Bataille de Pea Ridge

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Bataille de Pea Ridge
Battle of Pea Ridge, Ark., par Kurz et Allison.
Battle of Pea Ridge, Ark., par Kurz et Allison.
Informations générales
Date 6-8 mars 1862
Lieu Comté de Benton (Arkansas)
Issue Victoire de l'Union
Belligérants
US flag 34 stars.svg
États-Unis
CSA FLAG 4.3.1861-21.5.1861.svg
États confédérés
Commandants
Samuel Ryan Curtis Earl Van Dorn
Forces en présence
Armée du Sud-Ouest,
≈10 500 hommes
Armée de l'Ouest,
≈16 000 hommes
Pertes
1 384 (tués ou blessés)[1] 4 600 (faits prisonniers pour la plupart)
Batailles
Fort Sumter — Bull Run (1re) — Shiloh — Campagne Péninsulaire — Bull Run (2e) — Antietam — Fredericksburg — Stones River — Chancellorsville — Gettysburg — Vicksburg — Chickamauga — Chattanooga — Wilderness — Spotsylvania — Petersburg — Five Forks — Appomatox
Coordonnées 36° 27′ 12″ N 94° 00′ 57″ O / 36.4532, -94.0158 ()36° 27′ 12″ Nord 94° 00′ 57″ Ouest / 36.4532, -94.0158 ()  

Géolocalisation sur la carte : États-Unis

(Voir situation sur carte : États-Unis)
 Différences entre dessin et blasonnement : Bataille de Pea Ridge.

Géolocalisation sur la carte : Arkansas

(Voir situation sur carte : Arkansas)
 Différences entre dessin et blasonnement : Bataille de Pea Ridge.

La bataille de Pea Ridge (aussi connue, plutôt chez les sudistes, sous le nom de Bataille d'Elkhorn Tavern) est une bataille de la Guerre de Sécession qui se déroula du 6 au 8 mars 1862, à Pea Ridge dans le nord-ouest de l'Arkansas, près de Bentonville. Au cours de cette bataille, les forces de l'Armée de l'Union conduites par le général Samuel Curtis remportèrent la victoire sur celles de l'Armée des États confédérés sous le commandement du général Earl Van Dorn.

De par les effectifs engagés, c'est le plus important combat livré à l'ouest du Mississippi. La conséquence majeure de cette bataille fut d'affermir le contrôle de l'Union sur l'État du Missouri. Cette bataille fut aussi l'une des rares où les troupes confédérées furent supérieures en nombre à celles de l'Union.

Le contexte[modifier | modifier le code]

La situation militaire[modifier | modifier le code]

La guerre entamée en 1861, se déroule sur trois théâtres d'opérations. Le premier est à l'est des Appalaches; le deuxième, entre celles-ci et le Mississippi. Le troisième s'étend au delà du Mississippi, de l'État du Missouri aux "Territoires indiens" et c'est ici que se tiendra la bataille de Pea Ridge.

Sur le théâtre de l'Ouest, entre Appalaches et Mississippi, les forces fédérales se sont emparées des Forts Henry et Donelson, s'ouvrant la vallée de la Tennessee et occupent Nashville le 25 février. Elles se préparent à continuer leur progression vers le sud. Leur flanc droit doit être sécurisé et, à l'ouest du Mississippi, les forces nordistes doivent donc aussi refouler leurs adversaires vers le sud.

C'est ce que fait le général Curtis. Mais sa ligne d'opération, dans une région aux ressources limitées, lui interdit d'aller trop loin[note 1].

Les forces de la Confédération, elles, se doivent de reprendre le contrôle de l’État du Missouri, tant pour ses richesses économiques que pour une population en bonne partie acquise à sa cause. Pour cela, elles doivent battre la seule force organisée nordiste, l'armée de Sud-Ouest de Samuel Ryan Curtis.

Les objectifs nordistes[modifier | modifier le code]

Après avoir repoussé les forces sudistes du Missouri, les forces fédérales se préparent à faire de même sur le territoire de l'Arkansas. L'hiver et les difficultés de ravitaillement incitent le général Curtis, après avoir envoyé un message triomphant à son supérieur, Halleck, "le drapeau de l'Union flotte maintenant sur l'Arkansas", à stopper sa progression vers le sud.

Il va attendre la contre attaque probable de ses adversaires en ayant choisi une position propice au nord de cet Etat, sur la rive nord de la rivière Sugar Creek, position qui va être fortifiée.

Les objectifs sudistes[modifier | modifier le code]

Le général Van Dorn, nommée à la tête des forces sudistes, prévoit de de remonter vers le nord et de reprendre le Missouri. Avisé de la présence des fédéraux, il imagine d'éviter un assaut frontal et de tourner par l'ouest les forces nordistes, de les prendre à revers afin de leur interdire de faire retraite vers le nord, ce qui équivaudra à leur destruction. Cette manœuvre ressemble à celles qu'il a vu mettre en œuvre durant la guerre du Mexique, à la bataille de Monterrey ou à celle de Cerro Gordo.

La force principale, par une marche de nuit, contournera le plateau de Pea Ridge par le nord et redescendra vers le sud, par la route dite "du télégraphe"[note 2] pour prendre à revers les positions fortifiées nordistes.

Une seconde force doit attaquer l'aile ouest nordiste en passant par la route et le village de Leetown[note 3], sur le côté sud duplateau de Pea Ridge. Elle doit fixer les forces nordistes et les empêcher de renforcer celles qui seront menacées par l'attaque principale.

L'inconvénient de cette manœuvre est qu'elle laisse aux fédéraux le bénéfice de la manœuvre sur lignes intérieures, les forces sudistes ne pouvant se soutenir mutuellement.

La situation géographique[modifier | modifier le code]

La région de Pea Ridge offre des cours d'eau orientés est-ouest, comme Sugar Creek, passant au pied de plateaux gréseux qui les surplombent de plusieurs dizaines de mètres. Ces plateaux sont couverts de végétation, arbres et taillis. Leurs flancs offrent de nombreux ravins abrupts.

La route qui vient de Springfield, au nord, et descend vers le sud, passe à l'est de Pea Ridge par une croupe au sommet de laquelle se trouve une auberge, relai de diligence et poste télégraphique, Elkhorn Tavern. Cette route, semblable à une allée forestière actuelle d'une forêt française, n'offre que rarement la possibilité pour des unités militaires de se déployer.

On est en plein hiver. La neige couvre le pays. Il gèle et le vent du nord aggrave la sensation de froid. Une tempête a, dans les jours qui précèdent, ravagé le pays et, en particulier, a fait tomber de nombreux arbres, rendant difficile la progression d'unités organisées dans les bois.

Il y a peu de villages ou de fermes dans cette région. Leetown, par exemple, ne comprend qu'une douzaine de cabanes en rondins.

Les forces en présence[modifier | modifier le code]

Les nordistes[modifier | modifier le code]

Commandée par le Brigadier General Samuel Ryan Curtis, l'Armée du Sud-Ouest[note 4] est forte de 10 250 soldats et aligne 50 pièces d'artillerie.

Elle est organisée en 4 divisions. Elle aligne 17 régiments d'infanterie, 4 régiments de cavalerie et 7 batteries d'artillerie[note 5] Une bonne part des unités provient du Missouri.

Les sudistes[modifier | modifier le code]

L'armée sudiste, nommée Armée de l'Ouest[note 6], environ 16 000 hommes, commandée par le général Earl Van Dorn est organisée en deux masses, aile droite et aile gauche.

L'aile droite est composée d'une division d'infanterie (9 régiments), d'une brigade de cavalerie (4 régiments et deux bataillons de cavalerie), ainsi que de 4 batteries d'artillerie. Elle comprend aussi une brigade d'indiens cherokee, choctaw, chickasaw et creeks (seuls les premiers participeront à la bataille; ils sont environ 800).

L'aile gauche, commandée par Sterling Price, est composée de 8 divisions d'infanterie. La 1e est la plus importante, regroupant 3 brigades qui mêlent infanterie, cavalerie et artillerie. Ces unités proviennent de la Garde Nationale du Missouri. Les autres divisions sont composées d'un mélange d'unités des 3 armes pas toujours bien identifiables. Elle a 7 batteries d'artillerie[note 7].

Pour favoriser le mouvement de ses troupes, les bagages et le ravitaillement restent plus au sud. Les hommes n'ont emporté que trois jours de vivres au début de leur marche vers le nord ce qui fait qu'il n'ont plus rien quand commence les combats et qu'ils ne pourront refaire le plein de munitions.

Les grandes étapes de la bataille[modifier | modifier le code]

La bataille s'étend sur trois jours. Le premier est une série d'escarmouches qui voient la retraite des unités du général Sigel vers le gros des forces nordistes. Le deuxième jour voit les nordistes subirent les assauts sudistes. Le troisième jour voit la réaction nordiste et la désintégration des forces sudistes.

6 mars, Bentonville[modifier | modifier le code]

Les deux premières divisions, commandées par le général Sigel, sont éloignées du gros et stationnées plus au sud, autour de Bentonville.

Quand le mouvement sudiste est détecté, en direction de Bentonville mais aussi en vue d'encercler le village, Sigel entame une retraite vers les positions de Suger Creek. Il devra combattre pour réussir à gagner sa nouvelle position, échappant de justesse à l'armée sudiste.

7 mars, Leetown[modifier | modifier le code]

Les forces mises sous le commandement du general Mc Culloch, suivent la piste nommée "Ford Road", passant au sud de "Big Mountain"[note 8]. Leur objectif est de rejoindre la force principale qui vient du nord.

Les divisions Osterhaus et Asboth, envoyées par Curtis sécuriser son flanc droit, arrivent sur l'arrière du flanc droit confédéré. Mc Culloch décide de se tourner vers cet adversaire qui menace son flanc. Une attaque de cavalerie nordiste est repoussée par la cavalerie sudiste. S'ensuit un combat par le feu, de part et d'autre de champs cultivés dont les clôtures offrent protection aux combattants, avec l'appui de plusieurs batteries qui font principalement du tir indirect.

Trop avancé, Mc Culloch est abattu par des tirailleurs nordistes. Le commandement passe à son second qui est abattu quelques dizaines de minutes plus tard alors qu'il dirige un régiment. À partir de ce moment, il n'y a plus de direction des opérations chez les sudistes. Le général qui devrait prendre alors le commandement, Hebert, est à la tête de sa division, dans les bois au sud de Little Mountain, à l'aile droite du dispositif sudiste.

Non dirigée, l'offensive sudiste s'éteint. L'arrivée de renforts nordistes déclenche le retrait des unités sudistes, les unes après les autres. Le général Pike, commandant les troupes indiennes, prend alors le commandement et confirme le retrait. Le général Hebert a été, pour sa part, capturé dans les bois.

Les troupes sudistes retraitent vers le sud-ouest, c'est-à-dire qu'elles ne vont pas renforcer l'autre aile qui combat à Elkhorn Tavern.

7 mars, Elkhorn Tavern[modifier | modifier le code]

La force principale sudiste, emmenée par le général Van Dorn[note 9] Atteint la route de Springfield, "Telegraph Road", et l'emprunte vers le sud, montant vers Elkhorn Tavern. Les bois font que les sudistes peuvent difficilement se déployer et laissent inemployée une bonne partie de l'artillerie.

Les fédéraux ont rapidement détecté l'approche sudiste et la division du général Carr s'oppose à leur progression. Par simple effet du nombre, les confédérés repoussent les troupes nordistes petit à petit jusqu'au sud de Elkhorn Tavern. Mais la fin de la journée, l'épuisement des hommes et des munitions les empêchent de bousculer leurs adversaires.

8 mars, la contre-attaque nordiste[modifier | modifier le code]

Au matin, Curtis lance une contre attaque générale contre les forces sudistes. Solidement appuyées par l'artillerie, les troupes nordistes délogent leurs adversaires que le manque de munitions et de ravitaillement va conduire à reculer, sans ordre. L'armée sudiste se dissout littéralement[note 10].

La confiance des nordistes dans leur victoire est telle que le général Sigel, après avoir traversé les lignes ennemies, devra être arrêté par Curtis alors qu'il cherche à prendre en hâte la route du nord pour regagner Springfield.

Les conséquences[modifier | modifier le code]

Tactiquement, la bataille n'offre pas de vainqueur ni de vaincu. L'armée sudiste a quitté le champ de bataille et se reconstitue rapidement, prête à un nouvel assaut. L'armée nordiste ne pousse pas son avantage et regagne le Missouri.

Stratégiquement, la bataille est un succès nordiste. Elle a interdit au Sud de reprendre le Missouri et, de fait, cet état ne sera plus menacé jusqu'à la fin de la guerre par autre chose que des guérillas ou des raids de cavalerie. L'armée sudiste reconstituée sera appelée à gagner la rive gauche du Mississippi, pour renforcer les troupes combattant au Tennessee. Mais elles arriveront quand même trop tard pour participer à la bataille de Shiloh.

La polémique[modifier | modifier le code]

Pendant les combats aux alentours de Leetown, les nordistes ont du affronter des indiens alliés des sudistes.

Les premiers déclareront par la suite avoir retrouvé plusieurs des leurs scalpés et mutilés. Les indiens seront incriminés et un échange de courriers peu amènes aura lieu entre les généraux, les sudistes allèguant d'autres actes de cruauté perpétrés par "des allemands", c'est-à-dire des soldats des 1re et 2e divisions de Sigel dont le recrutement était principalement d'immigrants allemands. La propagande du nord montera en épingle ces "actes de barbarie". Cependant aucune source sérieuse ne précise vraiment les faits.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L'extrémité de la ligne de chemin de fer la plus proche, seule capable de lui apporter la quantité de ravitaillement nécessaire, est à Rolla, une centaine de kilomètres au nord de Springfield.
  2. Selon les sources, cette route est nommée "Telegraph Road" ou "Wire Road".
  3. Village est même un grand mot pour une douzaine de cabanes, une forge et un magasin (cf. Shelby Foote, The Civil War, a narrative, tome 1, page 287).
  4. Ainsi nommée d'après le nom du District militaire dont elle est issue, District du Sud-Ouest du Missouri.
  5. Les batteries d'artillerie nordistes alignent généralement 6 canons chacune.
  6. C'est l'armée qui dépend du Département militaire Trans-Mississipi.
  7. Les batteries d'artillerie sudistes sont théoriquement composées de 4 canons chacune.
  8. Le plateau de Pea Ridge est composé de deux parties. Au nord, "Big Mountain" comprend la plus grande partie du plateau. Au sud, "Little Mountain". Entre les deux, passe Ford Road. Le plateau est boisé et en taillis. Composé de grès et de granite, il s'élève à plusieurs dizaines de mètres avec des flancs ravinés.
  9. Celui-ci est malade et dirige les opérations depuis l'ambulance dans laquelle il se déplace.
  10. Mais cela ne l'empêchera pas de se reconstituer rapidement.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Battles & Leaders, vol. 1, p. 337. Il s'agit d'une série d'articles publiés entre 1884 et 1888 dans la revue The Century Magazine et regroupés dans 4 volumes. Les articles sont des études réalisées par des officiers de tous rangs, nordistes comme sudistes, de Ulysses S. Grant jusqu'à des commandants de compagnie. Dans les années 1990 seront ajoutés deux autres volumes comprenant du matériel complémentaire. Les relations sont généralement de premier ordre et souvent rédigées par l'officier même en charge de l'opération relatée.

Sources[modifier | modifier le code]

  • (en) Alvin M. Josephy Jr., The civil war in the american west, 1993, Vintage civil war editions, (ISBN 0-679-74003-1), chapitre 10, pages 319-349.
  • (en) David J. Eicher, The longest night, a military history of the Civil War, 1991, Simon & Schuster, (ISBN 0-684-84944-5), pages 185-193.
  • (en) Mark M. Boatner III, The Civil War dictionary, 1991, Vintage books, (ISBN 0-679-73392-2), 1e édition 1959, pages 627-628.
  • (en) Jay Monaghan, Civil War on the western border, 1854-1865, réimpression de l'édition de 1955 par University of Nebraska Press, (ISBN 0-8032-8126-1[à vérifier : isbn invalide]), chapitres 20 & 21, pages 228-251.
  • (en) Annie H. Abel, The American Indian in the Civil War, 1862-1865, 1992, University of Nebraska Press, (ISBN 0-8032-5919-0), chapitre 1, pages 13-36.
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • The Battle of Pea Ridge, 1862 ; Pea Ridge National Military Park (Ark.); Rogers, Ark. : Pea Ridge National Military Park, 1963. (OCLC 5976986)
  • Pea Ridge : Civil War campaign in the West ; William L Shea; Earl J Hess; Chapel Hill : University of North Carolina Press, 1992. (OCLC 25316498) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Battle of Pea Ridge, or Elkhorn Tavern ; Claire Norris Moody; Little Rock, Ark. : Arkansas Valley Print. Co., 1956. (OCLC 2846759)
  • Johnson, Robert Underwood, & Buel, Clarence C. (dir.), Battles and Leaders of the Civil War, Century Co., 1884-1888, volume I, pages 314 et suivantes.

Pour en savoir plus[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]