Grand Trek

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Monument représentant, sur le site de la bataille de Blood River, un chariot à bœuf du grand Trek

Le Grand Trek (« Grote Trek » en néerlandais, « Groot Trek » en afrikaans, signifiant « grand voyage ») est un acte politique exprimant le désir d'indépendance des Boers de la colonie du Cap d'Afrique du Sud. Il se concrétise en une immense migration organisée de plusieurs milliers de fermiers Boers de la colonie du Cap vers l'intérieur des terres dans les années 1835 - 1840. Au XXe siècle, ce périple occupera une place importante dans la mythologie et le nationalisme afrikaner. Il sera vu comme l'événement central de l'histoire et l'identité afrikaner, évoquant l'Exode des Hébreux d'Égypte.

Origine[modifier | modifier le code]

« Le passage des monts Outeniqua en chars à bœufs » (1840) - Peinture de Charles Collier Michell (1793-1851)

Dans les années 1825-1835, des explorateurs avaient sillonné les terres intérieures notamment vers le Natal et avaient rapporté l'existence de terres fertiles et apparemment vides ou abandonnées.

Révulsés par le comportement des autorités britanniques et par l'abolition de l'esclavage, des milliers de Boers s'organisèrent pour quitter la colonie du Cap afin de les mener vers « des territoires inhospitaliers et dangereux » en ne pouvant se reposer que sur « eux-mêmes et sur Dieu ». Les Boers voulaient des terres à cultiver et refusaient la marche vers la modernité que leur imposaient les Britanniques, en particulier le principe de l'égalité en droit des Blancs et des Noirs.

Cette revendication boer d'émancipation est concrétisée par un manifeste publié le , dans "the Grahamstown Journal", et écrit par le Boer Piet Retief. Dans ce manifeste, il y exprime les raisons qui le poussent à vouloir fonder, hors de la colonie du Cap, une communauté libre et indépendante. Énonçant ses griefs contre l'autorité britannique, incapable selon lui de fournir la moindre protection aux fermiers et injuste pour avoir émancipé les esclaves sans indemnisations équitables, il évoque une terre promise pour les Boers et qui serait destinée à la prospérité, à la paix et au bonheur de leurs enfants (ceux des Boers). Une terre où ils seraient enfin libres, où leur gouvernement déciderait de ses propres lois.

La grande migration[modifier | modifier le code]

Chars à bœufs durant le Grand Trek
Article connexe : Voortrekkers.

Les premiers groupes organisés de Voortrekkers quittent les régions et villes du Cap, de Graaff-Reinet, de George et de Grahamstown à partir de 1835. À leurs têtes, des chefs élus par leurs communautés comme Andries Pretorius, Louis Trichardt, Hendrik Potgieter et Piet Retief.

Partis à bord de leurs chars à bœufs vers des territoires inconnus, l'objectif des Voortrekkers était d'y créer une république indépendante pour y vivre libres à la manière des trekboers (ainsi appelés car ils quittèrent la région pour se diriger vers le nord en emportant avec eux tous leurs biens) du XVIIIe siècle. En 5 ans, de 1835 à 1840, près de 15 000 Boers[1] quittent la colonie du Cap soit un dixième de la population afrikaner.

Cependant, l'intérieur des terres n'était pas vide d'habitants même si dans les années 1820 les armées de Shaka, roi des Zoulous, avaient décimé ou poussé à l'exode vers le nord plusieurs dizaines de milliers de tribus. La plupart des pionniers Boers vécurent des heurts sanglants avec les Ndébélés (bataille de Vegkop en 1836) et surtout les Zoulous alors que d'autres comme Louis Trichardt, partis très au nord du pays, succombent à la malaria.

Le Karel Landman Memorial (1939) est un autre monument de Gerard Moerdijk dédié aux Voortrekkers et au grand trek

Au Natal, le massacre de pionniers dont Piet Retief par les Zoulous puis la victoire des Boers lors de la bataille de Blood River conduit à la création de la république de Natalia. Après l'annexion de cette dernière par les Britanniques en 1843, les Boers retournent dans le Haut-Veld où ils acquièrent suffisamment de terres pour former des républiques.

En 1852, les Britanniques reconnurent par le traité de Sand River la république d'Afrique du Sud (Transvaal) et en 1854, l'État libre d'Orange, mettant un terme à l'épopée du Grand Trek.

Un symbole politique[modifier | modifier le code]

Le Grand Trek est au cœur de la construction d'une nation, celle des Afrikaners, au sein d'une histoire présentée par ses thuriféraires comme une longue errance qui se terminerait par l'accession au pouvoir du parti national en 1948. Cette épopée proprement communautaire va être particulièrement célébrée par les écrivains de langue afrikaans du début du XXe siècle et prendre des dimensions épiques. La littérature sud-africaine de cette époque évoque notamment les grands espaces, les luttes interminables contre les lions ou les zoulous, la nature hostile pour en venir à une exaltation de la race afrikaner et de son mode de vie. Elle participe également à la constitution d'une mentalité, celle du laager (cercle protecteur), autrement dit une mentalité de ghetto pour se protéger du monde extérieur qu'exprime notamment l'ouvrage Trekkerswee (le malheur des Trekkers) de Totius, relatant l'arrivée des uitlanders à Johannesburg et par là-même, l'insurrection d'un monde rural idéalisé contre des intrus[2]. En 1906, l'historien Gustav Preller décrit le grand Trek comme un nouvel exode biblique avec Piet Retief comme une victime expiatoire et la victoire de Blood River comme un signe de la volonté divine assurant le peuple élu (les Afrikaners) de sa protection. Quelques années plus tard, Die Stem van Suid-Afrika, le poème de Cornelis Jacobus Langenhoven faisant référence au grand Trek, est retenu pour être les paroles de l'hymne national sud-africain. En 1937, Stuart Cloete publie Turning Wheels, une version démystifiée du grand Trek qui fait cependant « étalage de la sauvagerie africaine »[2]. Il contribue avec plusieurs auteurs à la construction d'une mentalité collective. Plusieurs scènes du livre très populaire pour enfants et adolescents Jock of the Bushveld (1907), de Percy Fitzpatrick, comptant l'histoire d'un chien héroïque et de son maitre dans les années 1880, évoquent le grand Trek[2].

En 1938, les célébrations du centenaire de la bataille de Blood River et du Grand Trek unissent, mobilisent et consolident les afrikaners derrière les thèses nationalistes. La première pierre du Voortrekker Monument à Pretoria est posée. Il est terminé pour son inauguration en grande pompe par Daniel Malan en 1949, un an après la victoire du Parti national.

Dans les années 1960, F.A. Venter relate encore au travers d'une fresque familiale l'histoire du Grand Trek[2] ainsi que l'écrivain américain James Michener dans son roman intitulé the Covenant (1980).

Notes[modifier | modifier le code]

  1. François-Xavier Fauvelle-Aymar, Histoire de l'Afrique du Sud, Paris, Seuil, 2006, (ISBN 2020480034), p.243
  2. a, b, c et d Jean Sévry, Littératures d'Afrique du Sud, Édition Karthala, 2007, p 66 et s.

Documents multimédia[modifier | modifier le code]

Scènes extraites du film Bou van 'n Nasie ("Construction d'une nation"), réalisé en 1938 par Joseph Albrecht, avec Myles Bourke, M. Ngcobo and A.M. Sadie.

Liens externes[modifier | modifier le code]