Assyriologie

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Taureau androcéphale ailé de Dur-Sharrukin (actuelle Khorsabad), musée du Louvre

L'assyriologie est la partie de l'histoire, de la philologie et de l'archéologie spécialisée dans l'étude de l'Assyrie à l'origine, plus largement à l'étude de la Mésopotamie et de l'Orient Ancien.

Historiographie[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

La découverte de restes archéologiques avait commencé bien avant le XIXe siècle, elle avait été le fait de voyageurs de commerce ou de voyageurs tout court dont la curiosité, il est vrai encouragée par la foi, les avait poussés à aller visiter les pays de la Bible.

Au XVIe siècle, un explorateur romain nommé Pietro Della Valle (1586-1652), visitait la Mésopotamie, c’est-à-dire l’actuel Irak, la Perse (actuel Iran) et le Proche-Orient (Syrie, Liban et Palestine). Il en rapporta un récit haut en couleurs qui fit date et une copie d’une inscription qui devint célèbre dès lors: l’Inscription de Persépolis. Il lança une mode parmi les gens d’un milieu bourgeois cultivé, chaque voyageur se sentait tenu d’aller visiter et tant qu’à faire d’y copier les signes ou dessins qui figuraient sur les stèles ou monuments qui s’y trouvaient. Personne n’était à cette époque capable de dire ce que désignaient ces inscriptions mais certains dont Della Valle pensaient qu’il s’agissait d’une écriture et il formula même des hypothèses très justes sans jamais pouvoir les prouver.

La multiplication des voyages et expéditions permit de fournir un matériel très riche même si à l’époque où elle se produisit, elle ne put servir en rien à faire avancer les connaissances. Des découvertes importantes eurent lieu au cours des années 178090, époque à laquelle les premières expéditions furent organisées. On était alors bien convaincu que les signes constituaient une écriture à laquelle on ne comprenait certes pas grand chose mais qu’on avait le désir de déchiffrer. L'objectif était de trouver des inscriptions ou des tablettes. Le Danois Friedrich Münter (1761-1830) et les Allemands Carsten Niebuhr (1733-1815) et Oluf Tychsen (1734-1815) furent des précurseurs.

C’est qu’à partir du début du XIXe siècle, le Proche et Moyen-Orient commencèrent à exciter les convoitises de la France et du Royaume-Uni et les fouilles organisées étaient un aspect du pillage que pratiquèrent les puissances impérialistes par explorateurs interposés.

En 1842, un gouverneur français nommé Paul-Émile Botta mit au jour l’un des plus importants palais de la civilisation mésopotamienne : le palais de Khorsabad. Bien que très importantes, les découvertes ne purent, à cette période, constituer un bouleversement dans les connaissances. Pour cela il fallait trouver un moyen de lire les inscriptions trouvées et ce fut à soi-seul l’objet d’une recherche qui dura cinquante ans et mobilisa de nombreux spécialistes.

Déchiffrement de l'écriture cunéiforme[modifier | modifier le code]

Pour déchiffrer le cunéiforme, les chercheurs s’appuyèrent sur des inscriptions sur pierre découvertes à Persépolis. Ces inscriptions de Persépolis contenaient des caractères rangés sur trois colonnes. Il se révéla bientôt qu’il s’agissait de trois écritures différentes. Or sur les trois aucune n’était connue et de plus on n’avait aucune certitude concernant la ou les langues qu’elles transcrivaient. Cependant très tôt la conviction qu’il s’agissait d’un texte reproduit en trois langues et écritures différentes fut acquise. Ainsi, le déchiffrement de l’une permettrait de déchiffrer les deux autres.

Transcription de l'inscription de Behistun en vieux-perse.

Les chercheurs s’attaquèrent à la première colonne qui ne comportait que quarante-deux signes. Pour cette raison on supposait qu’il s’agissait d’un alphabet. En partant de l’hypothèse que la civilisation qui l’avait produite était celle d’un royaume perse du IVe siècle av. J.-C. et en utilisant les sources littéraires connues ils conclurent que la langue utilisée était un ancêtre du perse, utilisé pour écrire les textes les plus anciens. D’autre part, on connaissait par des voyageurs grecs le nom de deux de ses rois, Darius et Xerxès.

Armé de ces convictions, un chercheur allemand nommé Georg Friedrich Grotefend établit, en 1802, un premier alphabet cunéiforme qui permit de lire les noms des rois perses. Son exposé était, en fait, en grande partie inexact, mais il constitua la base de débats qui allaient durer quarante ans entre une poignée de spécialistes, dont Henry Rawlinson, Eugène Burnouf ou Christian Lassen. Et en 1842, la plupart des savants étaient d’accord sur un alphabet qui permettait de lire l’ensemble du texte et de lui donner un sens cohérent.

Le déchiffrement de la deuxième colonne posa davantage de problèmes. Comme elle comportait 110 signes, on considéra très vite qu’il devait s’agir d’une écriture constituée de syllabes. Mais comme on ne possédait que très peu de documents écrits avec cette écriture et que la langue qu’elle transcrivait n’était pas connue, son déchiffrement fut plus long et plus laborieux que pour la troisième colonne. Ainsi, on peut dire que malgré son apparence plus simple, cette écriture bénéficia davantage du déchiffrement de l’écriture trouvée sur la troisième colonne qu’elle ne lui profita.

Pour la troisième colonne, le travail se présentait comme beaucoup plus compliqué. Dès 1814, des déchiffrages furent proposés. Mais en fait, l’évidente variété des signes interdisait d’aller vraiment plus loin que quelques répertoires incomplets. Ce fut vraiment à partir de 1842, lorsque le déchiffrage de l’écriture perse fut établi à peu près solidement, que des progrès commencèrent à se dessiner.

Le premier travail fut de répertorier précisément les signes. Ce qui ne pouvait être fait que par un patient travail de comparaison à travers un grand nombre de textes. Pour ce faire les chercheurs ne se limitèrent plus aux seules inscriptions de Persépolis mais puisèrent dans la vaste quantité d’informations trouvées au cours des fouilles qui étaient menées parallèlement.

Puis vint l’étape de la reconnaissance des signes. Il fallait trouver le son ou le sens des signes car certains chercheurs, vu le nombre de signes répertoriés, pensaient que les signes devaient désigner des mots entiers. D’autres pensaient que l’écriture était uniquement composée de syllabes accordées les unes aux autres pour écrire les mots.

En fait, tous les débats se concentrèrent au cours des quelque quinze ans qui vont de 1842 à 1857. En comparant les noms propres présents dans la version perse et ceux de la troisième colonne on put découvrir que les signes pouvaient avoir un emploi comme syllabe et comme mot selon les cas, qu’un même signe pouvait désigner plusieurs syllabes et qu’en outre une même syllabe pouvait être rendue par plusieurs signes.

Puis en 1850, on découvrit que certains signes avaient un emploi de déterminatif, c’est-à-dire qu’ils indiquaient un registre particulier, ce qui permettait de faciliter la lecture des signes, mais n’étaient pas lus eux-mêmes. La même année, une méthode de déchiffrement fut établie. Partant de l’hypothèse que la langue des écritures était sémitique, un savant proposa de comparer les signes syllabiques aux lettres hébraïques. Une fois adoptée, cette méthode permit de faire un bond dans la connaissance des signes.

Finalement, en 1857, William Henry Fox Talbot, un déchiffreur britannique friand de coups médiatiques, réalisa une expérience en envoyant trois copies d'une même tablette fraîchement mise au jour aux trois plus éminents déchiffreurs qu’étaient Henry Rawlinson, Julius Oppert et Edward Hincks et en en gardant une pour lui. Les quatre traductions concordaient, c’était la preuve que la lecture des écritures sur argile commençait à être maîtrisée. La date de naissance de l'assyriologie véritable est considérée comme étant l'année 1857.

De l'Assyrie à Sumer[modifier | modifier le code]

Le Maj.Gen. Sir Henry Creswicke Rawlinson, l'un des « pères » de l'assyriologie

Après la période de découverte de la civilisation mésopotamienne et le déchiffrement de l'akkadien, un vif intérêt s'empare du monde scientifique occidental pour cette région. De grands chantiers de fouilles s'ouvrent alors en Assyrie, donnant ainsi à cette discipline le nom d'assyriologie, qu'elle conservera en dépit de la découverte de nouvelles cultures de l'Orient Ancien. Après les fouilles de Khorsabad (Dur-Sharrukin) par Botta, le Britannique Austen Henry Layard fouille les sites de Nimrod (Kalhu), puis de Quyunjik, l'ancienne Ninive, où il découvre en 1851 la bibliothèque d'Assurbanipal, composée de milliers de tablettes. Quelque temps plus tard il est remplacé par Hormuzd Rassam, personnage plus attaché à faire des découvertes prestigieuses qu'à entretenir les sites qu'il explore. Les trouvailles effectuées dans les capitales royales assyriennes sont rapatriées en France et au Royaume-Uni, où elles font le bonheur du Musée du Louvre et du British Museum. Parallèlement, les traductions progressent, et en 1872 George Smith, protégé de Rawlinson, traduit la version babylonienne du Déluge de l'Épopée de Gilgamesh. Cette découverte eut un grand retentissement.

Statuette de Gudea roi de Lagash

La même période voit le début des premières fouilles en Basse-Mésopotamie, où l'on identifie les sites d'Ur, d'Uruk et de Suse. En 1877, le Français Ernest de Sarzec entreprend les fouilles du site de Tellō, d'abord identifié à tort comme l'ancienne Lagash (lu alors Sirboula), mais qui correspond en fait à Girsu. Il y fait des découvertes qui remontent à des périodes plus anciennes que celles des autres sites fouillés jusqu'alors, et y trouve notamment la Stèle des Vautours et les statues du règne de Gudea. Les tablettes sont déchiffrées par Arthur Amiot et François Thureau-Dangin. Le site de Nippur et celui de Suse deviennent au même moment des chantiers de fouilles importants. Les tablettes qui y sont découvertes font apparaître l'existence d'un peuple autre que les Sémites, les Sumériens, dont la langue est alors révélée. L'existence de ce peuple avait déjà été supputée auparavant par les traducteurs des tablettes cunéiformes qui y trouvaient des mots étrangers au vocabulaire des langues sémitiques (assyrien et babylonien). Les fouilles de Suse, menées par J. de Morgan après 1897 révèlent un des documents majeurs de l'histoire mésopotamienne : le Code d'Hammurabi, qui est traduit par le père Jean-Vincent Scheil.

La fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle voient se mettre en place des méthodes de fouilles archéologiques plus rigoureuses, notamment avec l'arrivée des Allemands dans le champ des études assyriologiques, fortement encouragés en ce sens par l'empereur Guillaume II. Ils fondent également des chaires d'assyriologie dans les universités allemandes, à l'instar d'Eberhard Schrader. Walter Andrae entreprend la fouille d'Assur, alors que Robert Johann Koldewey commence à explorer Babylone. Parallèlement, le travail des traducteurs permet à l'histoire mésopotamienne d'être désormais connue dans ses grandes lignes, et on commence à analyser les corpus de textes administratifs et économiques livrés par les sites mésopotamiens. La guerre de 1914-1918 vient couper cet élan.

L'entre deux guerres : progrès et extension des études assyriologiques[modifier | modifier le code]

Après 1918, le Proche-Orient est bouleversé politiquement, avec la chute de l'Empire ottoman. Les mandats confiés aux Britanniques en Irak, en Palestine et en Jordanie, et aux Français en Syrie et au Liban, puis la modernisation de la Turquie et de la Perse, vont faciliter l'exploration des sites archéologiques de ces pays, en même temps qu'ils vont élargir l'horizon géographique des études assyriologiques.

Buste d'un orant, temple d'Ishtar à Mari, musée du Louvre

Des fouilles dans des régions extérieures à la Mésopotamie avaient déjà étendu le champ de l'assyriologie avant 1914. Dès 1886, des tablettes cunéiformes avaient été découvertes en Égypte, à Tell el-Amarna, constituant la correspondance diplomatique des pharaons Amenhotep III et Amenhotep IV/Akhénaton, et leur traduction fut achevée dans les premières années du XXe siècle. En 1906, l'Allemand Hugo Winckler avait fouillé le site de Boghaz-Köy, l'antique Hattusha. Les tablettes diplomatiques qu'il y avait découvertes étaient écrites dans une langue inconnue jusqu'alors : le hittite. Celle-ci est traduite en 1915 par Bedřich Hrozný, et est alors la plus ancienne langue indo-européenne connue. C'est en 1923 que paraît la première grammaire fondamentale du sumérien, publiée par l'Allemand Arno Poebel.

Les années 1920-1930 voient la mise au point de meilleures méthodes de fouilles. Les site de Babylone, repris par Koldewey jusqu'à sa mort en 1925, celle d'Uruk par Julius Jordan, et celles de la Vallée de la Diyala par l'équipe américaine de l'Oriental Institute de Chicago dirigée par Henri Frankfort, sont analysés avec plus de moyens, et fournissent des résultats très concluants, permettant de mieux connaître la chronologie de l'histoire mésopotamienne. La découverte la plus prestigieuse de l'époque est à mettre à l'actif de l'équipe britannique de Leonard Woolley, qui découvre à Ur un impressionnant trésor royal datant de l'époque archaïque.

En dehors de la Mésopotamie, de nombreux chantiers de fouilles sont ouverts. Ras Shamra (Ougarit) commence à être fouillé par Claude Schæffer et René Dussaud, et Tell Hariri (Mari) est découvert en 1933 et fouillée par André Parrot. Avec Suse, ce sont les sites archéologiques les plus importants de l'assyriologie française. Chacun a fourni un important corpus de textes, qui n'est toujours pas traduit dans sa totalité à ce jour, et qui ne cesse d'augmenter. À Ougarit, les tablettes mises au jour présentent la plus ancienne forme d'alphabet attestée à ce jour. L'exploration de sites en Syrie et en Anatolie, et surtout celles de Yorgan Tepe (Nuzi) permet aussi de découvrir un nouveau peuple, les Hourrites, dont la langue commence à être traduite.

En Arménie, on découvre le peuple de l'Urartu, parlant une langue apparentée à l'hourrite, traduite en 1930 par l'Allemand Johannes Friedrich. Le Plateau iranien est aussi exploré : on fouille le palais de Darius Ier à Persépolis, et des sites plus anciens comme Tepe Giyan, Tepe Sialk ou Tepe Hissar.

Après 1945 : nouvelles découvertes et amélioration des méthodes[modifier | modifier le code]

La discipline continue de se doter de plus de moyens après 1945. Les sites les plus anciennement explorés sont à nouveau fouillés, tandis qu'on se tourne vers des époques plus reculées, vers la protohistoire de l'Orient Ancien. Jéricho en Palestine et Çatal Höyük en Turquie sont parmi les sites les plus fameux explorés à cette période. L'assyriologie suit d'une manière générale les progrès de l'archéologie, qui se tourne vers l'étude environnementale, et la pluridisciplinarité. Mais les sites fouillés se consacrent surtout sur les monuments, et délaissent généralement les quartiers d'habitation, à quelques exceptions près (Ur, Ougarit, Hacilar). Les régions considérées autrefois comme périphériques prennent désormais plus de poids, et on tend à reconsidérer l'histoire de l'Orient Ancien d'une manière moins « mésopotamo-centriste ». La découverte du site d'Ebla (fouillé depuis 1964) dans les années 1970 par l'équipe italienne de Paolo Matthiae, et la traduction des tablettes qui y ont été exhumées ont permis de découvrir l'importance du développement de la Syrie aux débuts de l'âge du bronze, ce que l'on ne soupçonnait pas auparavant. Les fouilles récentes dans la vallée du Khabur vont dans le même sens, tout comme la découverte toute fraîche du site de Jiroft en Iran (en 2001). L'extension des fouilles de sites antiques sur un espace qui s'étend depuis l'Égypte jusqu'à l'Asie centrale a permis de mettre en avant l'importance des liens entre les différentes cultures qui s'y trouvaient, et les relations commerciales entre elles, qui apparaissent dès les époques les plus reculées. Mais on dépasse là le cadre de l'assyriologie.

L'extension du champ des études assyriologiques après 1945 a obligé les chercheurs à se spécialiser dans un domaine spécifique, géographique (Assyrie, Babylonie, Élam, etc.), temporel (Néolithique, période archaïque, ancienne, moyenne ou récente) et/ou dans un domaine précis (histoire religieuse, économique, diplomatique, etc.). De ce fait, l'assyriologie a éclaté en plusieurs parties. À la suite de Samuel Noah Kramer, qui dans son ouvrage majeur, L'Histoire commence à Sumer, se disait « sumérologue », d'autres chercheurs ont suivi ses traces et se sont fait appeler « hittitologues », « élamologues », etc. Il n'empêche que malgré tous les champs divers qu'elle propose, l'étude de l'Orient ancien se fait toujours selon un ensemble de méthodes relativement proches, qui font que cette discipline garde une certaine cohésion.

La situation politique du Moyen-Orient depuis 1945 a beaucoup limité les possibilités de fouilles dans certaines régions : la guerre civile au Liban, la révolution iranienne, la guerre Iran-Irak, la situation actuelle de l'Irak et récemment la guerre en Syrie. Certains États éprouvent aussi de grandes difficultés à lutter contre les fouilles clandestines qui sont apparues dès les débuts de l'assyriologie, la vente d'un objet d'art ou d'une tablette antique étant toujours une promesse de quelque gains en période difficile.

L'assyriologie aujourd'hui[modifier | modifier le code]

La discipline assyriologique a réussi après plus d'un siècle et demi d'existence à restituer à l'Histoire humaine une période importante de son passé, et à en retracer les grandes lignes. Elle a redécouvert une période qui a vu l'élaboration de la civilisation, l'émergence des villes, de l'écriture, de nouvelles techniques, l'apparition de constructions politiques importantes, l'élaboration de courants de pensée qui ont influencé une grande partie du monde actuel (les études bibliques étant notamment intimement liées à celles de l'Orient ancien).

Pour autant, il reste encore un grand nombre de points qui sont à éclairer. Du fait de l'amélioration de la connaissance de cette ancienne civilisation, les dossiers étudiés par le passé doivent être analysés à nouveau à la lumière des nouvelles découvertes. Cette progression ne cessant pas, il y a tout lieu de penser qu'un certain nombre des certitudes que nous avons actuellement sur divers aspects de l'histoire de l'Orient Ancien seront invalidées dans les prochaines années. À côté de cela, il reste encore un grand nombre de tablettes qui n'ont pas encore été traduites et analysées : une grande partie des archives de Mari, dont la traduction a pourtant débuté avant 1939, n'a toujours pas été étudiée ; des dix mille tablettes médio-babyloniennes exhumées à Nippur, seule une infime partie a été publiée. Et ce ne sont que des exemples parmi d'autres. Avec la découverte probable de nouveaux lots de tablettes (tels ceux mis au jour récemment à Qatna), le corpus de textes disponibles a de grandes chances de grossir encore dans les années à venir. C'est sûrement là que réside la différence entre l'assyriologie et la plupart des autres disciplines de l'histoire antique, où le corpus de textes est quasiment bloqué (comme c'est le cas pour l'Antiquité classique).

Cadres spatial et temporel[modifier | modifier le code]

La définition du cadre d'une discipline historique est un préalable indispensable. Le temps où l'horizon des études assyriologiques était limité à l'Assyrie des IXe-VIIe siècles (d'où la discipline tire son nom) est révolu depuis bien longtemps, et désormais son champ d'étude s'étend sur plusieurs millénaires, et couvre tout le Proche-Orient.

L'espace[modifier | modifier le code]

La Mésopotamie a longtemps été le lieu privilégié des études assyriologiques. C'est dans cette région, avec la Perse, que la discipline a fait ses premières armes. On a par la suite découvert d'autres civilisations en dehors de cet espace : Élam, Hittites, Hourrites, Urartu, d'autres en Syrie (Ugarit, Alalakh) et en Palestine. La Mésopotamie est considérée comme le centre de cet ensemble de civilisations qui seraient alors ramenées au simple rang de "périphéries". S'il est évident que la Mésopotamie, avant tout dans sa partie sud, a joué un rôle déterminant dans l'émergence des civilisations proche-orientales, ne serait-ce avec l'invention de la forme d'écriture qui est reprise dans les régions voisines, avec souvent des éléments de sa culture, il n'empêche qu'une série de découvertes de grands sites hors de Mésopotamie (Ebla, Mari, Hattusha) poussent aujourd'hui les spécialistes à présenter un vision moins "mésopotamo-centriste" des choses. Preuve en est le fait que le terme "Proche-Orient ancien" (auquel on inclut parfois même l'Égypte antique) a supplanté l'emploi autrefois plus courant de "Mésopotamie".

L'espace étudié par les assyriologues et les autres historiens du Proche-Orient ancien (sumérologues, hittitologues, etc., travaillant de toute manière avec les mêmes méthodes) a les limites suivantes :

  • à l'ouest, la Mer Méditerranée au Levant (avec parfois même Chypre), et une partie de l'Anatolie (au moins le monde hittite au IIe millénaire)
  • à l'est, le Plateau iranien, dont la seule civilisation historique est l'Élam avant l'émergence de l'Empire perse au milieu du Ier millénaire
  • au nord, la limite peut aller jusqu'à l'Arménie actuelle dans la première moitié du Ier millénaire, avec le royaume urartéen
  • au sud, la limite est le Golfe Persique à l'est (avec à certaines périodes l'inclusion de certaines îles de cette mer, notamment Bahreïn/Dilmun), le désert d'Arabie plus à l'ouest

Bien qu'on rattache parfois l'Égypte dans un large Proche-Orient ancien, l'étude de ce pays à cette période est très différente de celle du groupe des civilisations étudiées par l'assyriologie, et, si les liens entre ces deux ensembles peuvent être forts à certaines périodes, l'égyptologie et l'assyriologie restent des disciplines bien distinctes. Les seuls documents provenant d'Égypte concernant véritablement l'assyriologie sont les Lettres d'Amarna.

Chronologie et périodisation[modifier | modifier le code]

Le début de la période étudiée par l'assyriologie est simple : il s'agit du début de la production de documents écrits, donc l'apparition de l'écriture, vers 3400-3300 av. J.-C. Ceci reste théorique, puisque les études de cette période font beaucoup appel à l'archéologie, et peuvent remonter plus haut dans le temps. Une histoire évènementielle ne peut débuter que dans la seconde moitié du IIIe millénaire en l'absence de documents antérieurs nous renseignant sur ce domaine.

La limite finale du domaine assyriologique est la fin de la production de documents cunéiformes, donc le début du Ier millénaire de notre ère, en Babylonie, conservatoire de l'antique culture mésopotamienne. Le reste du Proche-Orient ne concerne plus l'assyriologie depuis la chute de l'Empire babylonien en 539, même si les travaux sur les sources mésopotamiennes postérieures à cet événement peuvent intéresser les spécialistes des empires achéménide, séleucide et parthe.

La chronologie de l'Orient ancien reste un sujet très débattu. Si ceux liés à la chronologie relative ont une portée restreinte, liée à une seule période, ceux touchant la chronologie absolue sont susceptibles de remettre en question la datation de nombreux événements. Nous sommes sûrs de la datation des événements à partir de phénomènes astronomiques datant du VIIIe siècle av. J.-C. Au-delà, c'est tout le IIe millénaire qui pose problème. Il est admis que la chronologie employée couramment, dite « chronologie moyenne », est fausse. Mais elle est conservée par convention, jusqu'à ce que les spécialistes se mettent d'accord sur une chronologie, ce qui est peu évident à l'heure actuelle. Des travaux entrepris par une équipe belge ont abouti à une « chronologie basse », ramenant la chute de la Première dynastie de Babylone à 1499 av. J.-C., contre la date généralement admise de 1595. Le XVIe siècle de la « chronologie moyenne », très peu documenté par les sources, est au centre du problème. Les tenants de la « chronologie basse » proposent sa "suppression", ce qui rabaisserait les dates antérieures à la prise de Babylone par les Hittites d'un siècle. Il y a à côté de cela des problèmes de datation autour de la seconde moitié du IIe millénaire. Le cas est particulièrement criant pour l'Empire hittite : les spécialistes ayant tellement de difficulté à se mettre d'accord sur les dates de la chronologie absolue que certains préfèrent s'abstenir d'en mettre dans leurs publications.

La périodisation de l'histoire du Proche-Orient ancien varie en fonction des lieux, et des périodes. Certaines concernent une grande partie du Proche-Orient : Période d'Uruk, Empires néo-assyrien, néo-babylonien. On a pris l'habitude d'appliquer la chronologie de la Mésopotamie au reste du Proche-Orient au IIe millénaire, notamment avec la période paléo-babylonienne (2004-1595), terminologie impropre, puisque Babylone ne devient une grande puissance politique que vers le milieu de cette période, mais restée par convention. En fait, on a de plus en plus tendance à diviser l'histoire des régions du Proche-Orient ancien selon leur propre chronologie, qui peut rejoindre celle des autres régions. Par exemple :

  • Mésopotamie : période d'Uruk (4100-2900), dynasties archaïques (2900-2340), Empire d'Akkad (2340-2195), période néo-sumérienne (Ur III) (2195-2004), période paléo-babylonienne (2004-1595), période médio-babylonienne (1595-1000), avec en parallèle une période médio-assyrienne (1350-911), période néo-assyrienne (911-609), période néo-babylonienne (624-539), période achéménide (539-331), période hellénistique (Séleucides) (331-140), période parthe (140 av. J.-C. - 224 ap. J.-C.)
  • Syrie : période proto-syrienne (3100-2000), période paléo-syrienne (paléo-babylonienne) (2000-1600), période médio-syrienne (1600-XIIe siècle), période néo-syrienne (XIIe siècle-VIIIe siècle)
  • Élam : période proto-élamite (3100-2600), période paléo-élamite (2500-1600), période médio-élamite (1500-1100), période néo-élamite (1000-539)
  • Royaume hittite : Ancien royaume (1650-1465), Moyen royaume (1465-1380), Empire (1380-c. 1180), période néo-hittite (1180-720) (T. Bryce refuse cette périodisation, et inclut les périodes moyennes et impériales en un seul ensemble)

Langues[modifier | modifier le code]

  • L'akkadien: langue sémitique la plus orientale, parlé par les Assyriens et les Babyloniens, répandue dans l'espace mésopotamien (Irak, Syrie actuels), puis dans le Moyen-Orient, entre le troisième et le premier millénaire av. J.-C. L'akkadien est chronologiquement et géographiquement la langue la plus étendue. D'après la quantité et la diversité des textes, c'est aussi la plus étudiée. L'éblaïte, également sémitique, lui est contemporain.
  • Le sumérien: c'est la langue la plus ancienne connue de l'humanité et la moins comparables aux autres. Elle trouve son origine dans la partie méridionale de la Mésopotamie, du troisième au début du deuxième millénaire, mais elle est encore utilisée ensuite dans le culte et les sciences.
  • Le hittite: c'est la langue indo-européenne la plus ancienne. Elle est répandue en Asie mineure au deuxième millénaire av. J.-C. À côté de l'espace linguistique hittite se trouvent aussi le louvite (partiellement cunéiforme et hiéroglyphique), le palaïte et le dialecte hatti. Ce dernier, petit dialecte isolé, n'a pas de parenté avec le hittite, qu'il précède dans l'espace anatolien.
  • L'amourritique, l'ougaritique, le phénicien et l'araméen ancien sont quatre langue sémitiques étroitement liées entre elles par une même parenté. Elles sont originaires du nord-ouest de l'espace mésopotamien et se sont répandues au deuxième et au premier millénaire av. J.-C., notamment dans la région syrienne. L'amourritique peut être reconstitué à partir du grand nombre de noms de personnages et de mots empruntés en akkadien. Les trois autres langues sont connues par des textes dans l'alphabet le plus ancien du monde. L'hébreu biblique en est issu.
  • L'hourrite et l'ourartéïque, étroitement liées, mais qui ne sont « génétiquement » liées à aucune autre langue, se sont répandues au troisième et au deuxième millénaire en Mésopotamie et en Asie mineure, et la seconde, jusqu'au premier millénaire av. J.-C. dans le sud-est de l'Anatolie et dans l'ancienne Arménie.
  • L'élamite est une langue isolée du sud de l'Iran actuel, connue entre le troisième et le premier millénaire.
  • Le vieux-perse est la langue indo-européenne de l'Empire des Achéménides à partir de la seconde moitié du premier millénaire av. J.-C., rédigée dans sa propre écriture cunéiforme syllabaire.

Les sources[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Bottéro, Mésopotamie, l'écriture, la raison et les dieux, Edit Gallimard, 1987
  • Paul Garelli, L'Assyriologie, PUF, coll. « Que sais-je ? », 1990 ;
  • Jean Bottéro et M.-J. Stève, Il était une fois la Mésopotamie, Gallimard, coll. « Découvertes », 1993 (ISBN 2070532542) ;
  • (en) M. Van De Mieroop, Cuneiform Texts and the Writing of History, Routledge, 1999 (ISBN 0415195330) ;
  • (en) R. Matthews, The archaeology of Mesopotamia : Theories and approaches, Routledge, 23 mars 2003 (ISBN 0415253179 et 978-0415253178) ;
  • (de) D.Charpin, D. O. Edzard, M. Stol, Mesopotamien : die altbabylonische Zeit, Academic Press Fribourg ou Vandenhoeck & Ruprecht, OBO 160-4, 2004.