Parti uni

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Le Parti uni d'Afrique du Sud (United Party) était un parti politique d'Afrique du Sud fondé en 1934. Issu de la fusion du parti sud-africain de Jan Smuts et du parti national de James Barry Munnik Hertzog, le parti uni domina le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif sud-africain de 1934 à 1948. Il devint le principal parti d'opposition parlementaire jusqu'à dissolution en 1977.

Parti libéral et conservateur, partisan de la réconciliation et de la coopération entre anglophones et Afrikaners, le Parti Uni fut dirigé par les premiers ministres James B. Hertzog et Jan Smuts.


Origines[modifier | modifier le code]

Les deux fondateurs du parti uni, Jan Smuts (à gauche) et James Barry Hertzog (à droite) au côté de leurs épouses Wilhelmina Jacoba Hertzog (centre gauche) et Isie Smuts (centre droit)

En 1933, le gouvernement sud-africain est dirigé par James Barry Munnik Hertzog et le parlement dominé par le parti national. Suite aux conséquences de la grande dépression, le parti national, largement représentatif de l'électorat afrikaner rural et ouvrier se rapproche du principal parti de l'opposition parlementaire, le parti sud-africain, représentatif de l'électorat anglophone urbain. Les deux partis forment une coalition qui se présente unie lors des élections géénrales de mai 1933. La coalition remporte alors une victoire écrasante sur le parti unioniste et le parti du centre. Le nouveau gouvernement qui est alors formé est dirigé par Hertzog. À ses côtés, Jan Smuts le chef du parti sud-africain devient le vice-premier ministre.

Suite aux élections, un mouvement à l'échelle nationale propose de consolider la coalition par la fusion des deux parties qui la compose. Maintes et maintes fois, Daniel François Malan, le chef du parti national de la province du Cap, s'oppose à cette éventualité, notamment lors du congrès du Parti national en octobre 1933. Selon lui, la fusion des deux partis ne peut aboutir tant les opinions d'Hertzog et de Smuts diffèrent sur des sujets fondamentaux tels que la divisibilité de la Couronne, le droit de rester neutre en cas de conflit impliquant la Grande-Bretagne et le statut souverain de l'Union. Si Malan parvient à obtenir l'adhésion du parti national au Cap, les sections du parti dans les autres provinces rallient Hertzog et la proposition de fusion. L'alliance perçu comme un bon moyen de lutter contre les difficultés économiques est néanmoins considérer par de nombreux nationalistes comme un retour à l'ancienne politique de compromis avec les sud-africains d'expression anglaise[1]

La fusion intervient le 5 décembre 1934 lors d'un congrès extraordinaire célébrant la naissance du parti uni d'Afrique du Sud. Sous l'égide de D.F. Malan, le parti national de la province du Cap ne participe pas à la fusion et décide de maintenir son identité séparée en tant que « Parti National Purifié » et constitue un groupe de 18 députés pour former la nouvelle opposition officielle à la Chambre basse du parlement.

À partir de 1935, l'Afrique du Sud émerge lentement de la crise. Les cours de l'or remontent alors que la production industrielle repart à la hausse, que le chômage baisse et que les petits blancs commencent à sortir de la misère. Du point de vue institutionnelle, Hertzog et Smuts ont obtenu tous les attributs de la souveraineté nationale pour l'union sud-africaine tout en maintenant des liens étroits avec la Grande-Bretagne[2].

En 1936, le parti uni vote un certain nombre de lois qui renforcent la ségrégation raciale sur le territoire sud-africain. L'une prive les noirs du Cap du droit de vote commun à celui des Blancs dont ils jouissaient depuis 1853. Dorénavant, ils ne pourront élire que 3 députés blancs, élus sur des listes séparées. Une autre loi aménage les surfaces des réserves mais en les étendant, elle renforce la ségrégation dans les zones rurales. Enfin, une dernière loi accentue les contrôles sur les flux migratoires[2].

L'année 1938, marquée par les célébrations du grand Trek, est aussi marquée par des tensions au sein de la majorité parlementaire. Les célébrations ont exalté le nationalisme afrikaner à travers de grandes manifestations spectaculaires organisées par des centaines d'associations afrikaans. Les membres du gouvernement et les officiels ne sont cependant pas invités aux célébrations et sont volontairement isolés, accentuant les ressentiments au sein du parti uni.

Le schisme[modifier | modifier le code]

En 1939, Hertzog refusa d'engager l'Union d'Afrique du Sud au côté du Royaume-Uni contre l'Allemagne nazie. Il reçut alors le soutien politique du "Parti National recréé" de Daniel François Malan ainsi que celui de la majorité des Afrikaners d'ascendance germanique.

Mais au sein du Parti Uni, Jan Smuts était partisan de l'engagement au côté des Britanniques. L'opposition entre les deux hommes aboutit à un schisme quand une majorité des parlementaires du Parti Uni désavouèrent Hertzog et se rallièrent à Smuts pour approuver l'effort de guerre. Minoritaire, Hertzog fut contraint de démissionner de son poste de premier ministre. Smuts prit la direction du Parti Uni et devint le nouveau premier ministre.

L'ère Smuts[modifier | modifier le code]

Jan Smuts engagea l'Afrique du Sud dans la Seconde Guerre mondiale alors qu'Hertzog et ses partisans ralliaient le Parti National de Malan ou le nouveau Parti afrikaner.

Auréolé de son prestige et de la victoire de 1945, cofondateur de l'ONU, Smuts pensait remporter facilement les élections de 1948 et préparait son dauphin Jan Hofmeyr à lui succéder. Leur programme libéral et paternaliste ne prévoyait pas d'institutionnaliser la ségrégation raciale mais de tendre vers l'éducation et la coopération entre les différentes races au sein d'une Afrique du Sud plus décentralisée mais dominée politiquement par les blancs.

J.G.N. Strauss, chef du parti uni de 1950 à 1956

Contre toute attente, avec pourtant la majorité des suffrages, Smuts et le Parti Uni perdirent les élections générales de 1948 en termes de siège face à l'alliance conclue entre le Parti national et le Parti Afrikaner.

Smuts défait et Hofmeyr mort peu de temps après, c'est en 1950 J.G.N. Strauss qui reprend la présidence du parti avant de la laisser en 1956 à Sir De Villiers Graaff. Dorénavant, le parti uni ne devient plus que le représentant des intérêts de la population de langue anglaise.

L'opposition officielle (1948-1977)[modifier | modifier le code]

Devenu l'opposition officielle au parlement, le Parti Uni déclina, victime du retrait du droit de vote des personnes de couleurs et de l'attrait de l'électorat anglophone vers le programme du Parti National. Pour espérer revenir au pouvoir, le parti uni devait obtenir les voix de tous les électeurs de langue anglaise ainsi que 15 % des voix afrikaners[3]. De plus, le Parti Uni continuait à soutenir le principe de la domination blanche en Afrique du Sud, ce qui ne pouvait convenir aux blancs les plus progressistes.

Se définissant comme une "différenciation dans la justice", le parti uni soutient l'intégration raciale uniquement dans les sphères économiques. Pour les chefs du parti uni, les noirs d'Afrique du Sud devront acquérir des droits politiques mais pas avant que ne se soit écoulée une « longue période de préparation à l'organisation démocratique de la vie »[3].

Incapable de gagner des élections avec un tel programme qui, dans le contexte d'événements survenant alors dans plusieurs pays africains en voie de décolonisation, effraie de nombreux électeurs blancs anglophones, le parti uni devient le refuge de ceux des sud-africains blancs qui ne supportent pas la politique et les méthodes du parti national au pouvoir. S'il ne présente pas de solutions aux questions raciales, il est apprécié par toute une gamme d'électeurs pour son respect méticuleux de la loi et des règles de procédures. Il l'est aussi pour ses idéaux, notamment pour sa volonté de créer un climat de tolérance mutuelle pour permettre à tous les chefs des diverses populations d'Afrique du Sud de se réunir, de discuter et d'arriver à des compromis au lieu de passer par une législation imposée[4].

Durant toute cette période d'opposition, le parti uni ne connaitra pas de difficultés financières et pourra dépenser sans compter durant les campagnes électorales, en dépit de résultats décevants. Il bénéficie notamment de l'appui de larges secteurs du monde capitaliste anglophone d'Afrique du Sud, particulièrement de celui des grandes entreprises privées du pays[5].

Le schisme du parti progressiste[modifier | modifier le code]

En 1959, plusieurs élus dont Helen Suzman démissionnent du Parti Uni. Ils fondent le parti progressiste, foncièrement hostile à la ségrégation raciale et au maintien de la domination blanche.

La dissolution[modifier | modifier le code]

En 1977, à bout de souffle et concurrencé sur sa gauche et sur sa droite, Sir de Villiers Graaf constate l'échec du Parti Uni à se constituer comme une alternative crédible. Le parti est alors dissous le 28 juin 1977 et émerge à sa place, dès le lendemain, le "Parti pour une nouvelle république" (New Republic Party), issue de la fusion du parti uni avec le parti démocratique de Theo Gerdener.

Le groupusculaire Nouveau Parti Républicain[modifier | modifier le code]

La plupart des élus de l'ancien Parti Uni refusent d'adhérer au nouveau parti préférant rejoindre le Parti progressiste fédéral ou le Parti National.

Aux élections de 1977, le New Republic Party n'obtient que 10 élus (contre 41 à l'ancien Parti Uni dans la législature précédente).

Le New Republic Party finit par disparaitre définitivement en 1988 après le ralliement de ses derniers fidèles au Parti National.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Tom Hopkinson, L'Afrique du Sud, Time/Life, 1965, p 130
  2. a et b Paul Coquerel, L'Afrique du Sud des Afrikaners, Collection complexe, 1992, p. 138
  3. a et b Tom Hopkinson, p 133
  4. Tom Hopkinson, p 133-134
  5. Tom Hopkinson, p 134