Robert Ier de Bourgogne

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Robert Ier de Bourgogne
Image illustrative de l'article Robert Ier de Bourgogne

Titre Duc de Bourgogne
(10321076)
Prédécesseur Robert II de France et Henri Ier de France
Successeur Hugues Ier
Biographie
Dynastie Maison capétienne de Bourgogne
Nom de naissance Robert de France
Naissance vers 1011
Décès
Fleurey-sur-Ouche
Père Robert II le Pieux
Mère Constance d'Arles
Conjoint 1 - Hélie de Semur-en-Brionnais,
2 - Ermengarde d'Anjou
Enfants 1 - Hugues
2 - Henri
3 - Robert
4 - Simon
5 - Constance
6 - Hildegarde ou Adélaïde

Robert de France[1] est né vers 1011. Selon l'historien E. Petit[2], il mourut le d'un accident honteux et tragique sur lequel on n'a aucun détail, en l'église de Fleurey-sur-Ouche, et l'historien J. Richard dit au sujet de sa mort[3] : « les historiens ecclésiastiques font grief au vieux duc d'un mariage « incestueux » contracté après la répudiation de la duchesse Hélie de Semur avec Ermengarde d'Anjou sa cousine au 3ème degré qui descendait de Hugues le Grand, dit Hugues l'Abbé ; on fait allusion à une mort « honteuse  » en ajoutant  : « Robert mourut « dedecorose »[4] en l'église de Fleurey-sur-Ouche  ».

Robert Ier était un prince de sang royal français, fils du roi de France Robert II le Pieux et de Constance d'Arles. Il fut duc de Bourgogne de 1032 à 1076, comte de Charolais, de Langres (1227), et d'Auxerre (de 1040 à 1060).

Robert, duc de Bourgogne[modifier | modifier le code]

En 1030, sans doute poussé par la reine Constance, il se révolta avec son frère Henri Ier contre le roi, leur père. Henri prit le château de Dreux et Robert enleva Beaune et Avallon. Ils se réconcilièrent à l'instigation de Guillaume de Volpiano abbé de Saint-Bénigne de Dijon. L'année suivante, après la mort de son père, soutenu par sa mère Constance d'Arles, il se révolta contre son frère aîné, revendiquant le trône. La guerre s'ensuivit entre les deux frères. Henri soutenu par le duc de Normandie rendit toute résistance impossible et Robert vaincu près de Villeneuve-Saint-Georges renonça à la succession et rentra en possession du duché de Bourgogne que son père avait projeté de lui accorder[5]. Il ne put en prendre possession que fin 1031 ou au début de 1032, qu'après que son frère Henri, chassé du domaine royal par Constance, eut réussi à recouvrer son trône.

Mariage avec Hélie de Semur-en-Brionnais[modifier | modifier le code]

En 1033, il contracta alliance avec la famille richement possessionnée en Autunois et en Charolais des seigneurs de Semur-en-Brionnais en épousant, en premières noces, sa cousine au second degré Hélie de Semur-en-Brionnais (1016 - †1056), fille de Dalmace (ou Dalmas ou encore Damas), seigneur de Semur-en-Brionnais, et d'Aremburge de Vergy fille de Henri 1er de Bourgogne et nièce du roi Hugues Ier.

Hélie de Sémur était la sœur de l'abbé Hugues de Cluny[6] (1024-1109), et la petite-nièce du comte-évêque Hugues de Chalon. Le duc Robert devenait par ce mariage le beau-frère de l'abbé Hugues de Cluny.

La succession d'Outre-Saône[modifier | modifier le code]

Le duché de Bourgogne et le Comté de Bourgogne (approximativement la Franche-Comté actuelle)

Outre-Saône, en comté de Bourgogne, le dernier roi, Rodolphe III mourait en 1032 sans postérité. Deux de ses neveux, Eudes, fils de sa sœur Berthe de Bourgogne et Conrad, mari de sa nièce Gisèle, fille de sa sœur Gerberge, pouvaient prétendre à sa succession. Écartant Eudes, le choix de Rodolphe s'arrêta sur Conrad qu'il appela à sa succession. Eudes revendiqua son droit. Renaud Ier, fils d'Otte-Guillaume embrassa son parti, entra dans la ligue contre Conrad et appuya les deux tentatives (1033-1036) que fit Eudes pour se mettre en possession du royaume de Bourgogne. Le , jour de la diète de Soleure qui voyait le rattachement à l'Empire du comté, Renaud Ier préféra paraître à Dijon, en compagnie des comtes de Chalon et de Nevers, des évêques de Langres et de Soissons, plutôt que de rendre hommage à l'empereur ; prouvant l'intérêt et l'appui (?) que devait montrer le duc Robert pour les affaires d'Outre-Saône[7].

Interventions en Auxerrois[modifier | modifier le code]

Le Hugues de Chalon, comte de Chalon et évêque d'Auxerre mourait. Il avait été le seul défenseur des droits revendiqués par le roi Robert le Pieux dans sa lutte pour se rendre maître de la Bourgogne et il devait à la faveur royale d'avoir été sacré le comme évêque d’Auxerre. Il avait joué un rôle de conseiller auprès du duc et son influence en Bourgogne avait été considérable. Sa mort déclencha une intervention de Robert Ier dans l'Auxerrois contre Renaud, le comte de Nevers, beau-frère du duc[8]. Robert voulait-il prendre possession du comté ou faire reconnaître sa suzeraineté par Renaud, ou encore de faire accepter Héribert en qualité d'évêque, successeur de Hugues de Chalon ? L'historien J. Richard écrit que les motifs de son intervention en Auxerrois sont obscurs[9]. La rencontre armée qui eut lieu entre les deux adversaires à Sainte-Vertu, dans l'Yonne, coûta la vie au comte Renaud. La mort du comte mit fin aux hostilités et permit à Robert Ier de maintenir sa domination sur l'Auxerrois.

Le fils de Renaud, Guillaume Ier, renforça sa puissance par son mariage en 1045 avec Ermengarde de Tonnerre et revendiqua ses droits sur le comté d'Auxerre. La guerre reprit. En 1057 une armée ducale commandée par Hugues, le fils aîné du duc, envahit l'Auxerrois et brûla la cité de Saint-Bris[10]. En 1058 Robert Ier, aidé de Thibaud, comte de Blois, devenu aussi comte de Champagne, attaquèrent l'abbaye Saint-Germain d'Auxerre[11]. Vers 1059 et 1060, le fils aîné de Robert Ier, Hugues, trouva la mort peu après dans une action de guerre contre le comte Guillaume Ier de Nevers. L’année suivante, Thibaud, revint guerroyer dans l’Auxerrois et ne parvint qu’à brûler Toucy. Le concile d’Autun en 1060 marque la fin de cette guerre en Auxerrois. Le duc semble avoir abandonné ses droits sur l’Auxerrois[12].

Le « meurtre » de Dalmas de Semur-en-Brionnais[modifier | modifier le code]

Robert était d'un caractère violent et farouche. Selon les dires de certains historiens, en particulier E. Petit, repris par Eugène Jarry[13], auxquels ne souscrit pas l'historien J. Richard[14] : qui écrit « Nous ne savons rien du genre de mort auquel succomba Damas de Semur », le duc Robert aurait, dans un accès de colère à la suite d'une querelle au cours d'un repas, tué Dalmace de Semur[14], son beau-père, ainsi que son beau-frère, Jocerand[15], fils de Dalmace, qui voulait s'interposer.

Expédition en Espagne[modifier | modifier le code]

L'abbé Hugues de Cluny, qui joua un rôle en Espagne dans la propagation de la réforme grégorienne et dans l'éradication du rite mozarabe, intéressa la noblesse bourguignonne à la Reconquista. Robert Ier le Vieux se rendit en 1058 à Barcelone, à la cour du comte de cette ville Raymond Borel. Il était accompagné de son second fils Henri, fils de sa première épouse Helie de Semur. À la suite de cette rencontre, Henri aurait épousé une parente du comte[16], dont le surnom passa à ses descendants[17].

Violences et brigandages[modifier | modifier le code]

La rareté des informations concernant Robert Ier est extrême, déplore J. Richard. Néanmoins, les faits que les historiens connaissent de lui dans les dernières années de sa vie ne sont que violences et brigandages auxquels il se livrait. Ces exactions pourraient être le reflet de son impécuniosité grandissante, plus peut-être que d'un caractère emporté[18]. Les historiens comme J. Garnier et A. Kleinclausz lui ont même donné le surnom de « Robert sans terre ». Les exactions du duc commises à l’égard des églises et des abbayes sont nombreuses. Il avait enlevé les récoltes, saisi les dîmes, s'était emparé des celliers. En Auxerrois, en Langrois, dans le Dijonnais et l’Auxois, partout s'élevaient les plaintes des religieux. De tels crimes ne pouvaient restés impunis. Ils valurent à Robert d'être excommunié. Les religieux le convoquèrent au concile tenu à Autun (1060 ?) où il fit amende honorable. Il est probable que c’est au concile d’Autun que se décida son voyage à Rome qui dut avoir lieu entre les années 1060 et 1064 et qui devait lui apporter le pardon de ses crimes.

Descendance[modifier | modifier le code]

De son premier mariage avec Hélie de Semur, ils eurent[19] :

Il répudia Hélie[20] et se remaria avec Ermengarde, dite Blanche, fille de Foulque III Nerra, comte d'Anjou, et Hildegarde de Sundgau, et veuve du comte de Gâtinais Geoffroy Ferréol. Ils eurent :

Robert et Simon furent exilés par leur neveu Hugues Ier de Bourgogne lorsqu'il se mit en possession du duché. E. Petit écrit qu'ayant pris part à l'expédition d'Espagne contre les Maures, Robert se trouvait à León en Espagne en 1087 et qu'il passa ensuite en Sicile où il épousa la fille du roi Roger Ier de Sicile. La veuve de ce dernier, Adélaïde de Montferrat, lui confia la régence de ses États pendant la minorité de son fils[21]. Robert serait mort en 1112. D'après Orderic Vital[22], il serait mort empoisonné, de la main même de celle qui l'avait appelé en Sicile pour sauver le pays menacé d'une ruine imminente et lui avait donné en mariage une de ses filles. Quant à Simon, E. Petit, en s'appuyant sur Orderic Vital, écrit qu'il suivit la fortune de son frère et qu'il ne le rencontre cité nulle part dans les documents.
Précédé par Robert Ier de Bourgogne Suivi par
Robert II, puis Henri Ier
rois de France 
duc de Bourgogne
1032-1076
Hugues Ier

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Richard, Les ducs de Bourgogne et la formation du duché du XIe au XIVe siècles, Société Les Belles Lettres, Paris, 1954.
  • Ernest Petit, Histoire des ducs de Bourgogne de la race capétienne, Paris, 1885.
  • Maurice Chaume, Les origines du duché de Bourgogne, Académie des Sciences, Arts et Belles Lettres, 1925.
  • Eugène Jarry, Formation territoriale de la Bourgogne. essai de géographie historique, Paris, 1948.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Généalogie de Robert Ier de Bourgogne sur le site de la Fondation pour la généalogie médiévale
  2. Ernest Petit, Histoire des ducs de Bourgogne de la race capétienne, T. I, p. 187.
  3. Les ducs de Bourgogne et la formation du duché du XIe au XIVe siècles, p. 13, r. 4.
  4. D'après les sources indiquées par J. Richard : Quomodo, p. 70, n° 1 ; Saint-Marcel, n° 33.
  5. J. Richard, dans Les ducs de Bourgogne et la formation du duché du XIe au XIVe siècles, p. 8, écrit ceci :
    « Robert le Vieux, affirme dans un diplôme de 1035 que son père avait projeté de faire de lui un duc de Bourgogne, et nous n'avons pas de raison pour rejeter son témoignage. Que ce soit après sa révolte, en 1030, ou à une autre date, le jeune Robert avait donc été désigné pour recevoir le duché. »
  6. Université Jean Monnet-Saint-Étienne, Les Religieuses dans le cloître et dans le monde des origines à nos jours,1994, p. 198
  7. La forme interrogative est employée par J. Richard dans Les ducs de Bourgogne et la formation du duché du XIe au XIVe siècles, p. 13.
  8. Il avait pris pour épouse Adélaïde de France, une sœur du duc
  9. Les ducs de Bourgogne et la formation du duché du XIe au XIVe siècles, p. 12.
  10. Jacques-Antoine Dulaure, Histoire critique de la noblesse, depuis le commencement de la monarchie, 1790, p. 53
  11. Waast Barthélemy Henry, Histoire de l'abbaye de Saint-Germain d'Auxerre, 1853, p.  173
  12. J. Richard dans Les ducs de Bourgogne et la formation du duché du XIe au XIVe siècles, p. 12, écrit : Robert avait-il dû abandonner ce qu’il avait acquis en 1040 ?
  13. Dans Formation territoriale de la Bourgogne. essai de géographie historique, Paris, 1948. Dans J. Richard, Les ducs de Bourgogne et la formation du duché du XIe au XIVe siècles, p. 146, r. 3.
  14. a et b Cette version des faits est identique à la thèse développée par E. Petit dans Histoire des ducs de Bourgogne de la race capétienne, T. I, p. 167-169.
    L'historien Jean Richard dans Les ducs de Bourgogne et la formation du duché du XIe au XIVe siècles, Société Les Belles Lettres, Paris, 1954, p. 12, r. 3, la réfute et, pour sa part, se contente d’écrire notamment au sujet de la mort de Dalmas (ou Damas ainsi qu'il l'écrit) :
    « Nous ne savons rien du genre de mort auquel succomba Damas de Semur ».
    Mais il apporte néanmoins les précisions suivantes :

    « Hildebert (Hildebert du Mans), rapporte que le duc son gendre l’avait fait périr «  propria manu  », ce qui a permis aux historiens brionnais de supposer qu’il avait trouvé la mort pendant la guerre d’Auxerrois. Quant à Petit, il ajoute à la mort de Damas celle du fils de ce dernier, Joceran, tué par « deux soldats du duc », dépassant ici le témoignage de nos sources (Histoire des ducs de Bourgogne de la race capétienne, T. I, p. 167-168). Le même historien, suivant une interprétation due à Maillard de Chambure, Histoire et description de l’église de N.-D. de Semur-en-Auxois (M.C.A.C.O., Ier série, I, 1832-1833, p. 76-84), suppose que Damas aurait été empoisonné lors d’un banquet auquel assistait son gendre, ceci d’après le tympan de la porte des Bleds, à la Collégiale Notre-Dame de Semur-en-Auxois, exécuté seulement après 1250 et qui représente un banquet à la cour du roi Gondophorus, parmi d’autres scènes de la légende de saint Thomas. Les contorsions d’une danseuse ont été assimilées aux convulsions de Damas empoisonné (P. de Truchis, Notre-Dame de Semur, dans le Guide du congrès archéologique. D’Avallon , 1907 ; Kleinclausz, Quomodo, p. 70, n° 2). Cette erreur d’interprétation est due à une confusion entre les deux Semur, commise par Courtépée qui savait cependant que le sceau de la duchesse Hélie avait été découvert au château de Semur-en-Brionnais (Description… , III, p. 84) et affirme néanmoins que N.-D. de Semur avait été bâtie par Robert Ier en expiation du meurtre de Damas. La mort de celui-ci est antérieure à 1048, comme le montre une charte de Cluny (n° 2940) »

    .
  15. Dans Histoire de l'Ordre de Cluny depuis la fondation de l'abbaye jusqu'à la mort de Pierre-le-Vénérable de J.-Henri Pignot, T. II, 1868, p. 4, r. 1, J.-H Pignot écrit au sujet de la mort de Jocerand : « Jocerand fut tué encore jeune par un soldat qui chercha un asile à Cluny ».
  16. M. Chaume prénomme cette parente :« Clémence de Barcelone, petit-fille présumée de Raymond Borel Ier ».
  17. Les ducs de Bourgogne et la formation du duché du XIe au XIVe siècles, p. 13, r. 1, et M. Chaume, Les premières croisades bourguignonnes au delà des Pyrénées , Annales de Bourgogne, XVIII, 1946, p. 161-165, et En marge des croisades bourguignonnes d'Espagne, Annales de Bourgogne, IX, 1937, p. 68-73.
  18. J. Richard, Les ducs de Bourgogne et la formation du duché du XIe au XIVe siècles, p. 13.
  19. Les contradictions relevées lors de la consultation de divers documents ne permettent pas de considérer les renseignements concernant l'attribution de la descendance entre premier et deuxième lit comme fiables. Toutefois, en ce qui concerne les quatre fils de Robert Ier, l'historien J. Richard dans Les ducs de Bourgogne et la formation du duché du XIe au XIVe siècles, p. 14. écrit que Hugues et Henri sont du premier mariage et Robert et Simon, auxquels il destinait son héritage, du second lit.
  20. Vers 1048-1054 ? Un acte daté du 16 janvier 1055, confirmant aux religieux de Saint-Bénigne de Dijon le droit de banvin, sur lequel un espace, où était ordinairement inscrit le nom de la duchesse, avait été laissé en blanc, permet à l'historien E. Petit d'écrire que la répudiation dut avoir lieu avant cette date. Dans son arbre généalogique des ducs de Bourgogne, Histoire des ducs de Bourgogne de la race capétienne, p. 515, il indique la date de 1055 comme date de répudiation de la duchesse Hélie.
  21. Les ducs de Bourgogne et la formation du duché du XIe au XIVe siècles, p. 152.
  22. Ordericus Vitalis, lib. XIII, p. 897. Dans Histoire de la Sicile sous la domination des Normands de C. Lecat de Bazancourt, Paris, 1846.