Hatra

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Hatra *
Logo du patrimoine mondial Patrimoine mondial de l'UNESCO
Ruines des temples de l'Enclos du Soleil au centre de Hatra
Ruines des temples de l'Enclos du Soleil au centre de Hatra
Coordonnées 35° 35′ 17″ N 42° 43′ 03″ E / 35.588007, 42.71754735° 35′ 17″ Nord 42° 43′ 03″ Est / 35.588007, 42.717547  
Pays Drapeau de l'Irak Irak
Subdivision Ninawa
Type Culturel
Critères (ii) (iii) (iv) (vi)
Superficie 324 ha
Numéro
d’identification
277
Zone géographique Asie et Pacifique **
Année d’inscription 1985 (9e session)
* Descriptif officiel UNESCO
** Classification géographique UNESCO

Hatra (arabe : al-Ḥaḍr, الحضر, « l'agglomération[1] ») est une ancienne cité arabe de Mésopotamie, dans la région d'Al-Jazira au nord qui s'est développée au cours des trois premiers siècles de l'ère chrétienne et fut détruite par les Perses d'Ardachîr Ier et Shapur Ier en 241. La ville est aujourd'hui appelée al-Hadr et se trouvait dans la province de Khvarvaran, à environ 290 km au nord-ouest de Bagdad et 110 km au sud-ouest de Mossoul.

Un royaume arabe de l'Antiquité[modifier | modifier le code]

Située à l'ouest de Mossoul dans une oasis du Wadi Tharthar, Hatra était la capitale d'un royaume aux frontières mal définies regroupant plusieurs grandes tribus arabes nomades. Théoriquement vassal de l'Empire Parthe, ce royaume était dirigé par des rois qui portaient des noms dynastiques arsacides, ce qui laisse entendre qu'ils étaient apparentés au Roi des rois de Ctésiphon, la capitale parthe. Pour Javier Texidor, « Hatra, ville formée par des peuplades arabes, aurait été organisée par les Parthes et serait devenu un royaume dans la première moitié du IIe siècle[2]. » Dans les faits, ce royaume formait un État-tampon entre l'Empire romain et les Parthes, et jouissait d'une quasi indépendance. Hatra est plusieurs fois mentionnée par les historiens tels que Dion Cassius ou Hérodien car elle résista de façon remarquable aux sièges de Trajan en 116 et de Septime Sévère en 195 et 198.

La ville[modifier | modifier le code]

Le nom complet de la ville est Hatra de Shamash, ce qui signifie l'Enclos du Soleil. C'était une ville ronde, selon le modèle urbanistique parthe que l'on retrouve à Arbèles (l'ancienne Adiabène et présentement Erbil) ou Ctésiphon. En son centre s'élevait le vaste enclos du dieu Soleil, seul monument de pierre au sein d'une cité faite entièrement de brique crue. Ce sanctuaire, qui comprenait plusieurs temples à l'extrémité d'une vaste esplanade, était un lieu de pèlerinage annuel pour les Arabes de Mésopotamie. Le tissu urbain s'est progressivement constitué sans plan directeur dans toutes les directions autour de ce sanctuaire central. Il était protégé par une double muraille en briques crues.

La civilisation de Hatra[modifier | modifier le code]

Les Hatréniens parlaient ou du moins écrivaient l'araméen, noté avec un alphabet propre à la ville. Ils vénéraient le Soleil (Shamash), divinité principale de la cité et apparaissant sous l'épithète « Notre Seigneur » (Mâran), à côté d'autres divinités comme Héraclès, Nergal assimilé à Hadès, ou encore Simia représentée sous la forme d'une enseigne terminée par un croissant.

La prospérité de la cité venait essentiellement de l'exploitation de l'oasis qui la faisait vivre, ainsi que de l'élevage extensif pratiqué par les Nomades. Sans doute pratiquait-elle aussi le commerce caravanier, mais on n'a pas retrouvé à Hatra d'inscriptions caravanières comme à Palmyre, cité qui lui ressemblait beaucoup par ailleurs. Sa puissance militaire reposait surtout sur ses formidables défenses qui résistèrent à plusieurs reprises aux Romains. Les Arabes utilisaient notamment le pétrole pour confectionner un mélange incendiaire nommé "feu hatrénien" (ancêtre du feu grégeois des Byzantins) que l'on projetait avec succès sur les machines d'assaut ennemies.

La fin de Hatra[modifier | modifier le code]

Hatra s'était trouvée à plusieurs reprises depuis Trajan en conflit avec les Romains, et avait toujours résisté. Le siège mené en 198 par Septime Sévère fut le plus dangereux : les Romains parvinrent cette fois à entamer les défenses de la ville mais n'y pénétrèrent pas, sans doute à la suite d'un accord. Hatra passa alors dans l'alliance romaine, et la présence d'un détachement de soldats romains y est attesté au début du IIIe siècle.

C'est sans doute pour cela, comme pour les liens dynastiques qui liaient le roi de Hatra à la dynastie Arsacide, que la ville fut assiégée, sans doute dès 238, par les Perses Sassanides d'Ardachîr Ier. L'assaut final fut mené par Shapur Ier, le fils d'Ardachîr, en 241, et la ville fut prise. Elle fut méthodiquement détruite avec son oasis et intégralement vidée de sa population.

L'historien arabo-persan Tabari (Xe siècle) se fait l'écho des traditions arabes sur la chute de Hadr (Hatra). L'événement a en effet frappé les imaginations dans le monde arabe de l'époque, donnant lieu à des poèmes élégiaques sur le thème de la puissance brutalement anéantie[3]. Le récit qu'il fait de la prise de la ville, trahie par la fille du roi, est l'ancêtre du conte de la Princesse au petit pois (popularisé en Europe par Andersen).

Le site de Hatra aujourd'hui[modifier | modifier le code]

L'agglomération moderne est au sud du site, dans la province de Ninawa et district d'Al-Hadhra.

Partiellement fouillé au XXe siècle, notamment par des missions italiennes, le site archéologique de Hatra est un des temps forts d'une visite de l'Irak. Le sanctuaire du Soleil, en pierres, a été largement restauré (comme Babylone ou l'enceinte de Ninive à Mossoul) sous le régime de Saddam Hussein. C'est à Hatra qu'ont été tournées les premières scènes du film l'Exorciste (1973).

Aujourd'hui, Hatra n'est plus guère visitée que par des militaires américains en permission, et livrée le reste du temps aux fouilleurs clandestins. La plupart des œuvres d'art retrouvées avant la guerre à Hatra se trouvent au Musée de Mossoul ou à celui de Bagdad (une partie en a été volée en 2003 et est toujours recherchée).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ḥaḍar, حضر, désigne un lieu de sédentarisation, une région peuplée de sédentaires.
  2. Javier Texidor, Notes Hatréennes, p. 97.
  3. Tabari, op. cit., vol. I, « De Salomon à la chute des Sassanides / Histoire du règne de Shâpour », p. 184-187.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Tabari (trad. du persan par Hermann Zotenberg), La Chronique. Histoire des prophètes et des rois, vol. I, Actes Sud / Sindbad, coll. « Thésaurus »,‎ 2001 (ISBN 2-7427-3317-5).