Shanidar

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Shanidar
(ar) شاندر, (ku) Şaneder
Grotte de Shanidar
Grotte de Shanidar
Localisation
Pays Drapeau de l’Irak Irak
Province Arbil
Coordonnées 36° 48′ 04″ N 44° 14′ 36″ E / 36.801029, 44.243467 ()36° 48′ 04″ Nord 44° 14′ 36″ Est / 36.801029, 44.243467 ()  
Altitude 745 m

Géolocalisation sur la carte : Irak

(Voir situation sur carte : Irak)
Shanidar
Shanidar

Le site préhistorique de Shanidar est situé sur les contreforts du Zagros (mont Bradost), au Kurdistan, dans le Nord-Est de l'Irak. Il s'agit d'une vaste grotte à 745 m d'altitude, fouillée de 1950 à 1961 par Ralph S. Solecki et son équipe de la Columbia University. Le site a livré les restes de neuf Néandertaliens, dont certains inhumés intentionnellement, datant de 60 000 à 44 000 ans avant le présent.

La séquence archéologique[modifier | modifier le code]

La fouille de Shanidar a permis d'explorer une séquence de 14 m de puissance comportant un certain nombre de couches ayant livré des industries datant du Paléolithique moyen au Néolithique ancien.

  • La couche D a livré un outillage moustérien réalisé aux dépens de petits galets de rivière, riche en racloirs et en pointes moustériennes. La faune associée comprend des restes de chèvre, de sanglier, de tortue, de cerf et de chevreuil ainsi que quelques carnivores (loup, renard, ours). Cette couche a également livré les restes de Néandertaliens.
  • La couche C a livré une industrie du Paléolithique supérieur ancien (Baradostien) à burins et grattoirs, datée d'environ 33 000 à 27 000 ans avant le présent.
  • La couche B2, datée de 10 146 ans av. J.-C., a livré une industrie semblable à celle de Zarzi.
  • La couche B1 correspond à un Néolithique ancien (8 650 av. J.-C.) et a livré du matériel de mouture, des restes de moutons domestiques ainsi qu'un ensemble de sépultures comportant au moins 26 individus.

Les restes de Néandertaliens[modifier | modifier le code]

Le secteur fouillé a fourni neuf squelettes de Néandertaliens différant par l'âge, l'état de conservation et leur caractère plus ou moins complet. Les différents individus sont désignés par le nom du site suivi d'un chiffre : Shanidar I à Shanidar IX.

Certains individus ont été découverts dans des structures d'inhumations intentionnelles. Le site de Shanidar a contribué à faire admettre l'existence de rites funéraires chez les néandertaliens. L'utilisation de fleurs lors de cérémonies funéraires a également été évoquée. Les indices pathologiques de certains individus ont également permis d'évoquer qu'ils devaient bénéficier de la solidarité des autres membres du groupe et qu'ils n'auraient pas pu assurer seuls leur propre survie.

Malheureusement, de toutes ces découvertes il ne reste plus que des moulages conservés au Smithsonian Institut ; les fossiles originaux ont probablement été dispersés en Irak.

Shanidar I[modifier | modifier le code]

L'individu Shanidar I, surnommé Nandy par ses découvreurs, est l'un des quatre squelettes relativement complets de la grotte. Il avait entre 40 et 50 ans, ce qui est un âge relativement avancé pour un Néandertalien. Il présentait de graves déformations liées à des traumatismes qui devaient le handicaper au point de rendre douloureuse sa vie quotidienne. Au cours de sa vie, il avait reçu un coup violent sur le côté gauche du visage, avec fracture et écrasement de l'orbite. Ce traumatisme avait dû le laisser borgne, en partie ou complètement. Son bras droit était atrophié et avait été fracturé en plusieurs points mais avait guéri, avec cependant perte de l'avant-bras et de la main. Ce dernier point est soit d'origine congénitale, soit le résultat d'une maladie d'enfance avec séquelles, soit le résultat d'une amputation. Le bras avait guéri mais sa blessure devait occasionner une sorte de paralysie dans les membres inférieurs de son côté droit, provoquant des difformités au bas des jambes et dans les pieds et il devait donc marcher péniblement et en boitant.

Toutes ces blessures dataient de longtemps avant la mort, et avaient eu le temps de guérir ; on en a déduit que les Néandertaliens prenaient soin des membres de leur groupe malades et âgés, ce qui montre leur esprit de solidarité. Shanidar I n'est pas le seul individu du site, ni d'ailleurs de l'ensemble des sites d'âge équivalent, à présenter à la fois blessure et guérison.

Shanidar II[modifier | modifier le code]

Shanidar II est un adulte de sexe masculin dont le crâne et les os étaient écrasés, ce qui indiquerait d'après les inventeurs qu'il a été tué par un bloc de roche tombé à l'intérieur de la caverne.

Il est clair que Shanidar II a fait l'objet d'un rituel d'adieu : on a trouvé sur sa tombe une petite pile de pierres avec quelques pointes de pierre travaillées en chert. Par ailleurs, un grand feu avait été allumé près la tombe, avec à proximité un grand nombre d'os d'animaux fendus et cassés, ce qui laisse penser à une cérémonie funèbre accompagnée par un repas. De l'alcool aurait également été produit et consommé : des graines retrouvées à proximité de la sépulture auraient été placées dans des cavités pour les faire fermenter et produire une boisson alcoolique rudimentaire.

Shanidar III[modifier | modifier le code]

Shanidar III est un autre adulte de sexe masculin, tué également par une roche tombée dans la caverne, et enterré dans la même sépulture que Shanidar I et II. Shanidar III souffrait lui aussi d'une maladie dégénérative des articulations au niveau du pied, ce qui devait le gêner dans ses mouvements et les rendre douloureux.

Shanidar IV, la « tombe aux fleurs »[modifier | modifier le code]

De tous les squelettes trouvés dans la caverne, c'est Shanidar IV qui laisserait croire le plus à un rituel d'enterrement chez les néandertaliens. Le squelette d'un homme adulte âgé entre 30-45 ans a été découvert en 1960 par Ralph Solecki : il reposait sur le côté gauche, en position fléchie.

Des échantillons de sol ont été prélevés autour du corps lors de sa découverte, pour rechercher d'éventuelles traces de pollens et essayer de reconstituer le paléoclimat et l'histoire de la végétation dans le site : lors de l'analyse, huit ans plus tard, deux des échantillons ont révélé une concentration de pollen nettement supérieure à ce qui avait été trouvé dans d'autres parties du site. Les auteurs ont donc interprété cette concentration comme le résultat du dépôt de plantes à fleurs entières, ou tout au moins de leurs sommités dans la sépulture[1],[2].

Les fleurs en question sont une achillée (Achillea type), un séneçon à fleurs jaunes (Senecio glaucus subsp. coronopifolius (Maire) C.Alexander), des centaurées (dont Centaurea type solstitiatis), une petite liliacée à fleurs bleues (Muscari sp.), Ephedra type altissima et une rose trémière (Althea sp.)[1]. Toutes ces espèces ont des fleurs relativement petites mais aux couleurs vives, à l'exception de l'Ephedra, dont la présence a été interprétée comme le résultat d'une litière.

Il a également été noté que la plupart de ces plantes présentent des vertus médicinales ; leurs pouvoirs curatifs sont connus depuis longtemps comme diurétiques, stimulants, astringents aussi bien que leurs propriétés anti-inflammatoires. Les éventuels pouvoirs shamaniques de l'individu enseveli ont également été évoqués par certains auteurs[3].

Plus prosaïquement, une étude récente a montré la possibilité que le pollen ne soit pas lié à un dépôt anthropique mais ait été accumulé par un animal fouisseur : plusieurs terriers d'un rongeur semblable à la gerbille, le jird persan, ont été trouvés à proximité. Le jird accumule un grand nombre de graines et des fleurs à certains endroits de son terrier. Cet élément, joint à l'absence d'un traitement rituel pour les autres squelettes de la caverne, montre que la présence de fleurs pour Shanidar IV peut avoir une origine naturelle et non culturelle[4]. Cependant, ce dernier argument est retourné contre son auteur par certains spécialistes qui estiment que la présence de pollens uniquement associés à l'un des corps et non à tous prouverait le caractère anthropique du dépôt de fleurs et la signification particulière de celui-ci pour ses auteurs [réf. nécessaire].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Leroi-Gourhan, Arl. (1968) « Le Néanderthalien IV de Shanidar », Bulletin de la Société Préhistorique Française, t. LXV, n° 3, pp. 79-83.
  2. Solecki, R.S. (1971) Shanidar, the first flower people, New York, A. Knopf.
  3. Shanidar IV, une sépulture néandertalienne fleurie au nord de l'Iraq
  4. Sommer, J.D. (1999) « The Shanidar IV 'Flower Burial': A Reevaluation of Neanderthal Burial Ritual », Cambridge Archaeological Journal, 9 127-129

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • L. Copeland et B. Vandermeersch, « Shanidar » in A. Leroi-Gourhan (dir.), Dictionnaire de la Préhistoire, PUF (1988).
  • Denis Vialou (dir.), Roger Joussaume et Jean-Pierre Pautreau, La préhistoire : histoire et dictionnaire, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins »,‎ 2004, 1637 p. (ISBN 9782221056882), « Shanidar », p. 1232