Almodis de la Marche

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Almodis de la Marche
Raimond-Bérenger Ier de Barcelone et Almodis(Liber feudorum maior, fin du XIIe siècle).
Raimond-Bérenger Ier de Barcelone et Almodis
(Liber feudorum maior, fin du XIIe siècle).
Titre
Dame de Lusignan
vers 10381040
Prédécesseur Aldéarde de Thouars
Successeur Ildégarde de Thouars
Comtesse de Toulouse
10401053
Prédécesseur Major de Navarre
Successeur Mathilde
Comtesse de Barcelone
10531071
Prédécesseur Blanche de Narbonne
Successeur Mahaut de Pouille
Biographie
Dynastie Maison « de Charroux »
Date de naissance vers 1020
Date de décès 17 novembre 1071
Lieu de décès Barcelone, comté de Barcelone
Sépulture Cathédrale Sainte-Eulalie de Barcelone
Père Bernard Ier de la Marche
Mère Amélie (de Razès ?)
Fratrie Lucie et Rangarde de la Marche
Conjoint Hugues V de Lusignan
Pons de Toulouse
Raimond-Bérenger Ier de Barcelone
Enfant(s) Hugues VI de Lusignan Red crown.png
Guillaume IV Red crown.png, Raimond IV Red crown.png, Hugues et Almodis de Toulouse
Raimond-Bérenger II Red crown.png, Bérenger-Raimond II Red crown.png, Inès et Sancie de Barcelone

Almodis ou Adalmode de la Marche (née vers 1020 - morte le 17 novembre 1071 à Barcelone) est une femme de la haute noblesse méridionale médiévale, successivement dame de Lusignan, comtesse de Toulouse, puis de Barcelone, par ses mariages. Elle affirma le caractère politique d'épouse du comte et joua un rôle important auprès de ses différents maris, ainsi que de ses enfants. Elle mena une vie mouvementée qui en fait, comme l'écrit Martin Aurell :

« [une] femme hors normes. Trois fois mariée, après avoir quitté à deux reprises un époux légitime en vie auquel elle avait donné une progéniture ; [...] usufruitière d'un vaste douaire [...] ; correspondante de l'émir musulman de Dènia ; présidant avec son époux aux synodes réformateurs [...] ; tuée enfin par son beau-fils... »

— Martin Aurell, « Almodis et Lucia de la Marche », Les noces du comte. Mariage et pouvoir en Catalogne (785-1213), p. 280.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Almodis naît vers 1020, fille du comte de la Marche Bernard Ier et d'une certaine Amélie, peut-être fille du comte de Razès.

Premiers mariages[modifier | modifier le code]

Almodis fut mariée vers 1038 à Hugues V, seigneur de Lusignan, dont elle eut un fils, Hugues, né en 1039. Mais, pour des raisons de consanguinité, le mariage fut annulé. La période correspond également à un changement d'alliance des comtes de la Marche, qui se rapprochent des comtes de Toulouse[1].

En 1040, Almodis épouse donc le comte de Toulouse, Pons. Elle lui donne plusieurs enfants : trois fils, les jumeaux Guillaume et Raimond, et Hugues, et une fille, Almodis. Almodis est encore la femme de Pons en juin 1053, puisqu'elle souscrit à cette date l'acte d'union de l'abbaye de Moissac à Cluny[2]. Mais peu après, Almodis fut enlevée par Raimond-Bérenger Ier, comte de Barcelone.

Comtesse de Barcelone[modifier | modifier le code]

C'est en passant par Narbonne, avant de se rendre en pèlerinage à Rome, que Raimond-Bérenger Ier de Barcelone rencontre Pons et Almodis. Au retour de Rome, il enlève Almodis, qu'il aime[3], peut-être avec l'aide d'une flotte envoyée par son allié, l'émir musulman de Tortosa[4]. Ils se marient immédiatement, bien que leurs précédents conjoints soient encore vivants. A la demande de l'épouse répudiée de Raimond-Bérenger, Blanche de Narbonne, soutenue par la comtesse de Narbonne, Ermessinde, le pape Victor II excommunie Raimond-Bérenger et Almodis pour ce mariage : la sentence est confirmée par un concile des évêques de la province de Narbonne réuni à Toulouse[5]. Raimond-Bérenger Ier et Almodis ont pourtant deux fils jumeaux en 1054, Raimond-Bérenger et Bérenger-Raimond, nés la même année. En 1057, Ermessinde de Carcassonne se réconcilie avec Raimond-Bérenger Ier et Almodis et leur prête hommage. Elle intercède également auprès du pape en faveur de la levée de l'excommunication. Raimond-Bérenger Ier et Almodis se rapprochent également des évêques catalans afin qu'ils écrivent au pape en sa faveur, en soutenant par exemple la reconstruction de la cathédrale romane de Barcelone. Finalement, le pape Victor II cède en 1057[6]. Almodis, dont le mariage est confirmé et qui a donné deux enfants au comte est alors solidement installée[7].

Almodis joue un rôle véritable à la cour barcelonaise. Elle s'intéresse particulièrement au droit, en particulier aux textes wisigothiques, et participe à la rédaction des Usages de Barcelone[8]. Elle s'occupe également de renforcer le pouvoir de son époux vis-à-vis de ses vassaux catalans. En 1054, elle organise les noces de sa sœur, Lucie, qui l'a suivie à la cour de Barcelone, avec le dangereux comte de Besalù, Guillaume II[9] : cette opération fait rentrer le comte dans la fidélité de Raimond-Bérenger Ier. En 1058, Lucie est mariée au comte de Pallars Sobirà, Artaud Ier[10]. Enfin, Almodis noue même des relations étroites avec les émirs musulmans de Tortosa et de Dénia[11].

Raimond-Bérenger Ier de Barcelone et Almodis de la Marche, versant 2 000 onces d'or à Raimond de Cerdagne et son épouse Adélaïde, en échange de leurs droits sur le comté de Carcassonne en 1067[12].

Comme Raimond-Bérenger Ier a eu un premier fils de Blanche de Narbonne, Pierre Raimond, auquel est promis l'héritage barcelonais, Almodis s'occupe également de constituer un domaine pour ses fils. En 1066, Almodis elle se rend à Toulouse pour le mariage de sa fille Almodis avec Pierre Ier, comte de Melgueil[13], et elle souscrit même une charte en faveur des abbayes de Moissac et de Saint-Gilles avec ses deux fils, Guillaume IV et Raimond IV de Toulouse[14]. Entre 1067 et 1070, à la mort du comte de Carcassonne, Roger, sans descendance. Almodis et Raimond-Bérenger Ier déboursent 50 000 mancus pour racheter les droits des sœurs du comte défunt, Ermengarde et Adélaïde de Carcassonne, la première épouse du vicomte d'Albi et de Nîmes, Raimond Bernard Trencavel, l'autre du comte de Cerdagne, Guillaume Raimond[15].

Mort[modifier | modifier le code]

Tombeaux de Raimond-Bérenger Ier de Barcelone et Almodis de la Marche, dans la cathédrale de Barcelone.

Finalement, Almodis essaie de placer ses deux fils, Raimond-Bérenger et Bérenger-Raimond, à la tête du comté de Barcelone, évinçant le premier fils de Raimond-Bérenger Ier, Pierre-Raimond. Celui-ci prend ombrage des tentatives de sa belle-mère. Il l'assassine lui-même à Barcelone le 17 novembre 1071[16], crime pour lequel il est déshérité et exilé. Almodis est quant à elle enterrée dans la cathédrale de Barcelone.

Almodis laisse une longue postérité, où les rivalités font aussi place aux alliances. Ses enfants se retrouvèrent ensemble à plusieurs reprises dans des expéditions militaires : en 1096, Hugues VI de Lusignan, Raimond IV de Toulouse et Bérenger-Raimond II de Barcelone participèrent tous les trois à la Première Croisade.

Mariages et descendance[modifier | modifier le code]

Almodis se maria vers 1038 avec Hugues V († 1060), seigneur de Lusignan et eut :

Pour des raisons de consanguinité, le mariage fut annulé et elle épousa en secondes noces en 1040 Pons, comte de Toulouse. Ils eurent :

Après avril 1053, Almodis épousa Raymond Bérenger Ier, comte de Barcelone. Ils eurent quatre enfants :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Martin Aurell, « Almodis et Lucia de la Marche », p. 259.
  2. Martin Aurell, « Almodis et Lucia de la Marche », p. 260.
  3. Martin Aurell, « Almodis et Lucia de la Marche », p. 262.
  4. Martin Aurell, « Almodis et Lucia de la Marche », p. 274.
  5. Martin Aurell, « Almodis et Lucia de la Marche », p. 263.
  6. Martin Aurell, « Almodis et Lucia de la Marche », p. 266.
  7. Martin Aurell, « Almodis et Lucia de la Marche », p. 267.
  8. Martin Aurell, « Almodis et Lucia de la Marche », p. 270-271.
  9. Martin Aurell, « Almodis et Lucia de la Marche », p. 281 et 283-284.
  10. Martin Aurell, « Almodis et Lucia de la Marche », p. 274 et 288.
  11. Martin Aurell, « Almodis et Lucia de la Marche », p. 274-275.
  12. Charles Julian Bishko, « Fernando I and the Origins of the Leonese-Castilian Alliance with Cluny » Cuadernos de Historia de España, n° 47, 1968, pp. 31-135 et n° 48, 1969, pp. 30-116.
  13. Martin Aurell, « Almodis et Lucia de la Marche », p. 276.
  14. Hélène Débax, « Les comtesses de Toulouse... », p. 222.
  15. Martin Aurell, « Almodis et Lucia de la Marche », p. 276-277.
  16. (es) Próspero de Bofarull, Los condes de Barcelona vindicados, vol. II, Barcelone, 1836, p. 46.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Martin Aurell, « Almodis et Lucia de la Marche », Les noces du comte. Mariage et pouvoir en Catalogne (785-1213), Publications de la Sorbonne, Paris, 1995, pp. 258-295 (ISBN 978-2859442514)
  • Hélène Débax, « Les comtesses de Toulouse : notices biographiques », Annales du Midi, vol. 100, n° 182, 1988, p. 215-234 (ISSN 00034398)
  • (en) Fredric L. Cheyette, « The "Sale" of Carcassonne to the Counts of Barcelona (1067-1070) and the Rise of the Trencavels », Speculum, vol. 63, n° 4, octobre 1988, pp. 826-864

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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