Ce combat fut promptement suivi de deux autres, car tous trois eurent lieu dans le court espace de 15 jours, et tous trois aussi le mercredi, ce que Ahmed fait remarquer dans ses Mémoires. Au dernier combat, Ahmed était dangereusement malade, de sorte qu'il ne put y prendre une part personnelle. Il était alors gisant dans un bois, d'où il entendait les coups de feu des combattants[17].

La nuit venue, il fut emporté sur les épaules des siens, et il passa alors si près des colonnes françaises, qu'il en voyait les sentinelles. Il voyagea ainsi toute la nuit, jusqu'à El-Bir, où il comptait s'arrêter : il ne le put pas, étant suivi, dans sa marche, par une colonne française. Il se dirigea alors sur le mont Metlili, où il passa un jour et une nuit. Son état ne s'était pas amélioré. Cependant, il fallait qu'il continuât sa marche. il fut transporté alors à El Daya, où il ne fit qu'un court séjour. De là, il se porta chez les Beni-Ferradj, où il passa la nuit. Les Beni-Ferradj ont un village : Ahmed s'y rendit le lendemain et y resta plusieurs jours. Il partit ensuite pour El-Mana, où il se fixa, après avoir passé quelque temps dans ta maison d'Ebn-el-Abbas, son ami. Dans son dernier combat avec la colonne française, Ahmed avait tout perdu, de sorte qu'il avait le plus grand besoin de s'arrêter pour se refaire, et de toutes les manières. Ahmed était à El-Mana depuis un an, lorsque les Ouled-Abdi vinrent l'y chercher, pour le prier de se porter, avec eux, contre une colonne qui marchait sur leur tribu : il se mit à leur tête, et marcha à la rencontre de la colonne. Les deux partis s'étant rencontrés, la lutte s'engagea, mais, à peine était-elle commencée, que les Ouled-Abdi lâchèrent pied. Ahmed s'en revint tout seul, avec son goum, à El-Mana. Toutefois, ne se croyant plus en sûreté dans cette contrée, il l'a quitta bientôt après. Il se fixa alors sur le djebel Ammor-Kaddou[17].

Reddition[modifier | modifier le code]

Environ deux ans s'étaient écoulés depuis qu'Ahmed était dans le djebel Ammor-Kaddou, lorsqu'il reçut du commandant supérieur de Biskra, Marcel de Saint-Germain, une dépêche par laquelle cet officier supérieur lui mandait qu'il serait temps de faire cesser la longue hostilité qui existait entre lui et la France. Cette dépêche fut bien accueillie, et ne tarda pas à être suivie de plusieurs autres. Après quoi, une nouvelle correspondance s'engagea entre Ahmed et le Commandant supérieur du cercle de Batna, auquel ressortissait le commandement de Marcel de Saint-Germain[17].

Ahmed meurt le dans sa 65e année. Selon ses désirs, il est inhumé à Alger au marabout de Sidi Abderrahman et-Thaâlibi, près de la porte Bab El Oued. Son mausolée en marbre est surmonté d'un turban[18].

Famille[modifier | modifier le code]

Hadj Ahmed Bey a eu deux filles et un fils, Mohammed Chérif, mort en 1832 âgé de 5 ans. Ses six épouses étaient toutes filles de Cheikhs des Ayar, des Jlass, des Drid et des Hanachia influents de la région[19] :

  • une fille de la tribu de Gerfa vers Tébessa.
  • une fille descendante du sud.
  • Aichouche des ouled Abdeslam, du clan des Amokrane de la Qalaa[20]
  • une fille descendante d'un pacha d'Alger, allié de Constantine.
  • une fille El-Hanachia, apparentée aux Drid.
  • une femme de sa tribu (qbila), qui meurt deux mois après son mariage (sans enfant).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Jamil M. Abun-Nasr, A History of the Maghrib in the Islamic Period, Cambridge University Press, (ISBN 9780521337670, lire en ligne), p. 255
  2. a et b Abdeljelil Temimi, « Le drapeau constantinois à l'époque de Hadj Ahmed, dernier Bey de Constantine », Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, vol. 15, no 1,‎ , p. 323–326 (DOI 10.3406/remmm.1973.1252, lire en ligne)
  3. (en) Phillip C. Naylor, Historical Dictionary of Algeria, Rowman & Littlefield, (ISBN 9780810879195, lire en ligne), p. 65
  4. Nasredine Guénifi, Ahmed Bey l'algérien, Éditions alpha, (ISBN 9789947886083, lire en ligne), p. 15
  5. Recueil des notices et mémoires de la Société archélologique de la province de Constantine, vol. 11, Alessi et Arnolet, (lire en ligne), p. 92
  6. Raoul Julien François de Lartigue, Monographie de l'Aurès, Imprimerie à vapeur Marle-Audrino, (lire en ligne)
  7. a b et c Jean-Louis Guyon, Voyage d'Alger aux Ziban, l'ancienne Zebe, en 1847 avec atlas où figurent les principales oasis de cette contrée ... par M. le docteur Guyon, Imprimerie du Gouvernement, (lire en ligne), p. 283-284
  8. a b et c Jean Louis Geneviève Guyon, Voyage d'Alger aux Ziban, l'ancienne Zebe, en 1847, Impr. du gouvernement, (lire en ligne), p. 284-285
  9. a b et c Jean-Louis-Geneviève Guyon, Voyage d'Alger au Liban, l'ancienne Lebe en 1847..., (lire en ligne), p. 285
  10. a et b Recueil des notices et mémoires de la Société archéologique de la province de Constantine, Alessi et Arnolet, (lire en ligne), p. 8
  11. a et b Jean-Louis-Geneviève Guyon, Voyage d'Alger au Liban, l'ancienne Lebe en 1847..., (lire en ligne), p. 286
  12. Abdeljelil Temimi, Le Beylik de Constantine et Ḥād̲j ʻAḥmed Bey (1830-1837), Revue d'histoire maghrébine, , p. 197
  13. a b c d et e Jean-Louis-Geneviève Guyon, Voyage d'Alger au Liban, l'ancienne Lebe en 1847..., (lire en ligne), p. 287-288
  14. Moritz Wagner, Lettres sur l'expédition de Constantine, (lire en ligne), p. 106-107
  15. a b c d e et f Jean-Louis-Geneviève Guyon, Voyage d'Alger au Liban, l'ancienne Lebe en 1847..., (lire en ligne), p. 288
  16. a b c d et e Jean-Louis-Geneviève Guyon, Voyage d'Alger au Liban, l'ancienne Lebe en 1847..., (lire en ligne), p. 289
  17. a b c et d Jean-Louis-Geneviève Guyon, Voyage d'Alger au Liban, l'ancienne Lebe en 1847..., (lire en ligne), p. 290
  18. Jean Louis Geneviève Guyon, Voyage d'Alger aux Ziban, l'ancienne Zebe, en 1847, Impr. du gouvernement, (lire en ligne), p. 296
  19. Jean Cuisenier, Économie et parenté:leurs affinités de structure dans le domaine turc et dans le domaine arabe, Éditions de l'École des hautes études en sciences sociales, , p. 375
  20. Robin (Colonel, Nil Joseph), L'insurrection de la Grande Kabylie en 1871, , Généalogie des Mokrani