Harriet Tubman

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Harriet Tubman.

Harriet Tubman (née Araminta Ross en 1820 ou 1822 dans le comté de Dorchester, Maryland, décédée le 10 mars 1913 à Auburn, État de New York) fut une combattante de la liberté afro-américaine, connue aussi sous les noms de Moïse noire, Grand-mère Moïse, ou encore Moïse du peuple Noir.

Étant une esclave évadée, elle travailla comme ouvrière agricole, bûcheronne, blanchisseuse, infirmière, et cuisinière. Devenue abolitionniste, elle participa à la lutte contre l’esclavage et le racisme, ainsi qu'au mouvement pour le droit de vote des femmes. Elle accomplit diverses fonctions telles que collecte de renseignements, préparation des volontaires pour l’évasion, exécution des évasions, infirmière, prêcheuse évangélique et collecte de fonds.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines familiales[modifier | modifier le code]

Les lieux qui ont compté dans la vie d'Harriet Tubman

Harriet Tubman est née Araminta « Minty » Ross de parents esclaves, Harriet (« Rit ») Green et Ben Ross. Rit appartenait à Mary Pattison Brodess (et plus tard à son fils Edward) tandis que Ben était la propriété du second mari de Mary, Anthony Thompson, qui dirigeait une grande plantation à proximité de la rivière Blackwater à Madison dans le Maryland[1].

Comme pour beaucoup d'esclaves aux États-Unis, ni l'année exacte, ni le lieu de sa naissance n’ont été enregistrés et les estimations des historiens divergent, s’échelonnant de 1820 à 1825. Kate Larson avance l'année 1822, en s’appuyant sur un paiement de sage-femme et plusieurs autres documents historiques[2] tandis que Jean Humez affirme que « les meilleures données actuelles suggèrent que Tubman est née en 1820 mais cela a pu être un an ou deux plus tard. »[3]. Catherine Clinton note que Tubman estimait l'année de sa naissance à 1825, tandis que son certificat de décès indique 1815 et sa tombe 1820[4].

Modesty, la grand-mère maternelle de Tubman, arriva aux États-Unis sur un navire négrier en provenance d'Afrique ; aucune information n'est disponible sur ses autres ancêtres[5]. Lorsqu’elle était enfant, on raconta à Tubman qu'elle était d'une lignée Ashanti (ce qui fixerait l’origine géographique de sa famille à l’actuel Ghana) mais aucun élément n'existe pour confirmer ou infirmer cette affirmation[6].

Sa mère Rit était cuisinière pour la famille Brodess[7]. Son père Ben supervisait le travail du bois sur la plantation[8]. Ils se marièrent vers 1808 et selon les dossiers de la cour, ils eurent neuf enfants ensemble : Linah, né en 1808, Mariah Ritty en 1811, Soph en 1813, Robert en 1816, Minty (Harriet) en 1822, Ben en 1823, Rachel en 1825, Henry en 1830 et Moïse en 1832[9].

Le système esclavagiste séparait fréquemment les familles, en éloignant les parents de leurs enfants, vendus à d’autres propriétaires qui résidaient parfois à de grande distance. La famille Tubman n’échappa pas à la règle. Edward Brodess vendit trois des sœurs d'Harriet (Linah, Mariah Ritty, et Soph), les séparant du reste de leur famille pour toujours[10]. Quand un commerçant de Géorgie approcha Brodess pour acheter son plus jeune fils Moïses, Rit le cacha pendant un mois, aidée par d'autres esclaves et des Noirs libres de la communauté[11]. Elle fit même face à son propriétaire quand celui-ci, accompagné de « l'homme de Géorgie », vint saisir l'enfant. Elle menaça d’ouvrir la tête au premier homme qui franchirait le seuil de sa maison[12]. Brodess recula et abandonna la vente. Plusieurs biographes s’accordent à penser que l’importance de cet épisode dans le roman familial nourrit sans doute la croyance de Tubman dans les possibilités de résistance[13],[14].

Jeunesse[modifier | modifier le code]

La mère d’Harriet travaillait dans la « grande maison » des maîtres et avait peu de temps à consacrer à sa propre famille. Tubman prit donc très tôt soin de ses jeunes frères et sœurs[15].

À l'âge de cinq ou six ans, elle fut louée à une femme nommée « Miss Susan » chez laquelle elle fut quotidiennement victime de mauvais traitements. Sa mission consistait à veiller sur un bébé pendant son sommeil ; lorsqu’il s'éveillait en pleurant, elle était fouettée, ce qui se produisit un jour cinq fois avant le petit déjeuner[16]. Un autre jour, menacée pour avoir volé un morceau de sucre, Tubman se cacha dans la porcherie d'un voisin pendant cinq jours, se battant avec les animaux pour les restes de nourriture. Affamée, elle dut retourner chez Miss Susan où elle fut lourdement frappée[17]. Elle porta les cicatrices de ces sévices pour le restant de sa vie[18].

Pour se protéger de ces abus, elle s'enveloppait dans plusieurs couches de vêtements. Une autre fois, elle mordit le genou d'un homme blanc qui lui infligeait une correction, ce qui le tint par la suite à distance[19].

Elle endura des années de traitements inhumains de la part d'autres maîtres. Alors qu’elle était adolescente, elle fut envoyée dans une mercerie pour acheter des fournitures. Elle y trouva un contremaitre furieux, à la poursuite d’un esclave qui avait quitté les champs sans permission. Il exigea que Tubman l’aide à retenir le jeune homme, ce qu’elle se refusa à faire. L’esclave étant sur le point de s'enfuir, le surveillant lui jeta un poids de deux livres posé sur le comptoir du magasin. Il manqua sa cible et le poids frappa violemment Tubman à la tête. Elle expliqua plus tard qu'elle pensait que ses cheveux - qui n'avaient jamais été peignés et se dressaient de manière anarchique sur sa tête – avaient pu amortir le choc et lui sauver la vie[20]. Elle fut renvoyée dans la maison de son propriétaire en sang et inconsciente et placée sur le siège d'un métier à tisser où elle resta sans soins médicaux pendant deux jours[20]. Elle fut immédiatement renvoyée dans les champs alors que le sang et la sueur continuaient de couler sur son visage, l’empêchant de travailler[20]. L’homme qui la louait déclara qu'elle « ne valait pas un sou » et la renvoya à Brodess, qui essaya en vain de la vendre[21].

Peu après, elle commença à avoir des convulsions et à s’évanouir soudainement, même si elle affirmait à son entourage qu’elle restait consciente. Ces crises, qui pourraient avoir été des crises d’épilepsie temporale, perdurèrent pour le restant de sa vie[22].

Cette grave blessure à la tête survint à un moment de sa vie où Tubman développa une foi passionnée en Dieu. Comme nombre d’esclaves à cette époque, elle rejetait l'interprétation des Écritures traditionnellement utilisée par les esclavagistes pour exhorter les esclaves à être obéissants et puisait son inspiration dans les récits de l'Ancien Testament qui évoquait la libération, comme celui de Moïse guidant les Juifs hors d’Égypte. Après son traumatisme crânien, elle commença à avoir des visions et des rêves qu'elle interprétait comme des signes divins. Cette perspective religieuse la guida tout au long de sa vie[23].

Quand elle fut une jeune adulte, elle prit le prénom de Harriet, probablement en l’honneur de sa mère. Aux alentours de 1844 elle épousa John Tubman, un homme libre.

Évasion[modifier | modifier le code]

Annonce publiée par Eliza Brodess dans le Democrat de Cambridge offrant une récompense de trois cents dollars pour Harriet (Minty) et ses frères Harry et Ben)

En 1849, Tubman tomba malade et sa valeur marchande diminua en conséquence. Edward Brodess essayait de la vendre, sans parvenir à trouver un acheteur[24]. Tubman commença à prier pour que son propriétaire change d’avis au sujet de sa vente. « Je priais chaque nuit pour mon maître, jusqu’au premier mars ; et durant toute cette période, il continua d’amener des acheteurs pour me jauger et tenter de me vendre »[25]. Quand il apparut inéluctable que la vente finirait par avoir lieu, elle changea la nature de sa demande. « Le premier mars, je commençai à prier : Mon Dieu, si vous ne comptez pas changer le cœur de cet homme, tuez-le, et ôtez-le de mon chemin »[25].

Une semaine plus tard, au début du mois de mars 1849, Brodess mourut, laissant derrière lui une femme, Eliza, et huit enfants. Tubman se repentit alors de sa dernière demande[26]. Mais la mort de Brodess ne diminua pas la probabilité que Tubman soit prochainement vendue et sa famille séparée. Pour payer les dettes de son mari et éviter la saisie de la petite ferme, Eliza décida de vendre une partie des esclaves de la famille.

Craignant d’être revendue dans le « Sud Profond », Harriet prit sa propre émancipation en mains. Accompagnée de ses frères Ben et Henry, elle s’échappa une première fois le 17 septembre 1849, laissant derrière elle son mari, un homme libre, qui ne voulait pas la suivre. Tubman avait été louée au docteur Anthony Thompson, qui possédait une très grande plantation appelée Poplar Neck dans le voisinage de Caroline County. Les esclaves ayant été prêtés, Eliza Brodess ne s’aperçut sans doute pas immédiatement de leur disparition. Deux semaines plus tard, elle fit cependant publier un avis de recherche dans le journal local, le Democrat de Cambridge, offrant une récompense de cent dollars pour chaque esclave retourné[27]. Une fois échappés, les frères Tubman furent cependant pris de remords. Ben avait dû laisser son tout jeune fils derrière lui. Les deux hommes effrayés par les dangers d’une vie de fugitif rebroussèrent chemin, obligeant Tubman à rentrer avec eux[28].

Peu après, Tubman s’échappa à nouveau, cette fois sans ses deux frères. Elle fut assistée dans sa fuite par des sympathisants Quakers et d’autres membres du mouvement abolitionniste, Noirs comme Blancs, qui avaient organisé à un vaste réseau d’évasion connu sous le nom de Chemin de fer clandestin (Underground Railroad en anglais). On sait peu de choses sur les circonstances exactes de son départ ; il était en effet nécessaire qu'elle conserve secrète une route qui a continué à être utilisée par d'autres fugitifs après elle.

La zone de Preston, proche de Poplar Neck dans le comté de Caroline (Maryland) était le siège d’une importante communauté Quaker, et fut probablement la première étape, sinon le point de départ, de la fuite de Tubman[29]. De là, elle prit sans doute le chemin, long de près de 145 kilomètres, emprunté par la majorité des esclaves fugitifs : en direction du nord-est par la rivière Choptank, à travers le Delaware et ensuite vers le nord jusqu’en Pennsylvanie[30]. Ce dangereux périple nécessitait de se déplacer de nuit, en évitant la surveillance des « chasseurs d’esclaves », avides des récompenses procurées par la capture des fugitifs[31]. Le « conducteur » du chemin de fer clandestin utilisa un certain nombre d’astuces pour la cacher. Lors de l’un de ses premiers arrêts, la maîtresse de maison qui l’accueillit lui fit balayer la cour pour donner l’impression qu’elle travaillait pour sa famille. Quand la nuit tomba, on la cacha dans une charrette pour l’emmener jusqu’à la prochaine étape[32].

Elle pénétra finalement en Pennsylvanie avec un sentiment mêlé d'émerveillement et de terreur, décrivant plus tard ses sensations dans les termes d’une expérience religieuse : «Quand je découvris que j'avais franchi cette ligne, je regardai mes mains pour voir si j'étais la même personne. Il y avait une telle gloire sur tout : le soleil est apparu comme l'or à travers les arbres et sur les champs, et je me sentais comme si j'étais au Paradis. »[33].

Activités abolitionnistes[modifier | modifier le code]

Harriet Tubman fut surnommée « Moïse » par ceux qu’elle aida à s’enfuir grâce au chemin de fer clandestin. Elle effectua de nombreux allers et retours au Maryland pour aider d’autres esclaves à s’échapper. Sa carrière de conductrices de fugitifs commença par la libération de membres de sa famille.

Immédiatement après avoir atteint la ville de Philadelphie, elle pensa en effet à sa famille : « J’étais une étrangère dans un monde étrange […] Mon père, ma mère, mes frères et sœurs, et amis étaient [au Maryland]. Mais j’étais libre, et ils devaient être libres eux aussi »[34]. Elle trouva des petits boulots et commença à économiser de l’argent[35]. Dans l’année qui suivit, le Congrès américain adopta le Fugitive Slave Act de 1850, qui contraignit tous les États, même ceux qui avaient interdit l'esclavage, à collaborer à la capture des esclaves fugitifs et à infliger de lourdes peines aux complices d'évasion. La loi augmenta les risques pour les esclaves en fuite, dont beaucoup poussèrent jusqu’au Canada. Dans le même temps, l’expansion de Philadelphie attisait les tensions raciales[36].

En décembre, Tubman reçut depuis Cambridge une nouvelle l’alertant de la vente prochaine de sa nièce Kessiah et de ses deux enfants, James Alfred, âgé de six ans, et Araminta, encore bébé. Horrifiée à l'idée de voir sa famille plus brisée qu’elle ne l’était déjà, Tubman fit quelque chose de très peu d'esclaves avaient fait avant elle : elle retourna volontairement sur la terre de son asservissement. Elle prit le chemin de Baltimore où son beau-frère, Tom Tubman, la cacha jusqu'au moment de la vente. Le mari de Kessiah, un homme noir libre nommé John Bowley, se rendit à la vente de sa femme où il fit en sorte de remporter l’enchère. Tandis qu'il simulait de prendre ses dispositions pour payer, Kessiah et ses enfants s’enfuirent dans une cache située à proximité. Quand la nuit tomba, Bowley convoya sa famille sur un canot jusqu’à Baltimore, à cent kilomètres de là. Ils furent pris en charge par Tubman qui conduisit la famille à Philadelphie[37].

À l'automne 1851, Tubman retourna dans le comté de Dorchester pour la première fois depuis son évasion, cette fois pour retrouver son mari John. Avec l’argent épargné sur ses maigres salaires, elle lui acheta un costume et fit route vers le sud. John, cependant, avait épousé une autre femme du nom de Caroline et refusa de la rejoindre, se déclarant heureux de son sort. Tubman maîtrisa sa colère et profita de son voyage pour exciter les velléités de fuites de quelques esclaves qu’elle mena jusqu’à Philadelphie[38]. Elle réussit par la suite à ramener en sûreté ses quatre frères, Ben, Robert, Henry, et Moïse, mais échoua à sauver sa sœur adorée, Rachel, ainsi les deux enfants de celle-ci, Ben et Angerine. Rachel mourut en 1859 avant qu’Harriet ne puisse la secourir.

Tubman conduisit également des esclaves vers le Canada, désormais le seul endroit sûr d’Amérique du Nord pour les esclaves en fuite. En décembre 1851, elle guida un groupe non identifié de onze fugitifs vers le nord. Des indices suggèrent que Tubman et son groupe ont pu s’être arrêtés au domicile de l'abolitionniste et ancien esclave Frederick Douglass[39]. Dans la troisième version de son autobiographie, Douglass écrit : « Une fois, j'eus onze fugitifs à la fois sous mon toit, et il était nécessaire pour eux de rester avec moi jusqu'à ce que j'aie pu recueillir suffisamment d'argent pour les conduire au Canada. Ce fut le plus grand nombre que j'aie jamais abrité et j'eus quelques difficultés à fournir la nourriture et un toit à tant de monde .... »[40]. La date et le nombre de voyageurs coïncide avec les données fournies par Tubman[39].

Selon ses propres estimations, et celles de ses proches collaborateurs, elle a personnellement guidé aux alentours de soixante-dix esclaves vers la liberté pendant treize expéditions. Elle ne fut jamais capturée et, selon ses propres mots, « jamais ne perdit un passager ». Elle fournit aussi des instructions détaillées à beaucoup d’autres, qui voulaient s’échapper par eux-mêmes.

Sa propriétaire, Eliza Brodess, promit une prime de cent dollars pour sa capture, mais nul ne sut jamais que c’était Harriet Tubman qui était responsable d’autant de fuites d’esclaves de son ancien voisinage au Maryland. Des années après la Guerre de Sécession, on rapporta qu’une prime de quarante-mille dollars avait été offerte pour sa capture; mais cela ne fut qu’un mythe créé pour dramatiser à l’excès son action, dans le cadre de l’après-guerre.

Guerre de Sécession[modifier | modifier le code]

Quand la Guerre de Sécession débuta en 1861, Tubman plaça ses espoirs dans une victoire de l’Union qui, espérait-elle, serait un pas décisif vers l’abolition de l’esclavage. Souhaitant mettre son savoir-faire et son expérience au service de l’Union, elle rejoignit rapidement un groupe d’abolitionnistes de Boston et de Philadelphie en Caroline du Sud. Par son aide aux esclaves fugitifs, elle devint rapidement une figure importante des camps localisés à Port-Royal[41]. Elle servit comme cuisinière et infirmière, préparant des remèdes à base de plantes locales et aidant les soldats qui souffraient de dysenterie. Elle soigna même des hommes atteints de la variole, sans contracter elle-même la maladie, ce qui contribua à nourrir la rumeur qu’elle était bénie de Dieu[42]. Les rations qu’elle recevait du gouvernement pour son travail alimentèrent la jalousie de certains esclaves fugitifs qui voyaient là le signe d’un traitement spécial. Pour apaiser les tensions, elle renonça à son droit et gagna sa vie en vendant des tartes et de la bière à base de racines[43].

En janvier 1863, Lincoln mit en œuvre la Proclamation d'émancipation qui déclarait libre tout esclave résidant sur le territoire de la Confédération sudiste. Tubman considéra cette décision comme une étape importante vers la liberté de tous les Noirs[44]. Elle renforça son engagement dans le conflit en prenant la tête d’un groupe d’espions qui opérait dans les terres environnant Port Royal.

Les marais et les rivières de Caroline du Sud présentaient un profil similaire à ceux de la rive orientale du Maryland et sa science du voyage clandestin trouva un terrain idéal pour s’exprimer. Son groupe d’éclaireurs qui travaillait sous les ordres du Secrétaire à la Guerre des États-Unis, Edwin M. Stanton, effectuait des reconnaissances et cartographiait le terrain inconnu[45]. Elle travailla ensuite aux côtés d'un abolitionniste proclamé, le colonel James Montgomery, fournissant des renseignements essentiels à la prise de Jacksonville, en Floride[45].

Au début du mois de juin 1863, Tubman servit de principal conseiller à l’organisation du raid des troupes de Montgomery contre une série de plantations le long de la rivière Combahee, dans le comté de Colleton en Caroline du Sud. Elle participa activement à l’assaut : embarquée à bord de l’USS John Adams, elle guida entre les mines confédérées les trois bateaux à vapeur qui transportaient les trois cents soldats de l'opération[46]. Une fois à terre, les troupes de l'Union mirent le feu aux plantations, détruisant les infrastructures et saisissant des milliers de dollars de denrées alimentaires et de fournitures[47]. Alertés par les sifflets des bateaux à vapeur, les esclaves de la zone affluèrent vers la rive ; les propriétaires qui, armés de pistolets et de fouets, tentèrent d'arrêter leur fuite furent rapidement submergés par la masse des fuyards qui embarquèrent par centaines[47].

Tubman rapporte n’avoir « jamais vu un tel spectacle »[48] ; elle décrit une scène de chaos où se mêlaient des femmes portant des pots de riz encore fumant, des cochons couinant dans des sacs portés en bandoulière et des bébés accrochés au cou de leurs parents. Alors que les troupes confédérées convergeaient vers les lieux, les bateaux à vapeur surchargés d'esclaves prirent la direction de la ville de Beaufort[49].

Méthodes[modifier | modifier le code]

Son succès dans ses aventures était en grande partie dû à sa grande intelligence, son astuce, son audace et son caractère impitoyable, qu’elle mit au service de plans très bien établis pour ses expéditions. Elle s'appuya sur la communauté noire, très soudée, afin de l’aider à ramener sa famille et ses amis durant la plupart de ses missions au Maryland. Elle était attentive à ne pas rencontrer ses contacts à proximité des plantations d’où ils devraient s’échapper : elle leur envoyait des messages, de sorte qu’ils puissent la rencontrer dans un endroit secret. Elle était très versée dans les déguisements. Une fois, elle prit la précaution d’emporter deux poulets avec elle. Il advint qu’elle se sentit en danger, lorsqu’elle tomba quasiment nez à nez avec son ancien maître. Elle lâcha alors les poulets, et se mit à courir derrière pour les rattraper. Cela amusa le maître, qui ne réalisa jamais que la chasseuse de poulets maladroite était, en fait, une rusée voleuse d’esclaves.

Une fois, dans une gare ferroviaire, elle s’aperçut que les chasseurs d’esclaves évadés surveillaient les trains se dirigeant vers le nord, dans l’espoir de les capturer, elle et ses protégés. Sans hésiter, elle fit embarquer son groupe dans un train à destination du Sud, pariant avec succès que jamais ses poursuivants n’anticiperaient le fait qu’elle puisse s’enfoncer en territoire ennemi ; plus tard elle reprit la route prévue, depuis un endroit plus sûr.

En plus de cela, elle avait une doctrine stricte qui était que, bien que tout esclave pouvait refuser le risque d’aller au Nord, quiconque aurait décidé d’aller au Nord mais se raviserait à mi-chemin devrait être abattu, afin d’éviter que le contestataire ne risque de trahir le groupe. Heureusement, il semble qu’elle n’eut jamais besoin d’en arriver à de telles extrémités.

Vie après la Guerre de Sécession[modifier | modifier le code]

Après la guerre, Harriet Tubman devint une militante pour les droits des Afro-Américains et des femmes. Elle travailla en particulier à promouvoir la cause du suffrage féminin. À une femme blanche qui lui demandait si elle croyait que les femmes devraient avoir le vote, elle répondit qu’elle avait « assez souffert pour le croire »[50]. Tubman assista d’abord aux réunions des organisations suffragistes, avant de s’engager aux côtés de femmes telles que Susan B. Anthony et Emily Howland[51]. Elle se rendit à New York, Boston et Washington pour participer à des conférences en faveur du droit de vote des femmes. Son argumentation visait à démontrer que les femmes méritaient par leurs actions d’accéder aux droits politiques. Elle illustrait son propos en décrivant sa propre action pendant et après la guerre de Sécession et mettait en avant le sacrifice des innombrables femmes qui avaient œuvré en faveur de la nation américaine[52].

Grâce à Sarah Bradford qui fit office de biographe et transcrivit ses récits, elle vit l’histoire de sa vie publiée en 1869 sous le titre de Scènes de la vie d’Harriet Tubman (Scenes in the Life of Harriet Tubman).

Cela fut d’une aide considérable pour sa condition financière misérable (elle n’obtint une pension pour son passé militaire que trente ans après les faits). La même année elle épousa Nelson Davis, un autre vétéran de la Guerre de Sécession de vingt-deux ans son cadet. Ils vécurent ensemble à Auburn, État de New York, dans une maison qu’elle avait rachetée à son célèbre ami William H. Seward, secrétaire d'État sous la présidence d’Abraham Lincoln. Elle y vécut entourée de membres de sa famille et d’amis, qui avaient choisi de s’établir près d’elle après la Guerre de Sécession.

Finalement, à cause de son arthrite et de sa santé fragile, elle emménagea dans l’hospice pour Afro-Américains âgés et malades qu’elle avait elle-même contribué à fonder. Il était construit sur un terrain qu’elle avait acheté, jouxtant sa propriété d’Auburn. Elle y mourut en 1913, après avoir raconté ses mémoires jusqu’au dernier jour. Elle reçut les honneurs militaires au cours de son enterrement, et une plaque à sa mémoire fut placée sur le tribunal du comté de Cayuga, à Auburn. De nos jours, la mémoire d’Harriet Tubman est honorée chaque 10 mars, jour de sa mort.

Hommages[modifier | modifier le code]

  • Elle est inscrite au National Women's Hall of Fame.
  • Un trio de jazz formé en 1998 par JT Lewis (batterie) Brandon Ross (guitare) et Melvin Gibbs (basse) s'appelle « Harriet Tubman ».
  • Underground Railroad est une composition du saxophoniste Jordan Philippe en hommage à Harriet Tubman, jouée notamment par l'orchestre La Machine Ronde.

Citations d’Harriet Tubman[modifier | modifier le code]

Cette section ne cite pas suffisamment ses sources. Pour l'améliorer, ajouter en note des références vérifiables ou les modèles {{Référence nécessaire}} ou {{Référence souhaitée}} sur les passages nécessitant une source.
  • « Si j’avais convaincu plus d’esclaves qu’ils étaient bien des esclaves, j’aurais pu en sauver des milliers d’autres. »
  • « Je n’ai jamais perdu un passager. »
  • « On ne meurt qu’une fois. »

Citations à propos d’Harriet Tubman[modifier | modifier le code]

Cette section ne cite pas suffisamment ses sources. Pour l'améliorer, ajouter en note des références vérifiables ou les modèles {{Référence nécessaire}} ou {{Référence souhaitée}} sur les passages nécessitant une source.
  • John Brown parla d’elle comme le « Général Tubman ».
  • « À l’exception de John Brown... je ne connais personne qui ait volontairement bravé autant de périls et de tribulations pour libérer notre peuple enchaîné. »Frederick Douglass
  • « Je n’ai jamais rencontré aucune personne d’aucune couleur qui eut plus confiance qu’elle en la voix de Dieu. »Thomas Garret

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Larson, p. 16.
  2. Larson, p. 16.
  3. Humez, p. 12.
  4. Clinton, p. 4.
  5. Clinton, p. 5.
  6. Larson, p. 10.
  7. Humez, p. 12.
  8. Larson, p. 10.
  9. Larson, p. 311-312.
  10. Clinton, p. 10.
  11. Larson, p. 34.
  12. Larson, p. 33.
  13. Clinton, p. 13.
  14. Humez, p. 14.
  15. Humez, p. 13.
  16. Clinton, p. 17.
  17. Larson, p. 40.
  18. Clinton, p. 18.
  19. Clinton, p. 19.
  20. a, b et c Larson, p. 42.
  21. Clinton, p. 22.
  22. Larson, pp. 42–43.
  23. Larson, p. 47.
  24. Larson (2004), p. 72.
  25. a et b Cité dans Bradford (1971), pp. 14–15.
  26. Larson (2004), p. 73.
  27. Larson (2004), p. 78
  28. Larson (2004), pp. 78-79
  29. Larson (2004), p. 81
  30. Clinton, p. 37.
  31. Clinton, pp. 37-38
  32. Larson (2004), p. 83.
  33. Cité dans Bradford (1971), p. 19.
  34. Cité dans Bradford (1971), p. 20.
  35. Larson (2004), p. 88.
  36. Clinton (2004), pp. 49–53.
  37. Larson (2004), pp. 89–90.
  38. Larson, pp. 90–91.
  39. a et b Clinton, p. 84.
  40. Douglass (1969), p. 266.
  41. Larson (2004), p. 204.
  42. Clinton (2004), p. 157.
  43. Clinton (2004), p. 156-157.
  44. Larson, p. 209.
  45. a et b Clinton, p. 164.
  46. Clinton, p. 165.
  47. a et b Larson, p. 213.
  48. Cité dans Clinton, p. 166.
  49. Clinton, p. 167.
  50. Cité in Clinton, p. 191.
  51. Clinton, p. 192. Larson, p. 287.
  52. Larson, p. 273.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Sarah Bradford, Harriet Tubman : The Moses of Her People. New York : Corinth Books, 1961
  • (en) Sarah Bradford, Scenes in the Life of Harriet Tubman. Freeport : Books for Libraries Press, 1971 (ISBN 0-836-98782-9)
  • (en) Catherine Clinton, Harriet Tubman : The Road to Freedom. New York : Little, Brown and Company, 2004 (ISBN 0-316-14492-4)
  • (en) Frederick Douglass, Life and times of Frederick Douglass : his early life as a slave, his escape from bondage, and his complete history, written by himself. Londres : Collier-Macmillan, 1969
  • (en) Jean Humez, Harriet Tubman : The Life and Life Stories. Madison : University of Wisconsin Press, 2003 (ISBN 0-299-19120-6)
  • (en) Kate Clifford Larson, Bound For the Promised Land : Harriet Tubman. Portrait of an American Hero. New York : Ballantine Books, 2004 (ISBN 0-345-45627-0)
  • (es) Grupo Antares de Estudios de Género, Norteamericanas con voz propia. Malaga : Sepha, 2010.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]