Ligue de tempérance

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Affiche australienne, vers 1906: "Ci-gît un respectable homme de tempérance, l'herbe verte au-dessus de sa tête. Aucun homme ne l'a jamais vu boire de bière jusqu'après sa mort."
Affiche américaine soutenant la prohibition.

Une Ligue de tempérance est une association formée pour s'opposer à la consommation d'alcools. Son fondement est souvent d'ordre religieux ou moral : la plupart des mouvements du XXe siècle en Occident sont également associés au mouvement féministe, l'alcool étant souvent la cause de violences conjugales et absorbant une part substantielle des revenus des familles à bas revenus.

Aux États-Unis[modifier | modifier le code]

The Drunkard's Progress, lithographie de Nathaniel Currier, énonce la théorie de le Ligne de Tempérance aux États-Unis.

Au sein des Treize colonies britanniques de la côte atlantique, les contrôles informels dans la vie privée et communautaire encourageaient l'idée que l'abus d'alcool était inacceptable. Alors que la société rurale s'urbanisait progressivement, les modes de consommation de boissons alcoolisées commençaient à se modifier. Pendant que la révolution américaine approchait, les changements économiques et l'urbanisation étaient accompagnés d'une montée de la pauvreté, du chômage et de la criminalité. Ces problèmes sociaux émergeant étaient souvent mis sur le dos de l'ivresse. Le contrôle social sur l'abus d'alcool a régressé, les ordonnances contre l'ivresse se sont relâchées et les problèmes d'alcool ont énormément augmenté.

Dans ces conditions, de nombreuses personnes ont cherché des explications et une solution aux problèmes de boisson. Une suggestion vient de l'un des principaux médecins de cette époque, le docteur Benjamin Rush. En 1784, le Dr Rush avança que la consommation excessive d'alcool provoquait des dommages sur la santé physique et psychologique (il croyait plus en la modération qu'en la prohibition). Apparemment influencés par les propos largement discutés de Rush, environ 200 fermiers d'une communauté du Connecticut formèrent une association de tempérance en 1789. Des associations similaires se sont formées en Virginie en 1800 et dans l'État de New York en 1808. Au cours des décennies suivantes, d'autres organisations de tempérance ont été formées dans 8 États, certaines influentes dans l'État entier.

L'avenir semblait brillant pour ce jeune mouvement qui militait pour la tempérance ou la modération plutôt que l'abstinence. Mais plusieurs de leurs leaders en sous-estimèrent la force. Certains groupes élargirent leurs activités et prirent position sur la profanation du Sabbath et d'autres points d'ordre moral. Ils s'impliquèrent dans des combats politiques et aux débuts des années 1820 leur mouvement stagna.

Alors certains leaders persévérèrent à faire avancer la cause, des Américains comme Lyman Beecher, pasteur presbytérien du Connecticut, se mirent à haranguer leurs concitoyens contre la consommation d'alcool en 1825. La Société Américaine de Tempérance fut formée en 1826 et bénéficia d'un regain d'intérêt pour la religion et la morale. Dans les 12 années qui suivirent, elle revendiquait plus de 8 000 groupes locaux et plus d'un million et demi d'adhérents. En 1839, 18 journaux de tempérance étaient publiés. Dans le même temps, plusieurs églises protestantes entamaient la promotion de la tempérance.

Histoire des Organisations de Tempérance[modifier | modifier le code]

Dès le XVIe siècle apparaissent des sociétés de tempérance, comme celle fondée en 1524 par les grands Electeurs de Trèves et du Palatinat[1].

Entre 1830 et 1840, la plupart des organisations de tempérance argumentaient que le seul moyen d'empêcher l'ivresse était d'éliminer la consommation d'alcool. La Société de Tempérance devint la Société d'Abstinence. L'Ordre Indépendant des Bons Templiers, les Fils de la Tempérance, les Templiers de l'Honneur et de la Tempérance, la Ligue Anti-Saloon (en), le Parti National de la Prohibition et d'autres groupes se sont formés et développés rapidement.

Tandis qu'il avait commencé par défendre une consommation modérée d'alcool, le mouvement insistait alors pour que personne ne soit autorisé à boire d'alcool en quelque quantité que ce soit. Il s'y impliquait avec une ferveur religieuse et des convictions grandissantes.

La loi du Maine, adoptée en 1851, fut l'une des premières concrétisations institutionnelles du développement des mouvements de tempérance aux États-Unis. L'activiste Neal Dow aida à la mise en œuvre de cette loi. L'adoption de la loi qui prohibait la vente de toute boisson alcoolique « sauf pour usage médical, mécanique ou manufacturier », s'est rapidement répandu ailleurs et, en 1855, 12 États avaient rejoint le Maine dans la prohibition totale. Il y avait les « États secs » (Dry States), les États sans prohibition étaient les « États humides » (Wet States).

La loi était impopulaire dans les classes ouvrières et immigrantes[réf. nécessaire]. L'opposition à la loi se transforma en violence à Portland (Maine), le 2 juin 1855, lors d'incidents connus sous le nom d' Émeutes contre la loi Maine.

Éducation à la Tempérance[modifier | modifier le code]

Kansas Saloon Smashers, un film américain de 1901.

En 1880, l'Union Chrétienne Des Femmes pour la Tempérance (WCTU – Woman's Christian Temperance Union) fonda un Département d'Éducation Scientifique à la Tempérance dans des écoles et des collèges, avec Mary Hunt comme « Superintendent National ». Elle pensait que les électeurs « doivent d'abord être convaincus que l'alcool et les drogues apparentées sont par nature hors-la-loi, avant qu'ils ne les déclarent hors-la-loi »[réf. nécessaire]. Elizabeth D. Gelok fut une des femmes qui enseigna la Tempérance Scientifique dans les écoles et les collèges auprès des étudiants. Elle fut également membre du WTCU auprès de Mary Hunt. Elle fut l'une des professeurs de Tempérance Scientifique préférées et des plus connues parce que ses étudiants adoraient sa foi profonde dans le WCTU.[réf. nécessaire] Elle croyait profondément dans le WCTU et souhaitait accomplir tout ce qui était en son pouvoir pour se faire entendre.[réf. nécessaire] Elizabeth décida d'utiliser la législation pour accentuer la pression morale des étudiants, qui seraient la prochaine génération d'électeurs. Cela donna naissance à l'idée de la nécessité d'un Mouvement d'Éducation Scientifique pour la Tempérance.

Au tournant du siècle, les efforts combinés de Mary Hunt, d'Elizabeth et des autres enseignants ont démontré leur succès. Pratiquement tous les États, le District de Columbia et toutes les possessions des États-Unis possédaient une forte législation pour que tous les étudiants reçoivent une éducation anti-alcool.[réf. nécessaire] De plus, la mise en pratique de cette législation était étroitement surveillée jusque dans les classes d'école par des légions de membres du WTCU vigilantes et déterminées partout dans le pays.

Les écrivains proches du mouvement de tempérance ont vu dans le programme d'éducation obligatoire à la tempérance du WTCU un facteur majeur conduisant à l'établissement d'une prohibition national avec l'adoption du 18e amendement à la constitution des États-Unis. D'autres observateurs crédibles, comme le Commissaire à l'Éducation des États-Unis, ont approuvé.[réf. nécessaire]

À cause de la corrélation entre la consommation d'alcool et les violences domestiques – plusieurs maris saouls abusaient des membres de leur famille – le mouvement de tempérance coexistait avec d'autres mouvements, comme le droit des femmes et le mouvement progressiste, et souvent les mêmes activistes étaient impliqués dans chacun d'eux. Des voix notables de cette époque, de Lucy Webb Hayes à Susan B. Anthony, étaient actives dans ce mouvement. Au Canada, Nellie McClung était une avocate de longue date de la tempérance. Comme dans la plupart des mouvements sociaux, il y avait toute une gamme d'activistes, des plus violents, comme Carrie Nation, aux plus modérés, comme Neal S. Dow.

Plusieurs anciens abolitionnistes ont rejoint le mouvement de tempérance et il était largement encouragé par le second qui débuta après 1915.[réf. nécessaire]

Pendant des décennies, la prohibition était vue par les zélotes du mouvement de tempérance et leurs disciples comme la solution magique aux problèmes de pauvreté, de criminalité, de violence et d'autres méfaits. Au début de la prohibition, une invitation à une célébration dans une église de New York proclamait « Que les cloches de l'église sonnent et qu'il y ait de grandes réjouissances car un ennemi a été vaincu et la victoire couronne les forces du bien »[réf. nécessaire]. Jubilant dans la victoire, certains membres du WTCU annoncèrent que, ayant apporté la prohibition aux États-Unis, ils iraient maintenant apporter la bénédiction de l'abstinence forcée au reste du monde.

Le fameux évangéliste Billy Sunday mit en scène un simulacre d'enterrement pour John Barleycorn puis prêcha les bénéfices de la prohibition. « Le règne des larmes est terminé, proclama-t-il. Les bidonvilles ne seront bientôt qu'un souvenir. Nous allons transformer nos prisons en usines et nos cellules en entrepôts et silos »[réf. nécessaire]. Puisque l'alcool était banni et puisqu'il était considéré comme la cause de la plupart des crimes, pour ne pas dire tous, quelques communautés vendirent leurs prisons[réf. nécessaire]. L'une vendit sa prison à un fermier qui la convertit en élevage de cochons et de poulets, tandis qu'une autre convertit sa prison en quincaillerie[réf. nécessaire].

Ligue Anti-Saloon[modifier | modifier le code]

La Ligue Anti-Saloon, sous la direction de Wayne Wheeler, a mobilisé la coalition religieuse pour faire passer des lois au niveau local et des États. Encouragé par le sentiment anti-allemand pendant la Première Guerre mondiale, en 1918, elle a atteint son but principal : l'adoption du 18e amendement instituant la prohibition nationale.

Royaume-Uni[modifier | modifier le code]

Irlande[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Matthieu Lecoutre, Ivresse et ivrognerie dans la France moderne, Presses Universitaires de Rennes,‎ 2011, p. 400

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Robert Baird, Histoire des sociétés de tempérance des États-Unis d'Amérique : avec quelques détails sur celles de l'Angleterre, de la Suède et autres contrées : dédiée à la Société de tempérance d'Amiens, L. Hachette, 1836, 262 p. (texte en ligne [1])
  • A. Chaudet, Pourquoi entrer dans une société de tempérance ?, Impr. de l'Institut de bibliographie, Le Mans, 1901, 44 p.
  • Charles Paschal Telesphore Chiniquy, Manuel de la Société de tempérance : dédié à la jeunesse canadienne, Lovell et Gibson, 1847 (2e éd.), 179 p. (texte en ligne [2])