Gudea

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Statue de Gudea dédiée au dieu Ningishzida, v. 2120 av. J.-C., musée du Louvre

Gudea, ou selon sa forme francisée Goudéa (« l'Appelé »), est un souverain de la civilisation mésopotamienne qui fut ensi (gouverneur) de la cité-État de Lagash, en basse Mésopotamie de 2141 à 2122 av. J.-C. Il est célèbre pour les nombreuses statues qui le représentent.

Règne[modifier | modifier le code]

Par son mariage avec Ninalla, fille d’Ur-Gaba, ensi de Lagash, Gudea entre dans la famille royale. Si ses inscriptions revendiquent une campagne victorieuse contre Anshan, Gudea est un prince avant tout bâtisseur. Il fait reconstruire une vingtaine de temples à Ur, Nippur, Adab, Uruk et Bad-Tibira — indice intéressant de l'influence de Gudea à Sumer.

Le plus important est l’Eninnu, dédié à Ningirsu, divinité tutélaire de Girsu — actuelle Tellō, l’une des villes de l'État de Lasgah. Selon des inscriptions figurant sur des cylindres ou les statues de Gudea, la décision est prise suite à une série de rêves dans lesquels Ningirsu — directement ou par le biais de sa sœur, Nanshe, interprète des rêves — réclame un temple à Gudea. Les inscriptions décrivent ensuite comment Gudea, après avoir fait régner la paix à Lagash, purifie la cité, délimite une enceinte sacrée et établit le plan du temple. Après avoir dessiné le moule à briques, il choisit une argile pure, purifie les fondations, fait la première brique, la porte sur sa tête et la pose. Puis les artisans, venus d’Élam et de Suse, poursuivent le chantier. On utilise les matériaux les plus précieux : cèdre, or, argent, porphyre, ce qui témoigne de la grande prospérité de la cité-État. En un an, l’Eninnu est achevé et Gudea peut clamer : « Le respect du temple emplit tout le pays ; la crainte qu’il impose habite l’étranger ; l’éclat de l’Enninu couvre l’univers comme un manteau ! »

Statues de Gudéa[modifier | modifier le code]

Fragment d'une stèle trouvée à Girsu, musée du Louvre

De nombreuses statues du roi Gudea (pour la plupart en diorite) et des fragments de bas-reliefs ont été découverts sur le site de Tello, anciennement Girsu.

La matière première, belle pierre dure importée sans doute d’Arabie méridionale, a été retrouvée en telle quantité que l’on doit songer à un approvisionnement régulier et quantitativement important, ce qui implique des relations suivies et un système économique équilibré. On sait d'après les textes que la diorite, qui est la pierre majoritairement utilisée pour les représentations de Gudea provenait du « pays de Magan » qui correspond à l'actuel sultanat d'Oman. La qualité plastique du travail signifie que l’atelier d’où sont sorties ces œuvres avait une longue tradition de la sculpture sur de la pierre dure et qu’il ne saurait être question d’une renaissance ou d’une redécouverte consécutive à un siècle d’effacement total. On constate un retour aux conventions qui avaient cours avant les créations agadéennes, mais la série des Gudea n’est en rien conforme à la production des sites de Mari ou de la vallée de la Diyala de l’époque des dynasties archaïques : l’usage de la diorite, pierre particulièrement dure, impose des formes très massives où les éléments du corps sont très peu sortis de la masse.

Sur le plan iconographique et stylistique, les différentes représentations de Gudea obéissent à un modèle bien précis. Tout d'abord le souverain est représenté avec une tiare. Le costume est une sorte de toge découvrant l'épaule droite. Le visage, dont les sourcils se rejoignent, sont en « arêtes de poisson » et identique d'une statue à l'autre. À l'époque, cette distinction anatomique était le signe d'une grande intelligence. Il faut aussi souligner l'attention toute particulière portée par l'artisan aux mains et aux pieds, travaillés avec finesse. Le rendu des bras laisse découvrir la musculature du souverain, qui se surnommait lui-même « Gudea, l'homme aux bras forts ».

Statue de Gudea, dite "statue A", dédiée à la déesse Ninhursag (détail des mains jointes) - Musée du Louvre.

Sur le plan symbolique, il faut voir ces statues comme l'expression de la piété de Gudea. Son visage est en effet empreint de sérénité, et il est souvent représenté dans la position de l'orant, les deux mains jointes. Il faut de plus remettre ces statues dans le contexte de l'époque, puisqu'elles étaient placées dans des temples. Gudea s'inscrit à ce propos dans la catégorie dite des « rois bâtisseurs », puisqu'il fit ériger plusieurs temples sous son règne. Le dieu de l'État de Lagash sur lequel il régnait était Ningirsu et son dieu personnel était Ningishzidda dont l'animal-attribut est le dragon-serpent bashmu.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • (en) Flemming Johansen, “Statues of Gudea Ancient and Modern”, Mesopotamia. Copenhagen Studies in Assyriology, 6 (1978), Copenhague ;
  • André Parrot, Tello, vingt campagnes de fouilles (1877-1933), Albin Michel, Paris, 1948 ;
  • Georges Roux, La Mésopotamie, Seuil, coll. « Points histoire », 1995 (nouv. édition) (ISBN 2-02-023636-2) ;
  • (de) W.H.Ph. Römer, « Zum heutigen Stande der Gudeaforschung », Bibliotheca orientalis, 26 (1969), p. 159–171 (recension bibliographique).
  • Agnès Benoît, "Les civilisations du Proche-Orient ancien", manuels de l'école du Louvre, Réunion des musées nationaux

Liens externes[modifier | modifier le code]