Damien Rieu

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Damien Rieu, né le , est un homme politique français d’extrême droite.

Il devient dans les années 2010 l'un des militants les plus médiatiques — notamment sur Twitter — du mouvement identitaire en France. Il est notamment cofondateur et porte-parole de Génération identitaire, mouvement d'extrême-droite dissous par le ministère de l’Intérieur en 2021.

À partir de 2019, il est assistant parlementaire du député européen Philippe Olivier. Aux élections départementales de 2021, il est candidat du Rassemblement national dans le canton de Péronne (Somme).

Il rejoint ensuite le parti Reconquête, se ralliant à la candidature d’Éric Zemmour en vue de l’élection présidentielle de 2022. Après la défaite de Zemmour à l'élection, Damien Rieu échoue à se faire élire aux élections législatives de 2022.

Biographie[modifier | modifier le code]

Situation personnelle[modifier | modifier le code]

Né Damien Lefèvre le 27 août 1989 en région lyonnaise, il est le fils d'un militant communiste[1],[2]. Il raconte que son père l’a exclu du foyer familial alors qu’il avait 17 ans, lorsqu'il a décidé de s'engager au Front national de la jeunesse (FNJ). Placé en foyer, il affirme y avoir été « le seul Blanc ». Le personnel d'un des foyers dément la version d'un « guerrier de la race blanche », et affirme qu'il était alors « un jeune bien sous tous rapports », peu bavard sur ses opinions politiques[3].

Génération identitaire[modifier | modifier le code]

Il quitte le FNJ rapidement[4] et rejoint Génération identitaire, où il dira avoir trouvé « une dimension communautaire, une famille, un bouclier et une solidarité »[5]. Au sein de l'organisation, il mène des actions comme l'occupation d'un chantier de mosquée à Poitiers, d'un Quick halal à Villeurbanne et l'organisation d'une manifestation contre la présence de milliers d'étrangers en situation irrégulière à Calais[6],[7]. Il intègre en particulier « Rebeyne ! », un groupe identitaire lyonnais[8], et devient porte-parole de Génération identitaire[9].

En , il est condamné pour avoir, dans le cadre d'une manifestation contre le mariage homosexuel, déployé illégalement une banderole « Hollande démission » au siège du Parti socialiste, rue de Solférino[10].

En , Damien Rieu prend la parole lors de rassemblements de Génération identitaire, où, selon Libération, « le complotisme n'est jamais loin »[11]. Il y soutient la théorie du grand remplacement et préconise la « remigration »[12],[13]. D’après LCI, il y qualifie le gouvernement de François Hollande de « dictature socialiste » et déclare que « François Hollande a été élu par plus de 90 % de la communauté musulmane. Il est le président du grand remplacement »[14].

La même année, jugé pour incitation à la haine raciale, il est relaxé[15].

En , il est condamné à « 40 000 euros d'amende et à un an de prison avec sursis » pour son action dans l'occupation du chantier de la grande mosquée de Poitiers[16]. À l’issue du procès, qui a lieu le à Poitiers, il est relaxé en raison d’une erreur de procédure, le tribunal ayant oublié de suspendre la prescription, qui n'est que d’un an pour des faits d'incitation à la haine raciale et dégradation[17].

En , il participe à l'organisation du blocage du Col de l'Échelle, point de passage des migrants venus d'Italie, par des dizaines de militants de Génération identitaire[18]. Poursuivi pour des « activités exercées dans des conditions de nature à créer dans l’esprit du public une confusion avec l’exercice d’une fonction publique », Damien Rieu est condamné en première instance, en — avec Clément Gandelin, porte-parole de Génération identitaire et Romain Espino —, à six mois de prison ferme, une amende de 2 000 euros et la privation « de [ses] droits civiques, civils et de famille pendant cinq ans ». En , la cour d'appel de Grenoble prononce finalement la relaxe des trois prévenus[19].

Militantisme hors GI[modifier | modifier le code]

À partir de , il s'engage auprès de l'association SOS Chrétiens d'Orient avec laquelle il se rend à plusieurs reprises en Syrie, alors en guerre, entre 2013 et 2016. Cette ONG, de même que Génération Identitaire, est considérée comme pro-Assad, favorable au régime[1],[20],[21],[22],[23].

Il se mobilise en 2019 en faveur de la militante du mouvement des Gilets jaunes Fiorina Lignier, éborgnée par un tir de lanceur de balle de défense, en lançant une cagnotte de soutien qui rapportera 50 000 euros. Selon Slate, Fiorina Lignier a été « érigée en martyr du mouvement identitaire par la fachosphère », et le soutien de Damien Rieu s'effectue dans ce contexte[note 1],[24].

Selon France info, il est l'un des influenceurs d'extrême droite les plus actifs sur les réseaux sociaux, où il relaye un discours anti-immigration à base de buzz et de partage de vidéos violentes, des appels à la mobilisation pour tenter d'influer sur la vie politique ou des lancements d'attaques en ligne contre des adversaires. Il essaierait également de lisser son image tout en flirtant avec les règles des réseaux sociaux pour ne pas que ses comptes soient supprimés[26],[27]. Ses messages sur les réseaux sociaux, s'ils sont inattaquables en justice, participent notamment à la vague de cyberharcèlement de Nicolas Hénin, engagé contre la radicalisation, le terrorisme et la haine en ligne : celui-ci reçoit sur Twitter des menaces de mort d'internautes, parmi lesquels 5 sont jugés en 2022, dont une en réponse au compte, très suivi, de Rieu[28],[29],[30].

Parcours politique[modifier | modifier le code]

Cofondateur de la société de communication Janus, il est recruté pendant six mois en 2014 au cabinet de Marie-Claude Bompard à Bollène[31], puis est embauché par Julien Sanchez comme directeur adjoint de la Communication de la ville de Beaucaire[32] durant l'année 2015[10]. Il passe ensuite au service de Marion Maréchal-Le Pen[33], se rapproche d'elle lors des élections régionales de 2015[10], et se retrouve employé au conseil régional de Provence-Alpes-Côte d'Azur à l'issue de ces dernières[6].

Il est, avec Pierre Sautarel, un des rédacteurs du site Fdesouche[33]. En 2016, il fonde avec Charlotte d'Ornellas un magazine gratuit sur Internet intitulé France. Cette dernière décrit ce magazine comme le « petit nouveau de la famille des médias patriotes, issu du constat partagé qu’il existait une place libre pour un magazine de reportages, d’interviews et de débats sous une esthétique que nous espérons soignée[34] ». Ce magazine présente des thèmes sur l'histoire, la politique ainsi que des entretiens avec notamment Philippe Conrad[35], Marine Le Pen[8], Philippe de Villiers et Nicolas Dupont-Aignan[36].

En 2018, il est recruté sous son nom d'état civil comme collaborateur parlementaire de Gilbert Collard à l'Assemblée nationale[37]. Jugeant que « ça ne marchait pas » avec lui, il devient, en 2019, l'assistant parlementaire du député européen Philippe Olivier — membre du bureau national et du conseil national du Rassemblement national, époux de Marie-Caroline Le Pen[38], avec pour mission, écrit le quotidien L'Opinion, de « faire buzzer », à savoir produire « un maximum de bruit sur le travail de la délégation RN au Parlement européen »[39]. L'administration du Parlement européen ouvre une enquête sur lui, en raison de sa condamnation par le tribunal de Gap qui ne figurait pas sur l'extrait de casier judiciaire nécessaire à son embauche[40].

Selon un article de 2020 de Libération, Damien Rieu, qualifié de « pro de l'agit-prop », se « spécialise dans le clash numérique », avec une maîtrise « souvent supérieure à celle de ses adversaires ». Sur Twitter, Damien Rieu dénonce l'« islamisation » et l'« ensauvagement » de la société française, ou encore le « racisme anti-Blancs ». Selon Libération, il expose des faits divers, présente des vidéos tronquées et diffuse de nombreuses fausses nouvelles. Selon le politologue socialiste Gaël Brustier, il est un « excellent propagandiste »[3].

Avec Yael Ménache, il est candidat aux élections départementales de 2021 dans le canton de Péronne (Somme) sous l'étiquette du Rassemblement national[41]. Le binôme réunit 45 % des suffrages exprimés au second tour face à la gauche[42].

En , il annonce son soutien à la candidature d’Éric Zemmour pour l’élection présidentielle française de 2022 ainsi que son adhésion à Reconquête, parti récemment lancé par ce dernier[43]. Pour expliquer son ralliement, il évoque la théorie du « grand remplacement », défendue par Éric Zemmour alors que Marine Le Pen se refuse à l'employer en raison de son complotisme, préférant parler de « submersion migratoire »[44]. Lors du second tour de l'élection, il appelle à voter pour Marine Le Pen[45]. Il est chargé de la "communication électorale[46]" au sein du parti Reconquête. Lors des élections législatives de 2022, il est candidat dans la quatrième circonscription des Alpes-Maritimes[47]. Avec 10,66% des suffrages exprimés, il arrive en cinquième place et est éliminé à l'issue du premier tour de cette élection[48].

Résultats électoraux[modifier | modifier le code]

Élections départementales[modifier | modifier le code]

Année Parti Département Canton Premier tour Second tour
Voix % Voix %
2021[49] RN Somme Péronne 2 446 31,55 3 293 44,94

Élections législatives[modifier | modifier le code]

En 2022, candidat dans aux élections législatives de 2022 dans la quatrième circonscription des Alpes-Maritimes il arrive en 5ème position et est éliminé dès le premier tour[50].

Année Parti Département Circonscription Premier tour
Voix %
2022[51] REC Alpes-Maritimes 4ème circonscription 4036 10,66

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Plus tard ressurgiront des photos montrant Fiorina Lignier s'agenouillant et priant devant une croix gammée qu'elle vient de dessiner sur le sable d'une plage, une « connerie d'étudiante, une blague de mauvais goût » selon elle[24],[25].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « SOS Chrétiens d'Orient : Noël en Syrie, Pâques au tison ? », sur reflexes.samizdat.net, .
  2. Henry 2017, p. 143.
  3. a et b Pierre Plottu et Maxime Macé, « Damien Rieu, le pro de l’agit-prop », sur liberation.fr, (consulté le )
  4. Henry 2017, p. 145.
  5. Henry 2017, p. 137.
  6. a et b Henry 2017, p. 134.
  7. Paul Laubacher, « Damien Rieu, « twitto » préféré de Marine Le Pen et « premier identitaire français » », sur nouvelobs.com, (consulté le ).
  8. a et b Henry 2017, p. 139.
  9. Frédéric Durand, « Damien Rieu, petit prince des causes obscures... », sur humanite.fr, .
  10. a b et c Henry 2017, p. 142.
  11. « La «remigration» des identitaires aux portes du FN », sur Libération.fr, (consulté le )
  12. « Génération Identitaire : la patrouille d’extrême droite mobilise ses troupes avant la Manif pour tous », sur Les Inrocks, (consulté le )
  13. « Au Bloc Identitaire, l'apologie de la «remigration» », sur FIGARO, (consulté le )
  14. « Ce qu'on a entendu au meeting islamophobe de Génération Identitaire », LCI,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  15. « Incitation à la haine raciale : l'ex porte-parole de Generation identitaire relaxé », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  16. « Damien Rieu, l'identitaire derrière l’opération anti-migrants du col de l'Echelle », sur lejdd.fr, .
  17. Pierre Plottu et Maxime Macé, « Procès Génération identitaire à Poitiers : une relaxe mais un dossier vidé de substance », sur libération.fr, (consulté le )
  18. « Damien Rieu, l'identitaire derrière l’opération anti-migrants du col de l'Echelle », sur lejdd.fr (Europe 1), .
  19. Stanislas Poyet, « Opération antimigrants dans les Alpes : Génération Identitaire relaxée », sur lefigaro.fr, (consulté le ).
  20. « SOS Chrétiens d'Orient, une association humanitaire discrètement noyautée par l'extrême droite », BuzzFeed,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  21. « Les Déconspirateurs – l’émission #04 » (consulté le )
  22. « PressReader.com - Digital Newspaper & Magazine Subscriptions », sur www.pressreader.com (consulté le )
  23. LIBERATION, « Comment l'association SOS chrétiens d'Orient est noyautée par l'extrême droite », sur Libération (consulté le )
  24. a et b « Européennes 2019: la ligne pas très claire de Renaud Camus », sur Le Huffington Post,
  25. « Prière devant une croix gammée: Fiorina Lignier et Renaud Camus se retirent (photo + vidéo) », sur FranceSoir, (consulté le )
  26. « "Vrai ou Fake", les intox sur l'extrême droite, trop d'approximations sur l'écologie », (à 18 minutes 37 s), sur francetvinfo.fr, (consulté le )
  27. « Vrai ou Fake : Damien Rieu, influenceur d'extrême droite sur les réseaux sociaux », sur francetvinfo.fr, (consulté le )
  28. « Prison avec sursis requise après le cyberharcèlement de Nicolas Hénin », sur www.20minutes.fr (consulté le )
  29. « Prison avec sursis requise contre les harceleurs en ligne de Nicolas Hénin », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  30. Le JDD, « Haine en ligne : les harceleurs de Nicolas Hénin ont été identifiés », sur lejdd.fr (consulté le )
  31. Abel Mestre et Caroline Monnot, « Comment les identitaires cherchent à peser sur la ligne du FN », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  32. Sylvain Chazot, « Le maire FN de Beaucaire embauche le porte-parole de Génération identitaire », sur lelab.europe1.fr, .
  33. a et b Olivier Faye et Gilles Rof, « Les identitaires investissent le Front national », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  34. StreetPress, « De Gollnisch à Ménard : Charlotte d’Ornellas, la journaliste préférée de la fachosphère », sur StreetPress (consulté le )
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  38. « Deux identitaires deviennent collaborateurs parlementaires RN à Bruxelles », sur lopinion.fr, (consulté le ).
  39. Ivanne Trippenbach, « Deux identitaires deviennent collaborateurs parlementaires RN à Bruxelles », sur lopinion.fr, (consulté le ).
  40. Marine Buisson, « Le Parlement européen se penche sur le cas des assistants parlementaires identitaires », sur lesoir.be, (consulté le ).
  41. « Damien Rieu, ex-porte-parole de Génération identitaire, candidat RN », sur huffingtonpost.fr, (consulté le ).
  42. « Élections départementales de 2021 : canton de Péronne », sur interieur.gouv.fr (consulté le ).
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  46. Sébastien Schneegans, « Législatives : qui sont les candidats investis par Reconquête ! ? », sur Le Point, (consulté le )
  47. Lucie Delaporte, « Législatives : la complexe équation de l’extrême droite » Accès payant, sur Mediapart, (consulté le )
  48. « Elections législatives 2022 », sur www.resultats-elections.interieur.gouv.fr (consulté le )
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  50. « Législatives 2022: Damien Rieu, tête d'affiche de Reconquête dans la 4e circonscription des Alpes-Maritimes, éliminé », sur Nice-Matin, (consulté le )
  51. « Elections législatives 2022 », sur www.resultats-elections.interieur.gouv.fr (consulté le )

Bibliographie[modifier | modifier le code]