Ziggurat

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Une ziggurat, ou ziggourat édifice religieux mésopotamien à degrés, présent aussi en Élam, constitué de plusieurs terrasses supportant probablement un temple construit à son sommet. Le terme vient de l'akkadien ziqqurratu(m) (féminin, parfois abrégé en ziqratu, en Assyrie siqurratu ou sequrattu, en idéogrammes sumériens)U6.NIR)[1], dérivé du verbe zaqāru, « élever », « construire en hauteur »[2]. On peut donc le traduire par « la très haute »[3]. Il s'agit du monument le plus spectaculaire de la civilisation mésopotamienne, dont le souvenir a continué bien après sa disparition par le récit biblique de la Tour de Babel, inspiré par la ziggurat de Babylone. Bien que rappelant par leur aspect les édifices pyramidaux d'Égypte ou d'Amérique précolombienne, les ziggurats s'en distinguent que ce soit par leur apparence ou leur fonction.

Depuis la mise au jour des grandes capitales mésopotamiennes, plusieurs de ces bâtiments ont pu être analysés, même s'il n'en reste plus qui soient intacts, beaucoup étant dans un état très délabré, se présentant sous l'aspect d'une colline, tandis que certains ont complètement disparu. Peu de descriptions des ziggurats proviennent de la civilisation mésopotamienne, que ce soient des textes ou des images. Certaines (avant tout celle de Babylone) sont mentionnées chez des auteurs grecs (Hérodote et Ctésias). Si l'aspect général des ziggurats est maintenant assez bien connu, il existe toujours des points d'ombre quant à leur signification et leur fonction en l'absence de texte explicite à ce sujet.

La ziggurat de Chogha Zanbil, située à 40 km au sud-est de Suse (Iran), la mieux conservée de nos jours.

Développement et localisation des ziggurats[modifier | modifier le code]

Des temples sur terrasse aux ziggurats : la question des origines[modifier | modifier le code]

Plan de la « ziggurat d'Anu », temple sur terrasse d'Uruk dans les derniers siècles du IVe millénaire.

Historiquement et du point de vue architectural, on voit couramment dans les ziggurats les héritières des édifices cultuels qui sont bâtis sur des terrasses en Basse Mésopotamie[4]. Cette filiation a longtemps reçu des critiques, mais elle paraît aujourd'hui admise, même si les ziggurats présentent des caractères propres qui en font des édifices originaux et que des zones d'ombres persistent sur les conditions exactes de l'émergence des ziggurats, les limites entre celles-ci et les édifices les ayant précédé n'étant pas claires.

Le plus ancien exemple d'édifice sur terrasse pouvant être interprété comme un temple est attesté à Eridu durant la période d'Obeid, vers 5000[5]. Il s'agit de quatre constructions successives (niveaux IX à VI) de taille croissante au cours du temps et de plan tripartite, ordinaire à cette époque, mais situées sur une plateforme haute de plus d'un mètre. Cette tradition se prolonge au IVe millénaire (période d'Uruk), avec l'édifice d'Uruk appelé « ziggurat d'Anu » par les fouilleurs du site, une haute terrasse supportant un temple remarquablement conservé (le « Temple blanc »), déjà précédé par des édifices semblables datant de la période d'Obeid[6]. Le temple sur terrasse le mieux conservé a été exhumé à Tell Uqair, en Basse Mésopotamie. Il date de la fin de la période d'Uruk et de la période de Djemdet Nasr (fin du IVe millénaire)[7]. Il est constitué de deux terrasses superposées, la première avec une façade curviligne tandis que la seconde est rectangulaire, sur lesquelles est bâti un édifice interprété comme étant un temple, encore en partie conservé.

Au IIIe millénaire (Dynasties archaïques), un temple sur terrasse est bâti dans le second quartier sacré d'Uruk, l'Eanna. Un autre édifice similaire de la même période est le « Temple ovale » de Khafadje, dans la vallée de la Diyala[8], dont il ne reste que la terrasse rectangulaire décorée de pilastres de 25 × 30 mètres, encore haute de 4 mètres, disposant d'un escalier perpendiculaire menant au temple qui se trouvait à son sommet et qui a aujourd'hui complètement disparu. L'édifice tire son nom des deux enceintes ovales qui l'isolent du reste de la ville. D'autres temples sur terrasse de la même époque sont attestés en Haute Mésopotamie et en Syrie, notamment à Tell Brak, Tell Mozan[9] et peut-être à Mari. Certains sites du plateau iranien du IIIe millénaire présentent des constructions monumentales comprenant plusieurs terrasses superposées : à Tureng Tepe, Tepe Sialk, Konar Sandal en Iran et jusqu'à Mundigak en Afghanistan et Altyn-depe au Turkménistan[10]. Bien qu'ils soient parfois encore appelés « ziggurats » par leurs fouilleurs, rien ne prouve que ces édifices aient un lien avec les temples sur terrasse mésopotamiens, dont ils divergent par bien des aspects. Les liens entre les deux types de constructions restent de toute manière peu étudiés, notamment parce que les terrasses iraniennes sont encore mal connues[11].

Quand apparaissent les premiers édifices pouvant être qualifiés de ziggurats ? Le terme ziqqurratu(m) n'apparaît qu'au début du IIe millénaire, après la construction des premiers bâtiments de ce type[12]. Il est admis que les constructions réalisées dans les grands centres religieux de Sumer par Ur-Nammu d'Ur et son successeur Shulgi autour de 2100 sont de véritables ziggurats, même s'ils n'emploient pas ce terme (ni de terme précis) pour les désigner. Mais il reste à voir s'il s'agit des premières, et des dissensions existent sur ce point. Les textes antérieurs à Ur III du roi Gudea de Lagash évoquent des constructions désignées par le terme sumérien GI.GÙ.NA (ou GI.GUNU4), qu'il faut peut-être identifier comme des temples sur terrasse, et plus précisément le temple construit sur la terrasse puisque ce terme est repris par la suite sous une forme akkadisée gigunû pour désigner le temple qui surplombe la ziggurat. Ce terme désignait peut-être à l'origine des sanctuaires en roseau, signification du terme GI[13],[14]. Quoi qu'il en soit, certains de ces temples sur terrasses de la période finale des Dynasties archaïques sont parfois considérés comme des ziggurats, comme c'est le cas pour la « ziggurat d'Anu » d'Uruk, ou celles de Kish, voire à Nippur[15]. Des constructions ressemblant à des ziggurats apparaissent sur des sceaux-cylindres dès la fin de la période d'Uruk et à l'époque des Dynasties archaïques, mais rien ne confirme qu'il s'agisse bien de temples sur terrasse car il pourrait s'agir d'autels à degré ou d'autres constructions cultuelles[16]. Dernièrement, les fouilles de Mari en Syrie ont mis au jour des indices témoignant de la présence d'un édifice qui serait une ziggurat sur ce site, et dont les premiers niveaux seraient bien antérieurs aux constructions d'Ur-Nammu[17].

Il est en tout cas certain que les ziggurats des rois d'Ur ont été précédées par des constructions similaires qu'elles ont ensuite recouvert. Du point de vue de la terminologie, le débat peut paraître vain vu que le terme ziggurat n'apparaît pas encore dans les textes mésopotamiens. La limite entre les deux est donc difficile à fixer[18]. A. Parrot semble retenir le nombre de terrasses : dès qu'il y en a trois il s'agirait bien d'une ziggurat, ce qui fait de celles de la période d'Ur III les plus anciennes connues avec certitude. Cependant selon ce même auteur les premières ziggurats dateraient des périodes antérieures, car il considère les constructions à degrés représentées sur des sceaux-cylindres archaïques évoquées précédemment comme des ziggurats[19]. Quoi qu'il en soit, ce minimum de trois terrasses est généralement retenu dans la définition des ziggurats[20]. L'interprétation architecturale de l'apparition des ziggurats en tant que dérivées des temples sur terrasse présente cependant une limite si on s'intéresse à l'aspect fonctionnel de ces édifices : les ziggurats n'ont jamais la fonction de temple principal qu'ont manifestement eu certains temples sur terrasse. Leur rôle cultuel est limité voire inexistant, elles ont été conçues comme des éléments des complexes monumentaux cultuels qui émergent à la fin du IIIe millénaire dans les grands centres de culte du sud mésopotamien, où elles ont un place secondaire par rapport au temple majeur qu'elles voisinent[3].

Les ziggurats de la Troisième dynastie d’Ur[modifier | modifier le code]

Ruines très restaurées de la ziggurat d'Ur.

Que les rois de la Troisième dynastie d'Ur (XXIe siècle) soient les inventeurs des ziggurats ou non, cette époque est en tout cas décisive pour le succès futur de ce genre de constructions[21]. C'est en effet à partir des débuts de la Troisième dynastie d'Ur que les grands centres cultuels de Basse Mésopotamie sont tous dotés progressivement de ces édifices qui sont conçus selon un même modèle, bien qu'ils ne soient pas strictement identiques.

Ces constructions ont apparemment été initiées par le fondateur de la dynastie, Ur-Nammu (2112-2094), et poursuivies par son fils et successeur Shulgi (2094-2047). Quatre ziggurats au moins ont été construites, dans les principaux centres religieux du pays de Sumer, d'où provenait la dynastie : Ur, Uruk, Eridu et Nippur (peut-être aussi une autre à Larsa)[22]. Ces édifices sont construits selon le même principe : trois terrasses empilées qui supportent probablement un temple, auquel on accède par deux escaliers latéraux parallèles à la base et un grand escalier central perpendiculaire, mais leur orientation est différente. Deux d'entre elles au moins (celles d'Ur et d'Uruk) succèdent à d'anciens temples sur terrasse qui sont alors agrandis et surélevés, ce qui semble bien confirmer la filiation entre les deux types d'édifices. Ces constructions ont nécessité la mise au point de nouvelles techniques de construction, et la mobilisation de nombreux travailleurs. Si on s'intéresse au contexte de réalisation de ces édifices, on remarque qu'ils s'inscrivent dans la politique de grands travaux mis en œuvre par les souverains de ce véritable empire dominant alors toute la Mésopotamie, et servi par un appareil bureaucratique et une foule de dépendants qui atteint des quantités jamais atteintes auparavant[23]. Cela explique pourquoi ces quatre ziggurats sont construites selon un même modèle presque standardisé, en quelque sorte « en série ». Plus largement, les rois d'Ur III ont particulièrement insisté sur l'aspect religieux de leur rôle, mis en avant dans plusieurs hymnes royaux et par leur « divinisation », et l'édification des ziggurats sous cette dynastie est sans doute à replacer dans ce contexte idéologique[14].

Le succès des ziggurats aux IIe et Ier millénaires[modifier | modifier le code]

Localisation des villes de Mésopotamie et d'Élam comportant ziggurats, connues avec certitude ou supposées.

Après l'effondrement de la Troisième dynastie d'Ur vers 2004, la construction de ziggurats se poursuit sous l'impulsion des rois d'origine amorrite des États de la Basse Mésopotamie du début du IIe millénaire, qui ont l'habitude de reprendre les traditions héritées de leurs prestigieux prédécesseurs sumériens. Il est souvent difficile de savoir à qui attribuer la construction ou la reconstruction des ziggurats fouillées sur des sites, que l'archéologie ne peut généralement que dater d'une période générale. Des inscriptions de fondation et d'autres textes royaux commémorant la construction ou la restauration (la différence est parfois difficile à saisir d'après les textes) d'une ziggurat peuvent aider à situer plus précisément la date de travaux observés lors de fouilles, mais il n'y en a que pour une minorité de cas. Les rois amorrites à qui peuvent être attribués une grande activité de construction de ziggurats sont ceux de la première dynastie de Babylone. Le plus célèbre d'entre eux, Hammurabi (1792-1750), a construit ou reconstruit celle de l'Ebabbar de Larsa (dédié au dieu-soleil Shamash) d'après ce que rapporte une inscription postérieure de Nabonide qui a restauré à son tour cet édifice[24],[25]. Mais c'est son fils Samsu-iluna (1749-1712) qui a laissé des textes sur la construction de ziggurats : une inscription de fondation commémorant la construction de celle de l'Ebabbar de Sippar (autre grand sanctuaire du dieu-soleil), célébrée aussi dans le nom de sa dix-huitième année de règne ; et une autre rapportant des travaux sur la ziggurat de Kish dédiée à Zababa et Ishtar[12],[26]. Le premier état de la ziggurat de Babylone est également attribuable à un de ces souverains[27], et sans doute aussi celles des villes voisines de Borsippa et Akkad ; les sites de Girsu (Tello) et Lagash (Al-Hiba) ont également eu des ziggurat à cette période. Les premières ziggurats de Haute Mésopotamie sont construites vers le début du XVIIIe siècle à Tell Rimah (sans doute l'antique Qattara)[28] et à Assur pour le dieu tutélaire de la ville, Assur (souvent confondu avec le grand dieu Enlil)[29]. Le meilleur candidat pour leurs constructions est le roi Samsi-Addu (1815-1775), qui a laissé une inscription commémorant celle d'une troisième ziggurat dans la région, à Ninive où elle n'a pu être repérée sur le site même[30],[31]. En Élam, la ziggurat de Suse est attestée par des inscriptions de souverains du début du XVIIIe siècle et milieu du XVIIe siècle[32].

La ziggurat de Dur-Kurigalzu (Aqar Quf) après restauration.

Durant la seconde moitié du IIe millénaire, de nouvelles ziggurats sont bâties, alors qu'on continue d'entretenir les précédentes. En Babylonie, un des deux rois kassites nommé Kurigalzu (sans doute le premier, au début du XIVe siècle) en érige une dans sa nouvelle capitale éponyme, Dur-Kurigalzu (Aqar Quf)[33]. D'autres rois kassites restaurent des ziggurats, comme un des deux Kadashman-Enlil à Nippur et Marduk-apla-iddina (1171-1159) à Borsippa[34], et celle de Babylone est agrandie, peut-être sous le règne de Nabuchodonosor Ier (1126-1105)[35]. Les rois assyriens de la même période construisent plusieurs ziggurats en même temps qu'ils restaurent celles déjà existantes à |ssur et Ninive[36]. Deux ziggurats connues par les fouilles sont bâties dans le temple double d'Anu et Adad à Assur (ce qui fait en tout trois ziggurats identifiées par l'archéologie dans cette ville)[37], et une autre à Kar-Tukulti-Ninurta, ville nouvelle fondée par Tukulti-Ninurta Ier (1245-1208)[38]. Une inscription du roi assyrien Salmanazar Ier (1275-1245) rapporte la restauration de plusieurs temples dont des ziggurats, parmi lesquelles celles dédiées à Ishtar à Arbelès (Erbil) et à Talmussu (localisation exacte inconnue), pour lesquelles on ne dispose pas d'autres attestations[39]. Au même moment, plusieurs sont construites dans le royaume élamite (dans le sud-ouest de l'Iran actuel), à commencer par celle de la nouvelle ville fondée par le roi Untash-Napirisha (1345-1305), Dur-Untash (Chogha Zanbil)[40]. Des inscriptions de ce même royaume mentionnent qu'il existait à cette période deux autres ziggurats, dans la grande ville de Suse et peut-être aussi sur le site de Chogha Pahn[41],[42].

Les rois assyriens de la première moitié du Ier millénaire restaurent à plusieurs reprises les anciennes ziggurats, et deux d'entre eux en construisent des nouvelles dans les capitales qu'ils bâtissent pour leur royaume, ce type d'édifice étant indispensable pour une grande ville mésopotamienne : Assurnasirpal II (883-859) en fait construire une à Kalkhu (Nimrud) vers 870[43], Salmanazar III (858-824) est peut-être à l'initiative d'une autre sur le site de Tell el-Hawa[44], et Sargon II (722-705) en fait ériger une à Dur-Sharrukin (Khorsabad) à la fin du VIIIe siècle[45]. Un texte de ce dernier roi évoque sa restauration d'une ziggurat dédiée à Adad à Ninive, donc la seconde attestée sur ce site[46]. Vers la même époque, Kudurru le gouverneur de Nippur fait construire ou reconstruire une ziggurat dans la ville de Der[47]. Le roi Assarhaddon (680-669) fait bâtir ou restaurer la seconde ziggurat d'Uruk, dans le sanctuaire d'Anu[48]. Plusieurs grandes ziggurats existantes en Basse Mésopotamie sont restaurées voire agrandies par les souverains Assyriens et Babyloniens de la première moitié du Ier millénaire[34]. La mieux connue est la ziggurat de Babylone, Etemenanki, remaniée entre le VIIe siècle et le début du VIe siècle par les rois assyriens Assarhaddon et Assurbanipal (669-627) puis les babyloniens Nabopolassar (626-605) et Nabuchodonosor II (605-562), marque l'aboutissement de ce type de constructions[49]. Les inscriptions de Nabonide (556-539) indiquent qu'il a restauré celles d'Ur, de Larsa et également les deux qui se trouvaient dans le sanctuaire d'Ishtar à d'Akkad, ville dont l'emplacement n'a pas été localisé[24],[50].

Donc les textes mésopotamiens montrent qu'il existait des ziggurats dont les traces n'ont pas été retrouvées même sur des sites fouillés intensivement comme Ninive et Suse où elles ont probablement été arasées durant l'Antiquité. Des listes de ziggurats classées par villes ont été trouvées sur deux tablettes dont les exemplaires datent de la période néo-assyrienne et de la période néo-babylonienne, mais qui sont probablement des copies de textes plus anciens[51]. Elles listent respectivement 22 et 23 ziggurats pour les sites de Basse Mésopotamie uniquement. Mais elles entrent parfois en contradiction avec les découvertes archéologiques, donnant notamment plusieurs ziggurats pour des sites où une seule a été repérée, comme à Nippur, et leur interprétation est donc difficile. Il pourrait en tout y avoir eu une trentaine de ziggurats en Mésopotamie (une vingtaine avec certitude) et trois en Élam, construites entre la fin du XXIe siècle et le VIIIe siècle, en sachant qu'il pouvait en exister d'autres dans des sites non fouillés et non attestées par les textes. De plus, il y a parfois des divergences chez les archéologues pour savoir si la construction en présence est une ziggurat ou un temple sur terrasse, en raison des problèmes de définition évoqués précédemment, notamment pour des édifices dont les fouilles sont anciennes et qui datent de la période archaïque (IIIe millénaire)[15] : c'est le cas de la première « ziggurat d'Anu » d'Uruk, qui correspond plutôt à un temple sur terrasse[6], ou bien des deux « ziggurats » du Tell Inghara à Kish, dont les ruines ne sont pas suffisantes pour les caractériser ainsi[52].

La fin des ziggurats[modifier | modifier le code]

Les ziggurats de Babylonie continuent à être entretenues au moins jusqu'à la chute du royaume de Babylone en 539. Ces édifices suivent le destin de la tradition religieuse mésopotamienne qui s'étiole lentement durant la seconde moitié du Ier millénaire. Les derniers grands travaux entrepris sur des ziggurats se situent à Uruk durant la période séleucide, au milieu du IIIe siècle, quand la ziggurat de l'Eanna est réaménagée et celle du nouveau complexe cultuel du dieu Anu est construite à partir des ruines d'une plus ancienne[53]. Parallèlement, il semble que celles de Babylone et la principale d'Assur continuent à avoir un rôle cultuel[54]. Elles cessent de fonctionner à la période parthe, aux alentours de 100. Il est manifeste que la plupart des ziggurats sont progressivement tombées en ruine après la chute des empires mésopotamiens, n'étant plus entretenues. Certaines sont reconverties pour un temps en forteresse à l'époque parthe, à Nippur et peut-être à Assur[55]. Toutes les ziggurats sont finalement abandonnées comme la plupart des anciennes grandes villes mésopotamiennes où elles se trouvaient et souvent leurs briques ont été utilisées comme matériaux de construction par les populations vivant à leur proximité. Cela n'a pas empêché certaines de rester encore impressionnantes malgré l'épreuve des siècles et de susciter encore l'imagination des voyageurs (à Borsippa, Dur-Kurigalzu, Chogha Zanbil), tandis que d'autres ont totalement disparu sans doute après des remaniements de l'urbanisme (Ninive, Suse).

Caractéristiques architecturales de la ziggurat[modifier | modifier le code]

Forme et dimensions[modifier | modifier le code]

Tentative de reconstitution de la ziggurat d'Ur.
Plan du complexe comprenant les ziggurats jumelles dédiées à Anu et Adad (en foncé) à Assur.

Une ziggurat est un bâtiment massif construit sur une vaste terrasse (kiggallu) servant de fondation, et composé de plusieurs (trois à sept) terrasses pleines de plan carré ou rectangulaire empilées et en retrait les unes par rapport aux autres, formant des niveaux (rikbu), le dernier étage étant supposé supporter un temple[3]. Selon ce que semblent indiquer les textes métrologiques relatifs aux dimensions de ziggurats, celles-ci répondaient à des nombres symboliques, ce qui est au moins évident pour le nombre d'étages[56]. Dans la pratique, les formes que prenaient ces bâtiments étaient variées, faisant de ces édifices un ensemble relativement hétérogène en dépit d'une morphologie similaire.

D'après les relevés des fouilles archéologiques (qui n'ont généralement pu bien mettre au jour que la base des édifices), il apparaît que les ziggurats sont des bâtiments de base carrée ou rectangulaire[57], orientés dans des directions diverses. Ces bases ont des dimensions variables. Au nord, elles sont carrées, tandis qu'au sud la majorité a une base rectangulaire, et une minorité carrée. Les plus petites ont des côtés d'une trentaine de mètres : 31,50 × 19 m à Tell Rimah, 36,60 × 35 m pour les ziggurats jumelles d'Anu et d'Adad à Assur, 31 × 31 m à Kar-Tukulti-Ninurta, 37 × 30 m à Sippar[58], etc. Les plus grandes au sol sont celles de Chogha Zanbil, avec 105,20 m de côté, et celle du complexe d'Anu à Uruk à la période séleucide, qui aurait eu une base de 110 m de côté[59]. Celle de Babylone dans son état final a une base d'environ 91 m de côté. Entre ces extrêmes, on trouve des ziggurats ayant une base dont les côtés varient entre 40 et 60 mètres généralement : 43,10 × 43,10 m à Khorsabad, 51 × 51 m à Kalkhu, 60 × 60 m pour la ziggurat d'Assur dans la ville du même nom, 43,50 × 40,30 m à Larsa, 56 × 52 m à l'Eanna d'Uruk, 57 × 39,40 m à Nippur[60], 61,80 × 36,50 m à Eridu[60], 62,50 × 43 m à Ur, et jusqu'à 67,60 × 69 m à Dur-Kurigalzu[61].

L'accès vers les niveaux supérieurs des ziggurats se faisait par des escaliers. Dans le sud mésopotamien, les bases de ceux-ci apparaissent sur leurs fondations : un escalier principal est perpendiculaire à l'édifice, et il est encadré par deux autres escaliers plaqués contre le monument et parallèles au mur. Comme les étages supérieurs ne sont pas conservés, il est impossible de savoir comme se faisait l'accès au temple haut. Les ziggurats assyriennes n'ont pas laissé de traces de tels escaliers. Cela est dû à la particularité de leur environnement architectural : elles sont en général accolées à un temple intégré dans le même complexe qu'elles et situé sur une plate-forme commune : l'accès s'y faisait probablement par un escalier dont la base se situait à l'intérieur du temple ou sur son toit et qui a disparu avec la dégradation des édifices. C'est ce que semblent indiquer les analyses des résultats des fouilles de Tell Rimah, Assur (même si c'est moins évident pour la ziggurat principale), Kar-Tukulti-Ninurta et Kalkhu[62]. Le cas de la ziggurat de Dur-Sharrukin, pour laquelle Victor Place a décrit une ascension suivant une rampe hélicoïdale, est problématique puisqu'il s'agirait d'un cas isolé, et que la fiabilité des relevés de ce fouilleur est discutée[45],[63],[64]. Sur la ziggurat de Chogha Zanbil, la mieux conservée, l'ascension au second étage se faisait de façon originale par quatre escaliers internes voûtés partant à la perpendiculaire de l'édifice, situés au milieu de chacun des côtés du premier étage. Des escaliers internes devaient ensuite donner accès aux autres étages.

Le nombre d'étages que comportaient les ziggurats est parfois débattu. Il y en avait trois sur les premières construites au temps d'Ur-Nammu, quatre à celle de Chogha Zanbil, sans compter le temple haut. La ziggurat de Babylone en comportait sept, ce qui semble être le maximum et également un nombre à valeur symbolique forte. Pour les autres, le doute demeure. Une tablette scolaire d'époque récente montrant un plan d'élévation d'une ziggurat à sept étages avec leurs dimensions est sans doute un exercice abstrait représentant une ziggurat idéalisée[65]. Des étages de ziggurats comportaient peut-être de la végétation ou des constructions, mais cela nous échappe[20].

Il reste donc impossible de savoir quelle était la hauteur atteinte par ces édifices, seule une estimation est envisageable. Les ruines de celle de Dur-Kurigalzu atteignent encore 57 mètres de haut, et elle aurait pu s'élever à l'origine à près de 70 mètres[66], cet édifice étant l'une des plus grandes ziggurats. À Borsippa les ruines s'élevaient au moment des fouilles à 47 mètres[67], à Kalkhu sur 45 mètres[68], et à Chogha Zanbil elles font encore 25 mètres de haut et pourraient avoir atteint plus de 50 mètres à l'origine[69]. Celle de Babylone aurait eu une hauteur de 90 mètres si on se fie à la Tablette de l'Esagil, document comprenant la description des dimensions de l'édifice[70]. Mais la fiabilité de ce texte est remise en cause, étant donné qu'il semble donner des chiffres symboliques car son but est d'expliquer la fonction cosmologique de l'édifice et pas forcément de le décrire tel qu'il est réellement[71]. Tout ceci explique pourquoi la hauteur de la ziggurat de Babylone est discutée en dépit des sources disponibles, et les dernières estimations sont moins hautes (autour de 60 mètres)[72].

Le temple haut[modifier | modifier le code]

Maquette proposant une reconstitution de la ziggurat de Babylone, Pergamon Museum.

On estime généralement que le dernier étage des ziggurats comprenait un temple, le plus souvent appelé gigunû[73], ou kukunnum en Élam[41]. Dans le cas de celle de Babylone on trouve šahūru[74] (terme qui pourrait en fait ne désigner que son toit en terrasse[14]), ou rarement bīt ziqrat (« temple (litt. maison) de la ziggurat »)[75]. Celui de la ziggurat d'Anu à Uruk durant l'époque séleucide porte un nom de temple, É.ŠÁR.RA (« Maison de la totalité »)[76]. Tous ces édifices ont disparu à la suite de l'érosion des bâtiments les supportant, ce qui fait qu'il est impossible d'avoir la certitude de l'existence d'un tel édifice au sommet de chaque ziggurat, même si cette solution est généralement conservée, notamment depuis qu'on fait dériver ces édifices des anciens temples sur terrasses[77].

Le meilleur moyen d'avoir des informations sur ces édifices est de se reporter aux quelques textes mentionnant celui de Chogha Zanbil, et surtout à la documentation relative à celui de Babylone au Ier millénaire, à savoir une stèle récemment redécouverte sur laquelle le bâtiment est représentée avec son temple haut, accompagnée d'un plan de celui-ci[78] et surtout des textes, comme la description d'Hérodote, ou la Tablette de l'Esagil. Selon cette dernière, ce temple mesurait 25 × 24 mètres, et aurait atteint 15 mètres de hauteur[79]. L'accès s'y faisait par des portes situées sur chacun de ses côtés, menant à six cellae (papāhu) disposées autour d'une cour centrale couverte. Il fut bâti avec des poutres de cèdre, ses murs extérieurs étaient recouverts de briques à glaçure bleue. Hérodote dit qu'on n'y trouvait pas de statues, seulement « un grand lit bien garni, et près de ce lit une table d'or »[80]. S'y trouvait donc au moins le riche mobilier des dieux, comme dans des cellae normales. Une image de la ziggurat de Suse sculptée sur un bas-relief de Ninive montre que le temple supérieur était décoré par deux paires de cornes de cuivre sur au moins un de ses côtés[41], et l'Épopée de la Création babylonienne indique peut-être que la ziggurat de cette ville en comportait aussi[3]. Elles symbolisaient la divinité comme les tiares à cornes dont étaient coiffées les divinités mésopotamiennes.

Matériaux et techniques de construction[modifier | modifier le code]

Les ziggurats sont bâties dans le matériau de construction fétiche de la civilisation mésopotamienne : la brique d'argile. La pierre est uniquement utilisée là où elle est disponible, en Assyrie, pour construire les soubassements de ces édifices[81]. La brique d'argile peut être rectangulaire ou carrée, disposée de chant ou à plat, suivant différents types d'appareil (en boutisse ou en panneresse)[82]. Le noyau central des ziggurats était constitué de briques crues, la grande majorité des briques ayant servi à leur construction. Il était généralement encadré d'un coffrage de briques cuites, bien plus solides et moins perméables à l'eau[83]. Ce coffrage est large d'environ 1,50 mètre pour les ziggurats de la période d'Ur III, mais atteint 15 mètres dans celle de Babylone durant son état final. La dernière à avoir été construite, celle d'Anu à Uruk à la période séleucide, a une base réalisée autour d'un noyau daté de son état de la période néo-assyrienne, mais entouré d'un appareil de briques séparées par des épaisseurs notables de mortier, constituant une construction plus fruste que les ziggurats traditionnelles[48].

Les escaliers et les sols des étages sont généralement faits en briques cuites eux aussi[82]. Des briques glaçurées ont pu être utilisées pour certains temples supérieurs comme il a été vu précédemment. Les murs avaient généralement un décor extérieur de pilastres et de redans, et avaient une forme légèrement courbée pour pallier les effets de la perspective (entasis). Si l'on suit la description de Victor Place à propos de la ziggurat de Dur-Sharrukin, les murs des étages de l'édifice auraient chacun une couleur spécifique, mais ce témoignage a été contesté[45]. Mais d'autres témoignages provenant des anciennes fouilles de Borsippa et d'Ur vont également dans le sens de couleurs spécifiques assignées à certains étages[84], ce qui n'apparaît pas pour d'autres sites.

La masse que constituait l'ensemble des millions de briques agglomérées dans une ziggurat posait différents problèmes physiques : des pesées, des poussées, des tassements, des glissements latéraux, en plus de problèmes d'infiltration ou d'écoulements d'eau. Les bâtisseurs mésopotamiens avaient donc mis en œuvre différents procédés pour assurer la durabilité de ces édifices[85]. Du bitume était employé pour imperméabiliser la base des ziggurats. L'eau de pluie ruisselant sur les étages supérieurs était évacuée par des « drains-gouttières » en brique crue. Des couches de roseaux disposées à intervalles réguliers entre les briques, constituaient un chaînage évitant le glissement des briques. Certaines ziggurats (Uruk, Borsippa, Dur-Kurigalzu) comprenaient en plus un ancrage de cordes de roseaux tressées courant sur toute leur longueur. Des troncs d'arbres disposés dans le massif de briques de celle de Chogha Zanbil servaient de chaînage ou d'armature, reliant le cœur de briques crues aux briques cuites de la couche extérieure[86]. De petits tunnels étaient également laissés dans la ziggurat, sans doute pour permettre l'assèchement du massif de briques, ou bien pour compenser la variation de taille de ses briques suivant la chaleur ou l'humidité. Les constructeurs de la ziggurat de Tell Rimah ont employé des techniques différentes, sans doute dans le même but : un espace de 90 cm sépare le cœur de l'édifice des murs extérieurs, et une chambre centrale voûtée, vide et inaccessible, a été laissée à l'intérieur de la ziggurat[87]. Ce même procédé se retrouve dans d'autres ziggurats assyriennes, comme à Kalkhu[88].

La ziggurat dans l'espace et le paysage urbains[modifier | modifier le code]

Les ruines de l'Eanna, temple d'Ishtar à Uruk, dominées par la ziggurat dédiée à la déesse.
Plan détaillé du complexe entourant la ziggurat Etemenanki de Babylone, avec le temple bas, l'Esagil, au sud.

Comme les principaux monuments construits par les anciens mésopotamiens, la ziggurat est localisée dans une ville. Elle fait généralement partie du quartier central de la cité, où se trouvent ses principaux édifices politiques et religieux. Plus précisément, elle se situe souvent dans un véritable « quartier sacré », qui forme un véritable ensemble, avec des espaces cultuels, magasins, cuisines, ateliers, résidences et services administratifs. Les ziggurats se trouvent à proximité du temple bas principal qui leur est généralement associé. Dans certains cas comme Ur, il n'y a pas de temple bas indépendant à laquelle la ziggurat est associé, et les pièces du culte principal (lieux de préparation des offrandes et appartements divins) se situent sans doute dans l'enceinte bordant la tour[89].

Dans les grandes villes de Basse Mésopotamie, les ziggurats sont situées dans un vaste complexe généralement isolé du reste de l'espace urbain par une enceinte délimitant un périmètre sacré, auquel seul le personnel cultuel avait habituellement accès[90]. Cela semble systématique à partir du Ier millénaire. Ainsi, tout un ensemble architectural couvrant 350 × 300 mètres à Uruk est organisé autour de la ziggurat, avec à ses pieds des sanctuaires, plusieurs cours entourées par des murs larges dans lesquels sont enserrées des pièces servant de dépendance aux activités du culte (cuisines, entrepôts, ateliers, chapelles, etc.). À Babylone à la même période, l'enceinte entourant la ziggurat et son complexe mesure environ 400 mètres de côté, et est séparée du temple bas qui lui est associé, l'Esagil, situé au sud. Les ziggurats élamites sont également situées dans un quartier sacré, qui serait nommé (en élamite) kizzum à Suse et siyan-kuk à Chogha Zanbil, entouré d'une enceinte, le premier contenant peut-être un bosquet sacré (husa)[41]. En Haute Mésopotamie, les ziggurats sont souvent accolées directement au temple bas auxquelles elles sont associées, et selon toute vraisemblance l'accès à leurs étages supérieurs se faisait directement par un escalier provenant du temple qui n'a pas pu être retrouvé en raison de la dégradation de ces édifices[62]. Deux ziggurats assyriennes sont cependant isolées des autres édifices : celle de Dur-Sharrukin pour laquelle la restitution de l'accès à l'étage supérieur pose problème comme vu précédemment[45], ainsi que la ziggurat du dieu Assur dans la ville du même nom.

Il semble que plusieurs villes aient disposé de plus d'une ziggurat : c'est assurément le cas d'Assur où les traces de trois de ces édifices ont été retrouvées (dont un groupe de deux ziggurats jumelles attesté seulement sur ce site)[37], de Ninive où deux ziggurats sont mentionnées dans les inscriptions de fondation[46], à Uruk avec celles des complexes d'Ishtar et d'Anu, au moins aux périodes néo-assyrienne et séleucide[53], et peut-être dans d'autres villes de Basse Mésopotamie si l'on se fie aux Listes de ziggurats[51].

Par leur masse et leur élévation, et malgré leur isolement dans des enceintes, les ziggurats devaient dominer la ville dans lesquelles elles étaient bâties. En Basse Mésopotamie, le relief plat devait les rendre visibles à des kilomètres. En Haute Mésopotamie, où le relief est plus irrégulier, elles sont construites sur les sortes d'acropoles qui constituent le quartier principal des grandes villes, associant palais et temples. Elles surplombaient donc le reste des constructions, a fortiori quand elle était située près du rebord de la colline, comme à Kalkhu et Assur (pour la ziggurat principale). Les ziggurats étaient donc des éléments marquants du paysage urbain des grandes capitales et villes sacrées de Mésopotamie. Encore aujourd'hui, les ruines des ziggurats qui sont relativement bien conservées dominent les sites où elles se trouvent.

Les fonctions des ziggurats[modifier | modifier le code]

Une construction monumentale de prestige[modifier | modifier le code]

Par leur masse et leur aspect spectaculaire, et les moyens mis en œuvre pour les édifier et les préserver, les ziggurats sont parmi les monuments les plus importants construits par les Anciens mésopotamiens. Leur construction est une tâche prise en charge par les souverains, qui mettent leur administration et leur main-d'œuvre en action pour cela. Comme pour les palais, les grands temples et les murailles des cités, les constructions des ziggurats sont décrites dans des inscriptions de construction, qui mettent en avant leur aspect monumental et l'importance symbolique que leur édification revêtait pour les rois et leur prestige personnel. Le terme sumérien désignant ces édifices, É.U6.NIR, peut se traduire « Maison d'admiration ». Les noms donnés à certaines ziggurats mettent en avant le respect qu'inspiraient ces édifices ou leur aspect spectaculaire[56] : la « Maison-fondement parée de terreur » (É.TEMEN.NÍ.GÙR) à Ur[91] ou la « Maison-montagne exaltée » (É.KUR.MAH) à Kish[92]. La métaphore de la montagne est cependant courante pour les temples mésopotamiens en général[3]. Certains textes néo-assyriens indiquent même que les ziggurats pouvaient être divinisées (elles étaient alors précédées du déterminatif de la divinité) et recevoir des offrandes, au même titre que d'autres objets de culte comme les armes des dieux[93].

Les ziggurats ont également marqué les témoins extérieurs à la civilisation mésopotamienne, notamment celle de Babylone, que des auteurs grecs ont décrite et qu'Alexandre le Grand a entrepris de restaurer, alors qu'elle a tellement marqué les juifs déportés en Babylonie qu'elle leur a inspiré le mythe de la Tour de Babel. Par cet aspect monumental elles se rapprochent des pyramides d'Égypte ou d'autres civilisations, même si par leurs dimensions elles sont loin d'égaler les plus vastes de ces édifices qui ont nécessité plus de moyens lors de leur construction (mais un entretien moins constant car ils étaient construits en matériaux plus solides)[94].

Il a été tenté d'évaluer ce que demandait la construction de ziggurats[95]. M. Sauvage a estimé la quantité de briques nécessaires à la construction du premier étage de la ziggurat d'Ur à plus de 7 millions (crues et cuites). Selon lui, la construction de cet étage aurait dû demander près de 95 000 journées de travail pour le maçonnage des briques, et 50 000 journées de travail pour les autres tâches, soit respectivement 95 et 50 jours si on employait 1 000 ouvriers, nombre attesté dans le cas de la construction d'un temple à la même période. Un texte d'époque néo-babylonienne nous apprend que plus de 8 500 personnes ont été employées à la construction de la ziggurat de Sippar, ce qui est considérable[96]. Pour la même époque, J. Vicari évalue que la ziggurat de Babylone comprend 36 millions de briques (mais cela dépend de la dimension qu'on lui attribue)[97], pouvant être mis en œuvre selon lui par 1 200 hommes en 1 250 jours, calcul théorique dans la mesure où cet édifice est en fait une extension d'une ziggurat antérieure plus petite et n'a donc pas nécessité un tel travail[98] ; tandis que M. Sauvage a estimé qu'il aurait fallu environ 330 jours de travaux à 1 500 ouvriers (dont un bon millier de maçons) pour la construire, sans prendre en compte les autres matériaux (bois, roseaux) et l'intendance[99].

Il est probable que les administrateurs chargés de ces chantiers aient ajusté le personnel mobilisé en fonction du temps prévu pour la construction et de leurs moyens. Ils n'avaient pas besoin d'un personnel spécialisé pour préparer les briques. Les ouvriers n'étaient sans doute pas mobilisables toute l'année, en raison des obligations des travaux agricoles, de l'entretien d'autres constructions publiques comme les canaux, etc., ce qui rend difficile l'estimation du temps nécessaire à la construction ou la restauration d'une ziggurat, sans oublier d'éventuels imprévus. Un autre problème était de trouver le personnel spécialisé, les maîtres-maçons, qui pouvaient avoir des compétences très vastes et étaient donc indispensables au chantier. On ne sait en revanche rien des architectes ayant conçu et supervisé la construction de ces édifices, le souverain se présentant systématiquement comme le concepteur de ceux-ci[100].

Finalement, la construction d'une ziggurat ne représente pas une charge de travail considérable, et pas forcément beaucoup plus qu'un autre monument[101], vu qu'un grand temple demandait environ 20 millions de briques (sans compter ses dépendances). Un palais royal ou une muraille demandaient beaucoup plus de moyens. Pour autant, elles constituent un élément essentiel du paysage des grandes villes mésopotamiennes, leur fonction monumentale et prestigieuse semblant déterminante dans leur développement. Les grandes périodes de construction et de restauration de ces édifices correspondent d'ailleurs aux périodes de développement de royaumes majeurs (Ur III, royaume de Samsi-Addu, Empire néo-babylonien, etc.).

Un temple surélevé[modifier | modifier le code]

Depuis les premières explorations et fouilles de ziggurats en Mésopotamie, des spéculations ont été faites quant à leur fonction[102]. Les premières analyses faites par des explorateurs et des fouilleurs de site (Niebhur, de Sarzec) sont utilitaristes : il s'agit d'édifices surélevés permettant à des gens de s'y mettre à l'abri de la chaleur et des moustiques qui abondent dans les zones humides de Basse Mésopotamie. Pour Victor Place, la ziggurat de Khorsabad est un observatoire d'astronomes. Ce n'est pas leur fonction principale, mais il faut tout de même garder la possibilité qu'elles aient servi à l'observation du Ciel, d'autant plus que les « astronomes » mésopotamiens étaient des prêtres[103]. Les interprétations suivantes s'orientent vers la sphère religieuse : il a été proposé que la ziggurat soit une construction funéraire (Hommel), ou bien un symbole du cosmos ou de la terre en miniature (Rawlinson, Jensen, Lagrange), ou encore un trône divin (Lethaby, Dombart).

Tout indique en effet que les ziggurats sont des édifices à fonction religieuse : elles sont situées dans un espace sacré, sont dédiées à une divinité, et portent un nom cérémoniel en sumérien comme les autres temples mésopotamiens, débutant par le terme É, signifiant « maison », car un temple est considéré comme étant la résidence d'une divinité[104]. Ces noms peuvent également servir pour rechercher la symbolique des ziggurats, mais le problème est qu'ils sont très divers et peuvent orienter dans plusieurs directions, même si des recoupements sont possibles et très évocateurs comme il sera vu plus bas.

Si l'interprétation de la ziggurat en tant que temple est admise, il reste à savoir quelle est la véritable signification d'un temple surélevé. L'architecte et archéologue allemand Walter Andrae est le premier à avoir proposé une théorie à ce sujet, reposant sur une observation du cadre architectural des ziggurats[105]. Il voit dans celle-ci un édifice destiné à porter un sanctuaire surélevé (Hochtempel) lié à un sanctuaire situé à proximité au niveau du sol (Tieftempel), car effectivement les ziggurats sont généralement voisines d'un temple traditionnel. Selon lui, le temple haut est la résidence terrestre habituelle de la divinité, qui peut descendre rejoindre son temple bas à l'occasion. Cette théorie a été critiquée, car dans certains cas il n'y a pas clairement de temple bas indépendant répondant au temple haut de la ziggurat, même si les installations cultuelles principales semblent bien être situées aux pieds de la ziggurat comme cela a déjà été évoqué.

Un lien entre le Ciel et la Terre : une interprétation cosmologique[modifier | modifier le code]

A. Parrot a repris et prolongé la réflexion d'Andrae sur la symbolique des ziggurats en tant que lien entre monde divin et monde des humains[106]. Il voit ces édifices comme manifestant le désir des hommes de s'élever (c'est l'étymologie du mot les désignant), sans doute pour être plus près du monde divin dont la demeure est le Ciel, comme l'illustre l'adjonction de plus en plus de terrasses aux ziggurats au fil des siècles. Par la suite, les interprétations ont retenu l'aspect cosmologique de la ziggurat en tant que lien entre le Ciel et la Terre[107]. Cela repose notamment sur les noms de certaines ziggurats : celle de Larsa, « Maison-lien du Ciel et de la Terre » (É.DUR.AN.KI)[108], celle de Babylone, « Maison-fondement du Ciel et de la Terre » (É.TEMEN.AN.KI)[91], ou encore celle de Sippar, « Maison-seuil pur du Ciel » (É.KUN4.AN.KÙ.GA)[109]. Une inscription du roi Nabopolassar relative à la construction de la première proclame ainsi : « Marduk, mon seigneur, me commanda au sujet d'Etemenanki, [...] d'assurer son fondement dans le sein du Monde inférieur et de faire rivaliser son sommet avec les Cieux »[110]. L'image du ciel à atteindre se retrouve aussi dans les inscriptions de son lointain prédécesseur Samsu-iluna[26], ainsi que dans la Genèse qui raconte que les constructeurs de la Tour de Babel voulaient que son « sommet touche au ciel », et qu'elle soit une « porte des cieux »[111].

Cette interprétation nécessite un développement sur la conception mésopotamienne du Monde. Selon ce qu'il ressort de divers textes, notamment mythologiques, les anciens Mésopotamiens pensaient que celui-ci était constitué du Ciel (AN), et de l'ensemble constitué de la Terre et du Monde inférieur (KI), qui avaient été séparés au début des Temps par une divinité ou un groupe de divinité créatrices, dont l'identité variait suivant les traditions locales[112]. Le Ciel était le lieu de résidence des divinités principales du panthéon mésopotamien, les Anunnaki, alors que le Monde inférieur est l'équivalent des Enfers. Entre les deux se trouve la surface terrestre, où vivent les humains. La ziggurat pourrait donc symboliser une sorte de lien entre les deux grandes parties constituant le Monde, voire un passage de l'un vers l'autre comme l'indique le nom de la ziggurat de Sippar. Ce sont les textes de la tradition théologique de Nippur (mettant en avant le dieu Enlil) et de celle de Babylone (tournant autour de Marduk et manifestement très inspirée de la précédente) qui explicitent le plus le rôle cosmologique de leurs ziggurats, qui est lié à leurs récits de création du monde et à l'affirmation de leurs divinités comme des divinités créatrices et souveraines. Le Chant de la houe fait ainsi de la ziggurat de Nippur l'axe du Monde, reliant le Ciel et la Terre (c'est du reste son nom) après leur séparation par Enlil[113]. De la même manière, l'Épopée de la Création (Enuma Eliš) babylonienne fait de la ziggurat de Babylone le centre du Monde, sur le lieu où le dieu Marduk a créé le Ciel et la Terre après avoir vaincu la divinité primordiale Tiamat[114]. Cela n'exclut pas pour autant de combiner cette interprétation avec des analyses symboliques plus anciennes, comme celle qui voit dans la ziggurat une reproduction d'une montagne sacrée, symbole important dans la religion mésopotamienne en tant que source de vie et surtout de contact avec le monde divin[115],[3].

L'intérêt de la ziggurat en tant que point de contact avec le Ciel semble particulièrement important. Le nom de la ziggurat de Borsippa, « Maison des sept Sages du Ciel » (É.UR.IMIN.AN.KI.A)[116], fait référence à ses sept étages qui renvoient peut-être eux-mêmes aux sept corps astraux connus alors (le Soleil, la Lune, Mercure, Vénus, Mars, Saturne et Jupiter). Une interprétation de type cosmologique cherche d'ailleurs à mettre en relation les étages de la ziggurat et ces astres : la forme la plus aboutie de la ziggurat idéale serait d'avoir sept étages, comme les sept corps astraux connus par les Mésopotamiens[117]. Pour en rester à l'observation du ciel, le rituel d'Uruk de la période séleucide qui a lieu au sommet de la ziggurat de cette ville est lié à l'apparition de plusieurs astres que l'on peut y observer de nuit. Le nom du temple haut de cette ziggurat, É.ŠÁR.RA (« Maison de la totalité »), est peut-être lié au fait qu'on pouvait y observer la totalité du ciel et s'en rapprocher. Cela renvoie aussi à la vieille interprétation faisant de ces édifices des observatoires pour le ciel, qui ne peut être totalement délaissée[118].

Une fonction cultuelle sans doute limitée[modifier | modifier le code]

Un des côtés de la ziggurat de Chogha Zanbil avec un espace cultuel à ses pieds.
Maquette du sit-šamši, XIIe siècle, Musée du Louvre, représentant peut-être un rituel ayant lieu dans l'espace sacré d'une ziggurat, Musée du Louvre.

Si la ziggurat a une fonction religieuse, et qu'il est généralement admis qu'elle symbolise une sorte de lien entre monde humain et monde divin bien que cela ne soit jamais dit explicitement dans des textes anciens, sa fonction rituelle est très peu documentée et peu étudiée, les quelques hypothèses sur ce sujet sont très conjecturales. On ne sait donc pas à quoi servaient ces édifices qui semblent si importants pour les Anciens mésopotamiens. Comme les autres parties des complexes cultuels majeurs (cours des temples et chapelles secondaires) des grandes villes mésopotamiennes, elles ont pu voir le déroulement de rituels, mais la fonction cultuelle principale reste réservée au lieu de culte majeur, à savoir le temple principal, le temple bas.

Des informations proviennent comme souvent avant tout du sanctuaire de Marduk de Babylone. On sait d'après la Tablette de l'Esagil que le temple haut comportait six cellae pouvant abriter les statues de plusieurs divinités : Marduk, Nabû et sa parèdre Tashmetu, Ea, Nusku, Anu et Enlil. En face de la cella de Marduk se trouvait une chambre comprenant son lit et son trône[119]. Tout cela nécessitait sans doute le même entretien quotidien que les temples ordinaires, à savoir des offrandes alimentaires, vestimentaires et autres aux statues symbolisant la présence divine dans le sanctuaire, même si elles n'étaient présentes dans le temple haut que temporairement. En tout état de cause, il a été supposé que des rituels similaires à ceux qui se déroulaient dans le temple bas (l'Esagil) pouvaient être transposés dans le temple haut d'Etemenanki[120], même si aucun texte ne mentionne le déroulement de rituels quotidiens ou courants dans le temple de la ziggurat. Les textes évoquent plutôt des rituels exceptionnels, peut-être le déroulement d'un rituel de type Mariage sacré dans le lit de ce temple, entre Marduk et sa parèdre représentés par leurs statues cultuelles[120]. Hérodote dit que la chambre divine abritait lors d'un rituel l'union entre le dieu et une femme du pays[80]. Un texte babylonien trop fragmentaire pour être compris évoque un rituel pouvant se dérouler dans le temple haut de la même ziggurat[75]. Il ressort donc de ces maigres témoignages que le temple haut de la ziggurat de cette ville n'a sans doute eu qu'une fonction rituelle mineure[121].

Les informations sur les rituels ayant pu se dérouler dans d'autres ziggurats confirment cette impression de rôle secondaire de ces édifices dans le culte. Deux textes d'Uruk de la période séleucide décrivent deux rituels similaires se déroulant sur le toit du temple au sommet de la ziggurat du dieu Anu. Un d'eux a lieu durant la nuit et est apparemment destiné à assurer la pérennité de la lumière dans un feu sacré, en lien avec des astres divins. Lors qu'apparaissent les étoiles du dieu Anu et de sa parèdre Antu des chants sont entonnés, puis succèdent des sacrifices rythmés par l'apparition d'autres astres, et l'allumage d'une torche transportant un feu sacré qui est ensuite portée en d'autres endroits du sanctuaire. Le rituel se poursuit dans le temple et le reste de la ville jusqu'à l'aube. Dans ces cas, ce serait donc la hauteur de la ziggurat qui en fait le lieu idéal pour une partie de ce rituel lié à des astres divinisés, d'où on peut se rapprocher de la plénitude céleste, et allumer une torche qui sert peut-être à capter la lumière des astres de la nuit, et symboliserait la régénérescence de la nuit[122].

La documentation élamite relative aux ziggurats fournit aussi des indices, au moins sur l'existence d'un rituel ayant lieu dans l'espace sacré entourant celle de Chogha Zanbil, aux pieds de laquelle un espace cultuel a été mis au jour, comportant notamment des tables d'offrandes et un bassin à ablutions[123]. Il peut être mis en relation avec une œuvre élamite retrouvée à Suse et datée du siècle suivant, la représentation miniature d'un rituel du « lever du soleil » (sit šamši)[124]. Deux prêtres effectuent un rituel entre deux édifices, qui pourraient bien être un autel à degrés et une ziggurat (ou bien un second autel à degrés), et à proximité d'un bassin à ablutions. Si l'on s'en tient à son nom ce rituel aurait lieu à l'aube, alors que l'espace cultuel de Chogha Zanbil est justement situé sur le côté du soleil levant.

Il est finalement frappant de constater que parmi les nombreux textes de rituels et de fêtes religieuses connus, presque aucun n'indique explicitement que des rituels se soient déroulés dans le temple haut de la ziggurat, alors que cet édifice paraît majeur dans le paysage religieux des grandes villes mésopotamiennes. Soit cela résulte d'une lacune des sources et le mystère de la fonction des ziggurats reste à résoudre, soit il faut admettre que les ziggurats avaient un rôle cultuel très limité voire inexistant, en sachant que cela a pu dépendre des villes.

Postérité[modifier | modifier le code]

La postérité architecturale des ziggurats après leur disparition semble nulle. Il est parfois avancé qu'un minaret irakien comme celui de Samarra reprend sa forme hélicoïdale de la ziggurat de Khorsabad, mais il est plus probable que ce soit le modèle de ce minaret qui ait influencé la proposition de reconstitution de la ziggurat par Victor Place plutôt que la ziggurat qui ait inspiré les architectes médiévaux[45]. Du reste, il est difficilement envisageable que l'édifice antique ait été suffisamment bien conservé pour servir de modèle au IXe siècle de notre ère[125]. Une maigre postérité architecturale des ziggurats antiques depuis leur redécouverte par l'archéologie se repère dans quelques constructions modernes qu'elles ont plus ou moins inspiré[126].

La postérité marquante des ziggurats concerne une seule d'entre elle, la ziggurat de Babylone qui a en partie inspiré le mythe de la Tour de Babel aux auteurs de la Genèse. Ce récit explique comment les habitants de Babel (ville inspirée par Babylone) ont tenté d'atteindre le Ciel avant d'en être empêchés par Dieu qui instaura la confusion parmi eux en multipliant les langues. L'édifice apparaît aussi dans des descriptions d'autres grecs antiques de Babylone, et a inspiré des nombreux artistes, avant tout en Europe, jusqu'à nos jours[127].

Enfin, sur le plan de l'incidence écologique et paysagiste, il est à supposer que la construction, les échafaudages en bois et le bois nécessaire à la cuisson des briques cuites de tels énormes édifices accentuèrent la déforestation, puis la désertification de ces régions sèches au cours des siècles, tout comme lors de l'édification des premières pyramides en brique en Egypte...[réf. nécessaire]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. CAD, p. 129
  2. (en) A. L. Oppenheim et al., The Assyrian Dictionary Volume 21, Z, Chicago, 1961, p. 55-56
  3. a, b, c, d, e et f Guichard 1998, p. 1393
  4. Déjà pressenti puis établi par les études de Parrot 1949, p. 157-167, Parrot 1953, p. 26-28 et Busink 1969-1970, p. 108-117. Plus récemment Margueron 2003, p. 325-327
  5. Amiet 1977, p. 513-514
  6. a et b Amiet 1977, p. 527
  7. Amiet 1977, p. 522-523
  8. Amiet 1977, p. 516-517
  9. (de) P. Pfälzner, « Das Tempeloval von Urkeš: Betrachtungen zur Typologie und Entwicklungsgeschichte der mesopotamischen Ziqqurrat im 3. Jt. v. Chr. », dans Zeitschrift für Orient-Archäologie 1, 2008, p. 396-433
  10. (en) M. Herles, « Ziggurat », dans Encyclopædia Iranica Online, 2012 (accessible http://www.iranicaonline.org/)
  11. Pour J.-L. Huot, « Les ziggurats mésopotamiennes et l'Asie centrale », dans L'Asie Centrale et ses rapports avec les civilisations orientales des origines à l'âge du fer, Paris, 1988, p. 37-42, les deux types d'édifices n'ont pas de lien manifeste entre eux, de même que pour (en) H. Crawford, Sumer and the Sumerians, Cambridge, 2004, p. 88, même si ce dernier auteur admet l'éventualité de contacts ; contra F. Vallat, « L'origine orientale de la ziggurat », dans Jiroft, Dossiers de l'archéologie 287, octobre 2003, p. 92-95, pour qui les ziggurats mésopotamiennes trouvent leur origine dans le Plateau iranien.
  12. a et b CAD, p. 129
  13. H. Limet, « Ziggourat », dans P. Poupard (dir.), Dictionnaire des religions, vol. 2, Paris, 2007, p. 2158 ; (en) A. L. Oppenheim et al., The Assyrian Dictionary Volume 5, G, Chicago, 1956, p. 67-68. Mais (en) D. O. Edzard, The Royal inscriptions of Mesopotamia, Early periods, vol. 3/1, Gudea and His Dynasty, Toronto, 1997, p. 33 et 41 le traduit avec des réserves par grove, « bosquet ».
  14. a, b et c Guichard 1998, p. 1394
  15. a et b (en) H. Crawford, Sumer and the Sumerians, Cambridge, 2004, p. 86
  16. Parrot 1953, p. 18-22. P. Amiet, « Ziggurats et « culte en hauteur » des origines à l'époque d'Akkad », dans Revue d'Assyriologie 47, 1953 ; Id., « La ziggurat d'après les cylindres de l'époque dynastique archaïque », dans Revue d'Assyriologie 45, 1981, p. 80-88
  17. « Archéologie : les mystères de Mari enfin dévoilés ? », UVSQmag 25, janvier 2010 ; « E. Villeneuve, « La plus ancienne ziggourat », La recherche (non daté) » ; en attendant les fouilles suivantes et leurs publications pour en savoir plus sur le sujet.
  18. Discussion dans Margueron 2003, p. 325-327
  19. Parrot 1953, p. 28
  20. a et b Margueron 2003, p. 325
  21. Parrot 1953, p. 28-29 ; Sauvage 1998, p. 45
  22. Sauvage 1998, p. 45-47
  23. Sauvage 1998, p. 61
  24. a et b CAD, p. 130-131
  25. L. Bachelot et C. Castel, « Recherches sur la ziggurat de Larsa », dans J.-L. Huot (dir.), Larsa, Travaux de 1985, Paris, 1989, p. 53-77. Une inscription de Sîn-iddinam (1849-1843) indique qu'une ziggurat existait déjà avant la période de domination babylonienne, cf. Sollberger et Kupper 1971, p. 190-191.
  26. a et b Sollberger et Kupper 1971, p. 220 et 222-223
  27. André-Salvini 2009, p. 109
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  29. (de) P. A. Miglus, « Zur Grossen Ziqqurrat in Assur », dans Mitteilungen der Deutschen Orient-Gesellschaft 117, 1985, p. 21-45
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  31. Un monticule ressemblant aux ruines d'une ziggurat se trouve sur l'acropole de Tell Leilan, où a œuvré ce même souverain, mais il n'y a pas de certitude qu'il s'agisse d'un tel édifice, cf. D. Parayre et H. Weiss, « Cinq campagnes de fouilles à Tell Leilan dans la Haute Jezireh (1979-1987) : Bilan et perspectives », dans Journal des savants janvier-juin 1991, p. 13
  32. Sollberger et Kupper 1971, p. 260-261 et 263
  33. (en) T. Baqir, « Iraq Government excavations at Aqar Quf 1942-1943 », dans Iraq Supplement, 1944, p. 3-16
  34. a et b CAD, p. 130
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  46. a et b (en) J. Reade, « The Ishtar Temple at Nineveh », dans Nineveh: Papers of the XLIXe Rencontre Assyriologique Internationale, London, 7-11 July 2003, Iraq 67, 2005, p. 383-384
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  56. a et b C. Castel, « Ziggurat », dans Joannès (dir.) 2001, p. 919
  57. Sauf précision, les dimensions données pour les bases des ziggurats sont issues Amiet 1977, p. 498-530
  58. D. Charpin et M. Sauvage, « Sippar », dans Joannès (dir.) 2001, p. 783
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  64. Reade 2002, p. 166 et fig. 39, propose de restituer un pont entre la ziggurat et le temple de Sîn, le plus proche de la tour.
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  75. a et b (en) A. R. George, Babylonian Topographical Texts, op. cit., p. 227
  76. Downey 1988, p. 20. Ce nom ne semble pas concerner toute la ziggurat, même si la nuance est floue, cf. George 1993, p. 145 qui considère qu'il s'agit de la ziggurat.
  77. (en) H. Crawford, Sumer and the Sumerians, Cambridge, 2004, p. 85
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  85. Sauvage 1998, p. 50-53 ; M. Sauvage, La brique et sa mise en œuvre en Mésopotamie, Des origines à l'époque achéménide, Paris, 1998, p. 69-70 et 144
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  88. Reade 2002, p. 164
  89. D. Charpin, Le clergé d'Ur au siècle d'Hammurabi, Genève et Paris, 1986, p. 329-340. Des cas similaires sont repérables dans les anciennes ziggurats d'Eridu, Nippur et celle de l'Eanna d'Uruk avant le Ier millénaire.
  90. Margueron 2003, p. 320 et 323
  91. a et b George 1993, p. 149
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  93. (en) S. W. Holloway, Aššur is King! Aššur is King!: Religion in the Exercise of Power in the Neo-Assyrian Empire, Leyde, 2002, p. 189
  94. À titre de comparaison la pyramide de Khéops de Gizeh a une base carrée d'environ 230 mètres de côté et devait mesurer 146 mètres de haut, la Pyramide du Soleil de Teotihuacan a une base carrée d'environ 225 mètres de côté pour une hauteur de 75 mètres, tandis que la ziggurat de Babylone avait une base carrée de 90 mètres de côté et une hauteur d'une soixantaine de mètres.
  95. Sauvage 1998, p. 56-60
  96. F. Joannès, Archives de Borsippa, la famille Ea-Ilûta-Bâni : étude d'un lot d'archives familiales en Babylonie du VIIIe au Ve s. av. J.-C., Genève, 1989, p. 128
  97. J. Vicari et F. Bruschweiler, « Les ziggurats de Tchoga Zanbil (Dur-Untash) et de Babylone », dans Le dessin d’architecture dans les sociétés antiques, Actes du colloques de Strasbourg 26-28 janvier 1984, Strasbourg, 1985, p. 47-57
  98. Vicari 2000, p. 48-49
  99. M. Sauvage, La brique et sa mise en œuvre en Mésopotamie, Des origines à l'époque achéménide, Paris, 1998, p. 83-84
  100. Sauvage 1998, p. 60-61
  101. J.-J. Glassner, La tour de Babylone. Que reste-t-il de la Mésopotamie ?, Paris, 2003, p. 172-173
  102. On trouvera un résumé des différentes théories émises par les premiers analystes des ziggurats dans Parrot 1949, p. 200-217 et Parrot 1953, p. 43-45
  103. André-Salvini 2009, p. 113-114
  104. Parrot 1953, p. 48-49
  105. (de) W. Andrae, « Der Babylonische Turm », dans Mitteilungen der Deutschen Orientgesellschaft 71, 1932, p. 1-11
  106. Voir par exemple ses conclusions dans Parrot 1953, p. 46-49
  107. Par exemple : M.-J. Stève, « La ziggurat », dans La Babylonie, Les dossiers d'archéologie 103, mars 1986, p. 25 ; C. Castel, « Ziggurat », dans Joannès (dir.) 2001, p. 919 ; Margueron 2003, p. 328 ; André-Salvini 2009, p. 114-117
  108. George 1993, p. 80
  109. George 1993, p. 115
  110. Cité par (en) A. R. George, « The Tower of Babel: archaeology, history and cuneiform texts », dans Archiv für Orientforschung 51, 2005-2006, p. 75-95
  111. Parrot 1953, p. 49-52. Genèse 4,11
  112. J. Bottéro, La plus vieille religion, en Mésopotamie, Paris, 1998, p. 162-185
  113. « (en) Traduction en anglais sur ETCSL »
  114. André-Salvini 2009, p. 114-117 ; J.-J. Glassner, « L'Etemenanki, armature du cosmos », dans NABU 2002/32
  115. (en) H. Frankfort, The Art and Architecture of the Ancient Orient, Baltimore, 1958, p. 6-7
  116. George 1993, p. 157
  117. (en) P. James et M. A. van der Sluijs, « Ziggurats, Colors, and Planets: Rawlinson Revisited », dans Journal of Cuneiform Studies 60, 2008, p. 57-79
  118. Guichard 1998, p. 1394-1395
  119. André-Salvini 2009, p. 111
  120. a et b Vicari 2000, p. 52 ; André-Salvini 2009, p. 113
  121. Conclusion similaire dans : (en) R. J. Van der Spek, « The Size and Significance of the Babylonian Temples under the Successors », dans P. Briant et F. Joannès (dir.), La Transition entre l'empire achéménide et les royaumes hellénistiques, Persika 9, Paris, 2005, p. 266-269
  122. F. Thureau-Dangin, Rituels accadiens, Paris, 1921, p. 118-125, voir aussi p. 74-86. (en) M. Linssen, The cults of Uruk and Babylon, The Temple Ritual Texts as Evidence for Hellenistic Cult Practises, Leyde et Boston, 2004, p. 245-251 (traduction) et 122-124 (description). Voir aussi Guichard 1998, p. 1395.
  123. A. Benoit, Art et archéologie : les civilisations du Proche-Orient ancien, Paris, 2003, p. 352-353
  124. Ibid., p. 362-363
  125. (en) « Minaret », dans J. Bloom et S. Blair (dir.), The Grove Encyclopedia of Islamic Art and Architecture, Volume 2, Oxford, 2009, p. 531.
  126. Par exemple la Zikkurat Galéria à Budapest : Zikkurat Galéria (hu).
  127. Voir par exemple S. Allard, « Le Mythe de Babylone du XVIe au XIXe siècle », dans B. André-Salvini (dir.), Babylone, Paris, 2008, p. 456-467. Sur le texte : M. Ricolleau, Babel: le récit biblique, Bruxelles, 2008.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

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  • E. Sollberger et J.-R. Kupper, Inscriptions royales sumériennes et akkadiennes, Paris,‎ 1971
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  • J. Vicari, La Tour de Babel, Paris,‎ 2000

Articles connexes[modifier | modifier le code]