Samora Machel

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Samora Machel
Samora Machel aux États-Unis en 1985.
Samora Machel aux États-Unis en 1985.
Fonctions
1er président de la République populaire du Mozambique
25 juin 197519 octobre 1986
(11 ans, 3 mois et 24 jours)
Prédécesseur Nouvelle fonction
Successeur Joaquim Chissano
Biographie
Nom de naissance Samora Moisés Machel
Date de naissance 29 septembre 1933
Lieu de naissance Madragoa (Afrique orientale portugaise)
Date de décès 19 octobre 1986 (à 53 ans)
Lieu de décès Mbuzini (Afrique du Sud)
Nationalité mozambicaine
Parti politique Frelimo
Conjoint Sorita Tchaicomo
Josina Mutemba
Graça Simbine
Profession Enseignant
Résidence Palais de la Pointe-Rouge

Samora Machel
Présidents de la République populaire du Mozambique

Samora Moisés Machel, né le 29 septembre 1933 à Madragoa (actuellement Chilembene) au Mozambique et mort le 19 octobre 1986 à Mbuzini en Afrique du Sud, est un homme politique mozambicain, membre du Frelimo et premier président de la République populaire du Mozambique indépendante entre 1975 et 1986.

Formation[modifier | modifier le code]

De religion protestante, Samora Machel est le fils d'un petit chef shangaan (en portugais, changane) de la province de Gaza.

Il est scolarisé à la mission catholique la plus proche où il gagne le surnom de « rebelle » mais, à la suite de la mort de son frère dans une mine en Afrique du Sud, Samora Machel est obligé de cesser ses études, faute de crédits. Il parvient néanmoins à comencer une formation d'infirmier et est embauché à l'hôpital de Lourenço-Marquès. Il devient ensuite l'infirmier personnel attaché à une doctoresse portugaise.

En 1961, Machel rencontre Eduardo Mondlane, un intellectuel mozambicain en lutte contre le colonialisme portugais au Mozambique, de retour au pays à la tête d'une mission pour le compte de l'ONU.

En 1963, Samora Machel quitte son épouse et choisit de rejoindre la lutte indépendantiste contre la puissance coloniale portugaise. Machel intègre le Frelimo (Front de libération du Mozambique) et rejoint son chef, Mondlane, à Dar es Salaam. Il suit alors une formation militaire en Algérie et fait partie le 25 septembre 1964 des 250 guérilleros du Frelimo qui déclenchent la lutte armée contre le Portugal.

En 1966, il devient secrétaire à la défense du Frelimo, succédant à Filipe Magaia, mort au combat. En 1968, Machel devient commandant en chef des forces armées et entre au comité central du Frelimo.

Après l'assassinat d'Eduardo Mondlane en 1969, il accède à la direction du parti au sein d'un triumvirat avec Marcelino dos Santos et le révérend Uria Simango. Samora Machel représente alors l'aile marxiste et multiraciale face aux tenants du courant africaniste. Dès 1970, il s'impose face à ses deux rivaux et prend seul la direction du mouvement de libération marxiste. Josina Mutemba, sa seconde femme, rencontrée en Tanzanie, meurt en 1971 d'une leucémie. En 1973, il refait sa vie avec Graça Machel (née Simbine), ancienne ministre de l'éducation, qui se remariera ultérieurement (en juillet 1998) au président sud-africain Nelson Mandela. Elle se consacrera à découvrir les responsables de la mort de son premier mari.

Carrière politique et arrivée au pouvoir[modifier | modifier le code]

Samora Machel et la ministre de l'Éducation de la RDA, Margot Honecker, en 1983.

En 1974, au Portugal, les militaires renversent Marcelo Caetano (successeur du dictateur Salazar), dans le contexte de la Révolution des œillets. Les nouveaux dirigeants souhaitent mettre fin aux guerres coloniales que l'armée portugaise mène en Afrique, en accordant l'indépendance à ses possessions (Mozambique, Angola, Guinée-Bissao, Sao Tomé-et-Principe et Cap-Vert). Le Frelimo est alors l'interlocuteur privilégié du Portugal. Le 7 septembre 1974, à Lusaka, est signé un accord de cessez-le-feu et fixé un calendrier, prévoyant un gouvernement provisoire, l'indépendance du Mozambique et des élections pluralistes.

Dès la période de neuf mois de transition qu’il partage avec le Portugal avant l’indépendance, le FRELIMO écrase toute opposition. Les anciens militants Lázaro Nkavandame, Uria Simango, Paulo Unhai, Kambeu et Prêtre Mateus Gwengere sont détenus, sous le prétexte de s’être alliés à des éléments de la communauté blanche lors du soulèvement du 7 septembre 1974 contre l’octroi du pouvoir exclusivement au FRELIMO (Mateus Gwengere est enlevé au Kenya, où il s’était exilé, et ramené secrètement au Mozambique). La même vague attrape Joana Simeão, qui n’avait jamais été membre du FRELIMO mais avait créé un parti (GUMO – Groupe Uni du Mozambique) prétendument pro-occidental, lequel proposait un modèle basé sur le pluralisme et l’économie libre (ironiquement, le FRELIMO adopterait ce modèle quelques années plus tard, lorsqu’il renonça au marxisme).

Tachés de « traîtres » et d’« ennemis », ils sont soumis à un jugement sommaire présidé par Machel lui-même selon les lignes dites « révolutionnaires » et « populaires ». Selon un article des journalistes José Pinto de Sá et Nélson Saúte paru dans le quotidien portugais « Público », Joana Simeão, le révérend Uria Simango, Lázaro Nkavandame, Raul Casal Ribeiro, Arcanjo Kambeu, Júlio Nihia, Paulo Gumane et le prêtre Mateus Gwengere étaient détenus dans le « campo de reeducação » (camp de rééducation) de M’telela, dans la province de Niassa (nord-ouest du Mozambique), lorsque, le 25 juin 1977 (le deuxième anniversaire de l'indépendance du Mozambique), on leur communiqua qu'ils allaient être transférés à la capitale, Maputo, où le président Machel lui-même discuterait leur libération. À un moment donné, le convoi de jeeps s'arrêta sur la route de terre battue entre M'telela et la capitale de Niassa, Lichinga. En utilisant une pelleteuse mécanique, les soldats avaient ouvert un fossé au bord du chemin et l'avaient partiellement rempli de bois. Ils ligotèrent les prisonniers, les jetèrent au fossé et les arrosèrent d'essence, à laquelle ils mirent le feu. Les prisonniers politiques du Frelimo furent brûlés vivants, pendant que les soldats scandaient des chants révolutionnaires autour du fossé. Les détails macabres du massacre ne furent connus que dix-huit ans plus tard, en 1995. Le Frelimo, dont les gouvernements successifs avaient jusqu'alors systématiquement refusé de donner des renseignements sur ce qu'étaient devenus ces éléments dudit « groupe des réactionnaires », se remit au silence[1].

Un autre dissident du FRELIMO, Miguel Murupa, réussit à se réfugier au Portugal, de même que Máximo Dias (n.º 2 du GUMO), Domingos Arouca et Pereira Leite (bien que ces deux derniers avaient autrefois été des adversaires du régime colonial). L’avocat Willem Gerard Pott, qui avait eu une activité considérée comme progressiste pendant l’époque coloniale, est décrié, du fait de ne pas avoir démontré une fidélité inconditionnelle au FRELIMO, et finit par mourir en prison à la suite d'humiliations (comme, par exemple, être exhibé à moitié nu sur la voie publique).

Le Mozambique devient indépendant le 25 juin 1975. Le FreLiMo est alors à la tête d'un gouvernement d'union nationale mais les concurrents ou opposants sont rapidement écartés. Sous l'initiative du SNASP (Service national de Sécurité populaire) et de la PIC (Police d'Investigation criminelle), les emprisonnements prolifèrent, soit dans des pénitentiaires traditionnelles, soit dans les soi-disant campos de reeducação perdus dans la jungle du Nord et du Centre du pays. Même la première femme de Machel, qu'il avait quittée lors de son départ pour la Tanzanie en 1963, est détenue, malgré son absence totale d'activité politique. La vie quotidienne des citoyens est surveillée par les grupos dinamizadores (groupes de dynamisation), des cellules de contrôle établies au niveau des quartiers et des lieux de travail.

Samora Machel est élu président de la république. Il pousse au développement d'une société socialiste et rejoint le bloc soviétique. Une réforme agraire est imposée, regroupant les paysans dans des aldeias comunais (villages communautaires) selon le modèle des kolkhozes et sovkhozes. Pour cela, le nouveau régime mozambicain n'hésite pas à utiliser les anciens aldeamentos, des petites agglomérations dans lesquelles l'armée portugaise avait essayé de confiner les paysans, traditionnellement dispersés en unités unifamiliales dans la campagne, afin de les soustraire à l'influence du Frelimo dans les zones du Nord touchées par la guerre (le Frelimo lui-même tachait alors ces aldeamentos de «camps de concentration»). Profondément contraire au mode de vie traditionnel dans la campagne mozambicaine, la réforme agraire basée sur le concept des aldeias comunais se traduit vite par un échec colossal.

La situation régionale est compliquée : le Mozambique abrite les bases arrières des mouvements de libération armés sud-africain (l'ANC) et rhodésien (la ZANU). De leurs côtés, l'Afrique du Sud, toujours sous le régime d'apartheid, et le gouvernement blanc de Rhodésie soutiennent financièrement et logistiquement la ReNaMo, un mouvement armé qui s'attaque à l'infrastructure mozambicaine. Économiquement, l'aide de l'Union soviétique ne suffit pas et les relations économiques et politiques avec les deux voisins du sud sont des plus tendues. Néanmoins, Machel réussit à rester populaire parmi la population.

En 1979, la Renamo est affaiblie quand son leader est abattu. En 1980, le soutien de la Rhodésie cesse avec l'avènement à sa place du Zimbabwe. Mais la guerre civile continue, coupant le pays en deux.

Dès 1980, Samora Machel se rend compte aussi de l'inefficacité de sa politique économique et en 1983 se détourne du socialisme pour demander l'aide du FMI. Le pays connaît alors une sécheresse sans précédent, et la famine couplée à la guerre civile contribue à faire du Mozambique un des pays les plus pauvres du monde. À la suite des exactions de la Renamo, Samora Machel fait rétablir les coups de fouet en public et la peine de mort.

En 1984, les difficultés économiques le contraignent de se rapprocher de l'Afrique du Sud. Il signe l'accord de Nkomati avec le président Pieter Botha prévoyant que les sud-africains cessent de soutenir la Renamo contre le retrait du soutien mozambicain à l'ANC et aux mouvements anti-apartheid établis sur son sol. L'accord n'est finalement pas respecté de part et d'autre en dépit des relations sereines établies au niveau des ministères respectifs des deux pays.

Le 19 octobre 1986, Samora Machel s'envole pour la Zambie pour discuter de la situation avec les présidents zambien, angolais et zaïrois. Le sommet se déroule dans le calme malgré une ambiance tendue. Mobutu est accusé de soutenir autant l'Unita en Angola que la Renamo au Mozambique. Le Malawi, non représenté au sommet, est aussi soupçonné par Machel de donner asile aux rebelles de la Renamo. Machel avait menacé quelques mois auparavant le Malawi de blocus économique et de tirs de roquettes alors que l'ambassade du Malawi était mise à sac à Maputo au mois de septembre.

Le changement de politique de Machel vis-à-vis des Portugais[modifier | modifier le code]

Il est souvent admis que l'une des raisons principales de l'effondrement de l'économie mozambicaine à la suite de l'indépendance a été le départ précipité de la plupart des quelque 200 000 Portugais résidant au pays à la veille de la Révolution des œillets qui a eu lieu en 1974 au Portugal, et que cet exode aura été provoqué par un changement brusque d'attitude de la part de Samora Machel.

En effet, le gouvernement de transition qui devait diriger le pays entre l'accord de cessez-le-feu (signé le 7 septembre 1974 à Lusaka) et l'indépendance (prévue pour le 25 juin de l'année suivante) s'était montré très conciliant. Le Premier ministre, Joaquim Chissano (qui deviendra président de la République après la mort de Machel douze ans plus tard), réussit à convaincre la plupart des blancs que seuls ceux qui avaient de graves responsabilités dans les pages les plus sombres de l'époque coloniale pourraient craindre le gouvernement du Frelimo.

Un mois avant l'indépendance, c'est-à-dire, vers la mi-mai 1975, Samora Machel rentra au Mozambique par la frontière nord, en provenance de la Tanzanie, et entama un périple à destination de la capitale, Lourenço Marques, située dans l'extrême sud, où il devait arriver à la veille de l'indépendance. Au long de ce voyage, les masses étaient littéralement enflammées par ses discours, dans lesquels il ne cessa de rappeler les aspects les plus odieux et humiliants du colonialisme sous la perspective des colonisés. Le malaise s'installa progressivement au sein de la communauté portugaise et nombreux furent ceux qui décidèrent d'aller refaire leur vie ailleurs.

Plusieurs explications ont été proposées pour ce changement d'approche. Dans son livre de mémoires Quase Memórias, le Dr. António de Almeida Santos, un avocat renommé de Lourenço Marques qui, après la chute du régime de Marcelo Caetano, a été le ministre chargé de la coordination des territoires sous domination portugaise et qui a connu Machel de près, soutient que le président du Frelimo aurait été très affecté par deux épisodes de violence, le premier desquels causé par un soulèvement dans la capitale, avec prise des installations du Rádio Clube de Moçambique, à la suite de la signature de l'accord de Lusaka du 7 septembre 1974 entre le gouvernement provisoire portugais et le Frelimo, prévoyant l'octroi du pouvoir au mouvement nationaliste sans partage : ce soulèvement était dirigé par le FICO (Front intégrationniste pour la Continuité occidentale), un mouvement majoritairement blanc auquel s'étaient ralliés des dissidents du Frelimo et d'autres membres de la communauté noire qui voyaient mal l'instauration d'un régime de parti unique au nom du Frelimo. De sanglantes émeutes éclatèrent alors comme représailles dans les quartiers noirs de la ville et, pendant plusieurs jours, quelques milliers d'habitants, surtout des Portugais, furent sauvagement massacrés par des partisans du Frelimo. Le deuxième épisode de violence eut lieu peu de semaines plus tard, le 21 octobre 1974, à la suite d'une querelle entre des commandos portugais et des guérilleros du Frelimo, provoquant aussi de sanglantes émeutes dans les quartiers à majorité noire, avec l'assassinat de plusieurs blancs. Selon Almeida Santos, Machel se serait possiblement convaincu que la présence d'une communauté portugaise nombreuse au Mozambique constituerait toujours une source d'instabilité et une potentielle menace contre le pouvoir du Frelimo. À cela se seraient ajoutées les pressions de l'Union soviétique, envers laquelle le Frelimo avait contracté une lourde dette, notamment politique, et qui aurait intérêt à se débarrasser des Portugais afin de mieux exercer son influence à tous les niveaux[2].

Si elle est plausible, cette explication nous mène à des conclusions surprenantes : Étant donné que les deux épisodes de violence en cause avaient eu lieu au début de la période de transition (le premier avait même éclaté avant l'entrée en fonctions du gouvernement présidé par Joaquim Chissano), le Frelimo aurait donc pris la décision de « chasser » les Portugais au moment même où son premier ministre Chissano semblait les encourager à rester. Comment expliquer que le gouvernement de transition dirigé par un haut responsable du Frelimo ait adopté une approche conciliatrice aussi contrastante avec le ton ultérieurement hostile et revanchiste de Machel ? Un manque de coordination entre la politique du président et celle de son délégué au gouvernement de transition semble exclu. Il est plus probable que tout ait été préalablement accordé au plus haut niveau au sein du mouvement, dans le sens de mener tranquillement à terme la transition pendant une première étape, jusqu'à ce que le processus d'indépendance serait devenu irréversible, et, dès que la grande majorité des agents de l'administration portugaise, notamment les militaires, auraient quitté le pays (juste avant l'indépendance), le radicalisme de Samora Machel — c'est-à-dire le vrai visage du Frelimo — se manifesterait.

Mort[modifier | modifier le code]

Circonstances[modifier | modifier le code]

Le 19 octobre 1986 dans l'après-midi, Machel revient en avion de ce sommet de Lusaka quand son Tupolev 134 s'écrase en Afrique du Sud sur les flancs des montagnes Lebombo (connues au Mozambique sous le nom de « Montes Libombos »), à 300 mètres de la frontière mozambicaine, près de Mbuzini, non loin de Komatipoort[3]. Machel et 24 autres occupants meurent, neuf survivent. Après une courte période d'intérim, Joaquim Chissano devient président de la République le 6 novembre 1986. En décembre, il signait un traité d'amitié et de coopération avec le Malawi mettant fin aux tensions entre les deux pays.

Enquêtes[modifier | modifier le code]

La commission d'enquête internationale, réunie en vertu de la convention de Chicago sur les crash aériens, comprenant notamment l'astronaute Frank Borman et dirigée par le juge sud-africain Cecil Margo, rendit son rapport en janvier 1987. Bien que les Soviétiques (en tant que constructeurs de l'avion) et les Mozambicains (propriétaires) aient décliné officiellement l'invitation de droit qui leur avait été faite de participer aux travaux de la commission internationale, les équipes d'enquête des trois pays impliqués échangèrent informations et conclusions. Le rapport de la commission Margo mit en avant une erreur du pilote russe, lequel n'aurait pas demandé les vérifications d'usage après qu'il se fut aperçu, comme le confirmèrent les boîtes noires, qu'il s'était dérouté. Les Mozambicains refusèrent toute mise en cause de la tour de contrôle de Maputo alors que la commission d'enquête soviétique incrimina une balise mobile (VOR) qui aurait leurré l'appareil vers les collines boisées du Transvaal. Certains ont alors incriminé les services secrets sud-africains qui auraient utilisé une technologie obtenue du Mossad israélien. Les appareils de navigation, et en particulier l'altimètre, montrant des mesures fausses, le pilote se croyait au-dessus des montagnes en regardant son altimètre alors qu'il filait dedans.

En 1996, un rapport de la Commission vérité et réconciliation recommanda un complément d'enquête pour éclaircir certains points litigieux.

Le 9 février 2006, Charles Nqakula – ministre sud-africain de la sécurité – ordonna qu'un complément d'enquête soit effectué.

En 2010, le journaliste portugais José Milhazes, qui vit à Moscou depuis 1977 et travaille actuellement pour le quotidien portugais Público et comme correspondant de la chaîne portugaise de télévision SIC, publia le livre Samora Machel: Atentado ou Acidente?, dans lequel il prétend que la chute de l'avion n'a point été due à un attentat ou à une défaillance mécanique, mais bien à plusieurs erreurs de l'équipage russe : au lieu d'exécuter correctement les opérations de vol, les membres de l'équipage, y compris le pilote, étaient occupés avec des futilités, comme le partage de boissons alcooliques et d'autres, qu'il n'était pas possible d'obtenir au Mozambique et qu'ils apportaient de Zambie. Selon Milhazes, tant les Soviétiques que les Mozambicains auraient intérêt à répandre la thèse d'un attentat perpétré par le gouvernement raciste de l'Afrique du Sud : l'URSS voudrait sauvegarder sa réputation (qualité mécanique de l'appareil et professionnalisme de l'équipage), alors que le gouvernement du Mozambique chercherait à créer un héros[4].

Toutefois, en 2007, Jacinto Veloso, l'un des plus fidèles alliés de Machel au sein du Frelimo[5], avait publié ses mémoires (Memórias em Voo Rasante), dans lesquelles il soutient que la mort de Samora Machel aurait été due à un complot entre les services secrets sud-africains et les Soviétiques, qui auraient, de part et d'autre, des raisons pour l'éliminer.

Selon Veloso, quand l’ambassadeur soviétique, lors d’une audience avec le Président, lui fit part de l’appréhension de l’URSS face au « glissement » apparent du Mozambique vers l’Occident, Machel lui aurait répondu « Vai à merda! » et, après avoir ordonné à l’interprète de traduire, aurait illico quitté la salle. Convaincus que Machel s'était irrévocablement écarté de leur orbite, les Soviétiques n'auraient donc pas hésité à sacrifier le pilote et tout l'équipage de leur avion[6].

Distinction[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. José Pinto de Sá, O dia em que eles foram queimados vivos, Público Magazine, Lisboa, n.º 277, 25 juin 1995.
  2. António de Almeida Santos, Quase Memórias, éd. Casa das Letras, Lisboa, 2006.
  3. Jeune Afrique, numéros 1982 à 1989. Société africaine de presse, 1999, p. 41.
  4. José Milhazes, Samora Machel: Atentado ou Acidente?, éd. Alêtheia, Lisboa, 2010.
  5. Né au Mozambique au sein d'une famille portugaise, Jacinto Veloso déserta l'armée portugaise de l'air en 1963 et s'envola dans son avion pour la Tanzanie, où il joignit le Frelimo plus ou moins à l'époque où celui-ci organisa ses premières actions armées contre le Portugal. Après l'indépendance, il devint l'organisateur du SNASP — Service national de Sécurité populaire —, la police politique du nouveau régime. Quelques années après la mort de Machel, il fut accusé de corruption et écarté de toute activité politique importante.
  6. Jacinto Veloso, Memórias em Voo Rasante, éd. Papa-Letras, Lisboa, 2007.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Georges Lory (sous la direction de), biographie de Samora Machel dans «Afrique australe», éditions Autrement, n.º 45 HS, avril 1990
  • António de Almeida Santos, Quase Memórias, éd. Casa das Letras, Lisboa, 2006
  • José Milhazes, Samora Machel: Atentado ou Acidente?, éd. Alêtheia, Lisboa, 2010
  • Jacinto Veloso, Memórias em Voo Rasante, éd. Papa-Letras, Lisboa, 2007
  • José Pinto de Sá, O dia em que eles foram queimados vivos, Público Magazine, Lisboa, n.º 277, 25 juin 1995

Liens externes[modifier | modifier le code]